Pierre Brossolette, né le à Paris (16e arrondissement) et mort le à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière (Paris, 13e arrondissement), est un journaliste, un homme politique de la Troisième République et un résistant élevé au rang de Compagnon de la Libération. Époux de Gilberte Brossolette (1905-2004), il participe avec elle à la Résistance française pendant l'Occupation allemande.
Il est l'un des principaux dirigeants et héros de la résistance intérieure française. Il est considéré comme l'un des principaux acteurs de l'unification de la résistance française.
En 1940, Pierre Brossolette intègre le réseau du musée de l'Homme, puis la Confrérie Notre-Dame. Il établit des liens avec plusieurs organisations telles que Libération-Nord et l'Organisation civile et militaire (OCM) entre autres. Après avoir rejoint Londres, il devient l'adjoint du colonel Passy au BCRA et mène à bien trois missions clandestines en France. Son épouse Gilberte Brossolette est également résistante et militante socialiste.
Arrêté par le Sicherheitsdienst (service de sureté appartenant à la SS), il se suicide, se jetant par la fenêtre du étage du siège de la Gestapo, au 84 avenue Foch, après avoir donné un nom, le sien. Ses cendres sont transférées au Panthéon, le .
Biographie Études, engagement civique et journalisme
Famille Pierre Brossolette, né le au 77bis rue Michel-Ange à Paris (16e arrondissement), est issu d'une famille d'enseignants et de hauts-fonctionnaires aubois et isérois.
Son père, Léon Brossolette, né en 1868 à Chessy-les-Prés (département de l'Aube), mort en 1938 à Paris (7e arrondissement), est inspecteur de l'enseignement primaire du département de la Seine. Sa mère, Jeanne Juliette Vial, née en 1875 à Rives (département de l'Isère), morte en 1914 à Paris (16e arrondissement), est la fille de Jules Vial, inspecteur de l'enseignement primaire du département de l'Ardèche puis du Rhône, et la sœur de Francisque Vial, directeur de l'enseignement secondaire. De leur union naissent, outre Pierre, deux filles :
Marianne Brossolette : née en 1897 à Louhans (département de Saône-et-Loire), professeur agrégée d'histoire, épouse en 1924 René Ozouf ; elle est la mère de l'historien Jacques Ozouf, époux de Mona Sohier. Suzanne Brossolette : née en 1898 à Paris (16e arrondissement), Professeur agrégé d'Histoire, épouse en 1928 Francis Bourgin, professeur agrégé d'histoire et de géographie.
Études et jeunesse Pierre Brossolette effectue ses études secondaires au lycée Janson-de-Sailly et ses études supérieures en classes préparatoires littéraires au lycée Louis-le-Grand. En 1922, il est reçu, le premier, à l’École normale supérieure. En 1925, il est reçu, le deuxième, derrière, Georges Bidault, à l'agrégation d'histoire et géographie.
Au cours de ses études à l'École normale supérieure, il obtient un brevet de préparation militaire supérieure, désormais nécessaire aux normaliens afin d'être nommés officiers de réserve.
Brossolette se soumet sans enthousiasme, mais avec conscience, à ses obligations militaires. Dans le cadre de cette préparation militaire effectuée notamment à la caserne de Lourcine, il obtient de bons résultats malgré une assiduité médiocre. Il est d'abord incorporé au régiment d'infanterie et nommé caporal. En 1925, à l'issue de la PMS, il est nommé sous-lieutenant de réserve dans l'infanterie et est affecté au régiment d'infanterie.
Pendant son service militaire, il épouse en 1926 Gilberte Bruel, avec qui il aura deux enfants, Anne et Claude, ce avec l'autorisation du général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, puisqu'il était encore sous les drapeaux. Après la Libération, elle deviendra la première femme élue au Sénat. Il se lance peu après dans le journalisme.
