Matagalpa est une grande ville et une des plus importantes municipalités du Nicaragua, capitale du département éponyme, située à au nord-est de Managua, la capitale du pays, à à l'est de León, la deuxième ville du pays, et à au sud-est de Granada, la plus grande ville touristique du Nicaragua.
thumb|L'avenue centrale à Matagalpa
La population de la ville est de (recensement de 2015).. La municipalité qui a une superficie de rassemble une population estimée à en 2019, ce qui la placerait au troisième rang des municipalités du Nicaragua après celles de Managua et de León ; soit une densité de population de ..
La cité est surnommée « perle du Nord » (en espagnol : Perla del Septentrión), en raison de sa situation géographique au nord du Nicaragua et sur les hauteurs lui permettant d'échapper au climat tropical chaud.
thumb|La cité de Matagalpa surnommée la perle du Nord.
Cette ville dynamique est également réputée comme un grand centre économique du pays portant le titre flatteur de « capitale de la production », grâce à l'importance et la variété de ses activités agricoles et commerciales mimatagalpa.org/?q=caracterizacion Caracterización Socioeconómica..
thumb|La Cathédrale de Matagalpa au cœur de la ville
À partir de 1542, elle abritait le siège du Corregimiento de Matagalpa, au sein de la division territoriale et administrative de la capitainerie générale du Guatemala de l'Empire espagnol. La ville a été fondée en tant que village (en espagnol : pueblo) le et reçut le titre de cité (en espagnol : ciudad) le ..
L'agriculture de cette région montagneuse est essentiellement centrée sur la culture du café, qui correspond à la seconde zone de production nicaraguayenne après celle du département de Jinotega, et à celle des fruits exotiques destinés à l'exportation (oranges, pamplemousses, bananes et bananes plantins).
Toponymie Le nom de Matagalpa vient du peuple indigène qui vivait sur ces terres. Étymologiquement, diverses interprétations ont été proposées.
L'anthropologue de Matagalpa, le Mario Rizo Zeledon et l'historien Eddy Kuhl Arauz pensent, comme l'historien Jerónimo Pérez, que le terme Matagalpa vient précisément dans la « langue Matagalpa » (Daniel Garrison Brinton) - ou « hybride matagalpa-nahuatl » - de l'expression maika-calpa, de maika - « grosse tête » et calpul - « peuple ». Cela coïncide avec la réalité historique, puisque Matagalpa est la plus grande ville du centre-nord du Nicaragua depuis l'époque précolombienne et apparaît ensuite dans les archives ecclésiastiques de l'époque coloniale comme « la ville indienne de Matagalpa » ou « Pueblo Grande » (grand peuple) avec ses deux parties, Molagüina et Solingalpa.
Cependant, l'architecte Octavio Malpica, locuteur Nahuatl, estime lui, que le mot « Matagalpa » vient de la langue Pipil et est composé des mots matat (qui signifie « filet », « piège ») galli ou kalli (qui signifie « maison, structure, toit ») et pan (qui signifie « lieu d'abondance »). Par conséquent, Matagalpa (ou Matlalkalpan) signifierait « lieu où les pièges abondent ». Il s'accorde en cela avec l'ingénieur Alfonso Valle qui interprète le nom de la ville comme Matlatl-calli-pan ou « maison des filets ».
Par contre, le professeur Luis Cuadra Ceas traduit Matagalpa par matlactli-calli-pan ou « Dans les dix maisons (ou familles) », tandis que le Alejandro Dávila Bolaños évoque matlati-galpa ou « territoire des frondeurs » (guerriers armés de frondes) et que le prêtre catholique et linguiste Guillermo Kiene (1898-1959), estime que Matagalpa semble provenir du sumo et signifierai « Allons où sont les rochers ».
D'autres interprétations, comme « Ici à côté de l'eau » ou « Entre les montagnes », seraient clairement liées à la situation géographique de la ville, sur les rives du Río Grande de Matagalpa et entourée de montagnes
Histoire Les habitants de la région centrale du Nicaragua, à l'arrivée des Espagnols, étaient appelés :
Chontales selon Gonzalo Fernández de Oviedo (1527), Uluas ou Taulepaulua par Diego García de Palacios (1576), Popolucas par le Frère Blas Hurtado y Plaza en 1748, et parfois appelés Xicaques ou Lencas.
