Béatrice de Bourbon (en italien : Maria Beatrice di Borbone), princesse de Bourbon puis, par son mariage princesse de Roviano et duchesse d'Anticoli-Corrado, est née le à Pau (France), et morte le à la Tenuta Reale à Viareggio (Italie), est la fille du prince Charles de Bourbon, prétendant carliste au trône d'Espagne et légitimiste au trône de France et de la princesse Marguerite de Parme.
Béatrice de Bourbon passe son enfance et son adolescence entre la France et l'Italie, où sa mère, la duchesse de Madrid, s’installe à partir de 1881. Sur les domaines de la Tenuta Reale et de Frohsdorf, la jeune fille mène une existence assez joyeuse et calme. En 1896, un projet matrimonial voit le jour entre Béatrice et le prince . Le couple s'unit l'année suivante et s'installe à Rome où elle mène une existence relativement oisive jusqu’à ce que le couple se sépare en 1906, suite aux nombreuses infidélités et dépenses de Fabrizio.
Confrontée à de graves difficultés financières après sa séparation, Béatrice est soutenue par son oncle le duc et par sa tante la princesse Aldegonde. Éloignée de son père et de sa belle-mère qui lui refuse un soutien financier et émotionnel, Béatrice trouve refuge chez son oncle à Schwarzau, avant de se réconcilier avec Fabrizio, sur les instances du Pape. En 1931, le duc d'Anjou et de Madrid, frère de Béatrice, trouve la mort et la princesse hérite du château de Frohsdorf. Béatrice choisit de s'y installer, avec sa dernière fille. Après la Seconde Guerre mondiale, la princesse vit entre l'Autriche et l'Italie, où elle meurt en 1961.
Famille Béatrice de Bourbon est la troisième fille et le quatrième enfant du prince Charles de Bourbon, duc de Madrid (1848-1909), prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de « » ainsi que prétendant carliste au trône d'Espagne sous le nom de « », et de son épouse la princesse Marguerite de Bourbon-Parme (1847-1893), infante d’Espagne et princesse de Parme.
Le , elle épouse à Venise, le prince italien Fabrizio Massimo, prince de Roviano et duc d’Anticoli-Corrado, descendant par sa mère de la duchesse de Berry. Il est le fils de Charles Albert Camillus X Massimo, prince d’Arsoli et de Frances de Paola Lucchesi-Palli des princes de Campofranco.
De cette union naissent quatre enfants : Margherita Massimo (1898-1922), mariée à Zarauz en 1922 avec le comte Emilio Pagliano (1881-1953), conseiller à l’ambassade d’Italie à Madrid. Sans postérité ; Fabiola Massimo (1900-1983), mariée en 1922 avec le baron Enzo Galli Zugaro (1898-1986), avec postérité. Pendant un certain temps, il y a eu des spéculations sur son possible mariage avec son oncle, le prince Jacques de Bourbon, qui est mort sans enfant en 1931. Apparemment, les dispenses nécessaires et l’autorisation du prince Fabrizio pour le mariage susmentionné n’ont pas été obtenues. Maria della Neve Massimo (1902-1984), mariée en 1927 avec Charles Piercy (1893-1954). La princesse fait don du cœur du petit Louis XVII de France à la basilique de Saint-Denis. Sans postérité ; Bianca Massimo (1906-1999), mariée en 1943 avec le comte Pablo von Wurmbrand-Stuppach (1891-1962), dont postérité. Biographie
Une princesse de Bourbon
Une enfance parisienne vignette|redresse|La famille du duc de Madrid en 1886. De gauche à droite apparaissent Jacques, Alice, Marguerite, Charles, Béatrice, Elvire et Blanche.La princesse Marie-Béatrice naît le à la villa Ader située Boulevard du NordAujourd’hui nommé « Boulevard Alsace-Lorraine »., dans la ville de Pau, elle-même située dans le sud de la France. Baptisée dans l'oratoire de cette demeure, Béatrice reçoit pour parrain son arrière-grand-père le duc Charles II de Parme et pour marraine, son arrière-grand-mère et épouse du précédent, la princesse Marie-Thérèse de Savoie. Elle est déclarée à l’état civil de Pau sous les prénoms de par la sage-femme de sa mère ainsi que par le marquis de la Romana et Guillaume Estrada, secrétaire de la duchesse de Madrid.
