Jacques Roujon, né à Paris le et mort à Randan (Puy-de-Dôme) le , est un journaliste français du , un écrivain et un historien. Il a été le rédacteur en chef ou le directeur de plusieurs périodiques, notamment dans l'entre-deux-guerres Le Nouveau Siècle et L'Ami du peuple, d'extrême droite, et Le Petit Parisien sous l'Occupation.
Biographie Milieu social, études et débuts Jacques Joseph François Roujon est le fils d'Henry Roujon, haut fonctionnaire (directeur des beaux-arts) et écrivain, élu à l'Académie française en 1911, et de Marie Adeline Caroline Louise ReichelDossier de la Légion d'honneur de J. Roujon dans la base Léonore..
Licencié ès-lettres et en droit, il est d'abord avocatDossier de la Légion d'honneur de J. Roujon dans la base Léonore : de 1908 à 1910 selon cette source mais il est déjà avocat lors de son mariage en 1907.. Il épouse en 1907 Marguerite Bürgkly.. Il est un temps le secrétaire de Raymond Poincaré, avocatLibération, , .. Sa femme meurt en 1912 à 28 ansL'Univers, 27 janvier 1912, .. Il est ensuite secrétaire-rédacteur au Sénat, à partir de Dossier de la Légion d'honneur de J. Roujon dans la base Léonore : jusqu'en 1919 selon cette source.. Il devient en parallèle journaliste en entrant au quotidien parisien Le Figaro en 1912.
En , estimant que la mémoire de son père qui venait de mourir a été diffamée par Léon Daudet dans un article de L'Action française, Roujon provoque Daudet en duel et le blesse légèrement à l'avant-bras avec son épée....
Première Guerre mondiale
Mobilisé en 1914 comme simple soldat au régiment d'infanterie, il combat au front jusqu'en , dans les Vosges, puis sur l'Ourcq et l'Aisne. Evacué pour hémoptysie, il est versé en 1916 dans les services auxiliaires après 15 mois passés à l'hôpitalJean Norton Cru, Témoins, Marseille, Agone, 2022 : éléments biographiques.. Il relate son expérience de la guerre dans Carnet de route ()Jean Norton Cru, Témoins, Marseille, Agone, 2022.Le Figaro, 11 octobre 1916, ., d'abord publié en feuilleton dans le Figaro entre février et Le Figaro, 20 février 1916, .. Jean Norton Cru juge qu'il s'agit d'un , marqué par . Il signale la coopération entre (Carlos-Reymond), tous deux soldats dans la même unité.
Entre-deux-guerres
Il redevient journaliste au Figaro à partir de 1916Le Figaro, 11 avril 1916, . mais sa signature apparaît peu alors qu'il signe des articles en 1919 dans le quotidien L'ÉclairCollection dans Gallica.. Il est chargé de la rubrique de la politique étrangère du Figaro en , succédant à Raymond RecoulyLe Figaro, 2 juin 1920, .. Ses articles sont dès lors cités par ses confrères dans leurs revues de presse. Il collabore aussi à deux autres quotidiens, le Journal des débatsJournal des débats, 3 juin 1920, . et Le Temps.
Il épouse Jeanne Vallier en 1920Le Figaro, 14 décembre 1920, ..
En 1922, le très riche parfumeur François Coty rachète Le Figaro. Le rédacteur en chef de ce journal, Louis Latzarus, s'en offusque à la une du quotidien en Ghislaine Sicard Picchiottino, « Du Figaro à Figaro : les années Coty (1922-1933) », Claire Blandin (dir.), Le Figaro. Histoire d'un journal, Nouveau Monde Editions, 2010. et annonce que Coty exige son départ et celui de Roujon qui .. La signature de Roujon disparait du journal le mois suivant.
