L'histoire de Toulouse sous les Mérovingiens et les Carolingiens est une des périodes les plus mal connues de la ville. À la suite de la conquête de l'Aquitaine et de Toulouse par les Francs de Clovis, Toulouse perd son statut de capitale du royaume wisigoth, et durant la période mérovingienne son rôle se réduit, en même temps que sa population. Au cours du , sa position stratégique face aux territoires sous la domination du califat omeyyade, puis abbasside, lui rend une certaine importance : à la bataille de Toulouse, où le duc aquitain Eudes en 721, succèdent les opérations militaires menées par les rois et les empereurs carolingiens en Septimanie, puis au-delà des Pyrénées. Ainsi, la ville devient la tête d'un important comté et, au cours du , s'y implante durablement une puissante dynastie comtale, les Raimondins.

La conquête franque La conquête de l'Aquitaine vignette|La prise de Toulouse par les Francs, chapiteau de l'église abbatiale Saint-Volusien (milieu du , musée du château de Foix)Peloux 2019, .. vignette|Les campagnes franques en Aquitaine entre 507 et 509. En 507, à la bataille de Vouillé, les Wisigoths sont vaincus par les Francs. En 508, après la prise de Bordeaux, une armée de Francs et de Burgondes se dirige sur la capitale wisigothique, Toulouse. La ville est prise et incendiée : c'est à cette occasion que Volusien, ancien évêque de Tours, aurait selon sa Vita rédigée à la fin du , été sorti de la prison où l'aurait jeté le roi Alaric II, mené à Pamiers et exécutéPradalié 2019, .Peloux 2019, .. Toulouse devient malgré tout la pointe avancée de l'influence franque dans le Midi. Dans les années suivantes, les conquêtes franques s'étendent à la Novempopulanie à l'ouest, au Quercy, à l'Albigeois et au Rouergue au nord, et au Lauragais à l'estPradalié 2019, .. Seule la Septimanie reste aux mains des Wisigoths, dont la capitale est déplacée à Barcelone, puis à TolèdePradalié 2019, ..

La présence franque dans le Toulousain Dès le début du , les implantations franques dans la région toulousaine sont plutôt nombreuses : c'est, avec les Charentes, entre Saintes et Angoulême, la région la plus « francisée » de l'ancienne Aquitaine wisigothiqueTaillefer (dir.) 2002, .. On trouve principalement ces implantations de la moyenne vallée de la Garonne, à la confluence du Tarn, jusqu'au seuil de Naurouze, à la limite de la Septimanie wisigothiquePradalié 2019, .. Elles sont particulièrement attestées par la présence de cimetières et de lieux d'inhumation francs : ainsi, plusieurs tombes ont livré du mobilier franc à Lacroix-Falgarde, Venerque et L'Isle-Jourdain, où se trouvait un important poste de contrôle sur la via AquitaniaTaillefer (dir.) 2002, .Pradalié 2019, .. De même, la toponymie permet de supposer la présence des élites aristocratiques franques dans les campagnes : Ramonville, au sud de Toulouse, serait le domaine (villa en latin) d'un certain Regimund.

Il est probable que la présence franque dans le Toulousain se soit manifestée d'abord par l'installation de populations dans les campagnes, à la suite de la confiscation de domaines fonciers à des propriétaires wisigoths ou gallo-romains. Mais, d'un point de vue militaire, c'est bien la ville de Toulouse qui forme le verrou fermant l'accès de l'Aquitaine franque aux forces wisigothiques.

Une ville rebelle au pouvoir mérovingien ? La place des évêques En 511, à la mort de Clovis, le royaume franc est partagé entre ses fils. La cité de Toulouse échoit à Clotaire (v. 496-561). En 561, elle est dévolue à Caribert (v. 521-567), puis, en 567, à Chilpéric .

