Ladislas Gara, né László Goldmann le à Budapest et mort le à ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 610, vue 34/41., est un journaliste, traducteur, écrivain hongrois du .

Biographie Famille

László Goldmann est né à Budapest le , dans une famille commerçante aiséeAnna Tüskés, La vie et l’œuvre de Ladislas (László) Gara, In: Magda A. Szabó (éd.), À la mémoire de Ladislas Gara László emlékezete 1956, Budapest, MMA Kiadó, 2023, pp. 22-81.. Son père était Ábrahám Áron Goldmann, grossiste en fleurs, et sa mère Cecil Szidónia Kohn. La famille vivait dans un appartement du quatrième étage au 4, place Fővám, face aux halles.

Etudes Entre 1914 et 1922, il étudie au lycée réformé de la rue Lónyay à Budapest. Outre le latin, il maitrise également à un haut niveau le français et l’allemand. À partir de 1918, László Cs. Szabó, qui deviendra plus tard écrivain, essayiste et critique, arrive dans la classe au-dessous de la sienne ; ensemble, ils fréquentent la section littéraire de la société d’émulation János Arany. Il était bon pianiste, qu’il s’intéressait à l’histoire de la musique et qu’il écrivait des vers et des critiques. Il obtient son baccalauréat en puis tente, sans succès, de s’inscrire à l’université. Il magyarise son nom de famille en Gara. Il crée dans différentes branches artistiques, écrivant des vers et des nouvelles, et apprenant la mise en scène au Théâtre de la Cité (Belvárosi Színház) auprès du metteur en scène et dramaturge Artúr Bárdos. Les poèmes qu’il publie dans une anthologie commune en 1923 avec trois amis – Anna Fazekas, Ödön Forgács et György Gerő – donnent un aperçu de ses essais en littératureFazekas Anna–Forgács Ödön–Gara László–Gerő György. Tavaszi triumfus. Budapest: Uj Hellas, ..

Carrière littéraire Il tourne ensuite son attention vers le journalisme. En 1924, à vingt ans, il se rend aux Jeux Olympiques à Paris en tant que correspondant sportif pour un journal hongrois, et s’installe ensuite définitivement à l’étranger. Grace à sa connaissance du français, acquise à l’école secondaire, il communique bien. Il s’inscrit à la Sorbonne et complète le cursus de l’institut de formation des professeurs de français ; il y rencontre notamment Tibor Déry et Gyula Illyés. Il devient membre de l’association des étudiants hongrois, avec laquelle, en compagnie d’Imre Cserépfalvi, d’Ignác Morgenstern, de Géza Szeres et d’autres, il entreprend de donner deux fois par semaine, gratuitement, des cours de langue aux ouvriers hongrois travaillant à Paris. Il devient le secrétaire exécutif de l’association.

A la Sorbonne, il rencontre Tauba Nechuma (Nathalie) Rabinowicz (Varsovie, 1905 – Paris, 1984), qu’il épousera plus tard. Après avoir terminé leurs études de français et de philologie, tous deux travaillent dans le journalisme et la traduction d’œuvres littéraires. Durant la deuxième moitié des années vingt et les années trente, Gara est le correspondant parisien des journaux Az Est, Esti Kurir et Magyarország. À partir de 1928, il devient avec André Adorján (1883-1966) rédacteur pour les hebdomadaires parisiens VU et LU, fondés par Lucien Vogel, mais il envoie également des chroniques aux journaux hongrois tels que Pesti Napló et Színházi Élet. Il collabore à la revue radicale Magyar Írás, publiée à Budapest de 1921 à 1927 sous la direction du poète et écrivain Tivadar Raith.

