Frederick Charles Weiss, né en 1886 à Pforzheim (Bade-Wurtemberg) et mort le mars 1968, est un militant néonazi allemand naturalisé américain.

En 1946, il fonde la maison d'édition Le Blanc, à travers laquelle il publie de nombreux pamphlets antisémites.

En 1949, il participe à la création et au financement du National Renaissance Party (NRP), premier groupe néonazi d'après-guerre aux États-Unis, qu'il dirige dans l'ombre.

Dans les années 1950, ses écrits développent une vision géopolitique favorable à l'Union soviétique, qu'il considère comme un potentiel allié pour l'Allemagne.

Biographie

Jeunesse et formation Frederick Charles F. Weiss naît à Pforzheim en 1886, fils d'un riche industriel allemand. Diplômé des universités de Heidelberg et de la Sorbonne, il devient avocat spécialisé en brevets et sert comme capitaine d'artillerie dans l'armée allemande durant la Première Guerre mondiale.

Émigration aux États-Unis Dans les années 1930, il émigre à Manhattan, où il devient agent immobilier. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en tant que ressortissant allemand, il est déclaré et interné à Ellis Island, bien qu'il affirme n'avoir jamais été membre du Bund germano-américain ni du NSDAP.

Militantisme Dès 1946, il commence à fréquenter les milieux de l'extrême droite américaine. Il fonde la maison d'édition Le Blanc (en référence à son nom de famille, Weiß signifiant blanc en allemand) qui publie ses pamphlets en anglais et produit du matériel antisémite destiné à l'Allemagne. La République fédérale d'Allemagne les interdit sur son territoire.

Il organise régulièrement des rassemblements racialistes dans sa ferme de Mount Hope (New York). Il se considère davantage comme un agent œuvrant pour les intérêts allemands que comme un militant de la droite américaine.

L'American Jewish Committee, dont les agents le surveillent, le considère comme un homme , impliqué dans des réseaux néonazis à l'échelle internationale, et non comme un simple excentrique. En 1953, des agents de l'Anti-Defamation League signalent qu'il entretient des contacts avec des figures de premier plan du fascisme, de l'antisémitisme et du nationalisme extrême dans le monde entier.

Le National Renaissance Party vignette|Logotype du NRP. En , il participe à la création et au financement du National Renaissance Party, premier groupe néonazi d'après-guerre aux États-Unis. Bien qu'il n'y occupe aucune position officielle, il le dirige dans l'ombre et l'utilise pour diffuser sa propagande à travers le monde. Il finance le dirigeant du NRP, James Madole, qu'il ne considère cependant que comme un utile pour distribuer sa littérature. Il dit à son propos :Nous manquons tellement de dirigeants que je ferais appel au diable lui-même si je pensais que cela nous aiderait à obtenir ce que nous recherchons. Madole est fondamentalement honnête, mais fanatique et ignorant. Je le trouve pratique pour faire des commissions et je peux aussi mettre ce que je veux dans son ''Renaissance Bulletin''. Il envoie la publication à une liste d'environ mille noms. Ses contributeurs prennent en charge la moitié du coût et je n'ai pas à me préoccuper de la distribution.Weiss collabore avec Mana Truhill — de son vrai nom Emmanuel Trujillo et en réalité agent de la infiltré au sein du NRP — à la rédaction d'articles pour le NR Bulletin et à l'envoi de propagande vers des correspondants étrangers. Il met à la disposition de Truhill sa liste de contacts au sein des réseaux néonazis transnationaux et lui confie la direction de la division étrangère du NRP. Weiss finance également ses déplacements, notamment un périple de recrutement dans le Sud et le Midwest américains à la suite de l'arrêt Brown v. Board of Education en 1954, puis un voyage en Europe destiné à renforcer les liens avec les mouvements néonazis d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et de Suède. Jugeant Madole trop impétueux, Weiss glisse Truhill à ses côtés plutôt que de le destituer, pour ne pas déstabiliser l'organisation. Malgré sa découverte en juin 1954 de l'activité d'informateur de Truhill, Weiss lui finance un déplacement à Las Vegas en août 1955 pour qu'il y travaille auprès de milieux nationalistes. Truhill continue parallèlement d'envoyer des rapports à la Non-Sectarian Anti-Nazi League sur ses activités pour le compte de Weiss, jusqu'à son arrestation à Montréal en janvier 1956.

L'affaire égyptienne vignette|Gamal Abdel Nasser. En , Fred Weiss est impliqué dans une tentative de vente d'une arme de destruction massive à l'Égypte de Gamal Abdel Nasser. Francis Parker Yockey, qui agit comme intermédiaire, rencontre personnellement le lieutenant-colonel Nasser pour discuter de cette arme. Dans une publication intitulée Max Planck and the Future of Western Civilization (« Max Planck et le futur de la civilisation occidentale »), Weiss prédit la création imminente d'une bombe au cobalt qui serait capable de détruire quatre pâtés de maisons. Selon le journaliste Kevin Coogan, il semble peu probable que Weiss ait pu développer seul une telle arme. Il suggère que Weiss et Yockey auraient pu servir d'intermédiaires pour des scientifiques nazis basés en Argentine. La tentative de vente n'aboutit pas.