Il rejoint à nouveau L'Éclair en ... Qu'il quitte pour prendre le poste en de rédacteur en chef d'un ancien quotidien qui avait cessé de paraitre en août et vient de paraître à nouveau, La République française.La République française, 3 octobre 1922.. Comme d'autres journalistes, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1923 dans la promotion du ministère des affaires étrangèresDossier de la Légion d'honneur de J. Roujon dans la base Léonore. Son dossier le présente comme rédacteur de L'Éclair à cette date.. Un journal de gauche les présente comme des thuriféraires de la politique étrangère de Raymond Poincaré, allemande notamment.. Début 1924, il rejoint en parallèle un autre journal, un hebdomadaire cette fois, La Volonté nationale, du sénateur et industriel Pierre Brangier, qui siège au Sénat dans un groupe du centre-droit. tandis que La République française cesse de paraître en juillet.
Après avoir publié en 1919 un roman décrivant l'univers d'un riche homme d'affaires, propriétaire d'un grand magasin, il publie un essai sur Anatole France (1925), un ami de son père, et qu'il a connu, après avoir publié l'année précédente des articles sur cet écrivain dans des revues (La Revue hebdomadaire, La Revue universelleMichel Leymarie, « Les Lettres dans La Revue universelle de 1920 à 1924 », dans Maurrassisme et littérature. Volume IV, Presses universitaires du Septentrion, 2012.) ou des quotidiens (Le TempsJacques Roujon, « Quelques lettres inédites d'Anatole France », Le Temps, 16 octobre 1924.). Il est élu sociétaire de la Société des gens de lettres en 1925L’Intransigeant, 3 juillet 1925, ..
En , il fait partie de l'équipe formée autour de Georges Valois qui lance l'hebdomadaire Le Nouveau Siècle.. Valois écrit dans son livre L'Homme contre l'argent : souvenirs de dix ans (1918-1928) : Georges Valois, L'Homme contre l'argent : souvenirs de dix ans (1918-1928), édition présentée par Olivier Dard, Presses universitaires du Septentrion, 2012, .. Roujon est le rédacteur en chef de ce périodique qui se réclame du fascismePierre Milza, L'Italie fasciste devant l'opinion française : 1920-1940, Bruxelles, Complexe, 1987.Le Nouveau siècle, 26 février 1925, . et rompt avec l'Action française de Maurras. Il est aussi l'un des actionnaires originels de la société exploitant ce périodique., qui devient un quotidien en , celui du Faisceau. Ses articles portent sur la politique étrangèreLe Nouveau siècle, 14 novembre 1926, ..
L'expérience tourne court assez vite et Roujon quitte le journal en 1927, avant sa disparition en . Il se met au service de François Coty en devenant directeur et rédacteur en chef de son quotidien destiné aux milieux populaires, L'Ami du peuple, autre journal d'extrême droite fondé en 1928Ariane Chebel D'Apollonia, L'Extrême droite en France : de Maurras à Le Pen, Complexe, 1999, .. Il est aussi administrateur de la société exploitant ce journal, dès ses débutsMoniteur de la papeterie française et de l'industrie du papier, , . La Journée industrielle, 17 mars 1928, .. L'Ami du peuple a une ligne éditoriale nationaliste, anti-allemande, anticommuniste, xénophobe, et antisémite en 1932..
Il fait savoir en 1929 qu'il a démissionné de son emploi de secrétaire-rédacteur au Sénat le , démission acceptée le .. C'est que des journaux signalaient cet emploi alors que Roujon travaillait pour des journaux antiparlementaires, Le Nouveau siècle puis L'Ami du peuple. Charles Maurras et d'autres rédacteurs de L'Action française l'ont notamment souligné en s'en prenant à Roujon, dans le contexte de leur conflit avec Coty, qui avait financé l'AF avant 1928.. Georges Valois intervient dans cette polémique, souligne que Roujon l'attaque et affirme qu'il avait accueilli Roujon au Nouveau siècle en 1924, . C'est dans le cabinet de Maurras qu'il aurait rencontré Roujon pour la première fois. Alors qu'il était en conflit avec Coty, il souligne aussi que Roujon, en 1927, . Il aurait voulu en outre que Valois lui verse une indemnité à son départ.. Roujon qualifie Valois de « politicien ridicule », de « polichinelle en chemise bleue »..
