John Mark Dougan, qui se fait aussi appeler BadVolf, né le à Wilmington (Delaware, États-Unis) est un ancien policier américain, devenu hacker, théoricien du complot et agent d'influence russe.
Après avoir servi comme agent de police et shérif adjoint dans le comté de Palm Beach, il entre en conflit personnel avec son supérieur. Il se fait passer pour un hacker russe jusqu'en 2016, lorsqu'il est contraint de fuir en Russie pour échapper aux poursuites. Il s'installe à Moscou et devient agent d'influence, suivant les intérêts du pouvoir russe. John Mark Dougan participe à la campagne de manipulation informationnelle de la Russie en créant de faux sites Internet, notamment pour influencer les résultats des élections et diffuser la désinformation sur la guerre russo-ukrainienne.
Biographie
Jeunesse et famille
John Mark Dougan naît le à Wilmington, dans le Delaware.
Carrière professionnelle dans la police Après avoir servi au sein des Marines, John Mark Dougan souhaite se reconvertir comme policier, après avoir exercé de multiples autres professions, dans le transport de chevaux, la gestion de bases de données, ou en tant que pilote (malgré le fait qu'il soit atteint du syndrome de Gilles de La Tourette). Il commence en 2005 sa carrière comme agent de la petite équipe de policiers de Mangonia Park, en Floride. Il se distingue par le nombre très élevé de contraventions qu'il inflige et son efficacité dans la lutte contre le trafic de drogue (il aide alors localement la DEA). Il rejoint quelques mois plus tard le bureau du shérif du comté de Palm Beach. Il est régulièrement épinglé en interne pour son comportement vis-à-vis des autres agents, notamment lorsqu'ils se sert de son spray de gaz lacrymogène contre un de ses collègues.
En 2008, il demande à être transféré à Belle Glade, demande inhabituelle car la ville n'a pas bonne réputation. En arrivant, il fait connaissance du chef de la police locale Brent Raban, connu pour ses méthodes brutales, notamment à l'encontre des citoyens de la ville. Il tente d'alerter sur la brutalité de son supérieur, mais rien ne se passe et Dougan craint d'être lui-même victime de représailles s'il agit directement. Il démissionne finalement de son poste en après quatre ans passés à servir au sein du bureau du shérif. En partant, il signale le comportement de Brent Raban, mais il est scandalisé par ce qu'il estime être un manque de réaction des instances de contrôle du comté de Palm Beach, qu'il accuse de tenter d'enterrer l'affaire.
En 2009, peu après son arrivée, il est licencié du département de police de Windham pour des faits de harcèlement sexuel contre ses collaboratrices. Après que le tribunal lui ait donné tort et validé son licenciement, il entame une . Il publie des informations compromettantes, dont une partie sont fausses, et des critiques virulentes sur les membres de la hiérarchie de la police de Palm Beach, notamment sur un forum en ligne qu'il a fondé, appelé PBSOTalks (pour ). C'est à ce moment-là qu'il commence à créer de faux sites Internet pour servir son but de revanche personnelle, en particulier contre Ric Bradshaw, shérif principal du comté de Palm Beach.
Activités aux États-Unis et fuite John Mark Dougan se rend en Russie pour la première fois en , après avoir été attiré par des conversations sur Facebook avec une femme souhaitant devenir cliente de son entreprise , avec qui il entame une relation amoureuse. Là-bas, il rencontre Pavel Borodine, un homme politique proche du pouvoir russe, qui signe un contrat avec lui, officiellement pour aider à créer . Selon Dougan, il n'est là-bas que pour vendre les téléphones qu'il produit, mais il a contacté en avance Borodine pour le rencontrer. Il est impressionné par les opportunités qui lui sont ouvertes en Russie.
De retour en Floride après son voyage en Russie, il s'avère déjà très doué en manipulation numérique : un policier est ciblé par une rumeur mensongère diffusée via de faux sites en ligne, le liant à la mouvance suprémaciste blanche. En 2015, il se fait passer pour une femme et entretient une conversation intime pendant plusieurs jours avec l'officier de police sous les ordres de Ric Bradshaw chargé de l'enquête contre lui, obtenant des infos confidentielles sur les méthodes employées. À cette époque, il a déjà été plusieurs fois en Russie et sa compagne russe l'a également suivi en Floride.
Il prend alors le pseudonyme de BadVolf (en ). Sous ce faux nom, il commence le à se faire passer pour un véritable hacker russe basé à Moscou, affirmant que . Son but premier est d'éviter les poursuites pour avoir enregistré illégalement les appels avec l'officier à sa recherche, et il diffuse immédiatement les fichiers compromettants dont il dispose sur lui et Ric Bradshaw. Les enquêteurs ne relient pas encore ce prétendu hacker à lui. BadVolf se défend de toute action illégale et affirme avoir utilisé une faille de sécurité dans la base de données de l'État de Floride.
Après que BadVolf a fait fuiter les enregistrements, Dougan se rend au bureau du FBI et demande l'ouverture d'une enquête contre Bradshaw, sur la base des renseignements qu'ils contiennent. Après un refus, il se met à penser que et décide de frapper plus fort, en publiant les données personnelles des personnes avec qui il est en désaccord. En croisant les données de deux fichiers officiels, il obtient les adresses de (fonctionnaires, magistrats et membres des forces de l'ordre), la plupart sans aucun lien avec son conflit avec Bradshaw. Malgré cela, il les considère comme tous coupables et fait fuiter toutes les données sur PBSOTalks le , avant de publier encore d'autres données sur des personnes habitant dans d'autres comté de Floride ; au total, plus de de différents.
