Le Nettoyage ethnique de la Palestine est un livre écrit par le nouvel historien Ilan Pappé et publié en 2006 par Oneworld Publications. Le livre parle de l'expulsion et de la fuite des Palestiniens en 1948, qui, selon Pappé, étaient en fait un nettoyage ethnique prémédité.

Cette thèse a été confirmée par la publication en 2008 d’Under the Cover of the War. The Zionist Expulsion of the Palestinians de Rosemarie EsberRosemarie Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2008. et de L'Histoire occultée des Palestiniens (1947-1953) en 2013 par Sandrine Mansour-Mérien, respectivement à partir des archives britanniques et françaises. Elle a été soutenue et reprise par de nombreux historiens et n’est plus guère contestée par la communauté universitaire, excepté en Israël. Elle y est couramment admise par les historiens professionnels israéliens, les plus conservateurs se contentant de la justifier.

Contenu de l’ouvrage

La thèse du livre est que l’exode palestinien pendant la guerre de Palestine de 1948 était un objectif du mouvement sioniste ressenti comme une nécessité pour l'établissement d'Israël en tant qu'État juif. Selon Pappé, l’expulsion et la fuite des Palestiniens en 1948 résultaient d'un nettoyage ethnique planifié de la Palestine, mis en œuvre par David Ben Gourion et un groupe de conseillers désignés par Pappé sous le nom de « Conseil » (ce qui est une de ses innovations). L'ouvrage soutient que le nettoyage ethnique a été mis en œuvre par l'expulsion systématique d'environ 500 villages arabes, ainsi que par des attaques terroristes exécutées par les milices de l'Irgoun, du Lehi et de la Haganah contre la population arabe. Ilan Pappé fait également référence au Plan Dalet et aux dossiers de villages comme preuve des expulsions planifiéesIlan Pappé (2006). The Ethnic Cleansing of Palestine, Oneworld Oxford. .

L'idée que les événements de 1948 étaient le résultat d'une expulsion planifiée avait déjà été suggérée par les historiens Walid Khalidi dans Plan Dalet : Le plan directeur sioniste pour la conquête de la Palestine (1961) et Nur Masalha dans Expulsion des Palestiniens : Le concept de « transfert » dans la pensée politique sioniste (1991). Uri Ben-Eliezer avait déjà donné la même interprétation du plan Daleth dans son ouvrage The Emergence of Israeli Militarism 1936-1956, The Emergence of Israeli Militarism 1936-1956, Tel-Aviv, Dvir, 1995, 253. Traduit en anglais sous le titre de The Making of Israeli Militarism 1936-1956 par Indiana University Press en 1998, ..

Rédaction et publication

Ilan Pappé rédige cet ouvrage en Israël après l’affaire Katz mais le publie en exil, au Royaume-Uni.

En France, l’ouvrage est traduit assez rapidement, et publié par Fayard en 2008. Remportant un nouveau succès de librairie fin 2023, il est retiré de la commercialisation le par l’éditeur, pour des raisons de contrat selon lui, pour des raisons touchant au soutien à la politique d’Israël selon ActualittéHocine Bouhadjera, « Fayard éclipse en catimini un de ses ouvrages sur la Palestine », Actualitté, 8 décembre 2023.. C’est le libraire du Point du Jour, Patrice Bobulesco, qui signale l’arrêt de la commercialisation par FayardHocine Bouhadjera, « L'ouvrage controversé sur la Palestine trouve un nouvel éditeur », Actualitté, 20 décembre 2023.. L’ouvrage est remis en vente dans une nouvelle édition début 2024 (mais avec la même traduction) par La Fabrique après avoir subi dans la « vague de maccarthysme pro-israélien » selon l'historien Didier MonciaudDidier Monciaud,« Le Nettoyage ethnique de la Palestine d’Ilan Pappé enfin republié », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 160, 2024, mis en ligne le mars 2024, 149-151.Équipe rédactionnelle du Journal des Anthropologues, « Face à l’anéantissement de Gaza », Journal des Anthropologues, 176-177, 1er juin 2024, 9-25.. Son premier éditeur, Henri Trubert, critique une décision Dominique Vidal, « Palestine. La Nakba, une catastrophe qui résiste à la censure », Orient XXI, 10 mai 2024.. La suspension des ventes du livre a eu lieu après que Hachette Livre, la société faîtière de Fayard, a été rachetée par le milliardaire français Vincent Bolloré en Fayard retire des ventes le livre "Nettoyage ethnique en Palestine" d’Ilan Pappé le 3 novembre 2023.

