À partir du , une série de manifestations de masse a lieu en Serbie, d'abord à Novi Sad puis à Belgrade et dans le reste du pays. En 2026, le mouvement des étudiants serbes est toujours en cours et réunit régulièrement des dizaines de milliers de participants.

Les revendications des manifestants, qui réclament initialement justice après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, s'étendent ensuite à la dénonciation de la corruption présente dans le pays et à un appel à la libération des militants arrêtés, puis ciblent de plus en plus directement le président Aleksandar Vučić.

Le , au lendemain d'une journée de mobilisation massive, le président du gouvernement Miloš Vučević annonce sa démission. Le président Aleksandar Vučić a un discours ambigu, ouvrant la voie à la reconnaissance de certaines des revendications du mouvement tout en accusant les manifestants d'être au service de l'étranger. En février et , le mouvement continue à se structurer, toujours mené par les étudiants, avec une évolution des revendications. La répression se renforce à l'été 2025 mais les manifestations se poursuivent.

En 2026, Vučić annonce sa démission à venir et convoque de nouvelles élections législatives pour octobre 2026, l'une des principales revendications du mouvement étudiant.

Contexte et naissance du mouvement gauche|vignette|La main ensanglantée, symbole utilisé par les manifestants pour critiquer la politique du gouvernement.

Le , l'auvent de la gare de Novi Sad s'effondre, tuant . L'accident est lié, aux yeux d'une partie de la population, à la corruption présente en Serbie, notamment au sein du gouvernement d'Aleksandar Vučić, réélu en 2024. Ils accusent les autorités de négligence dans l'entretien des infrastructures de la gare, rénovées peu de temps auparavant par des entreprises chinoises, françaises et hongroises.

Une enquête est finalement ouverte et aboutit à l'inculpation, entre autres, du ministre des Transports Goran Vesic. Toutes les personnes inculpées sont finalement relâchées, ce qui accentue la colère des manifestants.

Par la suite, des faits de corruption de plus en plus importants sont révélés par la presse indépendante serbe.

Revendications Les manifestants portent des revendications multiples. Initialement, seul l'accident de la gare de Novi Sad est évoqué : la population souhaite la publication des contrats de rénovation de la gare ainsi que d’autres documents officiels. Par la suite, avec la montée en puissance de la répression contre le mouvement, d'autres revendications viennent s'ajouter, dont la libération des jeunes militants arrêtés, l'abandon des poursuites contre eux, et l'ouverture d'enquêtes contre les auteurs de violences envers les manifestants. Par la suite, les personnes présentes réclament également une hausse du budget de l'enseignement supérieur.

Les manifestants sont également mécontents du régime incarné par le président Aleksandar Vučić et réclament plus d'État de droit. Selon l'avocat Čedomir Stojković, l'ampleur des manifestations montre qu'elles ne sont . La jeunesse serbe ressent un sentiment de mécontentement croissant et, selon The Guardian, les jeunes militants, qui ont grandi sous le régime de Vučić, à protester et exiger des changements importants, allant au-delà des revendications initiales. Avec la poursuite du mouvement, les revendications évoluent pour s'en prendre à l'homme fort de la Serbie. Selon The Conversation le , et il cible de plus en plus directement Aleksandar Vučić.

Des revendications structurées sont adoptées par le mouvement début mars se divisent en huit points distincts : . Les revendications se veulent afin de ne pas discréditer le mouvement. Cependant, la demande pour des élections anticipées grandit dans le pays, avec une volonté de faire perdurer le mouvement via une offre d'opposition politique structurée.

Le rapport du mouvement étudiant à l'Union européenne est ambigu : aucun drapeau européen n'est visible dans les rues et le mouvement n'est pas porté par des idées pro-européennes. Les Serbes seraient plutôt résignés quant à leur relation avec l'UE, ne croyant plus à l'intégration européenne comme voie d'avenir pour le pays. Ce sentiment est accentué par le faible soutien de l'Union au mouvement étudiant. De plus, beaucoup de militants affichent des slogans pro-russes et nationalistes.

Déroulement

Première année vignette|Manifestations à Belgrade, le . vignette|Campus universitaires bloqués par les étudiants à Belgrade. Des manifestations de masse sont organisées, d'abord à Novi Sad puis à Belgrade. Elles ont lieu au cours du mois de novembre, puis de décembre, et se poursuivent en janvier. À Belgrade, certains rassemblements réunissent jusqu'à . Les manifestants ont pour habitude d'observer de silence en hommage aux victimes de l'effondrement.

Les étudiants sont nombreux à se joindre au mouvement depuis les campus de leurs universités ; ils sont aidés par l'usage des canaux de communication numériques qui permettent de . Le , ils organisent le blocage d'un nœud d'autoroute majeur de Belgrade pendant . Des agriculteurs, des motards et d'autres catégories de population les rejoignent dans la rue. Dans tout le pays, plus de rejoignent le mouvement ce jour-là.

Au cours du mouvement, des militants, principalement des étudiants, sont blessés à plusieurs reprises, notamment par des automobilistes forçant les cordons de protection qui entourent les cortèges. Des affrontements ont également lieu entre des jeunes militants et des partisans du Parti progressiste serbe, parti du président au pouvoir, et une forte répression vise les jeunes manifestants. Pour y faire face, ils s'organisent collectivement, sans qu'il y ait de chef identifiable au sein du mouvement.

