Jean Renaut est un artiste peintre français né le à Dijon où il est mort le Relevé des fichiers de l'Insee.
Peintre dès son plus jeune âge, Jean Renaut s'adonna d'abord à de multiples passions artistiques, doué pour la peinture mais aussi la poésie et la musique.
Trouvant d'abord sa voie dans l'aquarelle et plus précisément l'aquarelle de paysages, l'exil en Savoie durant la Seconde Guerre mondiale déclenche deux rencontres capitales dans la vie du peintre : sa future femme, Amélie Janin, et la peinture à l'huile.
Jusque dans les années 55, son œuvre jusque-là principalement dédiée aux paysages s'emplit, à l'instar de sa vie personnelle, de personnages et gagne en maturité.
En 1956, une grande exposition au Cellier de Clairvaux le propulse sur le devant de la scène picturale bourguignonne. Ses tableaux sont achetés par le Musée de Dijon et une grande fresque, Le Jugement de Salomon, vient habiller un mur de la faculté de droit de Dijon.
Enfin, à partir des années 1970, des transformations personnelles – le départ de ses enfants ainsi qu'une maladie de quelques mois – vont voir une ultime transformation de l'œuvre de l'artiste vers un registre plus coloré, où la palette et l'harmonie deviennent prioritaires sur le sujet et s'éloignent progressivement d'un style figuratif pur.
Il décède le , laissant derrière lui une œuvre riche, faite d'aquarelles, d'huiles et de poèmes.
Biographie
Jean Renaut est le fils cadet de Cécile Lévêque et de René Renaut. Cécile, sa mère, est la troisième fille de Jean-Baptiste et Berthe Lévêque, mais également la grande sœur de Robert Lévêque, de 13 ans son cadet et seul garçon de la famille, pour qui elle développe une relation profondément maternelle. Cécile a également une fille, Marie.
Le , la vie de Jean prend un tournant dramatique avec l'annonce de la mort de Robert sur le front. Cécile retourne son affection sur son fils, qui se retrouve au centre d'une attention décuplée. Choyé, on lui accorde tout ce qu'il veut. Ayant la chance d'un amour parental exclusif et d'une relative aisance financière - son père étant médecin - Jean peut librement s'adonner à la passion des arts. Un talent naturel semble l'habiter très tôt et il poursuit en parallèle la pratique du dessin, de la poésie et de la musique.
1905-1940 : Jean Renaut, aquarelliste
La musique, elle est omniprésente dans la famille mais également chargée d'histoire, avec notamment son grand-père, directeur du Conservatoire de Dijon, haute figure statufiée et pesant lourdement sur la possibilité de devenir célèbre dans ce domaine.
La poésie, elle le suit, et aurait pu devenir un élément central, Jean allant même jusqu'à démarrer des études de Lettres. gauche|vignette|Neige sur berge Mais la peinture, et notamment l'aquarelle, prend un rôle croissant dans l'œuvre du jeune Jean. Environné d'instruments scientifiques utilisés par son père, passionné d'astronomie et de photographie, Jean découvre microscopes, lunettes d'approche, appareils photos et même bientôt le cinéma. En parallèle, un ami architecte de la famille, Auguste Drouot, aquarelliste relativement réputé, a probablement rendu de nombreuses visites et encouragé l'artiste émergent. On retrouve de nombreuses aquarelles de Jean Renaut clairement datées de 1935 et 1936 ainsi que les premiers signes d'expositions dans la presse notamment au Salon de l'Essor de Dijon.
1940-1956 : de l'aquarelle à la peinture à l'huile
1940 est une année charnière pour Jean. René Renaut, docteur, reste à Dijon, mais envoie sa famille à l'abri en Savoie, à Chambéry, chez des amis en zone libre. C'est au magasin "Aux Beaux-Arts" que Jean rencontre Amélie, la fille du propriétaire qui tient le commerce la plupart du temps.
