Le groupe de Poupehan, dont l'existence sera révélée en 1991 à l'occasion du « scandale des discussions secrètes de Poupehan », désigne « un groupe de réflexion et de pression » politique et financière qui s'est réuni secrètement dans les années 1980 pour prendre de grandes décisions sur la politique belge, en réunissant quatre dirigeants venus de mondes différents, politique, syndicalisme et banque, dans le village belge de Poupehan, dans les Ardennes.

Leur première décision est la dévaluation de 8,5 % du franc belge en , moindre que les 10 % proposés par ses promoteurs, qui sera présentée comme un tournant politique belge vers l'austérité et sera suivie par la dévaluation de 5,75 % du franc français le 14 juin 1982, la lire étant elle dévaluée de 6 % à la même date, deux décisions d'ampleur moindre que celle pour le franc belge mais toutes les deux considérées comme insuffisantes. Cette décision voit la Belgique revenir sur l'échelle mobile des salaires à laquelle sont très attachés les Belges, depuis des décennies, car elle garantit une indexation des salaires.

La banque centrale belge et l'un des deux partis de la coalition au pouvoir sont exclus de ces discussions car tous deux opposés à une dévaluation de 10 % envisagée. C'est aussi le cas d'un des deux principaux syndicats et de l'opposition socialiste, qui peçoivent cette dévaluation comme pensée "dans le seul but de faire passer une politique d'austérité". Contexte Contexte économique

Le contexte de la création du groupe de Poupehan est une situation économique belge marquée par un taux de chômage proche des 10 %, causé par le second choc pétrolier, et un déficit budgétaire approchant les 15 %, en grande partie pour combattre ce chômage mais surtout à cause de taux d'intérêts proches de 13 % pour défendre le maintien du franc belge dans le SME car la balance des paiements est très largement dans le rouge en raison de ce second choc pétrolier.

Contexte politique et linguistique Le contexte politique est celui d'un parti socialiste belge poussé hors de la coalition au pouvoir, sans qu'il ait perdu les élections, le Premier ministre du parti chrétien flamand (CVP) l'associant d'abord à des mesures impopulaires puis bénéficiant de la montée du nationalisme en Flandre, partie du pays tournée vers la finance et l'exportation de services, sur fond de mouvement inverse dans une Wallonie, où l'industrie traditionnelle (mines, acier, textile) est accusée de ne pas se moderniser. Les Wallons se disent ensuite en affectés par une réforme de l’indexation des salaires voulue par un gouvernement « à prédominance flamande », tandis que le parti nationaliste de la Flandre la juge victime d'une opération découlant de situation économique en Wallonie.

De plus, dans un premier temps, ce CVP de Wilfried Martens voit ses dirigeants « progressivement autonomisés de la base de leur parti et des associations qui y sont liées ».

Principal parti de la coalition des partis socialistes et chrétiens au pouvoir entre fin 1980 et 1981, le CVP va ainsi rebondir « systématiquement » sur le « discours de crise » découlant du second choc pétrolier de la fin 1979, en prônant "l'austérité budgétaire et la modération salariale" ce qui affaiblit le parti socialiste, son partenaire dans la coalition, qui décide de conditionner, lui, sans forcément y parvenir, « la modération salariale et la réforme de l’indexation des salaires à la négociation collective ».

Le gouvernement Gouvernement Martens IV chute et les législatives anticipées du 8 novembre 1981 voient comme prévu les partis chrétiens chuter dans les deux parties du pays, de 57 et 25 sièges à 43 et 18. Mais une coalition avec les libéraux reste possible, car du côté wallon ils bénéficient de la chute inattendue des partis régionalistes francophones, tandis que du côté flamand le petit parti nationaliste gagne six sièges. C'est donc le Gouvernement Martens V qui est formé, sur la base d'une coalition restreinte. Pour faire face à la situation monétaire tendue, les pouvoirs spéciaux lui sont accordés par le Parlement début 1982. Fort du « soutien » discret de la direction du syndicat ACV, le Gouvernement Martens V peut envisager un gouvernement désormais avec les seuls libéraux, et même s’accorde avec eux « sur la mise à l’écart des syndicats de la décision économique » pour déployer un « programme d’austérité budgétaire et salariale ». Les piliers de ce gouvernement chrétien-libéral investi le sont Wilfried Martens, Premier ministre social-chrétien, et Jean Gol, vice-premier ministre libéral, mais ce dernier ne sera pas associé au groupe de Poupehan, ni même informé de son existence.

Contexte monétaire, social et financier C'est dans ce contexte politique de rétractation de la coalition au pouvoir qu'est contesté le mécanisme traditionnel dénommé « robinet monétaire ». L’administration belge pouvait demander à la Banque nationale de Belgique de créer des "certificats de trésorerie" permettant à l’État de lever des fonds auprès d'un consortium de banques belges et luxembourgeoises ayant un monopole sur les titres de dettes, ensuite revendu aux investisseurs. Mais il est contesté désormais, tandis que dans deux rapports successifs, la dévaluation est fortement rejetée par la Banque nationale de Belgique, qui estime que l’indexation des salaires et les coûts liés à l’importation rendue plus chère ruineraient tout effet sur la compétitivité des entreprises tout en pouvant aggraver la charge des intérêts en raison d'un moindre crédit du franc belge sur les marchés, « dans un contexte d’important déficit de la balance des paiements et d’une intense spéculation contre le franc belge ».

Au même moment, en 1982, la dette publique belge atteint près de 100 % du PIB belge et les taux d’intérêts moyens sur cette dette publique atteignaient 13 % car il fallait défendre la monnaie contre les scénarii de dévaluation, jugés crédibles par les spéculateurs. En raison de l’importance des intérêts, la dette croissait d’elle-même, créant un « effet boule de neige », titre d’une note du bureau fédéral du plan, transmise au gouvernement.

