vignette|Le mot apparaît dans les glossaires Cleopatra comme traduction du latin .|alt=Un extrait d'une page de manuscrit portant quelques mots à l'encre noire
et sont deux mots de vieil anglais désignant des catégories de genre hors normes. Ils ne sont attestés que dans un nombre réduit de glossaires et de pénitentiels médiévaux et leur sens exact est incertain, même s'ils sont souvent associés à des idées d'efféminement, d'adultère et de mollesse. Ils pourraient dénoter une variance de genre, un troisième genre, ou une intersexuation.
Ces mots ne sont plus attestés après la période médiévale. L' considère comme l'ancêtre de l'adjectif « mauvais » en anglais moderne, mais des hypothèses alternatives ont été avancées par plusieurs philologues.
Attestations
vignette| dans les . vignette| dans les glossaires d'Anvers-Londres. vignette| traduit par dans le glossaire Harley. vignette|Le passage de la traduction vieil-anglaise des canons de Théodore concernant les .
Les termes et ne sont attestés que dans une poignée de sources médiévales en vieil anglais, la langue vernaculaire des Anglo-Saxons en usage en Angleterre jusqu'à la fin du . apparaît dans deux glossaires et deux pénitentiels, tandis que n'apparaît que dans les , rédigés vers le début du . Il y est utilisé comme glose pour deux expressions latines : (« andreporesis, c'est-à-dire homme des deux sexes ») et (« hermaphrodite »). Le glossaire associe également ce mot au substantif vieil-anglais . Ce hapax composé des éléments « femme » et « arme » pourrait désigner une femme pourvue d'un phallus, ou d'allure masculine et phallique, sur le modèle du terme bien attesté désignant un homme.
est probablement dérivé de par l'ajout d'un suffixe, soit le patronymique , soit le diminutif . Les quatre sources dans lesquelles il figure le glosent de trois manières différentes : « personne molle », « personnes molles et efféminées » et . Ce dernier équivalent, figurant dans le glossaire Harley (), est plus difficile à interpréter. Il pourrait faire référence à la Carie, une région d'Anatolie qui abritait dans la mythologie grecque la fontaine de Salmacis, une source dont les eaux étaient réputées capables d'adoucir les hommes et de les féminiser. Cette référence possible à l'Anatolie pourrait également indiquer un lien avec les eunuques, couramment associés à l'empire byzantin et à l'Orient en général dans l'imaginaire anglais médiéval.
La traduction vieil-anglaise du pénitentiel de Théodore distingue les hommes des en décrivant les rapports sexuels entre deux hommes et celles entre un homme et un comme deux péchés distincts. Les y sont associés à l'adultère, une association également présente dans les glossaires d'Anvers-Londres. Deux ayant des rapports sexuels ensemble doivent faire pénitence pendant dix ans, une durée qui peut varier selon l'âge des pécheurs, car le texte précise qu'un peut aussi bien être un enfant qu'un adulte.
Interprétations
La situation des individus décrits comme et dans le système de genre de la société anglo-saxonne est l'objet de débats dans la communauté scientifique, tout comme la meilleure manière de définir ces mots : le Dictionary of Old English de l'université de Toronto, en cours de publication depuis les années 1980, ne propose aucune étymologie pour et se contente de le définir sans certitude par « homme efféminé, homosexuel ». Pour le philologue Robert D. Fulk (2004) et l'historien David Clark (2009), désigne le partenaire passif dans le cadre d'un rapport sexuel entre deux hommes. Cependant, la référence à un rapport sexuel entre deux dans le pénitentiel de Théodore implique qu'il ne peut pas s'agir d'une définition stricte du terme. La mention de châtiments variables suivant l'âge conduit l'historien Jacob Bell (2023) à proposer que le terme fasse référence à une relation de pédérastie.
L'association à la « mollesse » pourrait impliquer que les sont des individus assignés hommes à la naissance qui occupent des rôles sociaux féminins ou adoptent une expression de genre féminine. Ils pourraient former un troisième genre distinct des hommes et des femmes, un exemple de variance de genre, ou bien être classés avec les femmes et les enfants comme des individus émasculés, par opposition aux hommes « virils ». À l'inverse, ces termes pourraient aussi désigner des individus assignés femmes à la naissance qui occupent un rôle social masculin, ou encore des individus intersexués. Robert D. Fulk les rapproche des exemples de sépultures anglo-saxonnes qui ne se conforment pas aux normes de genre, par exemple les tombes abritant des squelettes d'hommes entourés de mobilier funéraire féminin.
Étymologie
Robert D. Fulk considère que pourrait provenir d'un hypothétique « les deux parties ». D'autres langues germaniques utilisent des termes similaires pour désigner les hermaphrodites, comme « deux outils » en danois. Une analyse obsolète du terme proposée par J. R. C. Hall et Ferdinand Holthausen en faisait un dérivé du verbe , qui signifie normalement « imposer » mais qui aurait aussi pu avoir le sens de « souiller, tacher » d'après une glose du psautier d'Eadwine. Cette hypothèse est rejetée par le philologue Herbert Dean Meritt, qui souligne que ce psautier donne fréquemment des gloses inhabituelles voire erronées de termes latins.
Aucune attestation des mots et postérieure au Moyen Âge n'est connue, mais une ballade arthurienne en scots du mentionne un que le chercheur William Sayers (2020) traduit par « sodomite ». Les dialectes anglais du Nord de l'Angleterre possèdent un substantif , diversement traduit « chenapan », « bon à rien » ou « sale gosse », mais il pourrait s'agir d'un dérivé de l'adjectif « mauvais » plutôt que d'un descendant étymologique de .
La première édition de l' (OED), parue en 1884, présente l'adjectif « mauvais » comme dérivé de , une hypothèse avancée par le philologue allemand Julius Zupitza. Sa présence dans un dictionnaire de référence lui donne un poids conséquent, même si elle est contestée par certains philologues comme Ferdinand Holthausen ou Friedrich Kluge. Elle continue à figurer dans la deuxième édition de l'OED, parue en 1989, ainsi que dans sa version en ligne, qui rejettent catégoriquement les étymologies alternatives de comme issu des langues celtiques, tout en acceptant comme possible une dérivation à partir du verbe vieil-anglais .
Dans un article de 2020, William Sayers avance la possibilité que , et partagent la même origine : le mot gaulois « fou, immoral », reconstruit par le linguiste français Xavier Delamarre. Cet adjectif aurait pu passer en vieil anglais sous la forme hypothétique qui aurait connoté des déficiences physiques ou mentales, des caractéristiques que les locuteurs du vieil anglais auraient attribuées aux peuples de langues celtiques des îles Britanniques. Le linguiste Richard Coates propose une hypothèse similaire dans un article de 1988, faisant dériver , et d'un hypothétique adjectif vieil-anglais qui aurait pu signifier « sans valeur » ou « de mauvais augure ».
Références
Bibliographie
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Catégorie:Vieil anglais Catégorie:Intersexuation Catégorie:Société anglo-saxonne Catégorie:Histoire des LGBT au Royaume-Uni