Membre de la Ligue des droits de l'homme, de la Ligue internationale contre l'antisémitisme et de la Grande Loge de France où il est initié le à la loge Émile Zola, il est ensuite reçu dans les hauts grades maçonniques dans la loge La Perfection latine du Suprême Conseil de France et s'affilie également à la loge du Grand Orient de France L'Aurore sociale, de Troyes.... Il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1929 et participe au courant Bataille socialiste au cours des années 1930.
Il se présente d'abord aux élections cantonales d' (canton d'Ervy-le-Châtel) puis à la députation de l'Aube"Aube, un homme, un lieu" par Valérie Alanièce, Jean-Michel Van Houtte. L'est-éclair. (deuxième circonscription) sous l'étiquette du Front populaire en sans succès.
D'abord fervent défenseur des idéaux pacifistes et européens d'Aristide Briand, ses conceptions évoluent à partir de 1938 lorsqu'il prend conscience de la réalité de la menace nazie et de l'inévitabilité de la guerre.
Journaliste dans plusieurs journaux (L'Europe nouvelle, Le Quotidien, Le Progrès civique, Les Primaires, Notre temps, Excelsior, Marianne et la Terre Libre), ainsi que celui de la SFIO Le Populaire (où il est rédacteur de politique étrangère), il travaille également pour Radio PTT, dont il est licencié en janvier 1939 lorsqu'il s'oppose dans une émission aux accords de Munich.
Au début de 1939, il fonda aux côtés de Georges Monnet, Daniel Mayer, Léo Lagrange, Pierre Bloch et Georges Izard, le bimensuel Agir, organe d’expression de la minorité antimunichoise de la SFIO.
La bataille de France Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé avec le grade de lieutenant au d'infanterie Navarre, puis promu capitaine avant la défaite lors de la bataille de France ; il est décoré de la première croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze le , en raison de son comportement au cours de la retraite de son unité (il ramène tous ses hommes avec leurs armes).
Résistance Il participe à la manifestation du 11 novembre 1940 et échappe aux arrestations qui la suivent en entrant par effraction dans un immeuble, puis en escaladant les toits pour redescendre dans la rue d'à côté. Puis, hostile au régime de Vichy, il rejoint le réseau du musée de l'Homme pendant l'hiver 1940-1941, présenté à l'un des membres Jean Cassou par Agnès Humbert. Au même moment, il écrit le dernier numéro du journal Résistance appartenant au mouvement et échappe de peu à son démantèlement. Puis, il participe à la formation des groupes de résistance Libération-Nord et Organisation civile et militaire dans la zone occupée.
Pierre Brossolette et son épouse rachètent une librairie russe à Paris, au 89, rue de la Pompe, qui sert de lieu de rencontre et de « boîte aux lettres » pour les Résistants. Dans la bibliothèque tournante dans le sous-sol, plusieurs documents sont échangés pendant cette période dont les plans de l'usine Renault.
thumb|Fausse carte d’identité de Pierre Brossolette au nom de Philippe Baron, datée de 1941 Archives nationales, AG/3(2)/42.
Il devient également professeur d'histoire au collège Sévigné et est présenté par son collègue Louis François au colonel Rémy. Après sa rencontre, il devient chef de la section presse et propagande de la CND - Confrérie Notre-Dame sous le nom de code Pedro selon Rémy. Il a alors comme collaboratrice Anne-Marie Renaud de Saint GeorgesGuillaume Piketty, Pierre Brossolette : un héros de la Résistance, Odile Jacob, 1998, p. 165..
vignette|Librairie-papeterie au 89, rue de la Pompe dans le , Paris.
Au cours de l'hiver 1941-1942, il envoie à la France Libre une série de rapports très documentés sur la situation de la France et sur la Résistance embryonnaire. Par son intermédiaire et via la CND, les mouvements Libération-Nord et OCM – Organisation civile et militaire sont entrés en contact avec Londres. Avec un mandat de divers mouvements et organisations syndicales, Christian Pineau fonde Libération-Nord et gagne Londres en avant de négocier son ralliement à Charles de Gaulle.
