(littéralement « voleur de la terre bien-aimée ») est un genre fossile de grands dinosaures théropodes carnivores ayant vécu durant l'étage Cénomanien du Crétacé supérieur, dans l'actuel l'Afrique du Nord. La seule espèce rattachée à ce genre est , connue à partir d'un unique spécimen découvert en 1914 dans la formation de Bahariya, en Égypte. Le spécimen en question consiste en un squelette partiel qui inclut quelques os crâniens, des vertèbres et des os provenant des pattes arrière. D'abord décrits en 1931 comme provenant de Carcharodontosaurus par Ernst Stromer, les fossiles, stockés à Munich, sont détruits en 1944 durant la Seconde Guerre mondiale. En 2025, un examen des photographies du matériel fossile permet à des chercheurs de redécrire ce spécimen en tant qu'holotype d'un genre distinct.

Tameryraptor est un grand carcharodontosauridé, incarnant même l'unique représentant africain documenté avec un squelette postcrânien, bien que partiellement preservée. Comme ses proches parents, l'animal a un grand crâne de construction légère, mais se distingue par une protubérance semblable à une corne sur son museau. Ses vertèbres sont robustes mais contiennent des dépressions où seraient présents des systèmes de sacs aériens. De nombreux grands théropodes du Cénomanien de l'actuelle Égypte cohabitent avec Tameryraptor, dont le spinosauridé Spinosaurus, le controversé Bahariasaurus, ainsi que de grands abelisauridés présentement non nommés.

Découverte et dénomination alt=Photo d'archive d'un scientifique se tenant à coté d'un grand fémur fossile d'un dinosaure.|vignette|redresse=0.9|left|Ernst Stromer, ici en 1914 avec un fémur de Bahariasaurus, est le descripteur original du squelette holotype de Tameryraptor en 1931.

Début , des fossiles de théropodes sont découverts dans des marnes situées près d'Ain Gedid, en Égypte, par le paléontologue austro-hongrois Richard Markgraf. Les marnes de cette région datent du Cénomanien et proviennent de la formation de Bahariya, l'un des nombreux sites du Crétacé d'Afrique du Nord.... À Bahariya, Markgraf participe à une vaste collecte de squelettes de dinosaures au service de son employeur, le paléontologue allemand Ernst Stromer du musée paléontologique de Munich. Il trouve ainsi un grand squelette partiellement préservé, depuis catalogué SNSB-BSPG , composé d'un crâne partiel qui comprend les os nasaux, une grande partie des maxillaires, une boîte crânienne incomplète et des dents. Les éléments postcrâniens incluent trois vertèbres cervicales, une vertèbre caudale, deux chevrons, un bassin incomplet, la partie proximale d'une côte dorsale, les deux fémurs et le péroné gauche..

Du fait des tensions politiques entre l’Empire allemand et le sultanat d'Égypte, alors sous occupation britannique, le squelette met plusieurs années à parvenir en Allemagne : ce n'est qu'en 1922 qu'il est acheminé à Munich, où il est décrit par Stromer en 1931. Pour Stromer, les dents de ce spécimen correspondraient à la dentition caractéristique de l'espèce Megalosaurus saharicus, originellement décrite en 1925 par les paléontologues français Charles Depéret et Justin Savornin.. Constatant ces traits uniques, il estime alors nécessaire d’établir un nouveau genre, qu'il nomme Carcharodontosaurus, pour inclure cette espèce. Durant la Seconde Guerre mondiale, le spécimen concerné est détruit lors du raid aérien des bombardiers de la British Royal Air Force sur Munich, dans la nuit du 24 au , et ceux avec d'autres échantillons fossiles provenant de Bahariya... Un endocaste a cependant été réalisé : il est la seule relique restante du spécimen.

Dans les années 1990, l’étude des carcharodontosauridés connaît un regain d’intérêt, marqué notamment par la découverte au Maroc d’un nouveau spécimen attribué à C. saharicus, premièrement décrite en 1996. Celui-ci, consistant en un crâne incomplet, est ensuite désigné comme le néotype de l'espèce en 2007, bien que le squelette décrit par Stromer soit toujours classé comme y appartenant également.. L'appartenance de ce squelette à C. saharicus est discutée pour la première fois par les paléontologues italiens Alessandro Chiarenza et Andrea Cau au sein d'une étude publiée en 2016. Plus précisément, bien que les auteurs les voient comme similaires, ils notent que le spécimen de Stromer et le néotype marocain diffèrent sur certains traits crâniens.. C'est en 2025 que Maximilian Kellermann, Elena Cuesta et Oliver Rauhut réidentifient SNSB-BSPG comme l'holotype d'un nouveau genre et espèce de carcharodontosauridé du nom de Tameryraptor markgrafi. Le spécimen ayant été détruit, les auteurs établissent sa description à partir du moulage restant de l'endocaste, de deux photographies d'archives auparavant non répertoriées, ainsi que des croquis présents dans les travaux de Stromer. Le nom générique Tameryraptor combine le mot Ta-mery, nom informel en égyptien ancien signifiant « terre bien-aimée », avec le mot latin signifiant « voleur ». L'épithète spécifique est choisie en l'honneur de Markgraf, ce dernier ayant découvert le squelette holotype.

Description Dans sa description de 1931, Stromer suggère que le squelette holotype depuis assigné à Tameryraptor a à peu près la même taille que le tyrannosauridé Gorgosaurus, c'est-à-dire environ de long...

Crâne et dentition vignette|redresse=1.25|Reconstruction désormais obsolète du crâne et de l'endocaste du spécimen holotype tel qu'effectuée par Stromer en 1936.|alt=Croquis erroné en noir et blanc d'un crâne d'un dinosaure théropode, accompagné de deux reconstitutions du cerveau de l'animal.