Réception critique vignette|Ilan Pappé en 2008.

Yoav Gelber a publié une réponse critiquant l'interprétation du Plan D faite par Walid Khalidi et Ilan Pappé : Histoire et Invention. Le Plan D était-il un plan de nettoyage ethnique ? (2006)Yoav Gelber, Palestine 1948, Annexe I, Sussex Academic Press, 2006..

Benny Morris a proposé plusieurs interprétations. La conclusion de son ouvrage La naissance du problème des réfugiés palestiniens (1989) est que l'exode était le « résultat de la guerre, et non une intention ». Néanmoins, il a déclaré plus tard que « rétrospectivement, il est clair que ce qui s'est passé en Palestine en 1948 était une sorte de nettoyage ethnique des zones arabes par les Juifs. Il est impossible de dire combien des 700 000 Palestiniens environ qui sont devenus des réfugiés en 1948 ont été physiquement expulsés, par opposition à une simple fuite d'une zone de combatBenny Morris, 1948 Arab-Israeli War , Crimes of War.. » Dans une interview accordée à Ha'aretz en 2004, il a également défendu l'idée qu'avoir procédé à un nettoyage ethnique en 1948 avait été un meilleur choix pour les Juifs que de vivre un génocide« Survival of the fittest » (, Ha'aretz, 8 janvier 2004.</ref>. Dans son dernier livre sur la guerre de 1948 (1948 : A History the First Arab-Israeli War (2006)), il apporte des nuances et déclare queBenny Morris, 1948: A History of the First Arab=Israeli War (2008), 407-408. . Et que [https://books.google.fr/books?id=uM_kFX6edX8C&pg=PA60&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false The Birth of the Problem of Palestians Refugees... Revisited, 2006, 60.].

En France, Didier Monclaud salue un . Olivier Pironet, dans Le Monde diplomatique de juillet 2025, note le "caractère engagé" de l'ouvrage et le qualifie de "référence concernant les racines du "conflit israélo-palestinien " et la question des réfugiés" et "la dimension coloniale et raciste du sionisme". Parmi les points abordés par Pappé que O. Pironet juge importants, la réfutation du mythe israélien de la fuite volontaire des Arabes en 1948, et les preuves d'opérations d'expulsion afin de garantir une homogénéité ethnique d'Israël, accompagnées d'atrocités.

Analyse dans des revues spécialisées Dans son compte-rendu publié dans le Middle East Journal, le professeur Uri Ram de l'université Ben Gourion conclut que « Pappé propose ici un livre très important et audacieux qui remet en cause l'historiographie israélienne » ainsi que « la mémoire collective et, plus important encore, la conscience israélienne ».

Seif Da'Na, sociologue, salue l’importance du livre, qui reconstruit méticuleusement le nettoyage ethnique à partir des archives et déconstruit le récit sionisteDa'Na, Seif, « The Ethnic Cleansing of Palestine », Arab Studies Quarterly, Été/Automne 2007, volume 29, 3/4..

Jørgen Jensehaugen, dans le Journal of Peace Research, tout en qualifiant le livre de « bonne lecture », reproche à Pappé d'avoir affirmé que l'expulsion planifiée des Palestiniens était « la raison de la guerre », plutôt que simplement « un aspect des différents plans de guerre ».

