Antonio Got Insausti (Saint-Sébastien, 1878 - Madrid, 1939) est un militaire, dessinateur, peintre, journaliste et animateur espagnol.

Après une formation en artillerie, et un début de carrière militaire en métropole, il fut versé à partir de 1909 dans des unités combattantes à Melilla, Ceuta et Tétouan (Maroc), où il remplit des fonctions dans l’état-major d’artillerie (logistique, acheminement de matériel et de munitions, définition d’itinéraires pour véhicules automoteurs), et où ses talents de dessinateur purent s’épanouir dans la création de vues panoramiques à usage militaire. Parallèlement, intéressé par la culture locale, il rédigea, en collaboration avec le futur ministre des Affaires étrangères Juan Beigbeder, un guide touristique de Tétouan, resté inédit, mais publié partiellement peu après, en 1917, dans le corps d’un autre guide plus vaste, avec dessins de sa main. Mis en disponibilité de l’armée en 1917, à sa demande, il retourna à Tétouan pour y enseigner le dessin à l’École des arts et métiers nouvellement fondée, tout en contribuant à différents périodiques par des dessins et des aquarelles exécutées au Maroc. À partir de 1920, il se voua plus particulièrement au journalisme, couvrant comme correspondant de guerre plusieurs épisodes de la guerre du Rif, notamment les suites de la débâcle d’Anoual infligée en 1921 aux troupes espagnoles par les milices rifaines et le débarquement d'Al Hoceïma de 1925. Dans les mois précédant la guerre du Rif et pendant le prélude de celle-ci, il accomplit pour le compte de l’entrepreneur Echevarrieta des missions de contact et de négociation avec la famille Abdelkrim, dans le but de conclure, sous le regard suspicieux des autorités militaires espagnoles, des accords d’exploitation des (présumés) gisements miniers dans le Rif central. Revenu en métropole en 1934, malade, ayant élu domicile à Madrid, objet de brimades pendant la Guerre civile en raison de ses idées monarchistes, il représenta dans une série d’aquarelles les bombardements que subissait la capitale pendant le conflit.

Biographie Formation et jeunes années vignette|redresse|Vue de la ville de Gand, aquarelle d'Antonio Got (1906). Né à Saint-Sébastien en 1878, Antonio Got commença en une formation militaire à l’Académie d’artillerie de Ségovie, dont il sortit diplômé en avec le grade de lieutenant, avant d’être promu lieutenant deux ans plus tard. Cette même année 1902, il reçut sa première affectation dans sa ville natale, occupa ensuite un poste à Bilbao, pour revenir en à l’état-major d’artillerie de Saint-Sébastien, puis être muté en 1908 à la garnison de Pampelune. Dans ce parcours professionnel en métropole s’est intercalée une parenthèse de quatre mois, quand son penchant pour la peinture l’eut incité à solliciter fin un congé de quatre mois, qu’il obtint et dont il fit usage pour un périple à travers la Belgique et l’Angleterre. De ces pays il ramena des esquisses qui lui serviront à peindre plusieurs aquarelles, dont notamment celle intitulée San Nicolás, le Beffroi y San Bayán (vue de la ville de Gand, avec l’église Saint-Nicolas, le beffroi et la cathédrale Saint-Bavon) et celle représentant la fontaine Notre-Dame de Guadalupe à Fontarrabie (Fuente de Nuestra Señora de Guadalupe), œuvres qui furent acquises un an après par le Musée municipal de Saint-Sébastien.