Avant-dernier enfant et troisième fille du prince Charles de Bourbon et de son épouse, née Marguerite de Parme, Béatrice compte parmi ses proches plusieurs princes et souverains européens. Côté paternel, la princesse est la petite-nièce du dernier duc de Modène, et de la comtesse de Chambord. Toujours par son père, Béatrice est également la cousine issue de germain de la dernière reine de Bavière, née Marie-Thérèse de Modène. Le duc Robert de Parme, son oncle maternel, est le chef de la maison de Bourbon-Parme, tandis que sa tante maternelle, née Alice de Parme, est l’épouse du grand-duc détrôné de Toscane. L’oncle de sa mère, le comte de Chambord, est alors le chef de la maison de Bourbon.
En 1876, alors que Béatrice n’a que 2 ans, la défaite de la guerre carliste pousse son père, le prince Charles de Bourbon, à se rendre en Amérique du Sud. La princesse Béatrice, sa mère et le reste de sa fratrie demeurent à Pau jusqu'à lorsque la famille déménage à Neuilly-sur-Seine. L'hôtel particulier dans lequel s'installent la duchesse de Madrid et ses enfants est l'ancienne résidence de la reine Marie-Christine d'Espagne, mère d'Isabelle II et veuve de Ferdinand VII. Spacieuse et élégante, la demeure devient la résidence permanente de la famille à partir de la fin de l'année 1876. À cette époque, le duc de Madrid, de retour d'Amérique, se rapproche du légitimisme et assiste dès lors, avec son épouse, aux messes commémoratives données en mémoire de Louis XVI et Marie Antoinette. Le couple princier y fréquente alors l'ancienne reine Isabelle II, mais aussi le duc de Nemours ou l'ancien roi François II des Deux-Siciles.
Petite fille, Béatrice débute sa scolarité à Paris, comme ses sœurs et son frère aîné. En 1881, le duc de Madrid est expulsé de France et la famille se sépare. Marguerite et ses filles s'installent à la Tenuta Reale en Toscane, tandis que Charles vit à Venise. Leur fils Jacques débute quant à lui ses études au Royaume-Uni.
Une éducation européenne vignette|La princesse Béatrice prise en photo à Paris en 1878 par Nadar.|gaucheLes quatre princesses bénéficient d’une éducation soignée dispensée dans un couvent florentin, le Sacré Cœur. C’est dans cette institution catholique que Béatrice apprend l’italien, parlant déjà le français et l’espagnol. Chaque année, les Bourbons se rendent à Frohsdorf, un immense château autrichien où vit en exil son oncle, le comte de Chambord. La demeure se situant non loin du , demeure du duc de Parme, Béatrice y tisse des liens solides avec ses très nombreux cousins et cousines.
La religion tient une place prépondérante dans la vie de leur mère qui veille attentivement à la préparation de ses aînés en vue de leur profession de foi par des lectures pieuses et des actes de charités. Béatrice suit également des leçons de piano, de danse et d’équitation visant à en faire une jeune femme accomplie. Considérée comme moins belle que ses sœurs Blanche et Alice, Béatrice demeure tout de même agréable, bien qu’assez timide. Par la suite, la princesse Béatrice fait ses études au couvent des Salésiennes de Zangberg en Bavière. Lorsque son éducation s’achève, Béatrice parle couramment français, espagnol, italien et allemand, elle possède également une grande culture et se passionne pour les beaux-arts.
Lorsqu’elle fête ses 18 ans, en 1892, elle fait son : contrairement à ses sœurs, Béatrice est plus timide et attachante. Alors que sa sœur aînée Blanche s’était fait rapidement remarquer à Vienne pour son caractère flamboyant et sa grande beauté, Béatrice demeure plus effacée.
Alors qu’elle est âgée de 19 ans, le , sa mère meurt dans la villa Tenuta Reale de Viareggio. Après une année de deuil, le , son père épouse en secondes noces la princesse Marie-Berthe de Rohan (1868-1945), action qui choque profondément ses enfants qui n’apprécieront jamais leur belle-mère.
