Le Livre d'heures de la famille Berbisey est un manuscrit enluminé de la fin du , il est attribué à l'atelier des Changenet situé à Dijon. Ce livre d'heures a été commandé par un membre d'une famille bourgeoise importante de la ville, les Berbisey, marchands, officiers municipaux et magistrats notamment connus pour leur activité de mécènes. Il est conservé à la Bibliothèque municipale de Dijon sous la cote ms 3765.
Histoire de la commande du manuscrit Une œuvre de l'atelier Changenet Le manuscrit est attribué à l'atelier du « Maître des Prélats bourguignons ». Cet artiste doit son nom de convention à l'historienne de l'art Nicole Reynaud, qui l'identifie en 1975. Il s'agit d'un peintre, probablement à la tête d'un atelier, actif à Dijon à la fin du et remplissant des commandes religieuses, d'abord auprès d'hommes d'églises locaux avant que sa clientèle s'étende à la noblesse.alt=Pleine page de manuscrit du siècle : Crucifixion. Vierge Marie et saint Jean l'Évangéliste au pied de la croix ; anges dans les marges dans un décor architecturé de style gothique. Deuxième croix en partie inférieure de la page, flanquée des armes du commanditaire.|gauche|vignette|Crucifixion tirée du Missel de Richard Chambellan, attribué au Maître des Prélats bourguignons, vers 1480, BnF (Lat. 879).Les recherches les plus récentes identifient le Maître des Prélats bourguignons à l'atelier des Changenet, implanté entre Dijon et la Provence.
Le style du Maître se reconnaît notamment aux marges en camaïeux d'or sur fond brun et aux bordures historiées, bien qu'il varie d'une œuvre à l'autre, ce qui renforce l'hypothèse selon laquelle l'artiste aurait dirigé un atelier. Ces éléments se retrouvent notamment dans un livre d'heures conservé à la bibliothèque de l'Arsenal (ms. 645), et dont la composition de certaines illustrations évoque celle du « Retable de Miraflores », du peintre Rogier Van der Weyden.
Parmi les œuvres les plus réputées du Maître se trouvent le missel de Richard Chambellan, daté vers 1480 et conservé à la BnF (latin 879), ou encore le missel de Ferry de Clugny, conservé à la bibliothèque de Sienne.
Les commanditaires du manuscrit : la famille Berbisey
Ce livre d'heures a été commandé par un membre de la famille Berbisey, une importante famille de la bourgeoisie marchande dijonnaise.
Les membres de la famille Berbisey entre les et siècles et leur importance dans la vie politique dijonnaise La famille Berbisey a tenu un rôle important dans la vie politique dijonnaise. Cette famille, issue de la bourgeoisie marchande, réussit à accéder aux postes judiciaires et administratifs par l’acquisition de titres universitaires. Plusieurs membres de la famille eurent des charges municipales avant de s’implanter durablement dans le nouveau Parlement de Dijon, transféré dans la ville par Louis XI en 1480.
Perrenot Berbisey était marchand d’épices de Dijon ayant vécu au dernier quart du siècle. Les épiciers tenaient un rang éminent dans la bourgeoisie marchande de la ville. Perrenot Berbisey faisait d’ailleurs partie des commerçants traitant avec l'administration ducale pour l'approvisionnement en sel venant des salines franc-comtoise. Ces greniers à sel du duché étaient soumis à la gabelle et représentaient un trafic lucratif. Perennot Berbisey est identifié comme un clerc, ce qui indique qu’il avait dû recevoir une formation scolaire, sans doute élémentaire.