En raison de ses activités passées en Russie et du piratage qu'il a réalisé, les autorités américaines commencent à soupçonner le hacker BadVolf de travailler pour le compte des services russes, mais ils poursuivent un hacker qui n'existe pas. Dougan nie toute responsabilité dans les fuites, affirmant que BadVolf est une de ses connaissances mais que ce dernier a décidé seul de diffuser ces fichiers. Le , le Federal Bureau of Investigation (FBI) découvre finalement l'inexistence de BadVolf, fait le lien avec sa vraie identité et perquisitionne le domicile de John Mark Dougan, sans pour autant avoir le mandat pour l'arrêter. Avant d'être arrêté, Dougan décide de fuir le pays pour la Russie, laissant sa famille derrière lui. Le pays lui offre l'asile politique temporaire en , puis à titre permanent en décembre. Il devient officiellement un fugitif en 2018 lorsqu'il est inculpé pour .
Vie en Russie Une fois en Russie, John Mark Dougan s'installe dans un appartement à Moscou, au bord de la Moskova, à plusieurs kilomètres du Kremlin. Interrogé par des journalistes, notamment de NewsGuard, il leur fournit des informations volontairement parcellaires sur ses activités, avant d'en dire un peu plus ou de se rétracter, ce que les journalistes décrivent comme . Lors de l'un des premiers appels téléphoniques avec , l'un des responsables de NewsGuard, il se fait passer pour un officier du FBI, ce qui est illégal. Il fait également fuiter la localisation de la maison de Brill.
John Mark Dougan fait la promotion de la vie à Moscou, déclarant que ; il cite notamment la vie nocturne moscovite. Il intervient régulièrement à la télévision d'État russe, qui l'invite en le présentant comme . De nombreux reportages sur lui sont aussi produits par les médias russes pour le glorifier. Selon le collectif de lutte contre l'influence numérique russe Antibot4Navalny, . En 2023, il obtient la citoyenneté russe et il vote lors de l'élection présidentielle russe de 2024.
Depuis la Russie, il continue à influer sur la politique aux États-Unis. Il affirme être à l'origine de la en 2016, mais il s'agit vraisemblablement d'un mensonge. En , il crée un site ayant pour but de et la du gouvernement fédéral. Il promet des récompenses en cryptomonnaies à celles et ceux qui postent des informations sur certaines personnalités, notamment les procureures Fani Willis et Letitia James, impliquées dans les procédures judiciaires visant Donald Trump. Il diffuse également de fausses informations sur la candidate démocrate à l'élection présidentielle de 2024, Kamala Harris.
En , il est inscrit par l'Union européenne sur la liste noire des personnes diffusant la propagande de la Russie et visé par des sanctions européennes, qui incluent un gel des avoirs et une interdiction de voyage dans l'UE.
Activités numériques
Création de faux comptes aux États-Unis et en Allemagne John Dougan réalise ses premières activités de déstabilisation électorale pour le compte de la Russie aux États-Unis. Il crée un réseau de nombreux faux sites, 171 au total. Parmi eux figure le DCWeekly, créé avant même sa mise au service de la Russie, dont un article de désinformation consacré à Volodymyr Zelensky est repris par Marjorie Taylor Greene en . Au total, les principaux de la propagande russe diffusés par le réseau ont été vus de fois à la date du . Bien que l'impact en nombre absolu de vues soit plus faible que celui des ingérences russes dans l'élection de 2016, ses sites ciblent spécifiquement Washington où sont prises les décisions politiques concernant l'Ukraine, et pourraient donc avoir plus d'impact.
Par la suite, il est à l'origine de la création d'au moins Internet en allemand. Les premiers sont mis en ligne en , mais le nombre de sites sur ce réseau augmente rapidement après le , lorsque la coalition en feu tricolore d'Olaf Scholz se dissout, provoquant la tenue de nouvelles élections fédérales, prévues le . John Dougan cherche ainsi à détériorer le débat public afin de déstabiliser le processus électoral allemand et favoriser les partis favorables au Kremlin. Ses faux sites et faux contenus font notamment la promotion du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne et incitent au rejet de l'immigration.
Mode opératoire Les sites créés, comme le « Miami Chronicle », cherchent à imiter le nom et l'apparence de médias connus et identifiés comme fiables, afin de se donner une apparence de crédibilité et de tromper les lecteurs. Ils sont utilisés pour diffuser la propagande de la Russie et la désinformation, notamment sur la guerre russo-ukrainienne. Ils peuvent également relayer des théories conspirationnistes ou de la désinformation sur la pandémie de Covid-19. Ces contenus mensongers ou trompeurs sont dissimulés parmi des informations d'apparence inoffensive, concernant l'actualité locale. Les auteurs sont souvent fictifs et les mentions légales inexistantes ou humoristiques.
John Dougan et son équipe produisent de faux contenus, notamment des deepfakes audios et vidéos, à l'aide de techniques avancées qui permettent de rendre plus difficile leur détection, notamment par les IA entraînées à identifier les médias hypertruqués.
Les contenus de désinformation publiés sur ses sites sont parfois amplifiés par le biais de faux comptes sur les réseaux sociaux, suivant des cheminements semblables. Une fausse information est diffusée en ligne dans un message attribué à un lanceur d'alerte, puis ce message est repris par les sites de Dougan, avant d'être amplifié par de faux comptes, parfois liés à l'opération Doppelgänger. Ils atteignent les sites les plus connus de la propagande du Kremlin, qui attribuent l'information aux sites créés par Dougan. Finalement, le faux contenu est mentionné voire diffusé à la télévision d'État russe, lui donnant un écho bien plus important.
En , l'Union européenne identifie le réseau de propagande de Dougan, qu'elle nomme « Opération False Facade ».
Diffusion de fausses informations