Reihaniya (, , ), également transcrit Reihaniyye, est un village tcherkesse (ou circassien) dans le nord d’Israël. C’est l’un des deux seuls villages tcherkesses d’Israël, le second étant Kfar Kama. Situé à au nord de Safed, il relève de la juridiction du conseil régional de Merom HaGalil. En 2022, il avait une population de « Statistiques régionales », Israel Central Bureau of Statistics, consulté le 21 mars 2024..

Toponymie

Le nom du village viend de Rehan, la myrtheEléonore Merza, Ni Juifs ni Arabes en Israël. Dialectiques d’identification et négociations identitaires d’une minorité dans un espace en guerre. Le cas des Tcherkesses (Adyghéens) de Kfar Kama et de Reyhaniya, Anthropologie sociale, École des Hautes Études en sciences sociales, 2012. Disponible en ligne, 174..

Démographie

La population est actuellement à 75 % d’ethnie tcherkesse. Les jeunes partent faire leurs études à l’université d'Haïfa, la plus procheEleonore Merza, Judith Grumbach (traduction), « À la fois Israéliens non-juifs et musulmans non-Palestiniens : n’est-ce pas trop ? L’identité tcherkesse à travers les frontières et les catégorisations », Bulletin du centre de recherches français à Jérusalem, 2010, 21., puis reviennent au villageEleonore Merza, « À la recherche d’un temps perdu. La (re)construction identitaire de la diaspora tcherkesse d’Israël », Bulletin du centre de recherches français à Jérusalem, 2008, 21.. Les 25 % restants sont Arabes musulmans (Palestiniens).

Les Tcherkesses ont conservé leur langue d’origine.

Dix-sept familles palestiniennes habitent à ReihaniyaE. Merza, , 330..

Histoire

Arrivée des Tcherkesses

Les Tcherkesses arrivent au Moyen-Orient après avoir été expulsés de leur patrie en Ciscaucasie après le génocide circassien. Les Tcherkesses, qui ont combattu durant une guerre de cent ans contre la Russie, sont massacrés et expulsés par la Russie tsariste. L’empire ottoman les accueille et leur permet de s’installer, d’abord en Macédoine et en Bulgarie d’où ils doivent partir après la conférence de BerlinMustafa Abbasi, « Urban-Rural Relations in Mandatory Palestine: Tiberias, Urban Notables and Control of the Palestinian Countryside 1918–1948 », ́́Journal of Holy Land & Palestine Studies, mai 2020, volume 19, 1, 86.. Les tribus circassiennes sont alors déplacées par bateau en Palestine et en Syrie, dans le vilayet de Beyrouth. L’empire ottoman les envoie sur le Golan pour séparer les Druzes et les Bédouins ; des communautés issues d’autres peuples, comme des Ossètes, des Tatars et des Turkmènes sont installées dans la même régionE. Merza, , 164..

Les Tcherkesses de Reihaniya sont originaires de la vallée de la Belaïa, Valaïa en abzakh. Après avoir débarqué à Qisarya, ils s’installent dans la zone appelée Burak Alma ("les bassins d’Alma")Palmer, 1881, 70.. Le village de Reihaniya est construit en 1873, mais ce n’est qu’en 1878 que des familles tcherkesses de la tribu des Abzakh arrivent des actuelles Adyguée et de Karatchaïévo-Tcherkessie. Les autorités ottomanes leur laissent choisir les terres où ils souhaitent s’installer, mais elles sont prises à des Arabes, qui accueillent donc mal ces nouveaux arrivants. En 1880, le village est établi et peuplé de 66 familles, la plupart des Abzakhs. Les autres Tcherkesses sont installés à Kfar Kama et Khirbet Çerkes, dans une zone marécageuse. Les habitants de ce dernier village, décimés, rejoignirent au bout de quelques années ceux de Kfar Kama et Reyhaniya.

À cause de l’hostilité des Arabes alentour, le village est construit en rectangle, sans espaces entre les maisons, qui communiquaient toutes par l’intérieur en cas d’attaque ; les fenêtres sont petites, haut placées et tournées vers l’extérieur du village, pour se défendre d’une attaque. Au départ, le village accueille 66 familles dans 56 maisons, dont quelques-unes non-TcherkessesE. Merza, , 174 et 176..

Mandat britannique Le recensement de 1922 opéré par le Royaume-Uni en Palestine mandataire donne pour une population de , tous musulmansBarron, 1923, Table XI, Sub-district of Safad, 41., et 222 en 1931, toujours musulmans, et 53 maisonsMills, 1932, 109.. Durant cette période, les enfants de Reihaniya sont scolarisés à l'école primaire du village arabe voisin d'Alma,432-433..

Au recensement de 1945, toujours par la puissance mandataire, la population était de 290 personnes (tous musulmans)Gouvernement de Palestine, département des statistiques, 1945, 10Commission de conciliation des Nations Unies pour la Palestine, Village Statistics, April 1945, 5 ; les terres du village occupaient Gouvernement de Palestine, département des statistiques, Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970,71. dont 271 étaient irrigués ou plantés en vergers, aux cultures de céréalesGouvernement de Palestine, département des statistiques, Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 120. et 89 dunams construitsGouvernement de Palestine, département des statistiques, Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 170..

