thumb|Tourisme de masse au Mont-Saint-Michel. Le tourisme de masse désigne l'évolution prise par le tourisme dans de nombreux pays industrialisés dans les années 1960, quand la masse de la population a pu voyager et soutenir le secteur économique du tourisme, grâce à la croissance du pouvoir d’achat, la généralisation des congés payés, et des moyens de transports et d'hébergement plus accessibles, une « massification » qui a fait émerger le souhait de son évolution vers le tourisme durable.

Depuis la fin des années 2010, l'expression de surtourisme est ainsi apparue pour désigner la surfréquentation et donc la saturation réelle ou perçue des sites touristiques. Le surtourisme est défini notamment par cette Traduction extraite de l'article « Le grand ras-le-bol européen contre le “surtourisme” », Der Spiegel - Hambourg, 6 septembre 2018 publiée sur le site de courrierinternational.com (version en ligne) citant la définition de Claudio Milano, Marina Novelli & Joseph M. Cheer, « Overtourism: a growing global problem » (2018) (version en ligne).. Ce néologisme s'est accompagné d'un autre, la tourismophobie, (notamment en Espagne), qualifiant le rejet, sur certains territoires, de ce tourisme et de ses diverses conséquences sur le mode de vie des populations hôtes Raquel Huete, Alejandro Mantecón, "El auge de la turismofobia ¿ hipótesis de investigación o ruido ideológico ? ", Pasos, vol. 16, n°1., pp. 9-19, 2018..

Description vignette|gauche|Tourisme de masse sur un endroit limité : la dune 45 dans le désert du Namib. La première expérience de tourisme de masse a lieu en 1841, lorsque Thomas Cook (1820-1890), homme d’affaires britannique, organise un voyage en train entre Leicester à Loughborough, pour d'une ligue de vertu antialcoolique. L'écrivain Martin de Viry note : Martin de Viry, interviewé par Eugénie Bastié, « Tourisme pour tous ! Comment la modernité a tué le voyage », lefigaro.fr, 25 juillet 2014.. C'était la première agence de voyages créée par Thomas Cook qui par la suite a été utilisée pour visiter l’Exposition universelle de 1851 (Londres), enfin pour des voyages trans-Manche sur les côtes françaises. Les entreprises ferroviaires puis les industries automobiles créent des guides pour promouvoir leur activité en suscitant le désir de voyager..

Contrairement aux formes classiques de tourisme, qui visent la pratique d'une activité (tourisme religieux, œnotourisme, etc.) ou la découverte d'un type de site, de paysage ou de culture (tourisme de mémoire, tourisme vert, tourisme fluvial, etc.), le tourisme de masse est davantage une appellation théorisée par les études scientifiques sur la pratique touristique, un jugement analytique, même si certains lieux (grand site, ville monde, Patrimoine mondial de l'Unesco, etc.) et certaines activités, les plus médiatisées et les plus démocratisées, supportent particulièrement cette forme de tourisme, en donnant à un site une notoriété qui peut inciter un plus grand nombre de gens à le visiter.

Le voyage est généralement considéré comme un droit pour tout être humain, notamment défendu par l'Industrie du voyage et l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)L'organisation Mondiale du Tourisme affirme « le droit au tourisme et à la liberté des déplacements touristiques ». Voir le Code mondial d'éthique du tourisme. Le « tourisme social » est le mouvement de démocratisation du tourisme, perceptible depuis les années 1960 également : création du Bureau International du Tourisme Social (BITS) à Bruxelles en 1963, et adoption à l'unanimité de la « Déclaration de Manille » par les membres de l'Organisation mondiale du tourisme en 1980.

La propagation du tourisme de masse est due à une combinaison de facteurs socio-économiques et technologiques. Parmi les plus déterminants figurent :

L'évolution sociétale : la hausse du niveau de vie et l'allongement des congés payés ; L'amélioration des transports : la diffusion de l'automobile, le développement des infrastructures routières, ainsi que l'émergence des transports aériens à faible coût, notamment les vols charter ; L'industrialisation de l'offre : le développement des agences et des produits touristiques standardisés, incluant l'hôtellerie de chaîne de grande capacité (comme le Club Med) et les solutions d'hébergement à bas prix (tels que les villages de vacances.).

Le voyage à forfait est typique du tourisme de masse, ainsi que la concentration de lieux de villégiature sur un endroit limité : c'est là où les touristes séjournent en masse.

Le cinéma, puissant vecteur du tourisme Les séries et les films ont beaucoup contribué au tourisme dans certains pays ou certaines villes.

Ce fut le cas dans les années 2011-2019 pour Games of Thrones, une série américaine très populaire. Plusieurs lieux de tournage ont connu ces dernières années une forte hausse de leur fréquentation touristique. Séville en Espagne a reçu plus de 700 000 touristes en 2015. Hofdabrekka en Islande a reçu plus de 500 000 touristes en 2014. Essaouira au Maroc a reçu plus de 600 000 touristes en 2014. D'autres lieux ont aussi été impactés comme en Islande ou au Royaume-Uni ; Dubrovnik, où ont été tournées des scènes de la série, a dû instaurer en 2017 des quotas quotidiens de visiteursL'Europe se mobilise contre le « surtourisme », Les Échos, 29 juillet 2019..

Ce fut aussi le cas pour Breaking Bad (2008-2013), une série également américaine fortement populaire. Elle fut tournée au Nouveau-Mexique, à Albuquerque. Avant cette série, lorsque l'on visitait le Nouveau-Mexique, on allait généralement à Santa Fe. Influencés par Breaking Bad, les touristes se sont tournés vers Albuquerque.

