L’histoire de l’Écosse au Moyen Âge concerne la période allant de la mort de Domnall en 900 à celle du roi Alexandre en 1286, laquelle mène indirectement aux guerres d’indépendance de l’Écosse.
300px|thumb|right|Le château de Dunnottar sur la côte orientale de l'Écosse occupe l’un des meilleurs sites défensifs de Grande-Bretagne. L’emplacement fut utilisé durant tout le Moyen Âge, les constructions actuelles datant du .
Aux , le nord de l’île de Grande-Bretagne connaît une domination croissante de la culture gaélique, et du royaume seigneurial connu sous le nom gaélique de « Alba », en latin « Albania » ou « Scotia », et en anglais en tant que « Scotland ». À partir de l’est de l’Écosse, dans une région située au nord du fleuve Forth, le royaume prend possession progressivement de terres s’étendant plus au sud. Ce royaume, faisant plus largement partie du monde gaélique, possède une culture florissante.
Après le règne du roi David au , les monarques écossais sont davantage décrits comme Scoto-Normands que gaéliques, préférant la culture française à la culture écossaise indigène. Ils s’implantent et entreprennent une sorte de « conquête normande » écossaise. La conséquence en est la diffusion d’institutions et de valeurs sociales françaises. En plus de cela, les premières villes, appelées burghs, apparaissent dans la même région, et au fur et à mesure qu’elles se développent, l’anglais moyen s’implante. À un certain degré, ces développements sont compensés par l’acquisition de la partie viking peu à peu gaélicisée de l’ouest, et par la gaélicisation de beaucoup des grandes familles de population française et d’origine anglo-normande, de sorte que la période se ferme avec ce qui s’est appelé une « renaissance gaélique », et une identité nationale écossaise affirmée. Cependant, il reste beaucoup à faire pour rester dans la continuité. En 1286, les développements économiques, institutionnels, culturels, religieux et législatifs rapprochent l’Écosse de ses voisins anglais ou continentaux. Le royaume d'Écosse possède alors à peu près les frontières politiques de l’Écosse moderne.
Historiographie
L’histoire de l’Écosse à cette période est relativement bien étudiée. De nouveaux travaux sont publiés chaque année au Royaume-Uni, et le domaine de l’Écosse médiévale est à la fois vivant et en évolution. Les médiévistes écossais peuvent généralement être regroupés dans deux catégories : les celticistes et les normanistes. Les premiers, comme David Dumville, Thomas Owen Clancy et Dauvit Broun, portent leurs études sur les cultures indigènes du pays et ont souvent une formation linguistique dans les langues celtiques. Les normanistes s’intéressent aux cultures françaises et anglo-françaises telles qu’elles ont été introduites en Écosse après le . Le plus éminent de ces universitaires est G. W. S. Barrow, qui a consacré sa vie à étudier la féodalité en Grande-Bretagne et en Écosse au Haut Moyen Âge. Le débat sur le changement ou la continuité qui dérive de cette division entre gaéliques et normands est actuellement sujet aux plus vives discussions. Pendant une grande partie du , les universitaires accentuèrent l’importance du changement culturel qui eut lieu en Écosse pendant la période normande. Cependant, beaucoup d’historiens, comme Cynthia Neville ou Richard Oram, bien que n’ignorant pas les changements culturels, arguent du fait que la continuité avec la culture gaélique fut au moins aussi importantee.g. Oram, The Lordship of Galloway, (2000); Boardman & Ross (eds.) The Exercise of Power in Medieval Scotland, (2003); Neville, Native Lordship (2005)..
Origine du royaume d’Alba 151px|thumb|right|Sueno's Stone, pierre Picte situé à Forres, dans le vieux royaume de Fortriú, est un testament à la puissance des rois des Pictes.
