L'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux est un mouvement de protestation populaire dans les provinces méridionales du royaume uni des Pays-Bas, soit grosso modo dans la future Belgique, contre le régime « hollandais » mené depuis La Haye par le roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau.

Elle débute dès le lendemain des émeutes d’août 1830 à Bruxelles qui font suite de la représentation de l'opéra La Muette de Portici au théâtre royal de la Monnaie du et qui marquent le point de départ de la révolution belge. L'insurrection se généralise ensuite à l'ensemble des huitAnvers, Brabant, Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale, Hainaut, Liège, Limbourg et Namur provinces du sud du pays, ainsi qu'au Grand-duché de Luxembourg et se militarise lors des Journées de Septembre, quand l'armée néerlandaise est chassée de la capitale brabançonne par les volontaires de la révolution belge.

Si, à la base, les griefs des Belges ne s'orientent pas nécessairement vers une scission du Royaume, le mouvement aura pour conséquence la création d'un gouvernement provisoire de Belgique qui déclare l'indépendance de cette dernière le et déclenche la guerre belgo-néerlandaise ainsi que l'annexion du Grand-duché de Luxembourg dès le .

Elle s'inscrit dans un contexte révolutionnaire fortement influencé par la deuxième Révolution française qui vient de s'achever fin juillet.

Contexte

Création du Royaume uni des Pays-Bas vignette|gauche|La départementalisation de la région après l'annexion à la Première République française de 1795, servira de base à la création des futures provinces, dont les Pays-Bas méridionaux forment les huit provinces du sud (sans le Grand-duché de Luxembourg devenu un territoire privé). Les Pays-Bas historiques, qui correspondent grosso modo au Bénélux actuel, étaient autrefois vaguement liés dès l’époque des Pays-Bas bourguignons (1384–1556). Toutefois, au cours des Guerres de Religion du , le nord (Belgica Foederata) se détache du sud (Belgica Regia) lors de la guerre de Quatre-Vingts ans, quand la république des Provinces-Unies, majoritairement protestante s'émancipe de la monarchie espagnole dès 1579, tandis que le sud, majoritairement catholique demeure sous le giron de la maison de Habsbourg. Ces derniers forment alors les Pays-Bas espagnols (1556–1713), puis les Pays-Bas autrichiens, desquels il faut distinguer la principauté de Liège, qui est un état à part bien que faisant également partie du Saint-Empire romain germanique. D'ailleurs, deux révolutions majeures bien distinctes se produisent dans la région à la fin : la révolution brabançonne dès 1787 (qui crée les éphémères États belgiques unis) et la révolution liégeoise en 1789.

Après la Révolution française, la Première République annexe la région dès 1795, ce qui bouleverse profondément les anciennes institutions. Géographiquement parlant, elle lie entre eux des peuples qui, jusqu'alors, n'avaient jamais vécus ensemble. Cela particulièrement avec la formation des départements qui font fi de l'ancien découpage médiéval entre les comtés, duchés et la principauté de Liège notamment. Après la chute du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, les grandes puissances européennes réunies lors du congrès de Vienne de 1815 décident de créer un état-tampon dans le but de se protéger de toute nouvelle velléité expansionniste française. C'est ainsi que naît le Royaume uni des Pays-Bas, qui marie de force des populations qui avaient jusqu'alors pris des chemins bien différents, tant sur le plan politique, que religieux ou sociétal. Celui-ci est composé de dix-sept provinces, dont les huit provinces du sud forment les Pays-Bas méridionaux et existent encore aujourd'hui parmi les provinces de la Belgique (à l'exception de la province de Brabant, scindée en 1995 et des provinces de Limbourg et de Luxembourg, scindées par la traité des XXIV articles du ).