En Thaïlande, les autorités ont annoncé en que la plage de la Baie de Maya, sur l'île de Ko Phi Phi Leh, fermée en 2018, ne rouvrirait pas avant 2021 ; cinq mille touristes déferlaient chaque jour sur le site rendu célèbre en 2000 par le film La Plage, de Danny Boyle, avec Leonardo DiCaprio et Virginie Ledoyen.

Conséquences du tourisme de masse thumb|Benidorm (Espagne), symbole du tourisme de masse. Le tourisme de masse a souvent des répercussions négatives sur la population locale et l'environnement. Des déchets sont produits en masse, beaucoup d'énergie et d'eau sont nécessaires. L'eau, une denrée rare dans les pays chauds attractifs, est particulièrement gaspillée au sein des grands complexes hôteliers, au détriment des populations locales (eau courante, irrigation, etc.). En moyenne dans les régions tropicales, 27 litres d'eau sont consommés par jour et par habitant contre 100 litres par jour et par touriste (données ministérielles, 2005). En bord de mer, cette eau est le plus souvent pompée directement dans la nappe phréatique, ce qui a régulièrement pour conséquence un affaissement du sol et une infiltration du sable des plages, celui-ci comblant les vides souterrains formés. Dans ce cas de figure, les plages concernées ont ainsi tendance à disparaître, ce qui fait baisser d'autant la fréquentation touristique.

Les moyens de transport multiples utilisés par les voyageurs contribuent à l’émission du CO2 et les gaz à effet de serre, des milliers d’avions de touristes atterrissent et décollent (Le tourisme, c’est aussi 60% du trafic aérien), des bus touristiques circulent quotidiennement, ainsi que les bateaux de croisières qui longent les littoraux (un bateau de croisière produit 7000 tonnes de déchets par an).

Le tourisme de masse a de nombreux impacts sur l’air ou l’eau.

Par exemple, la Baie d’Along est très menacée par la pollution ; ce site attire de plus en plus de bateaux qui polluent beaucoup. En effet, la Baie d’Along a attiré en 2019 15 000 visiteurs par jour, soit deux fois plus qu’en 2016. Problème : sur leur passage, bateaux et touristes laissent de nombreux détritus. Poumon de l'industrie touristique du pays, ce lieu est aussi devenu l'illustration de la face noire du tourisme de masse.

Les croisières sont en train de devenir toujours plus populaires et elles transportent chaque année 20 millions de passagers dans le monde et 80 000 en Italie. Mais elles sont aussi un mode de transport très polluant, parce qu’il a une incidence majeure sur la production totale de CO2 dans le secteur touristique et, en plus, il est la cause de la destruction des systèmes marins. En effet, les poissons, les mollusques et les barrières de corail peuvent mourir à cause des excès d’azote et phosphure causés par les eaux usées des bateaux.  La principale cause de la pollution est le carburant qui est le fioul. Celui-ci est un peu plus cher que le diesel mais est plus polluant.

Des impacts sur les animaux sauvages ont été constatés comme la prise de photos Selfie avec certains animaux rapportés par l'ONG World Animal Protection. thumb|250px|left|Giethoorn est un village pittoresque des Pays-Bas d'environ 2900 habitants qui reçoit environ 1,5 million de touristes par an. Le tourisme de masse menace aussi plusieurs sites naturels et historiques. Plusieurs sites reconnus sont effectivement menacés par ce type de tourisme et les effets néfastes qu'il engendre. Parmi ceux-ci, les îles Galápagos, Venise, le Machu Picchu, l’Everest et bien d’autres. En se penchant sur plusieurs cas, il est possible de remarquer que plusieurs de ces conséquences sont récurrentes.

Pour commencer, il y a l’érosion qui menace beaucoup de sites naturels et historiques. Par exemple, le Kilimandjaro est l’un de ces sites, avec plus de 20 000 visiteurs par an qui viennent tenter l’ascension de cette montagne de renommée mondiale. Évidemment, avec les années et toutes les montées que cette montagne a subies, elle se désagrège à petit feu, elle rétrécit de plus en plus dû à l’érosion causée par les milliers de randonneurs.

Ensuite, une autre grave conséquence du tourisme de masse est la pollution. Pour cette problématique, l’Everest est le parfait exemple. Même si peu de personnes se rendent au sommet de l’Everest, beaucoup se rendent au camp de base. La montagne reçoit environ 700 000 visiteurs par an à son camp de base qui est maintenant connu pour être le dépotoir le plus élevé en altitude au monde. Au fil des années, ceux qui se sont rendus au premier camp de base y ont laissé beaucoup d'équipements de randonnée et déchets personnels. Cependant, afin de remédier à cette situation, le gouvernement népalais impose maintenant que chaque alpiniste rapporte avec lui un minimum de 8kg de déchet sans quoi ils perdront leur dépôt de 4000$ fait à leur départ.

Finalement, la troisième problématique importante est la dégradation des écosystèmes de ces sites. Pour cette problématique, le meilleur exemple que celui des îles Galápagos. Cet archipel d’îles en Amérique du Sud est connu grâce aux recherches de Charles Darwin sur son écosystème qui, à ce jour, est l’un des plus riches du monde accueil environ 170 000 visiteurs par an. Après sa parution dans la liste du patrimoine mondial, sa fréquentation a quadruplé, ce qui n'a pas été sans conséquence. Cet écosystème est de plus en plus fragile dû aux passages des humains qui amènent avec eux plusieurs espèces invasives qui n'ont pas leur place dans ce fragile équilibre, ce qui chamboule l’écosystème complexe de ces îles. Les visiteurs peuvent aussi écraser des espèces de plantes ou d’insectes lors de leur passage sur l’île et, évidemment, la pollution causée lors de leur séjour vient, elle aussi, affaiblir l’écosystème. Bref, de multiples sites historiques sont en danger dû aux conséquences du tourisme de masse.