Il traduit en français la poésie et la prose contemporaine hongroise : paraissent d’abord, en 1927, une anthologie de nouvelles (Anthologie des conteurs hongrois d’aujourd'hui) et un recueil de poèmes (Anthologie de la Poésie hongroise contemporaine). Les anthologies sont éditées par László Gara, Béla Pogány et Marcel Largeaud, mais d’autres contribuent à la traduction, tels que Viktor Hincz et Gyula Illyés. L’objectif principal du recueil de poèmes est de faire connaitre à l’étranger les poètes des revues Nyugat, Ma et Magyar Írás, mais on y trouve également des poèmes de László Mécs et d’István Tamás, établi à Subotica. Les deux anthologies sont suivies de traductions des romans Szibériai garnizon (Garnisons Sibériennes, 1930), de Rodion Markovits, Az Isten háta mögött (Derrière le dos de Dieu, 1930), de Zsigmond Móricz, Utazás Capilláriába (Voyage à Capillarie, 1931), de Frigyes Karinthy, et Zendülők (Les Révoltés, 1931), de Sándor Márai. Ces traductions de romans sont réalisées en collaboration avec Jean Jardin et Marcel Largeaud.

Gara a également beaucoup travaillé pour la reconnaissance en Hongrie des œuvres françaises, bien qu’il se soit principalement occupé de la traduction en français d’œuvres hongroisesJános Szávai, „Le temps des francs-tireurs: Rapports littéraires franco-hongrois entre 1920 et 1940”. Cahiers d'Etudes Hongroises 2 (1990): 7–13.. Au printemps 1937 parait la traduction du conte de Jenő Heltai, Kalocsai (Celui qui reçoit les gifles) ainsi que, en coopération avec Marie Piermont, celle du roman d’Aladár Kuncz, Fekete kolostor (Le monastère noir). Les éditions Gallimard ont publié le roman en 2000 exemplaires, avec quelques abréviations et une préface de l’académicien Jacques de Lacretelle. Une bonne partie de ces exemplaires a disparu au cours d’un bombardement au début de la Seconde Guerre mondiale.

Outre la littérature, il traduit également des ouvrages scientifiques: Vadász- és gyűjtőúton Kelet-Afrikában (Chasse et capture du gros gibier dans l’Est africain) du spécialiste de l’Afrique Kálmán Kittenberger, Németország háborús esélyei a német szakirodalom tükrében (La vérité sur l’armée allemande) d’Iván Lajos, professeur de l’université de Pécs, et les livres du diplomate britannique Nevile Henderson portant sur l’Allemagne hitlérienne des années 1937 à 1939. Avec le dramaturge André Lang (1893-1986), directeur littéraire des Éditions de France et époux de Sári Megyeri, le journaliste traduit également plusieurs livres des sœurs Megyeri, les autrices populaires les plus lues de l’époque. L’année même de sa parution en hongrois, ils traduisent par exemple en hongrois le guide de voyage d’Ella Megyeri intitulé Budapesti notesz (A la découverte de Budapest). thumb|Ladislas Gara vers 1940. En , il quitte Paris avec sa femme et leur fille, Claire, et cherchent refuge dans la zone dite libre : en Provence, puis à partir de 1942 dans la commune de Lamastre en Ardèche, au sud de Lyon. Durant la guerre, il prend une part active à la Résistance : à partir de , il organise la propagande de la Résistance en Ardèche. Il prend part à la campagne de la vallée du Rhône, ainsi qu’à des combats comme ceux de Saint-Etienne et de Privas ; il est déjà adjudant à la libération de Lyon. Il sert ensuite sur le front des Alpes avec le premier bataillon d’Ardèche. À partir de 1943, il publie avec des journalistes hongrois de gauche vivant à Paris – Imre Gyomai, Endre Bajomi Lázár, François Fejtő – un hebdomadaire intitulé Magyar Szemle (Revue hongroise).

