vignette|Bo Xilai, fondateur et maitre du modèle du Chongqing.

Le modèle de Chongqing est une série de politiques sociales et économiques adoptées dans la mégalopole chinoise de Chongqing de 2007 à 2012. Les politiques sont étroitement associées à la figure du communiste conservateur Bo Xilai, secrétaire du Parti communiste de la ville.

Le modèle de Chongqing se caractérisait par un contrôle important de l’État sur la vie politique, notamment par la promotion de pensées « néo-maoiste ». L'État intervenait dans la vie personnelle des individus afin de promouvoir la « culture rouge » et une « moralité publique ». Sur le plan économique, le modèle mettait l'accent sur la recherche d'investissements étrangers et sur la production destinée à la consommation intérieure. Pour soutenir ces politiques, la ville de Chongqing mettait l'accent sur d'importants programmes de travaux publics, de logements à loyers encadrés, d'aides aux ruraux s'installant en ville et d'aides sociales pour les plus pauvres.

Ce modèle politique a représenté un modèle alternatif de développement, s'écartant des politiques nationales menées par Hu Jintao et Wen Jiabao. En opposition, le modèle du Guangdong, mené par Wang Yang, portait des politiques libérales et modernistes.

Le modèle de Chongqing a pris fin après la chute de Bo Xilai en 2012. Les autorités ont lancé une campagne visant à démanteler les politiques sociales et la « culture rouge » de ce mouvement « neo-maoiste ».

Contexte

Bo Xilai, fils de l'immortel Bo Yibo, a été nommé secrétaire du parti communiste de Chongqing et membre du Politburo lors du congrès du parti communiste chinois en . Son prédécesseur, le libéral Wang Yang, ayant été muté dans la province du Guangdong. À l'époque, Chongqing était aux prises avec des problèmes tels que la pollution de l'air et de l'eau, le chômage, une mauvaise gestion de la santé publique et des complications liées au barrage des Trois-Gorges. Ainsi, Bo, qui avait été ministre du commerce, était réticent à l'idée d'être nommé à la tête de la ville, espérant plutôt devenir vice premier ministre..

Une fois à la tête de la ville, Bo a décidé de l'utiliser comme un modèle de gestion, comptant alors revenir rapidement au sein de la politique nationale. Parallèlement, Bo n'abandonne pas ses projets d'intégrer le Comité permanent du Politburo lors du 18e congrès du parti qui se profilait pour l'automne 2012. À cette date, la rotation des administrations allait avoir lieu, les dirigeants Hu Jintao et Wen Jiabao quittant leurs fonctions. Bo espérait alors remplacer son allié Zhou Yongkang à la tête de l'appareil de sécurité du parti communiste chinois.

Bo Xilai a utilisé son pouvoir dans la ville de Chongqing pour lancer de vastes politiques censées résoudre les problématiques qui, plus généralement, marquent la Chine moderne.. Ces politiques consistaient à l'amélioration des conditions de vie des groupes sociaux les plus pauvres, usant de l'État pour maintenir l'économie équitable, l'ordre public et la ligne idéologique. Bo comptait sur la mobilisation des masses dans une nouvelle campagne de promotion de sa ligne neo-maoiste..

Le modèle de Chongqing également fréquemment comparé avec le modèle du Guangdong défendu par Wang Yang, prédécesseur de Bo et adversaire politique. Alors que le modèle de Chongqing mettait l’accent sur le rôle de l’État dans la vie économique et sociale, le modèle du Guangdong se caractérise par des politiques économiques et politiques relativement libérales.