Pendant la période de l’occupation romaine, la province de Bretagne (Britannia) s’étend officiellement au mur d’Hadrien. Entre ce mur et celui d’Antonin, les Romains entretiennent une série d’États-tampons en séparant le territoire occupé par les Romains du territoire des Pictes. Le développement du « Pictland » lui-même, d’après le modèle historique développé par Peter Heather, est une réponse normale à l’impérialisme romainHeather, "State Formation", (1994), 47–63. Vers 400, les États-tampons deviennent le royaume bryttonique d’Hen Ogledd (le Vieux Nord), et en 900, le royaume des Pictes se mue en royaume gaélique d’Alba.
Histoire et mythe de l’Écosse
Au , l’élite écossaise commence à développer un mythe de conquête pour expliquer sa gaélicisation, un mythe souvent connu sous le nom de trahison de MacAlpin, dans lequel Cináed, roi de Dál Riata de la première moitié du est censé avoir annihilé les Pictes et fondé Alba. Les plus anciennes versions incluent La Vie de Saint Cathróe de MetzDumville, "St Cathróe of Metz", pp. 172–176; text translated on A.O. Anderson, Early Sources, vol. i, pp. 431–443 et des généalogies royales font remonter leurs origines à Fergus Mórfor text and commentary, see Bannerman, Studies (1974) & Dumville "Ireland and North Britain", (2002).. Pendant le règne de Máel Coluim , le Duan Albanach (Chanson des Scots) inscrit le mythe dans la tradition poétique gaéliqueM. Anderson, Kings and Kingship (1973), p. 79, n. 11; for text, "Irish" Nennius at CELT.. Aux et s, ces traditions mythiques sont incorporées à des documents maintenant appelés manuscrit de Poppleton et déclaration d’Arbroath. Ces traditions restent ancrées jusqu’au début de la période moderne et au-delà ; même le roi Jacques d’Écosse (Jacques d’Angleterre) fait remonter son origine à Fergus, énonçant en ses propres mots, qu’il était « un monarque jailli de la lignée de Fergus »Pittock, Celtic Identity, (1999), p. 18..
Cependant, les historiens modernes commencent maintenant à rejeter cette conceptualisation des origines écossaises. Aucune source contemporaine ne mentionne cette conquêtee.g. Dauvit Broun, "Dunkeld and the Origins of Scottish Identity" (1999); Dauvit Broun, "Kenneth mac Alpin", (2001), p. 359; Alex Woolf, "Ungus (Onuist), son of Uurgust", (2001), p. 604; Katherine Forsyth, "Scotland to 1100" (2005) pp. 28–31. Compare older accounts, such as in Alfred Smyth, Warlords and Holy Men, (Edinburgh, 1984), pp. 175–189. De plus, la gaélicisation du Pictland fut un long processus antérieur à Cináed, et est mis en évidence par l'usage de la langue gaélique par les chefs PictesSee Clancy, "Philosopher-King: Nechtan mac Der-Ilei"., le patronage royal des poètes gaéliquesClancy (ed.), The Triumph Tree, p. 115; ibid. pp. 15–16 for suggestion as contemporary praise poetry., des inscriptions gaéliquesFoster, Sally, Picts, Gaels and Scots (1996)., et l'attribution de noms de lieux en gaéliqueNicolaisen Scottish Place-names (1976/2001), pp. 165–191 ; Simon Taylor, "Place-names", (1996), pp. 93–103.. Bien que le terme roi d’Alba ne soit apparu qu'au début du AU, s.a. 900; A.O. Anderson, Early Sources, vol. i, p. 395., il est possible qu'il ne soit qu'une traduction gaélique pour Pictland (royaume des Pictes). Ce changement d'identité trouve possiblement son origine dans l'extinction de la langue picte, bien que la « scotisation » présumée de l'Église picte par Causantín IIChronicle of the Kings of Alba; A.O. Anderson, Early Sources, vol. i, p.445. et le traumatisme causé par les invasions vikings, particulièrement ressenties dans le centre du royaume picte de Fortriú, y jouèrent un rôle d'importanceWoolf, "Geography of the Picts", (forthcoming)..