Le pouvoir franc s'appuie en particulier sur les évêques, administrateurs de la ville et du diocèse. Au , les évêques de Toulouse semblent être issus de l'aristocratie franque : ainsi, Magnulfe en 585, Willigisile en 614 et Érembert en 657 portent-ils des noms francsPradalié 2019, .. Ce dernier, par exemple, né à Feuillancourt, près de Saint-Germain-en-Laye, est issu de la noblesse mérovingienne : moine de l'abbaye de Fontenelle, c'est le roi Clotaire III qui le nomme évêque de Toulouse en 657Patrice Cabau, « Les évêques de Toulouse () et les lieux de leur sépulture », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. 59, 1999, p. 136.. À la fin du siècle, Germier, en revanche, appartiendrait à la noblesse locale, aquitaine et de culture latine.

Le maintien d'un particularisme aquitain Il se maintient, dans la ville, une originalité culturelle, avec la survivance de la culture latine. Elle est probablement forte encore dans les milieux aristocratiques. Ainsi, à la fin du , il aurait existé un cercle de grammairiens et de poètes latins, autour d'un certain VirgileTaillefer (dir.) 2002, ..

Entre les , l'aristocratie locale manifeste son particularisme d'un point de vue plus politique. En 584, elle apporte son soutien à Gondovald, prince mérovingien qui se soulève et se fait couronner roi d'Aquitaine : ainsi, l'année suivante, alors que l'évêque Magnulfe, d'origine franque, lui ferme les portes de la ville, le duc d'Aquitaine, Didier, lui-même d'origine aquitaine, les fait ouvrir par la force, expulse Magnulfe de la ville et laisse ses troupes piller le monastère de la Daurade où, depuis , est réfugiée Rigonthe, une princesse mérovingienne, fille du roi Chilpéric . Mais la reconquête de la ville par les forces franques est l'occasion d'importantes représailles contre les partisans du prétendu roi d'Aquitaine.

vignette|La division du royaume des Francs en 629. En revanche, en 629, le roi favorise l'expression du particularisme aquitain en concèdant à son demi-frère, Caribert, le titre de roi d'Aquitaine : ce royaume, qui reste dans l'orbite franque, a Toulouse pour capitale et s'étend des Pyrénées à Bordeaux, Cahors, Agen, Périgueux et Saintes. Il permet à de créer une zone tampon, face aux menaces vasconnes et wisigothiques, tout en conservant une autorité nominale sur la région. D'ailleurs, lorsque Caribert meurt, trois ans plus tard, le royaume d'Aquitaine disparaît. Les rois francs maintiennent tout de même des représentants de haut rang, ayant autorité sur l'Aquitaine, tels Philippe et Félix, « patrices » de Toulouse vers 660-670Pradalié 2005, ..

Au cours du , les tensions s'accroissent entre l'aristocratie aquitaine et le pouvoir franc. Cet état de conflit peut se voir dans l'aménagement de défenses nouvelles à Toulouse, particulièrement au nord de la cité, autour de l'église Saint-Sernin, entourée d'un large et profond fossé. Mais l'effacement progressif de la ville comme centre intellectuel est aussi la marque des difficultés que connaît l'AquitainePradalié 2019, ..

La bataille de Toulouse

La reprise en main carolingienne En 751, le maire du palais franc, Pépin le Bref, s'empare du pouvoir en renvoyant au monastère le dernier roi mérovingien, Childéric III. C'est dans ce contexte de changement dynastique que les ducs d'Aquitaine accroissent leur autonomie. En 767, Pépin le Bref s'empare de Toulouse, mettant fin aux velléités d'indépendance du duc WaïfreTaillefer (dire.) 2005, ..

Charlemagne, devenu roi en 768, satisfait au particularisme aquitain en conservant un royaume d'Aquitaine et en y nommant son fils, Louis, comme roi. Cependant, il continue à diriger de très près la politique et les opérations militaires dans la région, ne laissant en fin de compte que peu d'autonomie à son fils.

En 787, Chorson, duc de Toulouse, est capturé par Adalaric, un chef vascon. Il le relâche après lui avoir fait prêter serment, mais semble conserver l'autorité sur la ville de Toulouse. L'année suivante, Louis convoque une assemblée à Mourgoudou où doit comparaître Adalaric : celui-ci s'y rend après avoir garanti sa sécurité par un échanges d'otages, et il en repart libre. En 790, Charlemagne convoque son fils à l' : il décide de condamner Adalaric à l'exil et de remplacer Chorson par un de ses proches fidèles, Guillaume, dux ab urbe Tolosana (en latin : « duc de la ville de Toulouse »). Ce dernier est chargé de combattre les Vascons : il finit par leur imposer la paix l'année suivante, permettant à Louis de tenir son assemblée à Toulouse, la ville ayant été libéréeDubreucq 2006..