Contexte européen vignette|La Liberté guidant le peuple inspirée de la Deuxième Révolution française qui eut lieu fin juillet 1830 et qui influença considérablement la révolution belge. La révolution belge s'inscrit dans un contexte européen qui voit apparaître plusieurs insurrections majeures lors de l'année 1830 : l'indépendance de la Grèce de l'Empire Ottoman est reconnue par le protocole de Londres le . De son côté, la Pologne se révolte contre l'Empire russe du tsar Nicolas lors de l'insurrection de Novembre. Mais c'est surtout la deuxième Révolution française de fin qui va fortement influencer les « belges ». Les Français chassent en effet le dernier roi de France, Charles X et voient Louis-Philippe Ier monter sur le trône en tant que roi des Français à la tête d'un nouveau régime: la Monarchie de Juillet. Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc à la suite d'une insurrection et de combats de rue ayant lieu à Paris du 27 au . L'influence sur la révolution belge, qui éclate moins d'un mois plus tard, d'abord dans les milieux bourgeois francophones, est non-négligeable : le premier drapeau à être arboré sur l'hôtel de ville de Bruxelles est d'ailleurs le drapeau français, plutôt en guise de symbole révolutionnaire que par une véritable volonté de rattachisme.

Dans le reste de l'Europe, plusieurs événements significatifs ont également lieu. Au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, les catholiques sont autorisés à siéger au parlement depuis 1829, après l'insistance de Daniel O'Connell. Côté allemand, la future unification allemande se précise petit à petit depuis la création de la confédération germanique, dont fait, entre autres, partie le Grand-duché de Luxembourg ainsi que les anciens territoires de la maison d'Orange-Nassau du roi Guillaume, qui n'est autre que le cousin du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III. Au sud, le mouvement du Risorgimento italien, quant à lui, prend de plus en plus d'ampleur.

Causes

Déroulement

Préludes La deuxième Révolution française de gagne bien vite les Pays-Bas méridionaux, relayée en masse par la presse. Par exemple, on lit dans l'Algemeen-Nieuws-en-Advertentie-Blad : . La société des amis du peuple distribue de tracts à Bruxelles dès le où il est inscrit : . De nombreux Français ou sympathisants participent grandement au déclenchement des émeutes d’août 1830 à Bruxelles qui sont le premier épisode de la révolution belge.

Partout dans le pays l'inquiétude et la grogne montent et la tension commence à être de plus en plus palpable, comme le montre par exemple ce courrier adressé le par le bourgmestre de Tournai, , au gouverneur de la province du Hainaut, Ferdinand de Macar :

À Bruxelles, deuxième ville de résidence du roi et plus grande ville des provinces du Sud, le bruit se répand dès le que la schutterij sera désarmée et la rumeur est relayée dans le quotidien Le Belge. Le , de nouveaux tracts se propagent à Bruxelles, où l'on peut lire : . Le même jour, l'exercice de la schutterij est annulé : les autorités craignent que les gardes refusent de rendre les armes.. Le , le Journal de Louvain publie que : Une lettre de Louis De Potter, journaliste d'opposition en exil en France, parait également dans la presse. Il est décidé d'annuler le feu d'artifice prévu pour l'anniversaire du roi Guillaume officiellement pour cause de mauvais temps.

Août 1830 : début des émeutes d’août 1830 à Bruxelles à la suite de la représentation de l'opéra La Muette de Portici au théâtre royal de la Monnaie, considérée comme l'élément déclencheur de la révolution belge et de l'insurrection dans l'ensemble des Pays-Bas méridionaux.

vignette|La fabrique de textile de Thomas Wilson située à Uccle, est attaquée par les ouvriers dès le .

