Les Medjahers (en ) sont une alliance tribale arabe hilalienne située essentiellement dans la wilaya de Mostaganem. L'alliance comprend également des chorfas, qu'ils soient Idrisides ou Sulaymanides.

Origines Les Medjaher sont une tribu nomade d’origine bédouine, appartenant à la grande confédération tribale des Banu Suwayd, ces derniers issues de Zoghba, une des branches de Banu Hilal venu du Najd. Du début du XIIIᵉ siècle jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, le commandement des Banu suwayd était entre les mains des descendants de Medjaher. centré|vignette|538x538px

Géographie Situation

Composition tribale centré|1x1px La tribu comporte plusieurs fractions : ( L’ensemble de ces fractions est aujourd’hui installé dans la wilaya de Mostaganem. Toutefois, certaines exceptions sont à noter : les Hebra, qui sont dispersés entre les wilayas d’Oran, de Relizane et de Tiaret, ainsi que les Rafii, dont aucun descendant n’est identifié à ce jour. )

Des groupes d’origine berbère rattachés à l’aghalik des Medjaher Beni Ifren, descendents des rois Zénètes,établis sur les deux rives de l'Oued El Kheir les Adjicas,une branche de la grande famille de Bernes les Ayachas à l'embouchure du chelif

Les fractions d’ascendance non hilalienne :

Les Chorfas d’Aïn Boudinar, également connus sous le nom de Chorfa Hamadia, descendent d’un saint d’ascendance sulaymanide venu du Maroc, Sidi Jaber Ibn Sidi Youssef Al-Charif.

Les Ouled Sidi Abdallah descendent du saint patron de Mostaghanem, Sidi Abdallah Al Khattabi, d’ascendance idrisside. Muḥammad ibn ʿAli Sanussi, fondateur de la ṭarīqa et de la dynastie sanoussiennes, était originaire de cette fraction. Il est aussi a noter que Sidi ‘Abdallah Al Khattabi et L’émir Abdelkader descendent tous deux du célèbre Abd Al Qawi. ( Selon certaines hypothèses généalogiques, ce Abd Al Qawi, considéré comme l’ancêtre commun d’une grande partie des Idrissides de l’ouest algérien et d’une partie de ceux de l’est marocain, pourrait en réalité être Abd Al Qawi ibn Hamdan ibn Medjaher. ).

Les Reziguia seraient aussi descendants de Sidi Abdallah Al Khattabi, de par son fils Sidi Abd Al Rahman qui aurait eu Rezigua pour fils.

Les Hébra prétendent descendre du Compagnon Miqdād ibn al-Aswad al-Baḥrānī et se rattacher ainsi aux Banū Baḥrān. Toutefois, de nombreux historiens, parmi lesquels Ibn Khaldūn et Ibn al-Khaṭīb al-Tilimsānī, ont réfuté cette filiation. Ces derniers se composent en 9 principales fractions:

Au sein de la confédération des Méhal, on trouve plusieurs tribus connues sous le nom d’Ouled ou Banu Ariff. Elles descendent toutes d’Ariff ibn Yahya, par l’intermédiaire de ses deux fils, Abou Bakr et Mohammed.

Parmi les descendants d’Abou Bakr figurent les Ouled Cherif, les Ouled Affan et les Ouled Mimoun, tous établis dans la région de Tiaret.

Quant aux descendants de Mohammed, ils comprennent les Ouled Kosseir de Chlef, ainsi que les Ouled Bassem, les Ouled Ayyad et les Ouled Arraj installés dans la région de Tissemsilt.

On trouve au Maroc une tribu appelée les Ouled Saïd, qui descend de Said ibn Uthman, oncle d’Ariff. Cette tribu possède une fraction descendante d’Ariff qui porte son nom, les Ouled Ariff, néanmoins, nous ne disposons pas d’informations précises sur la filiation intermédiaire.

On retrouve également les Bahaïthiya, une tribu présente dans la wilaya d’Oran et de Mascara confédérée dans les Douair et Zmala, dont la filiation remonte au Ouled Massoud, tribu qui descend de l'oncle d'Ariff, Said ben Uthman. Ils se réclament néanmoins d’une ascendance qurayshite, plus précisément des Banu Makhzoum, à l’instar de leurs cousins de Chlef, les Ouled Kosseir. Ces Bahaïthiyah se subdivisent en 7 douar :Ainsi que les Naqaybiyyah, membres de l’ancienne confédération des Bordjiyah, se réclament d’une filiation idrisside. Toutefois, plusieurs indices nous laissent conclure qu’ils descendent d’Arif ibn Yahya, nous ne pouvons pas faire de conclusion sur la filiation intermédiaire, mais plusieurs sources rapportent que leurs ancêtres seraient venus de Tiaret d’une région appelée Khelifah.