Lutte contre le crime organisé

La gestion de la ville par Bo Xilai a été marquée par sa lutte contre le crime organisé et la corruption. Cette politique nommée « Da Hei » (contre-attaquer), fut menée à partir de 2009 et mena à l'arrestation de . Criminels, mais aussi hommes d'affaires, forces de police, juges, fonctionnaires et opposants politiques ont été accusés de corruption ou de collaboration criminelle. . La campagne fut supervisée par le chef de la police et maire adjoint Wang Lijun. Lui et Bo se connaissaient déjà en raison de leurs collaborations passées dans la province du Liaoning. Des rapports de la Fondation Jamestown suggèrent que l'initiative a été approuvée par le secrétaire général Hu Jintao, et que Bo avait trouvé un équilibre prudent entre la revendication du mérite de la campagne et l'éloge du leadership de Pékin dans la répression du crime..

La campagne « contre-attaque » a valu à Bo une reconnaissance nationale et une grande popularité, d'autant plus en raison de la mauvaise réputation de la ville comme centre d'activité criminelle. Le succès apparent de la campagne de Bo a accru sa notoriété nationale et internationale, donnant lieu à des appels en faveur d'une campagne nationale du même style. Au cours de cette campagne, Bo a obtenu le soutien d'un certain nombre de membres influents du Comité permanent du Politburo, dont Wu Bangguo, Jia Qinglin, Li Changchun, Xi Jinping et Zhou Yongkang. Tous ont visité Chongqing ou salué les réalisations de Bo entre 2010 et 2011.

Cependant, les mesures de Bo Xilai ont été critiquées pour leur manque de respect de l'État de droit. On estime à un millier le nombres de personnes condamnées à des travaux forcés et détenues arbitrairement par les autorités. De nombreux avocats des accusés auraient été intimidés, et l'un d'eux a été condamné à 18 mois de prison. Certaines accusations parlent même d'usage de la torture. D'autres accusations portent sur le profil des personnes ciblées, un bon nombre d'entre elles étant des hommes d'affaires et des rivaux politiques. Leurs biens auraient été saisis et auraient contribué à financer les programmes de logements sociaux. Li Jun, un homme d'affaires en fuite, a déclaré au Financial Times que les forces de sécurité de Chongqing avaient saisi son entreprise immobilière de 700 millions de dollars et l'avaient torturé pour avoir tenté d'acheter un terrain qui intéressait également le gouvernement. De même, un microblogueur a été condamné à un an de camp de travail pour avoir critiqué les abus présumés du système judiciaire par Bo pendant la campagne.

La campagne de lutte contre la criminalité a également usée de vastes opérations de surveillances électroniques à l'aide de caméras de surveillances. Cette idée est soutenue par Wang Lijun, chef de la police de Bo, qui fut l'architecte du projet financé par l'État. Il a ainsi décrit la campagne dans les médias officiels comme un « système complet d'écoute couvrant les télécommunications sur Internet ». Officiellement utilisée contre les criminels, le New York Times rapporte que les opérations d'écoute ne visaient pas seulement les criminels locaux, mais aussi les communications des hauts dirigeants chinois. En , un appel téléphonique entre Hu Jintao et le responsable de la lutte contre la corruption Ma Wen a été mis sur écoute sur ordre de Bo. La révélation de l'opération d'écoute a donné lieu à un examen approfondi de la Commission centrale de contrôle de la discipline et joua un rôle important à la chute de Bo en 2012.

Politiques sociales gauche|vignette| Sous l'administration de Bo Xilai, des millions d'arbres ont été importés et plantés à Chongqing dans le cadre d'une campagne visant à « verdir » la ville.

Le modèle de Chongqing avait comme pierre angulaire une série de politiques égalitaires visant à réduire les écarts de richesses, notamment entre les pôles urbains et les zones rurales. Pour cela, Bo Xilai a promu l'idée d'un « PIB rouge », une économie égalitariste et socialiste. Plus que d'améliorer la croissance, il fallait, selon lui, d'abord redistribuer les richesses..

