Le musée d’Artillerie était une institution muséale française, de 1797 à 1905, considéré comme l’ancêtre du musée de l'Armée et créé dans l'objectif de conserver des arts militaires.
De 1797 à 1905, le musée d'Artillerie collecte et conserve plus de œuvres et objets, qu’il présente d’abord dans l’ancien noviciat des Dominicains de Saint-Thomas d’Aquin puis à l’Hôtel national des Invalides à partir de 1872. On y retrouve différents objets relevant du patrimoine militaire : armes, armures, emblèmes, souvenirs historiques ou encore vestiges archéologiques. Conçu comme un conservatoire des évolutions de l’armement, le musée est un établissement accessible au grand public depuis sa création. En 1905, le musée d’Artillerie fusionne avec le musée historique de l’Armée pour créer le musée de l’Armée, ce dernier héritant de leurs collections respectives.
Le musée d'Artillerie n’est pas à confondre avec le musée de l'Artillerie, situé à Draguignan dans le Var.
Histoire du musée d'Artillerie
Origines Les origines du musée d’Artillerie s’inscrivent dans une longue tradition de conservation et d’étude des armements, dont les prémices remontent à la fin du . Un inventaire de 1634 fait notamment mention d'un « Cabinet des Armes du Roi » dans les appartements de l'Arsenal..
Dès 1685, le maréchal d’Humières, grand maître de l’Artillerie, entreprend d’organiser un dépôt d’armes portatives et de modèles réduits à l’Arsenal, destiné à servir d’outil pédagogique pour l’instruction des officiers. Ce premier projet, qui visait à instaurer une approche scientifique de la production et de l’usage des armes, est néanmoins abandonné par ses successeurs, le duc du Maine et le comte d’Eu. L'idée est de rassembler au même endroit les armes royales et d'ordonnance et les stocks des équipements réglementaires de l'armée française : le lieu est alors à la fois une fonderie, un arsenal et un conservatoire situé près de la Bastille.
Ce n’est qu’en 1755, sous l’impulsion du lieutenant général de Vallière père, premier inspecteur général de l’Artillerie, que l’idée d’un inventaire des modèles existants se concrétise. Cet inventaire, qui rassemble les premières pièces de la collection d’Humières, est considéré par certains comme la première expression officielle du futur musée d’Artillerie. vignette|332x332px|Le magasin royal des armes à la Bastille, dans les années 1780 La Révolution française joue un rôle décisif dans l’enrichissement des collections. En 1788, Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval et Rolland de Bellebrune obtiennent l’autorisation du ministre de la Guerre de constituer un dépôt-bibliothèque d’artillerie. Ce dépôt a pour vocation de rassembler, de manière systématique, les modèles de bouches à feu, le matériel complémentaire et les armes en service dans les armées françaises et étrangères. Gribeauval en est nommé directeur et Bellebrune conservateur. Toutefois, le pillage de l’arsenal le 14 juillet 1789 disperse en grande partie ces collections, seuls les petits modèles de Gribeauval étant sauvés par Bellebrune.
C’est dans ce contexte que le Dépôt des armes anciennes est officiellement créé en 1793 sous l’impulsion d’Edme Régnier, armurier et mécanicien d’armes, avec l’approbation de l’administration de la fabrication des armes. Grâce aux saisies révolutionnaires, ses collections s’enrichissent considérablement, notamment avec des armes issues du Garde-meuble de la Couronne. À cela s’ajoutent des ensembles prestigieux, comme l’arsenal de la ville de Strasbourg, la collection des ducs de Bouillon-Turenne à Sedan, les armes des Condé au château de Chantilly ou encore les modèles réduits d’artillerie réunis par le duc du Maine. Ce fonds exceptionnel constituera le noyau du futur musée d’Artillerie, dont l’héritage perdure aujourd’hui au sein du musée de l’Armée.
En 1795, ces collections sont intégrées au Dépôt central de l’Artillerie, qui s’installe dans l’ancien noviciat des Dominicains de Saint-Thomas-d’Aquin. Le , le dépôt devient officiellement un musée, placé sous la responsabilité du comité central de l’artillerie relevant du ministère de la Guerre. Son rôle dépasse alors celui d’un simple entrepôt : il devient un conservatoire des évolutions de l’armement, destiné à documenter les progrès technologiques et à servir d’outil pédagogique pour les officiers. Sous l’Empire, en 1806, le musée est rebaptisé musée impérial d’Artillerie et continue de s’enrichir notamment grâce aux prélèvements issus des campagnes napoléoniennes. L’objectif du musée reste avant tout technique, bien que certaines pièces, dont celles issues des trophées de guerre, prennent une valeur historique.
Localisations L'Ancien Noviciat des Dominicains (1793-1871) vignette|276x276px|Vue sur cour de l'ancien Noviciat des Dominicains|gauche
Jusqu’en 1871, le musée est situé dans le même bâtiment que l’ensemble des services du Dépôt central, soit l’ancien noviciat des Dominicains, dans le arrondissement de Paris, fondé en 1632. En effet, la Révolution française met un terme à la fonction religieuse du bâtiment et devient une propriété de l’armée qui affecte les lieux à la manufacture d’armes. Le comité central d’artillerie s'y installe dès 1795. Le cloître sert ensuite à entreposer les armes obsolètes récupérées au fil des guerres et conquêtes et devient musée. Le site de l’artillerie représente alors une surface de .