D’autres fractions issues de la lignée de Muhammed et Abu Bakr existent également, mais elles se sont dispersées et intégrées dans diverses régions d’Algérie durant les périodes ottomane et coloniale française.

Histoire

Époque médiévale islamique Selon Ibn al-Khatib al-Tilimsani, Hamdan ibn Medjaher comptait parmi les figures majeures de la Taghriba . Il était le chef des Zoghba à son époque et participa notamment au sac de Kairouan. Par la suite, après la prise de Tunis, al-Mu‘izz ibn Badis lui donna l’une de ses filles afin de sceller une alliance matrimoniale.

En 1220, après avoir conquis Bouira et le Titteri, Yaghmoracen concéda aux Suwayd, qui vivaient dans ces régions, le territoire s’étendant d’Oran à Mostaganem jusqu’à la vallée de la Mina. À cette époque, les Suwayd étaient sous le commandement des Ouled Issa, issus de la branche des Hamdan.

Durant le règne de Yaghmoracen, les Suwayd, dirigés par ʿUmar ibn Mahdi ibn Issa, occupaient un rang si élevé que le sultan lui confia la gouvernance de Tlemcen et des régions avoisinantes lors de ses absences.

À son accession au trône de Tlemcen, Abou Tachfin Ibn Moussa Ibn Othman Ibn Yaghmoracen accorda d’abord sa faveur à ʿArif ibn Yahya, son ancien ami avec qui il avait grandi. Toutefois, sous l’influence de Hilal ( certaines sources affirment que ce Hilal était un Banu Amer), l’affranchi du roi, jaloux de son ascension, ʿArif tomba rapidement en disgrâce.Contraint à l’exil, il se réfugia chez les Mérinides et se présenta à la cour du sultan Abou Saïd en 720 H / 1320. En représailles, Abou Tachfin fit arrêter Saïd ibn Othman, oncle de ʿArif, qui mourut en prison.

ʿArif ibn Yahya obtint auprès du sultan Abou Al Hassan la préséance sur tous les arabes au service de l’Empire Mérinide, il participa même a la fameuse Bataille de Kairouan avec des hommes a lui. Après la mort de ʿArif ibn Yahya décédé en 732 H, le sultan confia à Ouenzemmar, fils de ʿArif, le commandement des Suwayd, ainsi que celui de l’ensemble des branches des Beni Malik et des Zoghba. Il lui accorda également l’autorité sur toutes les tribus nomades établies dans son ressort, et lorsqu'e Abou Inan s’empara de Tlemcen, il attribua à Ouenzemmar le territoire du Seressou, la Kalaâ des Beni Salama, ainsi qu’une vaste partie des terres occupées par les Toudjîn.

À la mort du sultan Abou Inan, les Zianides furent restaurés au pouvoir grâce à Abou Hammou Moussa. Dans ce contexte, une bataille opposa les Banu ‘Amer, alliés à une partie des Banu Riah sous le commandement de Ya‘qub ibn ‘Ali, chef des Dhawawida, et les forces de Mimoun ibn Saʿîd à Muhammed, Abou Bakr, Ouenzemmar et ‘Issa ibn ‘Arif, ainsi qu’à leurs alliés au sein des Mérinides. L’affrontement se solda par la défaite des quatre frères et de leurs soutiens mérinides, et par la mort de ‘Issa ibn ‘Arif.

Ils reprirent le contrôle de la province et de la ville de Tlemcen, et confièrent alors le commandement des Suwayd à Mimoun ibn Saʿîd ibn Othman ibn ʿUmar ibn Mahdi ibn ʿIssa.

Par la suite, de retour parmi les leurs, Abou Bekr et Mohammed, frères de Ouenzemmar qui lui était parti en retraite spirituelle a Oujda tout en continuant de conseillé les Merinide, firent assassiner Mimoun dans sa propre tente, en s’appuyant sur certains de leurs serviteurs et dépendants. Après cet acte, ils s’emparèrent du commandement des tribus Suwayd.

Époque Ottomane et les Méhal À la suite de dissensions internes au sein des Zianides, un homme du nom de Mahmud, descendant d'ʿArif ibn Yahya fonda un emirat qui reuniras plusieurs tribus Suwayd et Amazigh autours d'un même sentiment et d'un même objectif .Les Mehals se révoltèrent contre les Zianide et prirent le contrôle de Mostaganem, Mazagran et Ténès.