Dans ce but, la ville aurait dépensé 15,8 milliards de dollars dans les appartements publics destinés aux jeunes diplômés, travailleurs migrants et résidents à faibles revenus. Bo avait pour objectif de fournir des logements à 2,4 millions de résidents d'ici 2012. Les résidents dont les revenus étaient inférieurs à () par mois pouvaient louer des appartements pendant trois ans, avec une option d'achat par la suite. Huang Qifan, qui a été maire d'une ville sous l'administration de Bo Xilai, a indiqué en 2010 que le projet de logements subventionnés était « conçu pour libérer plus d'argent pour que les gens puissent consommer et stimuler l'économie »..

En 2007, les villes de Chongqing et Chengdu ont été choisies pour mener des projets destinés à atténuer la fracture entre les espaces ruraux et urbains. Ces réformes constituaient une remise en cause plus large système d'enregistrement hukou, les citoyens étant classés comme ruraux ou urbains, une distinction qui détermine non seulement où ils peuvent vivre, mais affecte également les opportunités éducatives ou fiscales. En 2007, sur les 32 millions d'habitants de Chongqing, seulement 27 % détenaient un certificat de hukou urbain autorisant à vivre dans une métropole. Ainsi, à partir de 2007, la ville de Chongqing a encouragé les échanges de terres entre la ruralité et les villes, permettant à trois millions de ruraux de s'installer dans des zones urbaines.

L'approche populiste de Bo en matière de politique sociale s'est également illustrée lors des grèves des taxis de . Durant ces dernières, plus de de taxi sont descendus dans la rue pendant deux jours pour protester contre les tarifs élevés, la concurrence non réglementée et la hausse des prix du carburant. En Chine, des manifestations similaires sont fréquemment réprimées, parfois avec force, et les médias officiels imputent parfois les troubles sociaux à des organisations criminelles. Cependant, le gouvernement de Bo a plutôt organisé des tables rondes télévisées avec les manifestants et les citoyens, et a accepté d'autoriser la formation d'un syndicat. Sa gestion de la situation lui a valu des éloges en tant que leader relativement progressiste. Un homme d'affaires qui aurait participé à l'organisation de la grève a été condamné plus tard à 20 ans de prison pour perturbation des transports.

Le modèle de Chongqing impliquait également une grande campagne visant à « verdir » la ville à travers une initiative de plantations d’arbres. Selon certaines informations, la ville aurait importé des millions d'arbres, dont de nombreux ginkgos, dans le cadre de cette campagne. Le coût de l’initiative de verdissement a été estimé à 10 milliards de yuans.

Mouvement de la culture rouge

Durant son mandat à Chongqing, Bo Xilai a lancé une série de campagnes de style maoïste pour faire revivre la « culture rouge » des premières années de la république populaire. L'initiative comprenait la promotion de citations maoïstes, le « chant des chants rouges » (changhong)., des programmes télévisés, des opéras révolutionnaires, et des initiatives visant à encourager les étudiants à travailler à la campagne. Ce dernier point s'inscrivait dans la doctrine maoïste des années 1960-1970, rappelant que les étudiants étaient tenus d'y travailler pendant le mouvement de déportation vers la campagne de la révolution culturelle.

Par exemple, avant les célébrations du anniversaire de la république populaire de Chine, Bo Xilai a fait envoyer des « messages rouges » aux 13 millions d'utilisateurs de téléphones portables de la ville.. Selon lagence de presse Xinhua, les messages de Bo étaient généralement des citations du Petit Livre rouge de Mao et comprennent des phrases telles que « J'aime la façon dont le président Mao le dit : le monde est à nous, nous devrons tous travailler ensemble »2009年05月04日 光明日报/新华. Archived from the original on 15 March 2012. et « la responsabilité et le sérieux peuvent conquérir le monde, et les membres du Parti communiste chinois représentent ces qualités ». Bo Xilai et son équipe d'administrateurs municipaux ont également érigé de nouvelles statues de Mao à Chongqing.. Certains chercheurs ont qualifié cela d’exemple de la renaissance du maoïsme dans l’éthique du PCC.