Les Matagalpas La langue de ces habitants est appelée « matagalpa » depuis 1891 lorsque le linguiste Daniel Garrison Brinton l'a étudiée et classée. Un document de 1855 mentionne 97 mots et expressions de la langue matagalpa (section Daniel G. Brinton de l'American Philosophical Library à Philadelphie). Cette langue a disparu depuis 1875. Elle avait précédemment porté différentes dénominations telles que chontal, populuca, cacaopera et pantasma.
Le terme « Matagalpa » est également utilisé pour le nom du groupe ethnique lui-même. De nombreuses villes étaient habitées par les Matagalpas telles que Susucayán, Apalí, Mozonte, Alcayán, Tapacusí, Caulatú, Quilalí, Apasupo, Yalagüina, Palacagüina, Condega, Jinotega, Sébaco, Metapa, Olominapa, Tecomapa, Matagalpa, Molagüina, Solingalpa, Moteote Yay Teustepe, Juigalpa et Acoyapa.
Il convient de noter que cette région n'était pas occupée par les groupes ethniques de Chorotegas, ou Niquiranos, ou Maribibians, qui vivaient dans la zone chaude de la bordure du Pacifique et étaient d'origine mésoaméricaine et parlaient des langues liées au nahuatl ; tandis que le matagalpa est apparenté aux langues d'origine chibchas, de la famille misumalpane.
Le développement de ces cultures a été relativement élevé entre les et , comme en témoignent les restes des meules, de la poterie, des peintures rupestres et des sculptures en pierre qu'ils ont laissées. En particulier, les Matagalpa produisaient des céramiques d'un style connu aujourd'hui sous le nom de « Ceramica Negra » (poterie noire) et « Naranja Segovia » (Segovia orange), ils ont également sculpté des statues en pierre représentant leurs chefs et leurs guerriers.
Les interprètes d’origine Nahuatl et Chorotega qui accompagnaient les Espagnols, les ont appelés « chontales » et « popolucas », ce qui signifie « étrangers » et « balbutiements » ou « balbutiants », comme le dit Jaime Incer Barquero.
Contrairement à cette conception péjorative, il suffit de comparer les dessins stylisés des statues d'Amerrisque et de Garrobo Grande, conservées au musée archéologique « Gregorio Aguilar Barea » de la ville de Juigalpa, avec les nudités grotesques des idoles trouvées à Zapatera et Ometepe Incer Barquero, Jaime. Viajes, rutas y encuentros, 1502-1838. 2da. Edición. Colección V centenario, Serie Raíces. Editorial Libro Libre, 1993, pág. 27..
Époque coloniale
thumb|L'église San José de Matagalpa, témoin de l'époque coloniale hispanique.
La pénétration des Espagnols au Nicaragua s'est effectuée de la « mer du sud », l'océan Pacifique, vers la « mer du nord », les Caraïbes. Les Matagalpas se sont distingués pour avoir été les premiers à affronter les conquistadors lorsque Francisco Hernández de Córdoba, Hernando de Soto et leurs troupes ont voulu pénétrer leur territoire en 1525 à Joana Mostega, à au nord-est de Telica. Ils étaient redoutés par les Espagnols car ils étaient très courageux et efficaces avec leurs arcs et leurs autres armes. Il a fallu 300 ans aux Espagnols pour les soumettre. Au moment de l'indépendance du Nicaragua en 1821, il y avait encore de nombreux Cacaopera dans les montagnes centrales du Nicaragua.
vignette|La cathédrale San Pedro.
De 1530 à 1536, le frère Lázaro de Guido de l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci (merced en espagnol) a commencé l'évangélisation des Matagalpas dans la région de Sébaco et les montagnes environnantes, une mission poursuivie par le frère Juan de Alburquerque en 1600 un peu plus à l'intérieur des terres. En 1542, les peuples autochtones ont été organisés selon des lois spéciales et les premiers conseils locaux ont été formés. Par un accord convenu entre les Matagalpas et les Espagnols, et exigé par ces peuples autochtones, ils devaient être assurés qu’en recevant le baptême, ils ne seraient pas obligés d’émigrer de leurs terres, qu’ils conserveraient l’autorité parentale sur leurs enfants et que les soldats espagnols n’entreraient pas dans leurs habitations.
