vignette|Médaille commémorative décernée aux combattants des tirailleurs belges-parisiens de Louis Adolphe Le Doulcet de Pontécoulant.
La participation française à la révolution belge de 1830 désigne l'ensemble des évènements militaires, politiques ou populaires ralliant la monarchie de Juillet à la révolution belge à partir de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, ainsi que lors de la guerre belgo-néerlandaise qui la suivit, jusqu'au traité des XXIV articles du , lors duquel le roi des Pays-Bas, reconnaît officiellement l'indépendance de la Belgique.
Elle se décline également sous un aspect idéologique et sociétal, la révolution belge débutant moins d'un mois après la deuxième Révolution française, l'influence de l'Hexagone sur la bourgeoisie francophone des Pays-Bas méridionaux étant non-négligeable, tout comme l'a été l'annexion à la Première République française de 1795 et la participation aux guerres napoléoniennes qui en découlent.
Contexte Influence des guerres napoléoniennes vignette|Denis François Delemme, un révolutionnaire liégeois était soldat dans la Grande Armée de Napoléon Bonaparte, où il fut décoré de la Légion d'honneur qu'il arbore sur sa poitrine. Après la Révolution française de 1789, la Première République annexe les Pays-Bas méridionaux dès 1795. Les idées de la révolution se diffusent alors partout en Belgique dans la foulée du siècle des Lumières. Lors des guerres napoléoniennes, nombreux sont les belges qui s’enrôlent dans la Grande Armée de Napoléon Bonaparte (majoritairement à cause de la conscription) et y gagnent une expérience considérable. Parmi eux, se trouvent quelques futurs volontaires de la révolution belge notoires comme Jean-Joseph Charlier dit « Jambe de bois », Remi De Puydt, Denis François Delemme ou encore Constantin Rodenbach pour ne citer qu'eux. On trouve également des Français qui s’impliqueront plus tard dans la révolution belge, comme Anne François Mellinet ou Charles Niellon.
Après la chute du Premier Empire en 1814, le retour de Napoléon lors des Cent-Jours voit les principales batailles se dérouler sur le futur sol belge, lors de la campagne de Belgique, dont la célèbre bataille de Waterloo du , lors de laquelle la nouvelle armée française est battue par la Septième Coalition.
Influence de la deuxième Révolution française
Le , la deuxième Révolution française se déclenche à Paris et le dernier roi de France, , est renversé puis remplacé par qui devient roi des Français. Ce titre sera repris sous cette forme et octroyé au premier roi des Belges, lors de sa prestation de serment le .
Si l'influence de la révolte française est évidente, elle s’inscrit elle-même dans d'autres mouvements révolutionnaires en 1830 en Europe, comme l'indépendance de la Grèce de l'Empire ottoman (), le début du Risorgimento en Italie ou encore, plus tard, l'insurrection de Novembre en Pologne contre le tsar Nicolas de Russie.
Rattachisme
S'il a bien existé un sentiment francophile rattachiste de la part d'une partie de la bourgeoisie belge francophone, la majeure partie des belges n'étaient pas favorable à un rattachement à la France. Ils n'étaient d'ailleurs pas initialement pour une scission franche d'avec le Royaume uni des Pays-Bas mais plutôt pour une séparation administrative, qu'ils obtinrent des États généraux dès le .
Le drapeau français vignette|La Liberté guidant le peuple inspirée de la Deuxième Révolution française qui eut lieu fin juillet 1830, un mois avant la révolution belge lors de laquelle le drapeau de la France fut initialement repris en guise de symbole d'une révolution populaire. Le drapeau français fut utilisé dès le début de l'insurrection d’août 1830 en Belgique en guise de symbole révolutionnaire. En effet, le drapeau de la Belgique n'existait pas encore et le premier drapeau non néerlandais hissé sur l’hôtel de ville de Bruxelles fut le drapeau bleu-blanc-rouge dès le . Il fut toutefois rapidement retiré et remplacé dès le lendemain par Édouard Ducpétiaux, qui fait arborer le drapeau de la révolution brabançonne aux couleurs noir-jaune-rouge, qui donnera le futur drapeau belge. D'autres apparitions du drapeau français sont à noter à Verviers et dans le pays de Franchimont eu égard à la participation liégeoise à la révolution belge, mais l'emblème sera bien vite remplacé par le drapeau de Liège ou les couleurs verviétoises (blanc et vert).
Interventions militaires Journées de Septembre
Pendants les Journées de Septembre lors desquelles l'armée néerlandaise commandée par le prince Frédéric d'Orange-Nassau est chassée hors de Bruxelles, plusieurs français s'illustrent, comme par exemple : Anne François Mellinet : ancien général de la Grande Armée de Napoléon Bonaparte, il prend le commandement des différentes pièces d'artillerie et les organisent. Charles Niellon : autre ancien militaire des guerres napoléoniennes, il prend le commandement de l'une des barricades des insurgés bruxellois.
Les corps francs vignette|Lithographie de Louis Adolphe Le Doulcet de Pontécoulant, avec inscrit « Commandant le Régiment des Tirailleurs (Légion Belge-parisienne) ».