Étienne Berbisey était marchand épicier, comme son père Perrenot, et tenait une place influente parmi la bourgeoisie dijonnaise. Son nom figure dans le compte de Jehan de Pressey, receveur général de Bourgogne pour l’année 1408. Les archives des rôles des feux et des marcs de cette époque montrent qu’il payait 5 sous pour les marcs, ce qui était la cote la plus élevée du quartier et la preuve d’une fortune personnelle conséquente. En 1430, Étienne Berbisey habite la paroisse Notre-Dame de Dijon d’après le rôle des feux et des marcs. En , Étienne Berbisey épousa Marguerite Poissonnier, fille de Guiot Poissonnier, qui était un épicier de Dijon et maire de la ville entre 1406 et 1409. Le couple eut deux enfants : Étienne II Berbisey et Richard Berbisey. vignette|261x261px|Portrait de Louis Étienne II Berbisey, fils aîné de Étienne Berbisey, quitte le commerce familial et entame l’étude de la jurisprudence. Licencié lès loi, il devient conseiller de la ville en 1453 avant de devenir conseiller du duc de Bourgogne en 1472. En 1473, il est lieutenant du maire avant d'être élu à la mairie en 1477. Après la mort de Charles le Téméraire, les troupes du nouveau souverain Louis XI entrent dans le duché de Bourgogne sous la direction de sire de Craon qui demande la soumission de la ville. Étienne II Berbisey se soumet à l'ultimatum. Quelques mois après cette reddition, une émeute dirigée par une parente, Charlotte Vion, éclate dans la ville. Étienne II réussit à l'endiguer, ce qui lui vaut les faveurs du roi. Il resta vicomte-mayeur jusqu’en 1485. À sa mort en 1487 ou 1488, la fortune familiale est établie. En 1449, Étienne II était d’ailleurs devenu propriétaire de la seigneurie rurale de Belleneuve et a arrondi le patrimoine viticole de la famille qui comprend notamment des vignes à Chambolle. Il est également l’acquéreur d’une maison rue Chapelotte, actuelle rue Berbisey. Le frère cadet d’Étienne II Berbisey, Richard, fut quant à lui gouverneur de la Maladière. Étienne II se maria à Charlotte Vion, fille d’un maître des comptes. En 1465, il s’établit rue de la Parcheminerie, puis rue de Chapelotte et, enfin, rue de Berbisey à Dijon. Il eut plusieurs enfants issus de son mariage. Les enfants d’Étienne II Berbisey tinrent également des fonctions éminentes. L’un de ses fils fut échevin et un autre fut chanoine de la Sainte Chapelle. Ses filles se marièrent pour l’une avec un médecin et, pour deux d’entre elles, à un futur vicomte-mayeur. Claire, l’une de ses filles, épousa Jean de Malesme qui fut conseiller du duc. vignette|210x210px|Grand hôtel Berbisey vignette|215x215px|Petit hôtel Berbisey Thomas Berbisey, l’un des fils d’Étienne II Berbisey, fut secrétaire du roi en la chancellerie et chargé de la gestion des finances royales. En 1480, il est nommé greffier civil des présentations au parlement pour le comté. Il fut également secrétaire de Louis XI et garde de son scel secret. Le , par lettre de cachet adressée à la Chambre des comptes, il devient commis-secrétaire des finances en Bourgogne. À partir de 1501, il prend la place de son père dans les rôles des marcs de la rue de la Parcheminerie. Il est le commanditaire de l’hôtel rue de Berbisey. Plus tard, ses descendants bâtirent deux hôtels, appelés le Grand hôtel Berbisey et le Petit hôtel Berbisey. Thomas Berbisey épousa Marguerite Bonvilain et quatre enfants naquirent de cette union : Étienne III Berbisey, Claude, Guillaume et Jean.
Les fils de Thomas Berbisey briguèrent aussi des places importantes dans la société dijonnaise : Claude Berbisey fut maître des comptes à la Chambre des Comptes de Bourgogne, Étienne IV Berbisey fut conseiller au Parlement et Guillaume Berbisey fut lieutenant civil au bailliage et vicomte de Dijon. En 1563, les trois frères obtinrent une lettre d'anoblissement, mais cette dernière fut contestée. En 1584, leur anoblissement fut confirmé après avoir apporté la preuve que leur ancêtre, Guyot Poissonnier, avait été anobli en 1378. En 1565, les membres de la famille Berbisey entament des travaux au manoir de Belleneuve. Leurs alliances avec de grandes familles leur permirent d’hériter de la seigneurie de Vantaux, venue de la famille de Saulx, qui devient une baronnie en 1622.
