Gabriel Morales y Mendigutía, également : Gabriel de Morales Mendigutía (Sancti Spiritus, Cuba, 1866 - Anoual, Maroc, 1921), est un militaire, arabiste, historien et académicien espagnol.

Après une formation à l’Académie d’état-major, il fut versé dans des unités combattantes à Cuba et dans la place forte de Melilla, dans le nord-est du Maroc, où il lui fut donné de participer aux campagnes militaires menées par l’Espagne en 1908 et 1909 aux alentours de cette ville (notamment dans le Ravin-aux-Loups). Parallèlement, il s’initia à l’arabe et au berbère, et s’attachait à se familiariser avec la société rifaine, qu’il étudia avec soin.

Après un poste à Larache, dans l’ouest du Maroc espagnol, Morales fut nommé en 1919 commandant en chef de l’Office central des Affaires indigènes et des Troupes de police indigène de Melilla, auquel titre il eut à son service Abdelkrim, futur résistant et dirigeant rifain ; les deux hommes s’appréciaient mutuellement, au point de se lier d’amitié.

Pour étendre la tutelle espagnole sur tout le territoire assigné à l’Espagne en vertu du traité de Fès, Morales, fin connaisseur de la mentalité rifaine, préconisait la méthode « politique » (c’est-à-dire la persuasion des notables locaux, notamment au moyen de prébendes), plutôt que la conquête militaire brutale. Un tel travail « politique » préalable fut un des facteurs permettant à Silvestre, commandant général de Melilla depuis 1920, de conquérir à l’été et l’automne 1920 avec un minimum de pertes les kabilas (tribus rifaines) à l’ouest du fleuve Kert, opérations auxquelles Morales lui-même prit part à la tête de ses supplétifs de la Police indigène.

Si Morales se montra réticent envers la subséquente série d’opérations militaires de , qui permirent à Silvestre d’établir un dispositif d’une vingtaine de positions plus à l’ouest encore, avec pour camp de base la position d’Anoual, il était explicitement opposé à la percée vers Dhar Ubarran du décidée par Silvestre, qui allait se révéler comme le prélude à la débâcle espagnole d’Anoual de juillet/. Morales perdit la vie lors de la retraite de l’armée espagnole du camp d’Anoual le . Son cadavre, retrouvé et identifié par les Rifains, fut, en signe d’hommage, restitué par Abdelkrim aux autorités espagnoles.

Auteur de publications historiographiques sur Melilla, Morales était membre de l’Académie royale d'histoire.

Biographie Origines familiales, formation et débuts dans la carrière des armes Fils de José Morales y Montero de Espinosa, colonel d’infanterie de son état., et d’Ana Mendigutía Navarro, Gabriel Morales suivit à partir de une formation à l’Académie d’état-major, d’où il sortit diplômé en , avec le grade de lieutenant. Il accomplit ses stages pratiques dans différentes unités, puis, en , élevé entre-temps au rang de capitaine, fut affecté une première fois, pour une période de deux ans, dans la place forte espagnole de Melilla, dans le nord-est du Maroc.

Deux années plus tard, en , s’étant vu assigner un poste dans la circonscription militaire de Cuba, il débarqua à La Havane et prit part à plusieurs opérations militaires contre les insurgés, remplissant notamment l’office de chef du personnel (jefe del Detall) de la brigade, que commandait le général Marina, à qui il allait être attaché personnellement et professionnellement quelques années plus tard à la Comandancia General de Melilla.

Carrière militaire Affectation à Melilla En , au terme de la campagne cubaine, Morales fut muté vers Melilla et monta au rang de commandant d’état-major. Après une brève période à Malaga, il revint en au Maroc, comme aide de camp du général Marina, qui venait d’être nommé gouverneur de la place de Melilla, et eut à ce titre tout le loisir d’observer la lutte que se livraient dans les environs immédiats de Melilla les forces royales marocaines et les insurgés dirigés par le Rogui Bou Hmara. En 1908, il participa aux opérations militaires qui allaient permettre aux Espagnols d’occuper le fortin de La Restinga, sur la Mar Chica, en territoire marocain. Lors de la subséquente campagne de 1909, il était engagé dans les opérations (dont il sortit indemne) qui aboutirent à la prise le des positions de Sidi Moussa et de Sidi Ahmed el Hach puis de celles de Sidi Aïcha et de Barranco del Lobo, ce qui lui valut d’être promu lieutenant-colonel pour mérites de guerre.

Dans la même période, il fit la connaissance d’Abdelkrim, futur dirigeant rifain, qui depuis 1908 travaillait à son service comme secrétaire à l’Office des Affaires indigènes, et se lia d’amitié avec lui. Morales suivait les cours d’arabe et d’amazigh professés par Abdelkrim à l’Académie marocaine. C’est lui qui désigna Abdelkrim au poste de premier juge de Melilla ou kadi koda (juge des juges, cadi chef), avec pleine compétence juridictionnelle pour les contentieux autochtones.

Affectation au pays Jbala Dans ses fonctions d’aide de camp du général Marina Vega, lequel venait d’être désigné haut-commissaire du protectorat espagnol au Maroc (avec siège à Tétouan), Morales suivit celui-ci en 1913 au pays Jbala, dans l’ouest du Maroc espagnol, où il assista à plusieurs opérations militaires visant à étendre la zone sous occupation espagnole, jusqu’au moment où, à la suite de la démission de Marina en , il perdit ses fonctions dans le Protectorat et s’en alla occuper différents postes en métropole. Un an plus tard cependant, il revint au Maroc pour exercer comme chef d’état-major de la Comandancia General de Larache, également dans la partie occidentale du Protectorat. Après avoir collaboré à diverses opérations militaires, il quitta son poste après sa promotion au grade de colonel en et fut nommé commandant en chef de l’Office central des Affaires indigènes et des Troupes de police indigène de Melilla.