Guerre israélo-arabe de 1948-1949

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Reihaniya est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

En 1948, pendant l’opération Hiram (29–), la 7 brigade bombarde et prend les villages de la région. Tous les villages arabes sont vidés de leur populationE. Merza, , 220.. Les villageois se rendent à l’armée israélienne et sont autorisés à rester sur place. En , un plan d’expulsion de Reihaniya et de cinq autres villages proches de la frontière du Liban, est présenté au gouvernement israélien. Le plan est soutenu avec force par l’armée israélienne, mais le ministre des Finances s’y opposa, préoccupé par l’éventuelle réponse internationale. Les 25 % de Palestiniens vivant à Reihaniya sont originaires des villages alentour vidés de force et sont accueillis par les Tcherkesses. Les Tcherkesses restent soumis à la loi martiale jusqu’en 1966 comme les villages arabes. Israël a tenté de déplacer le village, qu’il trouvait trop proche de la frontière du Liban, mais les habitants du village ont refuséE. Merza, , 175..

Le village étant proche de la frontière du Liban, il maintient des relations avec les villages de l’autre côté de la frontière. En 1953, à cause des tensions croissantes entre la communauté et l’État, les autorités déclenchent une campagne de sécurisation, encerclent le village et fouillent les habitations. Les marchandises de contrebande trouvées convainquent les autorités israéliennes qu’il faut expulser les villageois. Le choix se porte sur une déportation vers Kfar Kama, l’autre village tcherkesse d’Israël. Deux communautés sont consternées : le conseil régional de Galilée, qui voit croitre la population musulmane de Kfar Kama et qui proteste contre une augmentation du nombre de musulmans en Basse-Galilée ; la seconde communauté consternée sont les villageois de Kfar Kama, où sont installés la plupart des Tcherkesses ayant quitté la Russie. Face à ces oppositions, les autorités renoncent. vignette|300px|Plaque commémorative à Reihaniya. vignette|Entrée de Reihaniya.

Les habitants de Rihaniya affrontent une nouvelle menace d’expulsion en 1955, quand . Un grand nombre de Bédouins avait aussi établi leur campement de tentes autour de Rihaniyya et selon Haaretz, il est qu’ils utilisaient le campement comme base pour des activités de contrebande et fournissaient des renseignements aux services secrets des pays voisins. Un rapport classé top secret sur le village de 1956 indique que les habitants sont considérés comme inamicaux, que les services de sécurité ont le plus grand mal à recruter des collaborateurs parmi les Tcherkesses, et que les services secrets ennemis pouvaient agir parmi eux facilement. Également, la situation frontalière de Reihaniyya la rend difficile à contrôler. Environ 20 % des 70 hommes adultes étaient suspectés d’abriter les infiltrés et de pratiquer la contrebande.

Politique et élections

Reihaniya est un des deux villages majoritairement tcherkesse d’Israël, l’autre étant Kfar Kama. Les Tcherkesses sont musulmans et contrairement aux citoyens Arabes d’Israël, font le service militaire dans les forces de défense israéliennesMuslim revivalism and the emergence of civic society. A case study of an Israeli-Circassian community comme les Druzes auxquels ils sont fréquemment assimilés. Les chefs de village tcherkesses en ont fait la demande dès 1948. Reihaniya obtient un conseil municipal en 1950. Mais, la population du village étant considérée comme trop faible, il est rattaché au conseil régional de MErom Ha Galil avec huit villages communautaires, un kibboutz, 13 moshavim et un village druze.

Les Tcherkesses, comme les Druzes, bénéficient d’un statut particulier parmi les musulmans vivant en Israël, en lien avec le service militaire qu’ils effectuent. En 2006-2007, l’État israélien accordait environ 5 millions de shekels par an pour le développement de ses infrastructures, contre environ pour un village arabe. Malgré tout, non-juifs, ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone en Israël. Cependant, après les bombardements du Hezbollah lors de la guerre du Liban de 2006, les villages juifs touchés sont indemnisés à 100%, alors que les villages arabes ne le sont pas. Reihaniya est classé dans les villages totalement indemnisés (comme les villages druzes), ce qui soulève l’indignation dans villages palestiniens voisins. Mais dans les faits, les fonds ne sont pas versés ou incomplètement aux Druzes et aux Tcherkesses, ce qui les met dans de graves difficultésE. Merza, , 454.. Le village est protégé par une clôture dotée de trois portails et surveillée par des gardiens ; clôture et gardiens sont payés par l’ÉtatE. Merza, , 261..

Aux élections législatives de 2009, le village vote à 40 % pour les travaillistes, 9 % pour Kadima, et à 24 % pour le parti d’extrême-droite Israel Beytenou. Probablement issu de la communauté tcherkesse, ce vote peut s’expliquer par le discours d’Avigdor Liberman qui prône la valorisation des populations loyales à Israël et par le besoin de la minorité tcherkesse de se distinguer du reste de la population (qui compte à Reihaniya 25 % de Palestiniens). Le vote travailliste y a aussi été plus élevé que dans le reste d’Israël (aux environs de 10 %). Enfin, la liste arabe unie (Ramm Ta’al) obtient 7% soit le double de son score national, ce qui peut être dû à la présence de Palestiniens dans le villageE. Merza, , 268 et 277.. En 2013, le représentant du village était Samir HerounSandra Ores, « Les Tcherkesses, des Israéliens heureux », Harissa, 29 octobre 2013..

Les chefs de village de Reihaniya ont tous été militaires : cela est probablement dû à l’importance de la carrière militaire pour une carrière politique en Israël, où la majorité des premiers ministres ont occupé des postes militaires importantsE. Merza, , 416..

Culture

Le village est construit dans le style tcherkesse qui a ses racines dans le Caucase, avec les maisons accolées les unes aux autres formant une muraille protégeant le village, dont des restes subsistent jusqu’en 2008. La mosquée est de style tcherkesse, avec d’importantes différences avec les mosquées arabes. Un musée et un centre culturel tcherkesse se trouvent au village.

Cette culture permet à un tourisme folklorique d’exister, les Israéliens juifs de la région venant visiter le village. Un festival annuel de culture tcherkesse est organisé entre les deux villages.