Après 4 années passées dans cette région des Alpes, du Bourget, de Chambéry et de Pragrondran, le jeune couple se marie à la fin de la guerre. Amélie, surnommée "Minou", peint à l'huile et pousse Jean à essayer ce médium qu'elle juge plus propice à traduire le style complexe du jeune homme.
Brillante inspiration et Jean intègre rapidement une dimension nouvelle grâce à l'usage de la peinture à l'huile, travaillant sa toile sur plusieurs épaisseurs, ajoutant plusieurs couches aux harmonies pensées avant d'en venir au sujet principal du tableau. Avec l'huile, l'œuvre de Jean gagne en profondeur, en lenteur et en complétude.
Jean retourne avec sa femme à Dijon et son oeuvre gagne en popularité tant en Savoie qu'en Bourgogne.
À la même époque, Jean et Minou ont deux enfants : Olivier, puis Patrice. Cela renvoie à Jean un écho de son enfance. Minou, de femme, devient également mère et les tableaux de Jean vont soudainement évoluer de sujets naturels et paysagers à des personnages, féminins principalement, femme à la palette, femme à la coiffure, assise, maternité, mais également portraits d'enfants et scènes de familles.
La notoriété de Jean grandit, y compris à l'international où l'on trouve des analyses de son œuvre en Italie ainsi que des traces d'expositions en Allemagne, Hongrie et Yougoslavie.
1956-1970: l'épanouissement artistique et la reconnaissance vignette|Jugement de Salomon Avec une première grande exposition au Cellier de Clairvaux en 1956, Jean Renaut est propulsé sur le devant de la scène picturale Dijonnaise. Des tableaux sont achetés par le Musée de Dijon, une fresque est commandée par la faculté de Droit, Jean est sollicité pour de nombreuses expositions mais, pudique et peu friand de relations sociales un peu mondaines, il se concentre sur sa création et les relations privilégiées avec quelques amis peintres.
Il produit durant cette période des œuvres de plus en plus imaginaires, moins directement figuratives. Sa peinture devient une recherche permanente et il ne reste jamais à exploiter un "style", quel que soit son succès. Sa peinture s'enrichit également de son appétit pour tous les autres arts : il compose des petites pièces de théâtre familiales, chansons au ukulélé, et joue du piano familial.
1970-1979: l'exploration
Les années 1970 sont marquées par le départ de son aîné Olivier du domicile familial ainsi qu'une maladie qui l'éloigne des tableaux pour un temps.
À sa reprise, son style est légèrement différent, plus coloré, peut-être marqué par l'apparition de la couleur sur l'écran des télévisions et par une modernité en accélération. Les références figuratives s'atténuent et la recherche d'une harmonie de couleurs s'intensifie.
Citons Jean Renaut lui-même : "Au moment où on établit des formes harmonieuses, avec des couleurs harmonieuses, dans un certain rythme, il commence à se produire un certain effet figuratif et cet effet figuratif vous conduit malgré vous, la plupart du temps, vers une idée, une des idées, des nombreuses idées qu'on peut avoir en tête, qui vous est chère."
Jean Renaut s'éteint le .
Œuvres
Peinture intérieure Un des thèmes récurrents dans l'analyse de l'œuvre de Jean Renaut est la projection que fait l'artiste de sa vision intérieure sur la représentation figurative de la scène choisie. Qu'il s'agisse de paysages, de portraits, de meubles ou de toiles oniriques difficiles à rattacher à une figurativité absolue, l'artiste nous transmet une vision transfigurée par son prisme intérieur. On notera d'ailleurs avec intérêt que l'œuvre de Jean Renaut aiguise la curiosité des critiques d'art mais aussi des auteurs et des psychologues. Citons Gabriele Mandel, psychologue renommé mais également artiste et écrivain, dans sa Pittura Francese.