Ephraim Nimni, dans le Journal of Palestine Studies, félicite Pappé pour le « caractère polémique » du livre, mais affirme que les dirigeants sionistes n'étaient pas les seuls responsables du nettoyage ethnique :

Laila Parsons, de l'université McGill, a écrit à propos du livre que « Ilan Pappé a ajouté un autre ouvrage aux nombreux ouvrages déjà écrits en anglais sur la guerre israélo-arabe de 1948 et l’expulsion de plus de 750 000 Palestiniens de leurs foyers. Parmi eux figurent ceux de Walid Khalidi, Simha Flapan, Nafez Nazzal, Benny Morris, Nur Masalha et Norman Finkelstein, entre autres. Tous ces auteurs, sauf Morris, seraient probablement d'accord avec la position de Pappé selon laquelle ce qui est arrivé aux Palestiniens en 1948 correspond à la définition du nettoyage ethnique, et ce n'est certainement pas une nouveauté pour les Palestiniens eux-mêmes, qui ont toujours su ce qui leur est arrivé ». Malgré toutes les qualités qu’elle relève, elle note cependant que Pappé n’explore pas les contre-arguments possibles à partir des documents qu’il a exploitéLaila Parsons, The Ethnic Cleaning of Palestine, Project Muse-Book Reviews McGill University (PDF).

Ahmad H. Sa'di, dans International Affairs, a « vivement recommandé » le livre.

Le travail d’Ilan Pappé a servi de support à une recherche de John Docker (qui salue une analyse séminaleJohn Docker, « Instrumentalising the Holocaust: Israel, Settler-Colonialism, Genocide (creating a Conversation between Raphaël Lemkin and Ilan Pappé) », Holy Land Studies, 2012 volume 11, 1, 3.) qui le fait dialoguer avec les travaux publiés et non-publiés de Raphael Lemkin sur le génocide, ce qui le conduit à rejeter l’usage du terme nettoyage ethnique, qu’il considère comme un euphémisme de génocide favorable aux génocidairesDocker, ..

Pour Sylvain Urfer, <ref>Sylvain Urfer, « Le nettoyage ethnique de la Palestine. », Revue Projet, 309(2), 88-89..

Dans les médias grand public L’historien Benny Morris a publié une critique de l’ouvrage dans The New Republic . Il écrit : « Au mieux, Ilan Pappé doit être l'un des historiens les plus négligents du monde ; au pire, l'un des plus malhonnêtes. En vérité, il mérite probablement une place quelque part entre les deux. » Morris soutient que « de telles distorsions, grandes et petites, caractérisent presque chaque page de The Ethnic Cleansing of PalestineBenny Morris, « The Liar as Hero », The New Republic, 17 mars 2011.. »

Ian Black, rédacteur en chef du Guardian pour le Moyen-Orient, l'a qualifié de « catalogue d'intimidation, d'expulsion et d'atrocité. » Il a également souligné que Pappé « rend un mauvais service à la compréhension historique en ignorant l'humeur et les motivations des Juifs, si peu de temps après la fin d'une guerre au cours de laquelle six millions de personnes ont été exterminées par les nazis ». En résumé :

David Pryce-Jones, dans la Literary Review, qualifie Pappé d’« universitaire israélien qui s'est fait un nom en détestant Israël et tout ce qu'il représente. »

Stephen Howe, professeur d'histoire du colonialisme à l'université de Bristol, a déclaré que le livre de Pappé était un mélange souvent convaincant d'argumentation historique et de traité politico-moral. Selon Howe, même si le livre ne sera pas le dernier mot sur les événements de 1948, il constitue « une intervention majeure dans un débat qui va et doit continuer ».

Admission de la thèse par les historiens

L’ouvrage rejoint les travaux préexistants des historiens Khalidi, Salman Abu Sitta et Richard Falk sur le même sujet« Nakba. Stages of a Forced Displacement » (), Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 3 décembre 2025., déjà reprise par d’autres travauxGhazi‐Walid Falah, « War, peace and land seizure in Palestine's border area », Third World Quarterly, juillet 2004, volume 25, 5, lire en ligne (accès réservé).. La thèse est soutenue par , , , Yair Auron, et d’autres historiens*.

Dans son ouvrage Sacred Landscape (2000), Meron Benvenisti écrivait déjà que les expulsions de 1948 étaient dangerously close to fitting the definition of 'ethnic cleansing' , M. Benvenisti, Sacred Landscape, 2000, 145, cité par Victor Kattan, « The Nationality of Denationalized Palestinians », Nordic Journal of International Law, 74, 2005, 75..