Il s'intéresse en parallèle à l'histoire, publiant quelques livres destinés au grand public cultivé intéressé surtout par les biographies historiques. Ses ouvrages appartiennent au genre académiqueJean-Francois Bonhoure, Les historiens à l’épreuve du temps : la production historique éditée en France des années trente au début des années cinquante. Histoire. Université Panthéon-Sorbonne -Paris I, 2021, : Lire en ligne.. Il se fait le biographe de Danton tout d'abord, puis d'un ministre de Louis XIV, Louvois, et de Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, fille de Philippe d'Orléans (1674-1723).
Il reste rédacteur en chef de L'Ami du peuple lorsque Coty en perd le contrôle, en . Il occupe encore cette fonction en L’Ami du peuple, 14 février 1935, ., alors que le journal se présente désormais comme . Il devient ensuite l'un des rédacteurs en chef du quotidien Le Matin à partir de 1935 et son chef des services étrangers. Les autres rédacteurs en chef sont notamment Philippe Barrès, autre ancien du Nouveau siècle, qui démissionne en 1938, et Stéphane LauzanneL'Aube, 6 octobre 1938, .. La ligne éditoriale de ce journal se radicalise dans les années 1930. Anticommuniste et pacifiste, Le Matin est favorable à un accord avec l'Allemagne d'Hitler. Roujon est promu officier de la Légion d'honneur en 1938Le Journal, 14 août 1938] (photographie), ..
Seconde Guerre mondiale : journaliste collaborationniste
Après la défaite de 1940, sous l'Occupation, il reste un temps rédacteur en chef du Matin qui reparaît rapidement. Il est corédacteur en chef aux côtés de Jean Luchaire.Cédric Meletta, Jean Luchaire. l'enfant perdu des années sombres (1901-1946), Paris, Perrin, 2013.. Il y rédige des articles Dominique Pinsolle, Le Matin (1884-1944). Une presse d'argent et de chantage, Presses universitaires de Rennes, 2021, (L'auteur cite un rapport datant de la Libération).. Il dénonce la propagande britannique et les et vante la collaboration franco-allemande.J. Roujon, « la collaboration franco-allemande doit se poursuivre en pleine clarté », Ibid., 21 janvier 1941.. Il rejoint ensuite un autre quotidien parisien collaborationniste, Le Petit Parisien, en Michèle Cotta, La Collaboration, 1940-1944, A. Colin, 1964, .Pierre-Marie Dioudonnat, L’argent nazi à la conquête de la presse française, 1940-1944, Jean Picollec, 1981, .. Il en est le directeur général à l'instigation des Allemands et il est chargé de son animation politique avec Claude Jeantet et André AlgarronChristian Delporte, Les Journalistes en France (1880-1950). Naissance et construction d’une profession, Éditions du Seuil, coll. « », 1999, .. Il rédige ainsi des éditoriaux. Il est aussi vice-président du groupement corporatif de la presse parisienne, présidé par LuchaireLe Petit Parisien, 9 mars 1942, .Christian Delporte, Les Journalistes en France (1880-1950). Naissance et construction d’une profession, Éditions du Seuil, coll. « », 1999, ..
Jacques Benoist-Méchin évoque le Petit Parisien et Roujon dans ses mémoires, lorsqu'il évoque sa déclaration martiale publiée dans ce journal le , au lendemain du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord : il entendait pousser le gouvernement de Pierre Laval, qui l'avait exclu de ce gouvernement en septembre, à réagir, à . Son texte est paru contre l'avis de l'ambassade allemande, qui voulait faire interdire sa publication, selon Benoist-Méchin, mais avec le soutien des autorités militaires allemandes qui autorisent sa publication. Il aurait déchaîné la colère de Laval qui aurait ordonné à Fernand de Brinon de menacer de suspendre le quotidien pour 15 jours. Mais Roujon, convoqué, aurait répondu à ce dernier que le texte reflétait les convictions des milieux collaborationnistes parisiens et qu'il avait le soutien des Allemands, ce qui Jacques Benoist-Méchin, De la défaite au désastre. 2. L'espoir trahi, avril-novembre 1942, Paris, Albin Michel, 1985...