Participation aux campagnes militaires de Melilla (1909) Antonio Got se trouvait en mission à Jaca pour le compte de sa garnison de Pampelune quand fut déclenchée la campagne de 1909 dans la zone de Melilla (nord-est du Maroc). Il obtint que, une fois sa mission achevée, il lui soit confié une nouvelle mission, cette fois au service de l’état-major d’artillerie de Melilla, place forte à destination de laquelle il partit le et où il exerça à partir du des fonctions au Parc mobile de l’armée d’opération comme chargé de réception d’effectifs et de matériel, remplissant des tâches de reconnaissance, de transmission, de transport, d’acheminement de munitions C’est cependant dans la troisième phase de ladite campagne de conquête qu’Antonio Got, alors lieutenant, eut à jouer un rôle important. Ainsi, il aida tout au long du mois de septembre à munitionner la colonne conduite par le général Tovar et engagée dans la bataille de Tachdirt, ainsi que les troupes de la division Álvarez de Sotomayor occupées à s’emparer de Souk El-Had de Beni Sicar, et à pourvoir en munitions les 27 et plusieurs positions en plein combat. En octobre, il fut chargé de munitionner les camps militaires de Nador et de Selouane, puis participa en novembre à la conquête espagnole de Hidum et de Tagui Manin (Mezquita). À partir du 12 du même mois, alors que la campagne militaire était en passe de s’achever, il fut versé dans la Section des automobiles, où il resta jusqu’en , date à laquelle il fut muté en métropole, d’abord à un poste dans un régiment de cavalerie à Madrid, puis à Saint-Sébastien. Il s’était auparavant vu octroyer la croix de première classe du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge pour son action dans la défense de Souk El-Had de Beni Sicar, le .

vignette|200px|Aquarelle de Got datée de 1917 représentant la fontaine du Poulain (« fuente del Potro ») à Cordoue. Entre 1909 et 1916, Antonio Got mit ses talents artistiques au service de l’armée espagnole d’Afrique. Ainsi, pendant son séjour à Melilla, Got avait-il apporté son concours à la rédaction et à l’illustration de l’ouvrage en deux volumes publié en 1910 par le Corps d’artillerie et intitulé Crónica Artillera de la Campaña del Rif de 1909, travail pour lequel il se verra conférer la croix de première classe du Mérite militaire avec insigne distinctif blanc. Ledit ouvrage décrit les actions et travaux de l’arme d’artillerie lors de la campagne de Melilla de 1909, non seulement à l’avant-garde, sur la ligne de front, mais aussi dans les services de logistique, d’acheminement de munitions et de fabrication de projectiles, et donne des informations détaillées sur l’emploi de véhicules automoteurs en campagne, l’armée espagnole ayant en effet expérimenté pour la première fois dans un conflit armé sa flotte d’automobiles, alors encore fort réduite et à l’état embryonnaire. Le livre comporte figurant le théâtre d’opération de la campagne, avec plans, vues panoramiques, schémas, perspectives de tir d’artillerie La contribution d’Antonio Got à l’ouvrage, sur la plan tant du texte que des schémas et des vues panoramiques, est appréciable.

Affectation à Ceuta (1911-1917) Fin 1910, promu entre-temps au rang de capitaine par effet d’ancienneté, Got fut versé dans l’état-major du corps d’artillerie de Ceuta, dans l’ouest du Maroc espagnol, et prit ses fonctions le , avant d’aller trois jours plus tard occuper dans cette même ville son poste dans le Groupe d’artillerie de montagne. Dans les années 1912 et 1913, il s’acquitta de plusieurs missions de reconnaissance dans la zone de Tétouan. Au cours de l’année 1912, il exécuta des relevés devant servir à définir des itinéraires de camions et remplit des tâches de reconnaissance dans le territoire limitrophe de Tétouan, avec zèle et intelligence au jugement de ses supérieurs. En 1913, dans la même zone, il prit part avec sa batterie à de nombreuses actions de combat, préparations d’artillerie, missions de protection de convois et d’occupation de positions, notamment pour assurer la protection de la brigade du général Primo de Rivera au moment où celui-ci était engagé dans un mouvement de retraite. Il fut honoré de trois croix de première classe du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge et, en , — en lieu et place d’une montée en grade pour « mérites de guerre », illicite dans un corps d’artillerie — d’une croix de classe de l’ordre royal et militaire de Marie-Christine. De à fin 1916, il travailla à tracer des itinéraires et à composer des vues panoramiques, avant de partir occuper un poste à Saint-Sébastien, où la retraite volontaire lui fut accordée le . Il ne devait plus par la suite s’incorporer dans les forces armées que pour une brève période entre 1934 et 1935, nommément dans l’état-major de la brigade d’artillerie de la Première Division organique (c’est-à-dire la circonscription militaire autour de Madrid).