À la tête de la Police indigène La Police indigène, corps supplétif qui se composait de ( d’infanterie et une de cavalerie) comprenant chacune environ, comptait, à la date du , , tous Marocains hormis les officiers, et désormais placés sous le commandement de Morales.. À la tête de ses troupes de Police indigène, Morales apporta son concours à l’établissement de plusieurs positions militaires espagnoles, dont celles de Tamassousine, Driouch, Ababda, Hamouda, Tafersit et Azib Midar, et dans quelques-unes desquelles il fonda des écoles « indigènes ».

vignette|250px|Groupe de Policiers indigènes dans leur tenue civile d’origine (l’uniforme sera imposé à partir de 1912). Outre le français et l’anglais, Morales maîtrisait l’arabe et l’amazigh. Il accomplit sa mission en mettant ses connaissances approfondies du territoire et de ses populations au service de ses efforts de persuasion politique, œuvre à laquelle Abdelkrim lui-même, devenu chef de la résistance rifaine à l’avancée espagnole, allait plus tard rendre hommage. Il était favorable à l’instauration de relations durables entre Espagnols et Rifains par le biais d’une politique pacifique de connaissance et de respect mutuels. Ainsi fut-il, vers la même époque, le concepteur des dénommés « Questionnaires de kabila », dans le cadre d’un travail de recherche sur le peuple rifain et sur les différentes kabilas (tribus rifaines) de la zone orientale du Protectorat, sous l’angle historique, géographique, économique, sociologique, anthropologique et ethnographique. Il accomplit un fructueux travail de rapprochement avec les natifs du territoire, pactisant avec les Beni Oulichek, les Temsamane et les Bocoia, et plus particulièrement avec les Beni Ouriaghel. Morales connaissait bien le père Abdelkrim et le fils aîné, avec lesquels il entretenait une correspondance épistolaire régulière. Ses subalternes disaient de Morales : « il ne mange ni ne dort, et ne laisse personne ni manger ni dormir ».

Parallèlement, le piteux état des troupes espagnoles n’échappait pas au regard de Morales, lesdites troupes lui apparaissant mal entretenues, peu adaptées à la nature implacable du terrain, en proie aux maladies, épuisées par les marches, sapée par le désœuvrement, au moral bas, sacrifiées dans de vaines entreprises, vouées à l’affolement au moindre imprévu. Il en concluait que les seuls corps d’armée espagnols aptes à opérer dans le Rif était le sien, la Police indigène, et les Regulares.

Si le prédécesseur de Silvestre à la Commandancia General de Melilla, le général Aizpuru, de qui Morales était la main droite, demandait conseil à celui-ci et suivait habituellement ses points de vue, Silvestre au contraire l’écoutait certes, mais sans se plier à ses recommandations. Il y avait une certaine incompatibilité de caractère entre Morales et le commandant général Silvestre. De cinq ans l’aîné de Silvestre, Morales paraissait nettement plus vieux que son âge et semblait physiquement diminué. De petite taille, arrivant à l’épaule de Silvestre, il était affable et timide, souvent ironique, mais, homme de peu d’ambition, il n’arborait pas les épaulettes de général de brigade que sa feuille de service aurait dû lui valoir. Dans sa Police indigène, il jouissait de la dévotion tant des officiers que des sous-officiers et des hommes de troupe, ainsi que du respect des chefs rifains, en particulier de la famille Abdelkrim.

Pour instaurer la tutelle espagnole sur le Rif central, Aizpuru et Morales avaient tablé sur les Abdelkrim, selon un plan simple consistant à distribuer des prébendes, à créer des allégeances, puis à couronner celles-ci par une vaste opération amphibie. À l’opposé, les gouvernements Dato et Allendesalazar d’une part, et Berenguer et Silvestre de l’autre, misaient sur la conquête militaire en lieu et place d’accords préalablement conclus avec les notables rifains.

Offensive espagnole du printemps-été 1920 vignette|240px|Situation des différentes tribus (cabilas) dans le Maroc septentrional. La décision, prise par Silvestre en concertation avec Berenguer, de mener cette offensive avait été inspirée par l’idée de Morales selon laquelle il serait aisé, une fois que l’on aurait mis la main sur Tafersit, de soumettre dans la foulée les kabilas de Tensamane, Beni Oulichek, Beni Saïd et Beni Touzine, et d’ouvrir ainsi la voie vers le territoire des Beni Ouriaghel et la baie d’Al Hoceïma.

Le succès des avancées militaires espagnoles de 1920, où les kabilas visées furent mises sous l’autorité espagnole, était certes dû à l’art militaire de Silvestre, à sa rapidité d’exécution, mais aussi à l’habileté de Morales, qui grâce à ses profondes connaissances de la contrée et de ses habitants, et avec l’aide d’un réseau serré d’informateurs mis en place par lui et lui fournissant un flux continu de renseignements, avait su auparavant gagner les bonnes volontés rifaines et fait en sorte par là que la progression espagnole se soit faite sans grande effusion de sang, voire que, en nombre d’occasions, les Rifains eux-mêmes se soient joints à l’entreprise, sous la forme de harkas dites « amies ».

Nouvelle ligne de front Anoual-Sidi Driss (janvier-février 1921)