Le crâne originellement décrit par Stromer est incomplet et gravement endommagé, le museau étant représenté uniquement par des os nasaux presque complets et le maxillaire gauche détériorié. Les parties médianes des os nasaux portent de fortes rugosités, semblables à celles d'autres carcharodontosauridés. Cependant, ces mêmes os nasaux sont caractérisés par une saillie en forme de corne, mesurant de haut, ce qui n'est observé chez aucun autre taxon apparenté. La proéminence de la corne est accentuée par une dépression située derrière la saillie. Bien que comparable à la corne nasale du théropode éloigné Ceratosaurus, elle est beaucoup moins prononcée. Les os nasaux présentent une grande fosse antéorbitaire étendue (dépressions sur l'os nasal) qui s'étend le long de la fenêtre antéorbitaire. C'est l'une des nombreuses caractéristiques qui distinguent Tameryraptor des autres genres de carcharodontosauridés. Les deux maxillaires sont préservés malgré les dommages et l'usure. Le maxillaire complet de Tameryraptor mesurerait de long, alors que celui du néotype de Carcharodontosaurus s'avère être plus grand malgré sa préservation incomplète. Les surfaces latérales du maxillaire présentent des rugosités, des crêtes verticales et des sillons beaucoup plus prononcés que chez les taxons apparentés. D'après le nombre d'alvéoles dentaires, le maxillaire porterait , un nombre inférieur à celui observé chez Carcharodontosaurus.

La partie arrière du crâne de Tameryraptor est représentée par les os pariétaux, les os frontaux, une partie du supraoccipital et un os occipital partiel. Dans l'ensemble, la boîte crânienne et la partie postérieure du crâne sont comparables à celles de Carcharodontosaurus, d’Acrocanthosaurus, de Giganotosaurus et de Meraxes. Les os frontaux sont convexes sur leur partie exposée, contrairement aux os frontaux plats présents chez les genres apparentés. Le supra-occipital présente une crête dorsale proéminente qui s'étend vers le processus paroccipital (le côté latéral de l'os occipital), similaire à celui de Meraxes. La facette préfrontale (la zone où le frontal rejoint le préfrontal) sur le frontal n'est pas élargie, un trait unique chez Tameryraptor parmi les carcharodontosauridés. Les dents des maxillaires de Tameryraptor s'avèrent être plus symétriques et triangulaires que celles de Carcharodontosaurus, étant plus semblables à un fragment de dent provenant des Kem Kem et à une dent isolée attribuée à Mapusaurus. Comme chez les autres carcharodontosauridés, les dents de Tameryraptor présentent des rides horizontales sur l'émail.

Squelette postcrânien vignette|gauche|redresse=1.4|alt=Diagramme reconstituant la position anatomique des fossiles ainsi que la taille d'un dinosaure théropode.|Croquis reconstituant le squelette de Tameryraptor, les éléments fossiles connus étant montrés en blanc. Pour indiquer la taille de l'animal, chaque carré représente .

L'holotype de Tameryraptor est actuellement le seul carcharodontosauridé connu d'Afrique préservant un squelette postcrânien partiel, et est même l'un des représentants les plus complets connu en dehors des taxons d'Amérique du Sud. Il subsiste de ce spécimen trois vertèbres cervicales qui incluent l'axis et deux autres cervicales antérieures articulées qui sont plus grandes, toutes gravement altérées. Bien qu'incomplet, l'axis est plus large que haut, portant des parapophyses à mi-hauteur sur ses deux côtés. Sa courte épine neurale est inclinée vers l'arrière et ressemble beaucoup à celle des carcharodontosauridés dérivés, mais contraste avec celles de Neovenator et d’Acrocanthosaurus, qui ont des épines plus hautes. Comme chez Giganotosaurus, les vertèbres cervicales de Tameryraptor sont surmontées d'épines neurales basses reliées par des apophyses transverses robustes qui pendent au-dessus des pleurocèles, des dépressions peu profondes sur les côtés des corps vertébraux, qui contiendraient des sacs aériens pneumatiques pour les alléger. Les corps de ces vertèbres portent des crêtes le long de leurs côtés ventraux. La vertèbre cervicale moyenne préservée, incarnant peut-être la quatrième en position, est opisthocoele, c'est-à-dire qu'elle a une extrémité postérieure concave, comme chez les carcharodontosaurinés. Le rapport entre la largeur transversale et la hauteur du corps vertébral antérieur est de 1,3, ce qui rend la vertèbre beaucoup plus large que les vertèbres cervicales préservées chez des carcharodontosauridés comme Giganotosaurus et Tyrannotitan, mais plus similaire à celle d’Allosaurus, un théropode plus basal. La troisième vertèbre cervicale décrite est non figurée et mal préservée, bien qu'elle soit apparemment plus postérieure le long du cou. Une vertèbre caudale antérieure a également été décrite. Celle-ci est courte et platycèle, c'est-à-dire dotée d'extrémités antérieures et postérieures plates. Il manque à cette vertèbre caudale une grande partie de l'épine neurale, mais elle possède des diapophyses qui se conjugueraient avec les arc hémaux. Les côtés de son corps vertébral sont également pleurocèles. La vertèbre caudale est fortement pneumatisée, étant couverte de foramens pneumatiques, un trait potentiellement diagnostique chez Tameryraptor. Deux arc hémaux en forme de lame sont également connus.

vignette|droite|redresse=1.15|alt=Croquis en noir et blanc d'un bassin et d'une jambe partielle d'un dinosaure théropode.|Croquis du bassin et du membre postérieur gauche du spécimen holotype par Stromer en 1936.