Après un court séjour en au sud de la ligne de démarcation destiné à parfaire son information sur l'état de la Résistance en zone sud, il s'est envolé clandestinement en Angleterre dans la nuit du 27 au , en tant que représentant de la Résistance pour rencontrer Charles de Gaulle..
France Libre et BCRA À peine arrivé à Londres, Brossolette est pris en main par le BCRA, les services secrets de la France libre. Au cours de son séjour dans la capitale anglaise, il rédige neuf textes et des comptes rendus pour les services gaullistes. Pilier central de ce panorama, le « Rapport politique » du consiste en une description sans concession de la France depuis la signature de l'Armistice, un tableau de la Résistance naissante et une analyse des projets de rénovation en cours..
Il propose au général de Gaulle de repartir en France pour y rallier à la France libre d'éminentes personnalités politiques. Fort de l'accord de De Gaulle, il fait venir à Londres les SFIO Louis Vallon et André Philip, ainsi que Charles Vallin, le numéro deux du PSF du colonel François de La Rocque.
vignette|gauche|Pierre Brossolette prononçant un discours d'hommage aux morts de la France combattante au Royal Albert Hall à Londres, 1943.
Promu commandant, il travaille pour les services secrets de la France libre, le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), en liaison avec la section RF du Special Operations Executive (SOE) britannique et le Secret Intelligence Service section R.
À la suite de deux perquisitions successives effectuées par les autorités allemandes à son domicile à Paris en , son fils Claude de 14 ans est interrogé pendant 36 heures par la police française et la Gestapo, rue des Saussaies. Il repart en France pour sa première mission, vend la librairie, fait franchir à sa famille la ligne de démarcation en juillet 1942, navigue vers Gibraltar en felouque et sa famille parvient en Écosse en cargo et à Londres par train, où le colonel Passy les attendait à la gare. Il poursuit son action dans la Résistance seul en France tandis que Gilberte Brossolette assure la liaison entre le Commissariat à l'Intérieur de la France libre et la BBC.
Le , il s'engage officiellement dans les « Forces françaises libres », en même temps que le ralliement de Charles Vallin à Londres. L'arrivée conjointe à Carlton Gardens des deux hommes jusqu'alors opposés politiquement est une opération de communication censée illustrer l'assise élargie de la France combattante et est considérée un événement assez important pour être filmée par la presse anglaise : ..
thumb|Le général de Gaulle nomme Brossolette compagnon de la Libération, le 17 octobre 1942.
Le , Brossolette est nommé adjoint du colonel Passy et il prend la tête de la section opératoire, service chargé de faire le lien entre la Résistance extérieure et les mouvements de la Résistance intérieure.
Il propose à Passy de séparer l'action politique de celle du militaire, le BCRAM devient BCRA, avec le rattachement le service secret d’action politique.. Cette réforme est validée par André Philip, Commissaire national à l'intérieur, et par Jacques Soustelle, chef des services secrets... Le BCRA devient le soutien logistique et l'instrument de l'action, non seulement militaire mais politique, du CNF auprès de la Résistance..
Radio Londres Pierre Brossolette est aussi le porte-voix à Londres des combattants de l'ombre. Dans un discours à la BBC le , il rend un vibrant hommage aux « soutiers de la gloire », expression qui deviendra par la suite usitée. Il prendra la parole à 38 reprises au micro de la BBC - Radio Londres en remplacement de Maurice Schumann.
Pierre Brossolette écrira des articles, dont un le « Renouveau Politique en France » dans La Marseillaise, destiné à la Résistance extérieure comme aux Français établis depuis 2 ans en Angleterre et aux États-Unis et qui persistent à se défier de la France combattante, qui par la suite sera considéré par certains comme un des textes fondateurs du gaullisme de guerre. Brossolette est décrit par de Gaulle comme « Le philosophe du gaullisme ».
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