Les concessions obtenues fin janvier ne suffisent pas à mettre fin au mouvement. Le , les étudiants entament une marche de de Belgrade à Novi Sad, qui doit durer plusieurs jours, afin de commémorer les trois mois de l'effondrement. Sur place, leur but est de bloquer tous les ponts de la ville pendant . Sur le chemin, ils sont salués par des klaxons et les habitants leur offrent à boire ou à manger. D'autres personnes suivent à vélo ou à moto, tandis que les chauffeurs de taxis de Belgrade proposent leur aide pour ramener les manifestants dans la capitale. Le , les manifestants partis de Belgrade ou s'étant intégrés au cortège en chemin rejoignent ceux de Novi Sad. Le , des dizaines de milliers de personnes sont réunies dans les rues de la capitale de Voïvodine et bloquent les trois ponts principaux de la ville. Un des points de blocage est censé rester en place pendant plusieurs jours ; des étudiants contrôlent l'accès aux ponts pour assurer la sécurité des manifestants et des installations. Des tracteurs agricoles sont également mobilisés et les militants portent des drapeaux serbes et des banderoles rendant hommage aux victimes ou réclamant plus de liberté.

Dans le reste du pays, des rassemblements de soutien ont également lieu, avec quelques incidents impliquant des automobilistes. À la fin janvier, le mouvement s'est étendu à de Serbie, de toutes tailles.

Le mouvement se poursuit en . Le , des milliers de manifestants, certains venus d'autres villes de Serbie à pied, se rassemblent à Kragujevac, du pays. La date et le lieu choisis visent à rappeler l'adoption de la , alors l'une des plus libérales d'Europe. Pour commémorer l'effondrement de l'auvent de la gare, ils observent de silence à . La délocalisation du mouvement hors de Belgrade vise à , selon un étudiant.

Le , les manifestants se réunissent à Niš et définissent des revendications détaillées, résumées en huit points. Deux jours plus tard, une séance parlementaire dégénère en affrontement. Le , des centaines de militants se réunissent dans les locaux de la Radio-télévision de Serbie (RTS) et les bloquent temporairement, après qu'un chroniqueur ait qualifié le mouvement de et en raison de la partialité alléguée de la chaîne dans sa couverture des protestations. Les personnes présentes empêchent les employés d'entrer et la tension monte avec la police, qui reçoit l'ordre de ne pas intervenir tant qu'aucune action violente n'est commise.

Le , une manifestation nationale est organisée dans la capitale, Belgrade. Cette journée est vue par les leaders étudiants du mouvement comme le point d'orgue de la mobilisation. Selon plusieurs sources, elle réunit finalement entre et . Des canons à son auraient été utilisés par la police contre les manifestants, bien que les autorités nient tout emploi de cette arme. Ils sont utilisés par les forces de l'ordre pour perturber les rassemblements.

Le mouvement se poursuit sans perdre en intensité et le , six mois après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, des manifestations sont organisées à Belgrade, à l'initiative des étudiants et des principaux syndicats unis. Ils se rassemblent devant les bâtiments du gouvernement, plusieurs milliers de personnes sont présentes et des commémorations ont lieu pour rendre hommage aux victimes de la catastrophe.

Le , une nouvelle manifestation rassemble plus de à Belgrade, avec comme revendication l'organisation d'élections anticipées. La répression s'amplifie contre le mouvement et une deuxième nuit de manifestation a lieu le lendemain. Des barricades sont mises en place dans plusieurs villes du pays. Le mouvement se poursuit durant l'été, faisant face à une forte répression, qui ne parvient pas à décourager les étudiants.

Deuxième année Le , un an après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, des dizaines de milliers de personnes selon l'AFP, dont de nombreux étudiants, se réunissent sur les lieux de l'accident lors d'un rassemblement commémoratif. À , heure exacte de l'effondrement, ils entament de silence en hommage aux tuées. Une grande quantité de bougies et de fleurs est également déposée.

À partir de la fin de l'année 2025, les manifestations d'ampleur s'espacent, mais le mouvement continue d'exister et cherche à se traduire en une offre politique d'opposition. Le , un nouveau grand rassemblement a lieu dans les rues de Belgrade et réunit entre et ( selon le gouvernement), ce qui en fait l'une des manifestations les plus larges de l'histoire du mouvement et de la Serbie. Les leaders du mouvement, notamment étudiants, réclament des élections anticipées pour mettre fin à la crise politique. En marge d'un événement globalement pacifique, quelques affrontements opposent les manifestants aux forces de police, qui font usage de gaz lacrymogènes.

Répression Le vice-président du gouvernement de Serbie révèle en que les services d'espionnage russes ont aidé le régime serbe à réprimer la contestation étudiante.

La répression se renforce en . La police fait usage de la force pour disperser les manifestants et de nombreuses arrestations ont lieu. Plusieurs dizaines de personnes sont blessées des deux côtés. Les arrestations par la police se multiplient encore durant l'été et sont de plus en plus violentes ; elles sont filmées et relayées en ligne par les autorités elles-mêmes afin d'.

À partir du , le président fait déployer dans les rues des personnes payées par le pouvoir et proches de la mafia serbe, parmi lesquelles des délinquants violents et des hooligans. Comparés aux de la révolution de Maïdan en Ukraine en 2014, ils sont chargés de mettre fin au mouvement en répandant la peur parmi les étudiants pour les décourager de se mobiliser. Ils commettent pour cela de nombreux actes de violence et des affrontements ont lieu dans plusieurs villes du pays.

Conséquences et réactions politiques

Réponse ambiguë aux revendications La réaction politique contre les personnes mobilisées, les autorités affirmant parfois que les étudiants ont reçu de l'argent en échange de leur participation. Les étudiants refusent d'abord de rencontrer le président tant que leurs revendications ne sont pas satisfaites, affirmant que .