Œuvre d’auteur et de dessinateur à Tétouan vignette|redresse|Guía del Norte de África y Sur de España (1917), dont le chapitre sur Tétouan a été corédigé par Got et Beigbeder et illustré par Got. Antonio Got fut l’auteur, en collaboration avec Juan Beigbeder (futur ministre des Affaires étrangères), du premier guide touristique de Tétouan, intitulé Tetuán Artístico y Pintoresco, qui pour des raisons inconnues ne parut cependant jamais en tant que tel et en intégralité, mais ne fut publié que partiellement dans un guide de 1917, Guía del Norte de África y Sur de España (« Guide touristique d’Afrique du Nord et du sud de l’Espagne »), paru aux éditions Manuel L. Ortega. Étant donné que les deux auteurs se trouvaient à Tétouan au tout début de l’occupation de la ville par les troupes espagnoles, leurs descriptions reflètent l’état de la ville antérieur aux transformations urbaines réalisées à partir de 1913. Il apparaît très probable que le guide de Beigbeder et Got renfermait, pour illustrer le texte, des dessins et des photographies, sur lesquels on n’a pas d’autres informations. Il est notable par ailleurs que Juan Beigbeder rédigea vers la même époque un essai sur Tétouan et sur la description qu’en avaient faite un certain nombre de géographes de différentes époques, allant du Moyen Âge à l’ère moderne, ce qui dénote un intérêt réel pour la ville et son histoire.

Dans le susmentionné guide de 1917, le travail de Beigbeder et Got fait son apparition à la page 235 sous la forme d’un bloc thématique intitulé Tetuán artístico y pintoresco (« Tétouan artistique et pittoresque »), où figure une note signalant que le chapitre d’introduction, intitulé Lo que vimos al llegar a Tetuán (« Ce que nous avons vu après être arrivé à Tétouan », ) ainsi que les chapitres consacrés au Méchouar (palais du ), aux mosquées, aux fontaines de la ville et aux ermitages, font partie d’un livre inédit de Juan Beigbeder et Antonio Got.

vignette|Le palais royal, ou Méchouar, à Tétouan. D’une part, le texte de Beigbeder et Got n’échappe pas, en particulier dans l’introduction, aux lieux communs habituellement associés à la confrontation d’un occidental avec une médina musulmane. Le tableau ainsi produit, d’une subjectivité assumée, et émaillé de sensationnel, de surprises et de manifestations d’admiration, s’inscrit dans ce que les auteurs eux-mêmes désignent par « notre curiosité d’artistes ». L’introduction entend guider le voyageur dans une ville non encore altérée par l’arrivée de l’administration espagnole et s’abandonne aux descriptions de rues grouillantes, de scènes de souk et d’étals, d’artisanats divers, composant une image stéréotypée de la société marocaine.

Mais d’autre part, les aptitudes de Got comme dessinateur et la formation d’ingénieur militaire de Beigbeder ont pu se combiner avec bonheur, ainsi qu’en témoigne le chapitre consacré au Méchouar, palais royal alors abandonné, dont le texte nous livre, dans une vision certes romantique mais sous un regard expert et rigoureux, une description de tous les éléments structurels et décoratifs de l’édifice, en particulier une analyse des faïences originales, dont la tradition artisanale s’était d’ores et déjà perdue en grande partie. La description du Méchouar se clôt par la recommandation de le restaurer et de lui trouver une nouvelle affectation, eu égard à sa valeur artistique et historique.