En 794, Louis est incapable d'apporter au palais d'Aix-la-Chapelle les munera habituels : il semble que l'usurpation des domaines du fisc, ou des donations faites par Louis aux représentants de l'aristocratie aquitaine expliquent qu'il se trouve sans ressource. Charlemagne décide alors de cantonner son fils sur quatre domaines du nord de l'Aquitaine (Doué, Chasseneuil, Angeac et Ebreuil), laissant à Guillaume toute latitude pour reprendre en main les affaires aquitainesAuzias 1937, .. Ainsi, le pouvoir carolingien en Aquitaine passe véritablement entre les mains de Guillaume.

En 800, Louis réunit à nouveau l'assemblée à Toulouse, afin d'y décider de la conduite à tenir face aux raids de pillage menés depuis la marche d'Espagne. Il prend la décision, sur le conseil de Guillaume, d'y porter la guerre. C'est effectivement sous la direction de Guillaume, qui porte le titre de primus signifer (en latin : « premier porte-étendard ») que l'armée carolingienne parvient devant Barcelone. Elle est composée de soldats francs, goths et vascons.

Les évolutions du paysage urbain La conservation de la parure antique La ville conserve en partie son patrimoine monumental antique. La puissante muraille, percée de trois portes, continue à être entretenuePradalié 2019, ..

De même, le pont-aqueduc est toujours en place, mais il n'est pas certain que le réseau d'adduction d'eau soit toujours efficient.

En revanche, d'autres monuments romains disparaissent entre les : le théâtre, les thermes, ainsi que, à l'extérieur de la ville, l'amphithéâtre de Purpan et le complexe cultuel d'Ancely.

Les constructions religieuses L'église de la Daurade, probable chapelle palatine des rois wisigoths, subsiste : c'est probablement sur l'impulsion des chefs francs qu'elle reçoit sa dédicace à Sainte-Marie.

Au cœur de la ville, sur la place de l'ancien forum, progressivement transformé au cours de la période wisigothique, c'est sur le podium de l'ancien temple capitolin que, vers 560-570, le duc franc Launebode et son épouse Berethrude font construire une église, en commémoration du martyre de Saturnin. À l'est de la ville, le groupe cathédral se développe autour de deux églises : l'église Saint-Jacques et l'église Saint-Étienne. Peut-être existait-il, entre les deux, un troisième sanctuaire, dévolu au baptême.

De nouvelles églises sont construites, telles que l'église Saint-Remi (emplacement à l'angle des actuelles rues Saint-Rémésy et Saint-Jean), qui est fondée à la fin du , peut-être par l'évêque Germier, et l'église Saint-Quentin, près de la PorteriePradalié 2019, .. C'est peut-être également durant cette période qu'est construite la première église Saint-Sauveur, à l'est des remparts et hors de la ville (emplacement de la Halle aux grains, place Dominique-Martin-Dupuy). Au nord-ouest de la ville, à l'extérieur des remparts, l'église Saint-Pierre-des-Cuisines est également transformée au et voit son rôle funéraire s'affirmer : elle abrite alors des sarcophages, qui montrent la présence de nombreuses sépultures aristocratiques.

Surtout, au nord de la ville, l'église Saint-Sernin connaît un grand développement. Elle est déjà le but d'un important pèlerinage. La diffusion d'une littérature pieuse, qui fait de Saturnin un disciple de l'apôtre Pierre et un des premiers évangélisateurs de la Gaule, renforce le prestige du sanctuaire. Celui-ci conserve d'ailleurs aussi les reliques de deux autres évêques toulousains, Silve et Exupère. Autour de l'église, les inhumations sont également nombreuses, répondant au désir des fidèles d'être enterrés au plus près des saints – ad sanctos.

Une ville de frontière

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie