Paul Reynaud, né le à Barcelonnette (Basses-Alpes) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Seine), est un homme d'État français.
Député des Basses-Alpes (aujourd'hui Alpes-de-Haute-Provence) puis de Paris, il est plusieurs fois ministre sous la Troisième République, notamment ministre des Finances en 1938 dans le gouvernement Daladier.
Il est président du Conseil du au , fonction qu'il cumule avec celle de ministre des Affaires étrangères puis de ministre de la Guerre. Au début de la Seconde Guerre mondiale, après la débâcle de juin, Paul Reynaud, alors en désaccord avec les principaux membres du gouvernement et responsables militaires quant à la conduite à tenir démissionne et est remplacé par le maréchal Pétain qui signe l’armistice. Durant l'occupation, il est d'abord emprisonné en France par le régime de Vichy, puis, à partir de 1942, en Allemagne par le Reich.
Après la guerre, élu dans le Nord, il retrouve un mandat de député ainsi que plusieurs courtes responsabilités ministérielles entre 1948 et 1954.
Biographie Origines La famille Reynaud est originaire du village de Saint-Paul, bourgade distante de 23 kilomètres de Barcelonnette.
Paul Reynaud, de son nom complet Jean Paul Reynaud, est le petit-fils de Jean-Baptiste Reynaud (né en 1800), qui fut maire de sa commune, et le fils cadet d'Alexandre Reynaud (1840–1913) et d'Amélie Gassier (1848-1948). Son oncle maternel, Hippolyte Gassier (1834–1907), fut conseiller général, député puis sénateur des Basses-Alpes.
Jean-Baptiste Reynaud part chercher fortune au Mexique, où il reste de 1857 à 1875. Outre leur fils aîné Albert (né en 1876 et mort pour la France en 1914), le couple Reynaud-Gassier a également deux filles : Marthe Reynaud (née en 1879) et Léontine Reynaud (née en 1881)cf - supra réf. 5..
Ses débuts en politique Diplômé de l'École des hautes études commerciales (HEC), il suit également des études de droit et devient avocat. Il s’inscrit au barreau de Paris. Il est élu en 1910 premier Secrétaire de la Conférence.. Paul Reynaud épouse Jeanne Henri-Robert, la fille du bâtonnier Henri-Robert puis se tourne assez vite vers le monde de la politique. Conseiller général puis député des Basses-Alpes à la Chambre des députés avec le Bloc national d'abord en 1919, il est battu en 1924. Tentant de se représenter dans la Seine lors d'une élection partielle, il est de nouveau battu, cette fois par le communiste Jacques Duclos en 1926, puis est réélu de 1928 à 1940 comme député de Paris.
Membre du parti de droite modérée Alliance démocratique (en 1934, il relance et prend la présidence de la Ligue républicaine nationale, fondée par Alexandre Millerand dix ans plus tôt).., il se spécialise vers trois domaines très différents, l'économie, les colonies, et la défense, pour lesquels il adopte souvent des positions hétérodoxes. Ainsi, à partir de 1934, il préconise une dévaluation du franc pour affronter la crise de 1929, qui atteint la France en 1931 alors que l'opinion reste très attachée au mythe du franc Poincaré depuis 1926. L'originalité de sa réflexion le marginalise au parlement. En dépit de cet isolement relatif, son talent d'orateur parlementaire ainsi que ses réseaux dans le monde de la finance et de l'industrie le rendent incontournable lors de la formation, toujours délicate, des gouvernementsPascal Cauchy, « Paul Reynaud et la fin de la République », La Nouvelle Revue d'histoire, de septembre-octobre 2016, .. Il est ainsi plusieurs fois ministre sous la Troisième République et il est chargé des portefeuilles des Finances., des Colonies et de la Justice.
La première gestion des Finances par Paul Reynaud (mars – décembre 1930) Au sein du second gouvernement André Tardieu (2 mars – 4 décembre 1930), la gestion économique de Paul Reynaud, qui occupe pour la première fois le portefeuille des Finances, s'inscrit dans une période de transition. Alors que les effets directs de la crise de 1929 semblent encore contenus en France, l'action du ministère oscille entre soutien à la modernisation industrielle, mesures d'urgence sectorielles et strict maintien de l'orthodoxie budgétaire.
Une politique d'équipement et d'allègement fiscal Au printemps 1930, l'action de Paul Reynaud s'aligne sur la doctrine de « l'Outillage national » et de rationalisation économique portée par le président du Conseil. Dans ce cadre, Reynaud intervient en financier orthodoxe en veillant à ce que les investissements de modernisation ne déséquilibrent pas les comptes de l'État.
Cette orientation se traduit principalement par l'adoption de la loi du 26 avril 1930 portant dégrèvements d'impôts, un texte clef visant à relancer l'économie par l'allègement de la pression fiscale :
Soutien à la consommation et au pouvoir d'achat : baisse des taxes frappant les produits alimentaires de base, notamment la viande, le poisson, les fruits et les légumes. Allègement des charges foncières et des transports : réduction de la taxe foncière (passant de 18 % à 16 %) et baisse de la taxe sur les vélos (de 18 % à 12 %). Dynamisation des transactions : diminution des droits de timbre et réduction des taxes de transmission. Encadrement des entreprises : interdiction de la création de nouvelles actions à droit de vote plural, mesure destinée à moraliser la gouvernance des sociétés anonymes en évitant qu'un propriétaire minoritaire puisse avoir la majorité des voix, ce qui favorisait la corruption et le bricolage financier
Cette loi s'accompagne de la création, le 24 avril 1930, du Comité supérieur de la normalisation, ainsi que de l'élaboration du Collectif de Juin le 29 juin 1930 . Élaboré dans le sillage des projets de grands travaux de Tardieu, ce plan met en place un vaste programme d'équipement national destiné à moderniser les infrastructures (notamment le secteur aéronautique au Bourget et le réseau routier) tout en accordant des exonérations d'impôt aux immeubles communaux affectés à un service public.
Gestion de la crise agricole et encadrement du secteur financier L'été 1930 met en relief les fragilités du secteur agricole, structurellement confronté à une crise de surproduction. Si les épisodes météorologiques violents de la période détruisent ponctuellement des récoltes, réduisant temporairement certains surplus, ils accentuent la vulnérabilité des exploitants. Lors du Conseil des ministres de Rambouillet du 12 août 1930, Paul Reynaud fait valider des mesures financières d'urgence pour faciliter l'accès au crédit agricole, tout en ordonnant une révision rigoureuse des dépenses des différents départements ministériels pour préserver l'équilibre budgétaire.
Sur le plan réglementaire, le ministère cherche à assainir la place financière. La loi du 19 juin 1930 interdit l'exercice de la profession de banquier aux faillis non réhabilités et aux personnes frappées de condamnations pénales, fixant un cadre légal plus strict face aux risques de spéculation et de faillites frauduleuses.
Défense de l’orthodoxie monétaire et déni de la crise À cette époque, la stratégie de Paul Reynaud s'inscrit pleinement dans la défense du Franc Poincaré et des principes d'orthodoxie financière alors dominants, contrastant avec son positionnement futur à partir de 1934, lorsqu'il deviendra le principal avocat de la dévaluation. Le ministre reste alors convaincu que l'économie française conserve une relative étanchéité face aux perturbations internationales. À titre d'exemple, il affirme le 8 novembre 1930, devant la Chambre des députés, que les difficultés financières du pays restent indépendantes du krach américain. Ce discours de confiance provoque un redressement temporaire des cours à la Bourse de Paris.
Toutefois, la stabilité du ministère est compromise par les répercussions de l'affaire Oustric, faillite frauduleuse d'un groupe bancaire révélée au cours du mois de novembre. La mise en cause du garde des Sceaux Raoul Péret entraîne le retrait du soutien des républicains de gauche. Le cabinet Tardieu chute le 4 décembre 1930, mettant fin au mandat de Paul Reynaud aux Finances alors que les effets de la dépression mondiale commencent à frapper plus durement l'économie française.
Paul Reynaud ministre des Colonies (janvier 1931-février 1932) Nommé ministre des Colonies le 27 janvier 1931 dans le gouvernement de Pierre Laval, Paul Reynaud se retrouve face à un empire colonial touché par la crise mondiale. Pour y faire face, il déploie une politique interventionniste, mêlant urgence économique, réformes administratives et gestion ferme des tensions en outre-mer.
Une politique interventionniste Cette politique interventionniste est tout d'abord marquée économiquement. Dès le mois de février 1931, il tente d'injecter des liquidités dans l'économie ultramarine en faisant voter une loi sur le crédit colonial. Celle-ci permet à l'État de garantir des prêts aux entreprises françaises dans les colonies afin d'y encourager l'investissement, quitte à aggraver le problème de spéculation en raison du manque de contrôle financier dans les colonies. Pour soutenir les filières en détresse, Reynaud ne s'arrête pas là : en mars 1931, il met en place des caisses de compensation pour sauver de la faillite les producteurs de caoutchouc et augmente les droits de douane dans les colonies pour les protéger de la concurrence internationale. Il débloque également de nouvelles subventions publiques pour achever le chantier très coûteux et meurtrier du chemin de fer Congo-Océan, avant de valider, en janvier 1932, la création de l'Office du Niger, chargé de mettre en valeur la vallée du fleuve.
Cet interventionnisme est également marqué structurellement. Il se prononce pour l'homogénéisation à terme de la politique française en Afrique en prônant l'unification à terme des normes des mandats africains de la SDN avec celles des colonies et en prenant des mesures en ce sens, notamment en autorisant les indigènes des mandats africains à devenir Français s'ils le demandent, sous les mêmes conditions que pour les Africains des colonies, et en faisant appliquer de nombreuses législations des colonies sur ces territoires.
En outre, Paul Reynaud rend l'École coloniale gratuite pour ceux qui s'engagent à servir dans les colonies pendant 5 ans, afin d'augmenter le nombre et la motivation des fonctionnaires coloniaux dans l'Empire, et crée des bibliothèques dans les casernes de l'armée indigène, afin d'une part, attirer des soldats de la métropole et d'autre part être un vecteur de propagande pour les soldats indigènes.
gauche|vignette|Paul Reynaud lors de l'inauguration du musée permanent des colonies.
Enfin, c'est sous son ministère qu'est inaugurée en mai 1931, Porte de Vincennes, l'Exposition coloniale internationale, un événement d'envergure destiné à exalter la puissance de l'Empire et à sensibiliser le grand public français à la mise en valeur des colonies. Il y prononce un discours où il déclare que la colonisation est le plus grand fait de l'histoire et affirme que les colonies sont le rempart contre la crise économique en France en étant un lieu de débouchés garantis. Néanmoins, ce discours n'est pas accepté par toute la population française. Ainsi,pour protester contre la colonisation et le mythe civilisationnel défendu par Reynaud, le Parti communiste français et les surréalistes organisent plusieurs contre-expositions anti-colonialistes.
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