Lors du sommet européen du fut proposé un « assouplissement du mécanisme de l’indexation des salaires », prévoyant d'exclure l'essence et le tabac du calcul de l’indice d'indexation des salaires, avec pour objectif de diminuer la spéculation conte le franc belge.

La proposition recueille un accord des ministres socialistes, mais sans convaincre. Jeff Houthuys, leader du principal syndicat belge, la Confédération des syndicats chrétiens (AVC), très majoritairement flamande, soutient cette révision mais ce n'est pas le cas de Georges Debunne, dirigeant de la FGTB (socialiste). De leur côté, les partenaires du SME font savoir que le franc belge devra être dévalué si un projet plus marqué n'est pas décidé car ils ne pourront pas le soutenir.

Motivation et création Le groupe de Poupehan est créé sur une idée de Fons Verplaetse, chef de cabinet de Wilfried Martens, qui propose d'héberger les réunions chez lui à la campagne, à Poupehan, où il est surnommé le « banquier de là-haut »Henk Dheedene, Fons Verplaetse: "Une politique économique peut ne pas être démocratique", www.lecho.be, 20 janvier 2017 (consulté le 11 avril 2019). Il fait part à Wilfried Martens, en s'invitant dans son bureau, de la difficulté à faire accepter dans les rangs syndicaux les mesures d'austérité envisagées en échange de la dévaluation envisagée par les financiers depuis un certain temps, en raison des turbulences subies sur le marché des changes par le franc belge, citant nommément Jef Houthuys, président de la Confédération belge des syndicats chrétiens (CSC). Le groupe aura ensuite pour objectif de "minimiser l’opposition de la FGTB", l'autre grande centrale syndicale belge, à ces mesures d'austérité. Jef Houthuys a une "réelle stature d'homme d'Etat" car il est "capable d'adoucir sa combativité militante" se disent les deux hommes, qui savent que le "blocage des prix et des salaires" est difficile à mettre en place sans revenir sur l'échelle mobile des salaires à laquelle sont très attachés les Belges depuis des décennies.

Quelques jours avant en France, Edmond Maire, leader de la CFDT, s'est inquiété des "risques de dérapage économique", en reprochant le à François Mitterrand que la semaine de 39 heures soit payée 40Nécrologie par Michel Noblecourt le 1er octobre 2017 dans Le Monde . Informé par des directeurs de cabinet comme Philippe Lagayette" Edmond Maire. Une histoire de la CFDT", par Jean-Michel Helvig en 2014 aux Editions du Seuil , il déclare le à l'ouverture du congrès du 2ème syndicat que la "classe ouvrière a tout à gagner à une politique de rigueur et de vérité", avant de sembler se faire l’avocat d’un deuxième plan d’austérité le , sur le perron de l’Elysée, déclenchant "le résultat catastrophique" pour la CFDT des élections à la Sécurité socialeBiographie Le Maitron d', arrivée troisième avec 18 %, loin des 25 % du deuxième, FO..

Le groupe de Poupehan a sa première réunion informelle le week-end du , veille de la dévaluation de février 1982"Les côtés obscurs de la dévaluation de 1982",dans la revue économique belge Trends Tendances le 15 mars 2012 . Les quatre participants sont des amis « qui se retrouveront toujours » même s'ils ne sont pas d'accord. Fons Verplaetse sera plus tard nmmé gouverneur de la Banque nationale (BNB).

Composition Quatre hommes sont appelés les "quatre du groupe de Poupehan" car tous les quatre "conscients de l’état catastrophique de l’économie belge", au point de se mette d'accord pour dévaluer le franc belge de 8,5 % par rapport au deutsche mark, "en dehors de tout cadre institutionnel" et surtout "contre l’avis du gouverneur de la Banque nationale de Belgique". Les quatre du groupe sont: Le Premier ministre Wilfried Martens; Son chef de cabinet adjoint Fons Verplaetse, qui héberge les réunions chez lui à Poupehan; Jef Houthuys, président de la Confédération belge des syndicats chrétiens (CSC); Le banquier Hubert Detremmerie, jugé proche de la CSC. Ce dernier avait dès la fin des années 1970 discuté de l’opportunité d’une dévaluation du franc belge et en avait discuté avec Wilfried Martens et depuis , avec Paul-Willem Segers anciennement ministre CVP et président de l’Algemene Christelijke Werknemersorganisatie, la coupole des organisations chrétiennes flamande, un premier "think thank" confidentiel l'associe à Wilfried Martens et plusieurs responsables de la Banque nationalet"La Belgique a-t-elle connu une thérapie du choc ? La dévaluation du franc belge du 22 février 1982", par Balthazar de Robiano, dans La Revue Nouvelle en 2022 .

Tous les quatre ont "testé les mesures socio-économiques d'accompagnement""Le choc de la dévaluation du franc", dans le quotidien économique belge L'Echo du 13 octobre 2011 en prévision d'un "un véritable choc" économique et politique. Fons Verplaetse utilise secrètement des données de l'ordinateur de la Banque nationale de Belgique pour effectuer les simulations macroéconomiques.

Premières décisions Dévaluation de février 1982 La dévaluation de 8,5 % du franc belge de a pour inconvénient de renchérir l’inflation des importations libellées dans une devise étrangère, d'où la nécessité de contrôler les prix et donc l'accompagner de l’application de mesures annexes, comme un blocage des prix et des salaires, pour "empêcher une poussée d’inflation".