Mort Il meurt le mars 1968.

Affiliations politiques

Relations avec l'extrême droite américaine À l'été 1951, par l'intermédiaire de Hans-Ulrich Rudel, Fred Weiss rencontre à New York , qui agit alors comme agent pour le Sozialistische Reichspartei et le journal néonazi argentin . Les deux hommes développent une relation professionnelle étroite et se réunissent régulièrement ensemble. Ils maintiennent ensemble des liens étroits avec la Wiking-Jugend via leur maison d'édition Le Blanc.

En , Fred Weiss rencontre pour la première fois Francis Parker Yockey à New York. En , Weiss héberge Yockey dans sa ferme tandis qu'il fuit les services de sécurité du Département d'État américain. Weiss participe au financement de la publication de Der Feind Europas, un ouvrage de Yockey paru clandestinement en Allemagne à l'automne 1953. En 1955, selon des notes de l'organisation antifasciste , Weiss aurait participé à l'organisation du départ de Yockey vers le bloc de l'Est.

Weiss entretient également des liens avec plusieurs autres figures de l'extrême droite américaine, dont Conde McGinley du journal Common Sense, Frank Britton du American Nationalist et Lyrl Van Hyning du journal Women's Voice. Les articles préparés par ses collaborateurs allemands sont régulièrement publiés dans ces médias avant d'être republiés dans des revues comme le journal néonazi argentin germanophone , présentés comme des reportages provenant des États-Unis.

Relations avec l'extrême droite européenne Dans les années 1950, il entretient aussi d'importants liens avec les milieux d'extrême droite allemands. Il finance à hauteur de 1000 Deutsche Mark mensuels le journal Der Reichsruf, qui devient plus tard l'organe officiel du Parti impérial allemand. Selon les autorités ouest-allemandes, il correspond après-guerre avec plusieurs figures nazies, notamment Werner Naumann, Ernst Achenbach et le général Heinz Guderian.vignette|Hans-Ulrich Rudel. Il a également pour correspondants le président de la Sveriges Antijudiska Kampförbund Einar Åberg ; le chef de l'Imperial Fascist League Arnold Leese ; le Grand Mufti de Jérusalem, ainsi que les trois anciens nazis fondateurs du Sozialistische Reichspartei, Otto-Ernst Remer, Hans-Ulrich Rudel et .

Durant les années 1950, il propose son soutien financier à Rudel. Selon le témoignage d'un agent double qui informait la Non-Sectarian Anti-Nazi League tout en étant membre du National Renaissance Party, Weiss aurait financé le retour de Rudel en Allemagne de l'Ouest pour qu'il puisse participer aux élections fédérales de 1953.

Fred Weiss collabore dans les années 1950 avec NATINFORM, un groupe nationaliste européen. Peter Huxley-Blythe, le rédacteur en chef du bulletin World Survey de NATINFORM, lui demande un soutien financier. Weiss et son associé H. Keith Thompson diffusent la propagande de NATINFORM, particulièrement leurs textes critiquant , alors chef de l'Office fédéral de protection de la constitution.

Positions idéologiques

Conflit entre l'Orient et l'Occident vignette|Weiss utilise des concepts développés par Oswald Spengler dans son ouvrage Le Déclin de l'Occident. Dans Quo vadis America (1946), Weiss définit la politique d'après-guerre comme une lutte entre l'Orient et l'Occident, ou, reprenant un jargon spenglérien, . Il met en garde contre un prétendu , qu'il décrit comme et qui viserait à créer un .

Dans The Untouchables (1950) et Russia (1955-1956), il développe sa théorie sur la lutte entre l'Orient et l'Occident en distinguant un communisme occidental contrôlé par les Juifs (le trotskisme) d'une forme eurasienne du communisme (le stalinisme) qu'il considère comme reflétant la véritable âme de la Russie.

Critique de la théorie raciale nazie du sang Dans Germania delenda est? (1947), il critique notamment la théorie raciale nazie du sang, arguant que la guerre de Trente Ans aurait tellement modifié le type génétique « nordique » que lors de l'entrée en guerre des États-Unis, .

Défense de l'Union soviétique Dans les années 1950, il publie plusieurs articles favorables à l'Union soviétique, estimant qu'une alliance avec l'Est serait plus avantageuse pour l'Allemagne qu'avec l'Ouest.

Dans Russia (1955-1956), il prédit la transformation de la doctrine bolchévique de Joseph Staline et Nikita Khrouchtchev en un mouvement ouvertement nationaliste et présente l'URSS comme l'ennemi principal de la prétendue .

Il publie ensuite The Great Question (1957), où il présente l'URSS comme ayant résolu la « question juive » et commente le lancement de Spoutnik qu'il décrit comme ; puis publie Will He Bury Us? (1958), qui poursuit sa critique des théories conspirationnistes d'extrême droite sur un prétendu contrôle juif de l'URSS. Dans ces écrits, il célèbre les avancées technologiques soviétiques, prédisant la transformation de la Sibérie occidentale et du Turkestan en capable de nourrir 150 millions de personnes supplémentaires.

Références

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