Anderlecht : Pillages des établissements Rey et Basse, rue Terre-Neuve. Audenarde : Des émeutes populaires éclatent après que la nouvelle des évènements bruxellois de la veille soit arrivée dans la cité. Cela entraine la création d'une garde bourgeoise, sous la pression d'une pétition des différents quartiers au conseil de Régence, qui n'a d'autres choix que d'accepter cette milice civile, après un vote remporté par 12 voix contre 11. Binche : création d'une garde bourgeoise. Bruxelles : Les émeutes de la veille continuent et le peuple envahit le dépôt de la schutterij à la caserne des Annonciades et s'y arme, malgré l’intervention d'une première forme de la future garde bourgeoise de Bruxelles, organisée à la hâte. De nouvelles altercations ont lieu, notamment sur la place Royale, sur la Grand-Place de Bruxelles, mais aussi au Petit Sablon, une escarmouche a lieu et les soldats font feu, faisant et une cinquantaine de blessés. En conséquence, le conseil de Régence décide d'une première mesure pour montrer sa bonne volonté : l'abolition du droit de mouture (taxe sur l'abattage de bête). Le premier drapeau de la Belgique est conçu par Marie Abts et hissé sur l'hôtel de ville de Bruxelles par Lucien Jottrand et Édouard Ducpétiaux, en remplacement du drapeau révolutionnaire français. De nombreuses copies sont immédiatement réalisées dont une est promenée dans les rues de la ville par Alexandre Van Hulst, un employé du ministère de la Guerre. Cureghem : pillage des établissements Wilson. Dinant : Le drapeau brabançon est arboré par Jean Maréchal, un lieutenant du régiment de cuirassiers. Forest : un groupe de Bruxellois passent la porte de Hal dans l'après-midi et se dirigent vers les ateliers de tissage de l'industrie textile Bosdevex et Bal en proférant de brûler vifs les bâtiments comme leurs propriétaires. Ceux-ci parviennent à fuir avant le saccage et l'incendie des établissements, qui cause des dommages pour environ florins néerlandais. La teinturerie Fortin connait le même sort. Liège : La nouvelle des évènements bruxellois de la veille arrive dans la cité ardente et, dans la soirée, un grand nombre de jeunes gens, armés de fusils de chasse se réunissent dans la cour du palais des princes-évêques de LiègeCahier de notes et souvenirs de Charles Rogier. Charles Rogier, un jeune avocat de la cité ardente, prend le commandement de la troupe avec son frère, Firmin. Le lendemain matin des cocardes orange, symbole de la monarchie néerlandaise sont arrachées d'un poste de la garde communale et 250 fusils sont volés. Louvain : la nouvelle des émeutes bruxelloises de la veille arrive dans la ville. Adolphe Roussel et Pierre-François Van Meenen commencent à distribuer des pamphlets pour inciter le peuple à se soulever. Le Journal de Louvain critique sévèrement la garde civique et le drapeau orange est remplacé par le drapeau et les cocardes « noir-jaune-rouge », arborés en premier par Eugène Debrouwer. Une garde bourgeoise est constituée. Namur : Des manifestations ont lieu vers , dissipées par la schutterij, rassemblée pour l'occasion. Uccle : environ émeutiers quittent Bruxelles vers et se rendent à la fabrique de tissage de coton Wilson, rue de Stalle, afin d'y détruire les machines mécaniques que les ouvriers accusent d'être les causes d'un chômage grandissant. Ils détruisent certaines machines puis incendient l'usine. Ensuite, un rassemblement composé d'ouvriers de la fabrique et d'autres émeutiers sous la direction d'un dénommé Fontaine, se rend à la maison de campagne de Thomas Wilson, le propriétaire, et la saccage.

Anvers : De nombreux bourgeois, commerçants et fonctionnaires ayant fui les émeutes de Bruxelles de la veille arrivent en ville. Le peuple se réunit massivement sur la Meir sous la houlette de Pierre Dansaert. Ils tentent d'incendier le palais royal d'Anvers, les affrontements font plusieurs blessés et la police procède à une trentaine d'arrestations. Cela conduit le bourgmestre, Willem Andreas de Caters, à renforcer les services d'ordre par une milice bourgeoise dès le lendemain. Audenarde : Un mouvement populaire éclate sous l'égide de Raphael Ameels.