Plusieurs corps francs de volontaires furent formés dans des villes françaises et comprenaient à la fois des combattants français mais aussi des belges issus de la diaspora ainsi que de l'immigration belge en France. Le comité belge de Paris estime que près de quittèrent Paris pour se joindre à la révolution belge puis à la guerre belgo-néerlandaise. Parmi ceux-ci se trouvent :
La Compagnie de volontaires de Lille, menée par François Feyerickx avec environ . Le bataillon de la société des amis du peuple qui part de Paris le avec environ , menés par Jean Maximilien Lamarque et François Mauguin. Un détachement du comité belge de Paris de , guidés par Alexandre Seghers. Un autre détachement du comité belge de Paris de , dirigés par André Wallet, qui arrive le et devient major dans l'armée belge, participe entre autres à la bataille de Bautersem. Le détachement « Gallo-belge » de Pierre-Marc Auger, qui quitte Paris le . Les Inséparables belges-parisiens partant de Paris le avec à leur tête un américain, Adolphe Black La Légion belge-parisienne de Bernard Cruyplant et Joseph Parent formée à Paris le et forte de Les tirailleurs belges-parisiens sous le commandement de Louis Adolphe Le Doulcet de Pontécoulant, quittent Paris le Une compagnie de formée à Roubaix par Ernest Grégoire.
Campagne des Dix-Jours
Peu après la prestation de serment du premier roi des Belges, , le , tente de reconquérir militairement les Pays-Bas méridionaux avec une armée néerlandaise renforcée par un élan patriotique et aidé à son tour par de nombreux volontaires : les Vrijwillige Jagers.
L'armée belge de son côté n'a même pas encore fêté son premier anniversaire et ne parvient pas à résister aux assauts Néerlandais lancés dès le avec le début de la campagne des Dix-Jours. Dès le , le roi Léopold appel à l'aide de la France et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande qui s'étaient portés garants de l'indépendance de la Belgique lors de la conférence de Londres. Un corps expéditionnaire français de est alors envoyé en Belgique, commandé par le maréchal Étienne Maurice Gérard. Ils ne livrent toutefois pas bataille, les Néerlandais préférant se retirer, n'ayant, entre autres, par reçu l'appui de leurs alliés prussiens et russes.
Si les Néerlandais ne parviennent pas à réaliser leurs desseins, la faiblesse de l'armée belge décrédibilise grandement la jeune Belgique qui venait de bénéficier de la signature d'un premier traité international le , reconnaissant ses frontières telles que déclarées lors de son indépendance. Un nouveau traité, bien moins avantageux lui fut dès lors imposé dès le , actant entre autres la scission du Limbourg ainsi que celle du Luxembourg, que la Belgique avait annexé dès le .
Siège d'Anvers thumb|Le maréchal Étienne Maurice Gérard expliquant les manœuvres au duc d'Orléans et au duc de Nemours durant le siège d'Anvers le .
Politique La conférence de Londres
Position française vignette|Plan de partage de la Belgique en 1830 proposé par les Français.
Choix du premier roi des belges
Les traités de 1831
Le traité de 1839
Influence de la diaspora belge en France vignette|Après avoir été emprisonné, Louis De Potter sera contraint à l'exil et choisira de s'établir à Paris qu'il quittera pour devenir membre du gouvernement provisoire de Belgique après la révolution. Plusieurs personnalités belges en désaccord avec la politique de ont été contraintes de s'exiler hors du Royaume uni des Pays-Bas. Parmi eux, trois hommes sont condamnés à l’exil par la cour d'assises de Bruxelles le et trouvent refuge à Paris avant de revenir en Belgique pour prendre une place considérable dans la révolution belge : les politiciens Louis De Potter et Jean-François Tielemans ainsi que le journaliste et écrivain Adolphe Bartels.
Le Comité belge de Paris
Dans un rapport envoyé le aux membres du gouvernement provisoire de Belgique, le Comité belge de Paris déclare :
Participation financière De nombreux français ou belges de la diaspora participèrent de manière financière à l'achat d'armes, de munitions, à l'envoi d'argent ou aux frais de voyage des volontaires de la révolution belge de 1830. Parmi eux, plusieurs membres du Comité belge de Paris furent récipiendaires de la Croix de Fer, comme le banquier Constant Moretus ou Monsieur Bartier, rentier, qui offrit pour armer les volontaires.
Secours médicaux Plusieurs médecins français ou originaires de France vinrent sur les différents champs de bataille. Parmi eux, certains furent récipiendaires de la Croix de Fer, comme Antoine-Gérard Dardespinne officiant à Paris, ou encore le docteur De Gardin officiant à Maubeuge.
Culture vignette|C'est à Jenneval, un Français, que l'on doit les paroles l'hymne national de la Belgique, la Brabançonne. Les paroles de l'hymne national de la Belgique, la Brabançonne, furent composées par un poète Français, Jenneval, combattant dans le corps des chasseurs Niellon et mort lors de la bataille de Lierre.
Théorie d'une révolution dirigée par la France Une théorie existe quant à l'idée que la révolution belge fut lancée par la France dans le but d'annexer la Belgique, profitant d'un certain sentiment rattachiste présent dans la population belge, principalement dans la bourgeoisie francophone. Elle prend ses sources dans certains documents comme le plan de partage de la Belgique en 1830 de Charles de Flahaut, ou encore dans la distribution de tracts à la population bruxelloise dès la mi-. Tracts S'il est vrai que, depuis la deuxième Révolution française de la fin juillet, des jeunes bourgeois bruxellois arboraient des cocardes aux couleurs françaises, il s'agissait plutôt là de ralliement aux idées de la Révolution plutôt que de sentiment rattachiste, comme l'écrivait le procureur général Henri Joseph Schuermans dans ses mémoires :
Ce qui est prouvé est la distribution de tracts à Bruxelles dès le où il était inscrit : mais aussi, à partir du : . La participation de la société des amis du peuple dans les émeutes du est non-négligeable mais sa réelle influence son demeure sujette à discussion.
Littérature