En 1814, ce premier musée se déploie dans l'ancienne bibliothèque du noviciat, mais, celle-ci s'avérant rapidement trop petite, on lui adjoint les quatre galeries au-dessus du cloitre, ainsi qu'au au rez-de-chaussée, l'ancien réfectoire. Au moment de la crise des Cents Jours et de la défaite napoléonienne de Waterloo, les collections sont envoyées à La Rochelle afin d'éviter qu'elles tombent entre les mains des coalisés, ce qui a pour effet de limiter au maximum les pertes lors de la signature du Traité de Paris. Seules quelques pièces d'artillerie restées sur place étant envoyées à Londres et à Berlin. En 1820, les locaux bénéficient d'une rénovation, présentant un état qui reste le leur jusqu'au transfert du musée à l'Hôtel des Invalides, après la chute du Second Empire en 1870. vignette|Galeries servant d'entrée, illustration de 1846vignette|220x220px|Vue intérieure de la grande salle, illustration de 1846En 1862, la distribution intérieure du musée est telle qu'on entre au rez-de-chaussée par un vestibule orné de bouches à feu de diverses époques et provenances. Vient ensuite une grande salle qui abrite les collections de modèles d'artillerie, d'armes, de machines et de projets d'armement miniatures, ainsi que des armes étrangères portatives, mais aussi des collections venues de Chine après l'ambassade française de 1846 et le pillage du Palais d'été de Beijing en 1861. Les galeries du cloître, quant à elles, présentent des bouches à feu françaises et étrangères allant du . Les armes dites offensives et défensives sont disposées au premier étage, avec les armures, casques, boucliers et masses d'armes dans la grande salle dite « Galerie des armures » et les armes plus légères dans les galeries au-dessus du cloître.
L'architecture et la décoration du musée, en particulier la Galerie des armures ne semble toutefois pas satisfaire l'ensemble des visiteurs. En effet, ce premier site, ancien établissement religieux, trahit sa fonction première qui n'a guère de rapport avec le domaine militaire et l'aménagement des espaces n'a pas particulièrement transformé l'édifice. C'est ainsi qu'en 1857, Théophile Gautier écrit :« La portion la plus intéressante du Musée, pour quelqu'un qui n'est ni officier d'artillerie, ni militaire, c'est la galerie des Armures, peuplée de fantômes de fer, carapaces vidées des héros qui les animaient et qui conservent encore l'attitude de la vie [...] et l'illusion serait complète si l'architecture malheureuse de cette salle ne la contrariait : jetez bas en idée ces grosses colonnes de stuc jaune qui saillent si inopportunément de distance en distance ; couvrez le mur en lambris de chêne jusqu'à mi-hauteur ; tendez au-dessus un cuir de Cordoue ou de Bohême ou bien encore une vieille tapisserie passée de ton ; effacez les plates grisailles de la voûte et remplacez les par un plafond à poutres et à solives en relief, d'une nuance relevée à propos de quelques filets d'or ; accrochez à la corniche, suivant l'ordre chronologique, les blasons des grands maîtres de l'artillerie et vous aurez, sans grand frais, la salle d'arme d'un château ou d'un bourg féodal [...].»
L'Hôtel des Invalides (1871-1905)
Puis en 1871, la direction de l’Artillerie étant à l’étroit dans ses locaux et le nombre de pensionnaires ayant beaucoup diminué à l'Hôtel des Invalides, le musée d’Artillerie s’y installe, occupant l’aile occidentale de la cour d’honneur. Le déménagement des collections est bénéfique mais insuffisant. En effet, les collections sont entassées dans des magasins.
L'entrée se fait alors, non par la cour d'honneur des Invalides, mais par le portail reliant la cour extérieure à la cour d'Angoulême. Cette cour, ainsi que la cour des Victoires, font partie intégrante du musée et du parcours de visite avec la présentation de pièces d'artilleries et autres bouches à feu, de différentes époques et provenances. On accède ensuite aux salles par un vestibule situé dans le corps de bâtiment séparant les deux cours. En 1901, le musée comporte onze galeries et espaces d'exposition, en incluant les cours, huit présents dès 1871 et trois ayant été rajoutés entre 1876 et 1900.
Au rez-de-chaussée, un corridor conduit à deux galeries le long de la cour d'honneur des Invalides, correspondant à deux des anciens réfectoires de pensionnaires. Celui du nord est baptisé « salle François » (dit aujourd'hui la « salle royale ») et abrite des armures françaises dont certaines ont appartenu aux souverains français. Au plafond y flotte des drapeaux nationaux, originaux ou reconstitués, allant du règne de Charlemagne à la République. Le réfectoire sud lui, devient la « salle Pierrefonds » (rebaptisé « salle Henri IV » après la Première Guerre mondiale, elle est aujourd'hui la Puisque les armures des souverains et princes européens, issues des collections de l'empereur Napoléon III qui les exposait dans le château de Pierrefonds, avant qu'elles ne soient saisies par l'État après la chute du Second Empire.). À l'opposé, du côté du boulevard de La Tour-Maubourg, se trouve, dans ce qui était les anciennes cuisines du , la (devenue ensuite et actuelle ). Elle abrite des armes venues de régions lointaines, puis deux galeries divisées dans le sens de leurs longueurs par des cloisons à l'emplacement d'anciennes chambres et dortoirs d'invalides. Au nord, le long de la cour d'Angoulême se trouve l'une des deux galeries, la (actuelle ) avec les armes blanches, côté cour et les armes portatives, côté boulevard. Et au sud, le long de la cour des Victoires, se trouve la seconde galerie, la salle des armes à feu (actuel ), avec les armes à feu, côté cour, et les armes antiques et l'historique du pistolet, côté boulevard. Ensuite, au sud de la cour des Victoires, se trouve la « salle des souvenirs historiques » (actuellement dédiée aux joutes et aux tournois) aménagée vers 1900 qui présente des objets personnels de différents monarques français et de leur entourage militaire, puis, dans le prolongement de la salle Pierrefonds, la « galerie ethnographique », ouverte en 1877.