En Italie
Princesse de Roviano vignette|Béatrice et son époux le prince Fabrizio Massimo, en 1897. Malgré le scandale causé par la fuite de la princesse Elvire, le duc de Madrid songe à « établir » ses deux dernières filles encore célibataires.
Selon les dires de Francisco Martín Melgar, secrétaire du duc de Madrid, la princesse Béatrice était depuis longtemps amoureuse de son cousin le prince italien Fabrizio Massimo. Le couple semble s’entendre, partageant un amour commun pour les artsFabrizio Massimo était passionné de peinture, de poésie et de musique.. Malgré tout, le père de la jeune fille s'oppose d'abord vigoureusement à ce rapprochement, considérant le prince comme à la fois trop pauvre et d’une moralité peu conforme. Finalement, le duc de Madrid accepte le projet, largement influencé par son épouse, désireuse, selon Francisco Martín Melgar, de .
La princesse Béatrice se fiance donc, le , avec son cousin, Fabrizio Massimo, prince de Roviano et duc d’Anticoli-Corrado, petit-fils par sa mère de la duchesse de Berry. Il est le fils de Charles Albert Camillus X Massimo, prince d’Arsoli et de Frances de Paola Lucchesi-Palli des princes de Campofranco..
Le jeune homme venant d’une illustre famille de la noblesse noire, alliée de longue date aux familles royales européennes, l'union est considérée à l'époque comme étant acceptable, bien qu’un peu fade, en comparaison du mariage de sa sœur aînée Blanche avec un archiduc d’Autriche. Les deux grand-mères du marié étant nées dans des familles royales (Marie-Gabrielle de Savoie et Marie-Caroline de Bourbon-Siciles), les deux mariés sont de très proches parents.
Le , Béatrice épouse à Venise le prince Fabrizio. C'est le patriarche de la « Sérénissime », le cardinal Sarto (futur pape Pie X) qui bénit leur union. Les témoins de Béatrice sont son frère Jacques, ainsi que son oncle maternel le comte de Bardi. Pour Fabrizio, c’est son père le prince d’Arsoli, et son oncle le duc de la Grazia. Le couple reçoit près de 200 télégrammes provenant de carlistes et de légitimistes, mais aussi de membres de familles royales. La cousine germaine de Béatrice, la princesse Marie-Louise de Bulgarie, lui écrit ainsi :
Selon le journal le Phare d’Alexandrie, Béatrice aurait dû avoir une dot de 400 000 francs mais n’en eut que le dixième, chose qui détériora ses relations avec son époux, alors ruiné.
Deux mois seulement après leur mariage, le , le même cardinal marie sa sœur Alice de Bourbon avec le prince Frédéric de Schönburg-Waldenburg.
Un rôle social limité Les jeunes époux s’installent, dès le début de leur mariage, à Rome, dans le palais Massimo alle Colonne. Ce bâtiment est alors la résidence du prince et de la princesse d’Arsoli, parents de Fabrizio. Bien que ruinée, la famille Massimo demeure l’une des plus importantes de la capitale italienne et Béatrice et son époux deviennent rapidement des membres remarqués de la vie mondaine romaine à la Belle Époque. De fait, Béatrice est, dans sa famille par alliance, celle qui possède le plus haut rang. Elle possédera ce statut à part, jusqu'au mariage de son neveu Leone avec la princesse Marie-AdélaïdeBéatrice est née altesse royale alors que la plupart des membres de sa belle-famille ne sont qu'excellence. En outre, l'épouse du prince Francesco (et mère de Leone) n'est née avec aucun prédicat..
Le couple fait également de longs séjours au château de Roviano, chef-lieu de la principauté du même nom que possède Fabrizio depuis 1895.
Vie familiale désastreuse gauche|vignette|La famille de la princesse de Roviano en 1908. De gauche à droite apparaissent Margherita, Béatrice, Fabiola, Maria della Neve, et Bianca.Au fil des années, Béatrice et Fabrizio donnent le jour à quatre filles, les princesses Margherita (née en 1898), Fabiola (née en 1900), Maria della Neve (née en 1902) et Bianca (née en 1906). Les naissances des trois aînées se déroulent dans un climat plutôt agréable bien que les relations du couple se dégradent progressivement, Fabrizio trompant allègrement son épouse.