La grande « aventure » de cette période est, pour le couple, la rédaction à quatre mains d’un roman, interrompue par le service de Gara au front. Le roman Saint-Boniface et ses JuifsÉditions: Gara Nathalie – Gara Ladislas. Saint-Boniface et ses juifs: un été 42 en Ardèche. Ardéche: La Fontaine de Siloe, 1999. Gara Nathalie – Gara Ladislas. Un été 42 en Ardèche. Éditions Dolmazon: La Fontaine de Siloë, 2016. nait de l’observation du monde qui les entoure, avec en son centre le conflit entre Juifs réfugiés, paysans indifférents et notables locauxÉlisabeth Cottier-Fábián, Quand le Danube et la Vistule coulaient en Ardèche : l’étrange histoire de Saint-Boniface et ses Juifs, par Nathalie et László Gara. Les relations littéraires entre la France et la Hongrie au XXe siècle : Actes du colloque international organisé [...] 5–7 Décembre 2018, sous la direction de Anna Tüskés, Elisabeth Cottier-Fábián, Bénédicte Williams et Dávid Szabó. Revue d’Études Françaises, No hors série, 2019, 197–211. Budapest: CIEF–Institut d’Etudes Littéraires du Centre de Recherches en Sciences Humaines, 2019.. Les descriptions satiriques et souvent cruelles n’épargnent personne. Deux mondes se rencontrent : celui des habitants et celui des citadins réfugiés, des intellectuels et des artistes. La guerre fait s’enchevêtrer ces deux mondes en scènes tragiques, péripéties comiques, mauvaise foi, mensonges et fanatisme. L’héroïsme est entremêlé de lâcheté, de courage et de bassesse. Tout le monde se bat, avec prudence, ruse, ingéniosité et cupidité. Le roman est un document d’importance à la fois historique et sociologique : il montre d’une part l’influence de la littérature ethnographique de village et notamment celle de Zoltán Szabó, et est d’autre part l’une des premières œuvres à décrire et traiter des horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Les Gara ne travaillent pas uniquement à leur roman durant la guerre, mais continuent également à traduire. Avec le poète, écrivain et traducteur belge Victor Moremans (1890-1973), ils préparent la traduction française du roman de László Dormándi, Két jelentéktelen ember (Deux hommes sans importance). Celle-ci parait après la guerre, en 1945, aux éditions Maréchal à Bruxelles.

Après la libération du sud de la France et de Lyon, la famille rentre à Paris. À partir de 1947, Gara travaille en tant que journaliste pour Magyar Távirati Iroda, l’Agence de presse hongroise, mais continue à traduire. Sa femme Nathalie entre à la Chambre de Commerce internationale, et y travaille jusqu’à sa retraite. En 1952, il est appelé de Paris à Budapest. C’est avec plaisir et sans méfiance qu’il rentre chez lui, prévoyant de prendre quelques semaines de vacances avant de retrouver sa famille restée à Paris. Cependant son passeport lui est retiré à son arrivée en Hongrie, et il se voit obligé de travailler durant trois ans pour le service des émissions destinées à l’étranger, où son travail consiste à traduire en français les rapports et matériel de propagande à destination de l’étranger. Sur proposition du directeur général de l’Agence de presse hongroise, il est autorisé à retourner à Paris au printemps 1955 en tant que correspondant parisien de l’agence et, en parallèle de son travail, il commence à travailler à la traduction en français de poètes hongrois. C’est à partir de ce moment qu’il met véritablement en pratique ce que les Français appellent « la garaisation », une méthode de traduction inconnue en Hongrie et dont le principe est que seul un poète peut traduire un poète, en veillant au respect de la forme. Le recueil Hommage des poètes français à Attila József, paru en 1955, et l’adaptation des poèmes de Gyula Illyés, parus sous le titre Poèmes chez Seghers en 1956, sont les deux premiers fruits de ces efforts. Pour le recueil sur Attila József, Gara demande et obtient une préface de Tristan Tzara.

Il traduit lui-même le recueil des Poèmes d’Illyés, publié chez Seghers dans la collection Autour du monde à la grande satisfaction de Seghers qui écrit que presque rien n’y était à modifier. Pour d’autres poètes et auteurs, il n’est pas uniquement l’initiateur de la plupart des premiers jets, mais en finalise également la traduction. Plus tard, il travaille avec davantage d’aide.