Guillaume Berbisey eut plusieurs enfants, dont Perpétuo de Berbisey. En 1585, ce dernier est nommé président à mortier. Jean, fils de Thomas II Berbisey, occupe la place de conseiller à l’instar de son neveu et petit-neveu par la suite. Les fils de Jean occupèrent aussi des fonctions judiciaires et administratives : l’un fut conseiller, l’autre substitut du procureur général. Le fils du premier, Jean, devint président à mortier en 1673. Enfin, Jean Berbisey, le fils cadet de Jean, obtient le poste de premier président en 1715 et le reste pendant près de quarante années.
Les armoiries de la famille de Berbisey sont d’azur à une brebis paissante d’argent, avec pour devise : et factum est ita.
Mécénat artistique des Berbisey à Dijon Le rôle des Berbisey dans la vie artistique dijonnaise est en partie connu par des sources écrites, en raison de la destruction des œuvres en question. Leur mécénat se trouve aussi lié à la stratégie matrimoniale de la famille, qui contracte des unions avec de puissants marchands.
À partir d'Étienne II, vers 1480, les Berbisey se font inhumer dans l'église des Carmes à Dijon, détruite à la Révolution. Thomas Berbisey fait réaliser le caveau et inscrire le nom des membres de la famille décédés sur une plaque de laiton. La famille est par ailleurs à l'origine de commandes d'objets liturgiques et de manuscrits destinés à l'église, comme lorsqu'ils se faisaient auparavant inhumer dans Notre-Dame de Dijon, à laquelle ils se trouvaient liés par le mariage d'Étienne I Berbisey avec la fille de Guy Poissonnier.
Du point de vue architectural, Thomas Berbisey est à l'origine de la construction de l'hôtel Berbisey, situé rue Sainte-Anne (actuelle rue Berbisey à Dijon). Le style gothique de cet hôtel particulier du se rapprocherait de celui de l'hôtel Chambellan de Dijon dont le propriétaire, Henri Chambellan, aurait été marié à une Berbisey. Deux autres hôtels Berbisey sont édifiés à proximité au ; l'un d'eux, le grand hôtel Berbisey, est reconstruit au .
Le même Thomas Berbisey serait à l'origine de la commande d'un triptyque figurant les membres de sa famille et une incrédulité de saint Thomas. Cette œuvre est perdue et connue par le contrat de commande. Surtout, la Bibliothèque nationale de France conserve un livre d'heures probablement commandé par le même personnage (BnF ms. Lat. 1374): réalisé dans le style tourangeau, il aurait été commandé alors que Thomas se trouvait à Tours en 1483 à un artiste du cercle de Jean Bourdichon.
Commanditaire du manuscrit L'identité du commanditaire du manuscrit demeure inconnue, car plusieurs membres de la famille Berbisey auraient été susceptibles de commander un livre d'heures. Les quatre potentiels commanditaires sont Étienne II, Thomas, Nicolas ou Jean Berbisey.
Ces deux derniers sont des hommes d'église : Nicolas est chanoine de Langres et frère d'Étienne II Berbisey ; Jean est le frère de Thomas Berbisey et chanoine de la Sainte-Chapelle. Néanmoins, les spécialistes considèrent ces deux pistes comme les moins probables : en effet, ces deux membres de la famille Berbisey sont des ecclésiastiques, et ces derniers préféreraient le bréviaire au livre d'heures pour leurs prières.
Les autres hypothèses s'articulent autour des figures d'Étienne II et de son fils Thomas Berbisey, tous deux personnages éminents de la vie politique dijonnaise. Thomas, secrétaire de Louis XI, est le commanditaire d'un autre livre d'heures (BnF ms. Lat. 1374). C'est pourquoi Marie-Françoise Damongeot-Bourdat semble privilégier l'hypothèse selon laquelle Étienne II Berbisey serait le commanditaire du livre d'heures conservé par la bibliothèque municipale de Dijon, si l'on admet que Thomas possédait déjà un manuscrit de la même typologie.
Composition du manuscrit
Contenu Il s’agit d’un volume sur parchemin, constitué de III-115 feuillets mesurant 220 sur 150 mm. La surface écrite est de 110 sur 70 mm.