Sous l’autorité de Hamida al-ʿAbd, les Mehal bien qu’ils ne contrôlaient directement qu’un nombre limité de villes Mostaganem, Mazagran, Ténès et Mazouna ; toutefois, l’ensemble des tribus berbères et arabes du Sahel, de Mostaganem jusqu’à Miliana dans la Mitidja, reconnaissaient leurs lois et leur autorité.À leur apogée, les Mehals étendaient leur territoire de Mazagran jusqu’à Médéa.Au , l'émir Hamida al-'Abid est de ceux qui font appel à Barberousse contre l'Espagne. Les Mehal tenaient jalousement à leur principauté et à Tenes, leur capitale. Cela entraîna un conflit avec Arroudj. Al-'Abid se révolta en 1517 contre Arroudj et leva une expédition de des tribus Suwayd, mais Arroudj les surprit et les vainquit dans les plaines de Chlef en juillet et s'empara des territoires de Tenes, Relizane et Mostaghanem.

Après de longues négociations, Khéreddine Barberousse restitua toutefois la ville de Ténès à Ḥamida el-ʿAbd, qui retrouva ainsi son prestige auprès des siens. Par la suite, il demeura allié des Ottomans dans la lutte contre les Espagnols, notamment lors de l’expédition contre Tlemcen menée par Ḥassan Agha en 1543, à laquelle Ḥamida el-ʿAbd participa avec deux mille cavaliers.

Après sa mort en 1545, la région fut intégrée au Beylik de l’Ouest par Hassan Pacha à partir de 1565 ou 1563 qui nomme Mouloud ben Khattab, notable des Medjaher comme gouverneur de Mostaganem, sous l'autorité du bey de Mazouna, qui était la capitale de l'ouest. Il faut également noter que Mohammed ben Youssef Al Suwaydi, qui succéda à Hamida après sa mort à la tête des Mehal et des Suwayd, prit part à la bataille de Mazagran. Il s’y allia avec Hassan Pacha ainsi qu’avec les Maghraoua de la région, parmi lesquels figurait le célèbre Sidi Lakhdar Ben Khelouf, et la tribu Nefza des Soumata, résidants la région de Médea.

Ainsi, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ces tribus ont continué à mener des révoltes et des soulèvements contre les Ottomans, notamment en 1743, lorsqu’elles destituèrent le bey de l’Ouest, ainsi suite a cet événement les ottomans ont demantelé l’alliance des Suwayd ( Méhal ). Al-Mahdi al-Bu'abdali écrit:

Époque de l'émir Abd Al Kader Lors de la proclamation de l’Émirat par Abdelkader en , les chefs des Medjaher furent parmi les premiers à prêter allégeance. La tribu joua un rôle essentiel dans la consolidation de l’autorité de l’Émir autour de Mostaganem, en particulier après l’occupation de la ville par le général Desmichels et l’alliance des Karaghla avec les Français contre les habitants favorables à Abdelkader.

Les Medjaher ont imposé un siège strict sur l’approvisionnement de la garnison turque et française à Mostaganem, et participa activement à la fameuse bataille d’Al Macta, tout en facilitant la fuite et le ralliement d’individus et de groupes des tribus Daouars vers l’Émirat.

Il est à noter que, dans les premières années de son pouvoir, Abdelkader ne chercha pas à rompre avec les chefs installés sous l’ère ottomane chez les Medjaher. Ces chefs conservèrent leurs postes traditionnels, tels que:

  Agha Mohammed Ben ‘Ajal, Agha des Medjaher   Agha Si Cherif,   Agha Mohammed Ben Si Lekhal.

Après la rupture du Traité de Tafna en 1839, les Medjaher se sont illustrés dans le siège imposé par l’Émir Abdelkader à Mazagran en 1840, siège qui força les troupes françaises à se replier et à se barricader dans Mostaganem.

Cependant, dès 1839, les relations entre les Medjaher et l’Émir Abdelkader entrèrent dans une phase de tension et de confrontation, qui se solda par le déplacement forcé de la tribu vers la vallée de Mina, en guise de sanction pour ses transactions commerciales avec la garnison française de Mostaganem.

Les Medjaher ne purent regagner leurs terres qu’après avoir acquitté l’intégralité des arriérés d’impôt exigés par l’autorité émirale, soit 300 chevaux et 3 000 fusils de fabrication française.

Les rapports du consul Dumas indiquent que la cause principale du conflit résidait dans le refus des Medjaher d’appliquer les instructions de l’Émir, qui interdisait aux tribus sous son autorité de commercer directement avec les Français.