Lors du recensement espagnol de l'année 1581, il est mentionné « la ville indienne de Matagalpa avec ses parties de Molagüina et Solingalpa avec un total de 75 Indiens tributaires » (payant un tribut).
En 1603, Juan de Alburquerque et les premiers missionnaires espagnols s'installent à côté des indigènes.
En 1628, les réductions de San Ramón Nonnato et San Pedro de Metapa ont été créées, qui sont les premières établies par les missionnaires. C'étaient des réductions d'Indiens Matagalpa que les missionnaires mercédaires avaient amené des montagnes de Tababaca (entre Matagalpa et Muy Muy Viejo), à l'est de Sébaco, où Juan de Alburquerque les avait christianisés entre les années 1606 et 1610.
Sédentaires, les Matagalpas vivaient dans de petits villages de maisons au toit de chaume. Ils étaient agriculteurs et leurs principaux produits étaient, comme aujourd'hui, le maïs, les haricots et le cacao. Ils avaient appris l'utilisation des tubercules (manioc, taro) de leurs voisins, les Uluas qui vivaient à l'est de Yasica et Matiguás, sur les rives de la rivière Kiwaska (aujourd'hui Río Grande de Matagalpa).
Pendant la conquête espagnole du Nicaragua, les terres des Indiens Matagalpa ont été envahies. Cependant, les Matagalpas se sont toujours distingués pour être très féroces suscitant de nombreux soulèvements, notamment en 1643, 1688, 1773 et 1881, à cause des mauvais traitements que les corrégidores espagnols infligeaient à la population.
Initialement, la ville de Matagalpa était structurée en trois villes ou districts autochtones: Pueblo Grande ou Maika Calpul (en Matagalpa), Solingalpa et Molagüina, avec des modifications ultérieures apportées avec la formation de nouveaux quartiers comme celui de Laborío en 1750 (réservé aux Indiens étrangers travaillant comme domestiques) et celui de Guanuca en 1790 (réduction des Indiens sumos).
En 1703, lors de la visite du missionnaire, frère Antonio Margil de Jesús, il y avait peu d'Espagnols à Sébaco, Matagalpa, Muy Muy ou Jinotega.
En 1752, lors de la visite de Monseigneur Pedro Agustín Morel de Santa Cruz, évêque du Nicaragua et du Costa Rica, il est mentionné qu'il y avait plusieurs familles espagnoles dans le village, dont les noms de famille (Aráuz, Baldizón, Cantarero et Tinoco) sont mentionnées depuis 1730.
De l'or a été découvert autour de Matagalpa en 1840. Avec de nombreux Espagnols et métis, il a attiré des immigrants allemands, américains et britanniques. Ludwig Elster (de Hanovre) et son épouse Katharina Braun (de Schwarzwald), deux des immigrants les plus connus de cette période, ont planté les premiers caféiers de la région, dont les grains ont rapidement été commercialisés en Allemagne. La culture du café a attiré plus de 120 immigrants européens, dont beaucoup ont épousé des femmes matagalpanes et un grand nombre de leurs descendants vivent toujours dans la région.
vignette|Tomas Borge et Carlos Fonseca fondateurs du FSLN.
Le 5 avril 1851, la cité est reconnue comme telle, recevant le titre de ville le 14 février 1862 (en espagnol : ciudad), selon le décret législatif du Congrès national du Nicaragua, pendant l'administration (1857-1867) du président Tomás Martínez Guerrero.
Matagalpa fut également un refuge pour de nombreux Nicaraguayens échappant à l'invasion du flibustier tennesséen William Walker qui a dominé une grande partie du pays et du pouvoir en 1856. À Matagalpa, les patriotes ont organisé l'Ejército del Septentrión ("Armée du Nord") contribuant à mettre fin au règne de Walker. Les Matagalpas ont été décisifs pour vaincre les mercenaires de Walker à la bataille de la , où une colonne de 60 Cacaopera avec arcs et flèches, commandés par le colonel José Dolores Estrada Valdo, a combattu aux côtés des patriotes nicaraguayens, remportant cette bataille qui a marqué la fin de l'aventure Walker au Nicaragua.