En dehors d'Alba, le royaume de Strathclyde dans la vallée de la rivière Clyde reste semi-indépendant, de même que les Gaëls d'Argyll et les îles à l'ouest des côtes écossaises (autrefois appelées Dál Riata). Le sud-est est absorbé par les Anglais du Royaume de Bernicie/Northumbrie au , tandis qu'une grande partie des Hébrides, des Northern Isles, ainsi que le secteur de Caithness passent sous contrôle viking. Le Galloway subit également une forte influence du peuple viking, bien qu’il n'y a pas eu de royaume unifié dans cette zone.
Le royaume d’Alba ou de Scotia
Rois gaéliques : de Domnall à Alexandre thumb|250px|La Bête Picte, de loin l’image la plus généralement représentée sur les pierres pictes. La mesure dans laquelle les symboles comme celui-ci ont continué à avoir une signification durant le Haut Moyen Âge reste une énigme non résolue.
Le roi Domnall , mort au château de Dunnottar en 900, est le premier homme à avoir été appelé rí Alban (roi d’Alba) ; ceci signifiant roi de Grande-Bretagne ou d’Écosse, la signification d’Alba ayant été fluctuante à cette époque. Tous ses prédécesseurs portaient en effet soit le titre de roi des Pictes, soit celui de roi de Fortriu. Ce changement est tel dans les chroniques gaéliques qu’il est parfois considéré comme marquant la naissance de l’Écosse, bien qu’il n’y ait aucune trace du règne de Domnall qui puisse confirmer cela. Domnall eut comme surnom dásachtach, terme qui s’applique à un fou, ou, selon la loi irlandaise de l’époque, à un homme qui n’est pas en possession de ses moyens et par conséquent sans culpabilité légaleKelly, Early Irish Law, (1998), p.92.. En fait, le long règne (900–942/3) du successeur de Domnall, Causantín est davantage considéré comme la clef de voute de la formation du royaume du Haut Moyen Âge d’Albae.g. BBC documentary In Search of Scotland, ep. 2.. En dépit de quelques reculs, c’est lors de son règne d’un demi-siècle que les Scots repoussent tout danger d’agrandissement du territoire viking au-delà des Hébrides extérieures, des Northern Isles et de la région de Caithness.
La période comprise entre l’accession au trône de Máel Coluim et celle de Máel Coluim est marquée par de bonnes relations avec les rois d’Angleterre (alors issus du Wessex), une intense désunion dynastique interne et, en dépit de cela, des politiques expansionnistes relativement réussies. En 945, le roi Máel Coluim reçoit le Strathclyde d’un arrangement avec le roi Edmond d’Angleterre, un événement quelque peu contrebalancé par une perte de contrôle sur le comté de MorayA.O. Anderson, Early Sources, vol. i, p. 452.. Lors du règne du roi Idulb (954–962), les Scots capturent la forteresse nommée l’oppidum d’Eden, qui deviendra ÉdimbourgHudson, Celtic Kings, (1994), p. 89.. Leur contrôle sur le Lothian est renforcé par la victoire de Máel Coluim sur les habitants de Northumbrie et par la bataille de Carham en 1018. Les Scots ont probablement une forte influence sur le royaume de Strathclyde depuis la fin du , mais le royaume gardait ses propres souverains, et il n’est pas évident que les Scots aient toujours été suffisamment forts pour imposer leur autoritéibid. pp. 95–96..
Le règne du roi Donnchad à partir de 1034 est troublé par des échecs militaires. Il est défait et tué par le Mormaer de Moray, Macbeth, qui devient roi en 1040Hudson, Celtic Kings, p. 124.. Macbeth règne pendant dix-sept ans, période durant laquelle l’Écosse connait une telle période de paix que le roi peut se permettre de partir en pèlerinage pour Rome. Il est néanmoins renversé par Máel Coluim, le fils de Donnchad, qui dix-huit mois plus tard vainc Lulach , beau-fils et successeur de Macbeth, pour devenir le roi Malcolm .