"On ressent donc que toute l'œuvre est soumise à une esthétique figurative, bien qu'elle se réfère à une recherche intérieure constante. En notant la richesse de chaque motif peint, on se rend ensuite compte qu’elle est néanmoins obtenue grâce à l’exploitation totale des ressources, qui d’un côté débordent vers une forme de violence extrême et de l’autre, vers un équilibre total. Renaut, dans son travail, maintient l'œuvre dans les limites de l'intellect et de l'inconscient ; un équilibre raffiné. Cet équilibre ne découle pas de calculs, mais est inhérent à l'artiste né ; il y a dans ses recherches une vérité absolument personnelle qui ne pourrait s'adapter à d'autres idées picturales sans une perte d'expression humaine."
Cette projection intérieure est visible tout au long de son œuvre et nous allons en étudier l'impact à travers les grandes thématiques que l'on peut retrouver dans les aquarelles et les huiles de Jean Renaut.
Portraitiste de paysage La relation de Jean Renaut aux paysages est bien loin de celle de la plupart des paysagistes. Absence criante de personnages vivants, même pas pour donner une échelle relative aux éléments du tableau, ciel souvent limité à une petite bande en haut du tableau, absence de valeurs progressivement atténuées ou de plans successifs qui permettraient de donner de la profondeur au tableau, tout dans les paysages de l'artiste leur donne une empreinte unique. L'artiste n'essaie pas de restituer l'apparence des éléments constitutifs du paysage mais bien plutôt de restituer sa propre émotion, on pourrait même dire sa propre spiritualité, lorsqu'il fait face au paysage. Jean Renaut n'a jamais caché vouloir donner une dimension métaphysique à son œuvre, et ces paysages sont plus la projection d'une intériorité de l'artiste, voire du spectateur, qu'une représentation du réel.
Citons l'artiste-poète dans Nature muette :"et l'homme avec son âme entrouverte
reçoit béatement la pluie des symboles vivants
...
suant sa sève comme l'arbre
ses racines enfoncées dans la terre de son cœur."La lumière des paysages de Jean Renaut ne vient pas du ciel mais émane des objets eux-mêmes, joyeuse et éclatante ou diffuse, souvent soulignant un élément majeur de la composition. Ces paysages, parfois absurdement vides, à l'instar de ces bords de lacs peuplés de bateaux et de vie colorée, mais dépourvus du moindre être vivant, possèdent tous une force méditative profonde, une forme de puissance et de calme euphorie. Des objets, parfois rêvés, viennent étonner le regard : une église rouge éclatante dont la structure laisse mystérieusement apercevoir la verdure des champs derrière elle, une maison soulignée d'un épais bandeau blanc, neige tassée, muret calcaire ou bien frontière purificatrice, les éléments centraux des paysages étonnent et obligent le spectateur à donner de sa personne, à s'interroger sur sa propre subjectivité. Chaque tableau devient ainsi unique au sein du cœur de celle ou celui qui le regarde, chaque jour différent au gré des émotions qui viennent sous-tendre l'interprétation.
L'eau gauche|vignette|Bateaux sur le lac du Bourget La présence aquatique dans l'œuvre de Jean Renaut est primordiale et bien plus qu'un décor pour lequel l'artiste aurait une préférence graphique. La fascination de l'artiste pour la substance, tant dans sa forme fluide que cristallisée, tient dans son rapport au temps et à l'immobilité. En effet, chez Jean Renaut, pas de vagues houleuses ou de clapotis : l'eau est immobile, que ce soit celle des mares qu'il affectionne particulièrement, celles des rivières ou des lacs, mais aussi celle de la mer étrangement figée et bien sûr celle des neiges hivernales, voile statique et intemporel. vignette|La mare au diable "Il est peu de toiles de Jean Renaut qui ne soient un moment de calme. L'artiste peint cette immobilité qui suit l'agitation ou qui précède le mouvement." lit-on dans Les Peintres de la Savoie citant Jacques Dehaussy, grand ami du peintre.