thumb|Localisations des principaux sanctuaires grecs. Ceux consacrés à Zeus sont représentés par des étoiles rouges.

Zeus est un dieu omniprésent dans les cultes de la religion grecque antique.

Les anciens Grecs lui rendent des cultes principalement en tant que dieu des phénomènes célestes, et notamment de la pluie et de la foudre, en tant que patron des différentes figures d'autorité (rois, pères, institutions civiques) et plus largement en tant que figure sauveuse et protectrice qui garantit la victoire et éloigne les malheurs. Il n'est quasiment jamais considéré comme le dieu principal d'une communauté, son culte n'est presque jamais central, mais il est attesté aux différents niveaux de la vie personne, depuis le domestique jusqu'au politique.

Zeus dispose de lieux de culte dans tout le monde grec (en incluant aussi les cités d'Anatolie, de Sicile, de Cyrénaïque, des bords de la mer Noire), aussi bien dans les villes que dans des espaces situés hors des murs, notamment les montagnes les plus hautes qui dominaient les paysages. Parmi cette myriade de sanctuaires, quelques-uns se distinguent par leur importance, avant tout Olympie dans le Péloponnèse et Dodone en Épire, aussi le mont Lycée en Arcadie. Son culte est également très représenté en Crète, où sa naissance est généralement située. Divers cultes à Zeus sont documentés à Athènes, la cité qui a fourni le plus de documentation sur la religion grecque. Plusieurs de ces cultes présentent des aspects originaux, par le mythe ou les rites, qui offrent des variations par rapport aux aspects les plus communs de Zeus.

Olympie

Le site d'Olympie est situé dans le nord-ouest du Péloponnèse, en Élide, dans une vallée boisée arrosée par l'Alphée et le Cladée. L'activité rituelle sur le site semble débuter au , le site se développant assurément en tant que sanctuaire de Zeus au , comme l'attestent les nombreuses offrandes votives mises au jour sur le site. Par la suite cette popularité ne se tarit pas, le sanctuaire étant couvert d'offrandes venues de tout le monde grec, notamment des dons remerciant Zeus Olympien pour avoir accordé une victoire, et des traités de paix y sont inscrits pour être placés sous sa supervision. La tradition grecque a retenu la date de 776 av. J.-C. comme début des concours panhelléniques consacrés à Zeus, qui deviennent les plus populaires du monde grec au Selon la légende locale, ils commémorent la victoire à la course de char du roi Pélops contre Œnomaos, pour obtenir la main de sa fille Hippodamie. La tombe de Pélops fait d'ailleurs l'objet d'un culte héroïque sur le site. Le sanctuaire passe sous le contrôle de la plus puissante cité locale, Élis, au début du Le cœur de l'activité rituelle du sanctuaire est l'Altis, bois sacré, où se trouve le grand autel de Zeus, constitué des cendres des sacrifices durcies après avoir été mêlées aux eaux de l'Alphée. Lorsque Pausanias le voit au de notre ère, il s'élève à plus de de hauteur. L'autel suffisant à la tenue des sacrifices à Zeus, il n'y a pas de temple pour le dieu durant les premiers temps du site, alors que son épouse Héra en a un. C'est vers 470 av. J.-C. qu'est érigé un temple monumental pour Zeus Olympios, qui abrite la statue chryséléphantine du dieu réalisée par Phidias. Les fouilles sur le site ont mis au jour une partie des sculptures de l'édifice, représentant notamment la victoire de Pélops et les travaux d'Héraclès. Selon Pausanias le site comprend des autels pour d'autres aspects de Zeus, tels que Katharsios, Kataibates, Chthonios et Hypsistos. Ils font l'objet d'offrandes mensuelles de la part des habitants de la région. Les grandes fêtes de Zeus Olympios ont lieu tous les quatre ans et sont surtout connues par leurs concours athlétiques et hippiques, qui sont généralement désignés de manière anachronique comme les « jeux olympiques » antiques. Ils attirent des compétiteurs et des spectateurs de tout le monde grec. Dans leur forme classique, ces concours se déroulent tous les quatre ans, durant cinq jours, les vainqueurs de leurs épreuves reçoivent une couronne d'olivier et une renommée sans pareille dans le milieu des compétitions grecques. Parmi les nombreuses constructions du sanctuaire se trouvent un grand stade ainsi qu'un hippodrome servant pour les épreuves. Le sanctuaire connaît de nombreuses vicissitudes durant sa longue histoire, mais il reste l'un des plus prestigieux du monde grec jusqu'à la christianisation, qui met fin à ses concours en 393 de notre ère.

Némée

Le site de Némée est situé au nord-ouest de l'Argolide, dans une plaine fertile. Il comprend un sanctuaire dédié à Zeus, qui est l'un des quatre sanctuaires où se déroulent des concours les plus importants du monde grec (les « jeux néméens »). Selon la tradition, les premiers concours auraient été institués par Héraclès après qu'il a tué le lion de Némée, ou bien par Adraste d'Argos en mémoire du jeune prince Ophelte qui avait été mordu par un serpent à Némée et en était mort. Consacrés au Zeus de Némée (Nemeios), ils deviennent panhelléniques en 573, et sont alors organisés par la cité de Cléonée. Ces concours se déroulent tous les deux ans, en juillet, avec des compétitions athlétiques et hippiques, les vainqueurs recevant des couronnes de céleri. C'est de cette période que datent les premières traces archéologiques notables d'un culte sur le lieu. Au , Argos prend le contrôle des concours et les déplace sur le site du sanctuaire d'Héra d'Argolide, où se déroulent déjà des concours en l'honneur de la déesse. Vers 330 ils retournent à Némée, sans doute sous ordre de , et le site fait l'objet d'importants aménagements. Un temple de style dorique est érigé en l'honneur de Zeus. Les sacrifices au dieu sont accomplis sur un autel de de long situé en face de son entrée. Le site comprend aussi un grand stade, des lieux d'hébergement, de bains, et des constructions ayant sans doute servi de trésors. Au les concours reviennent définitivement à Argos. Lorsqu'il visite le site au ap. J.-C., Pausanias constate son délabrement avancé : le toit du temple est effondré et aucune statue ne s'y trouve.

Dodone

Le site de Dodone est situé en Épire, dans une vallée montagnarde bien arrosée au pied du mont Taumaros. C'est un sanctuaire dédié à Zeus Naios « résident » ou « des Naia » (concours de Dodone). Il y est de manière inhabituelle mis en couple avec la déesse Dioné, dont le nom est le féminin de Zeus, une figure quasi inexistante dans le reste de la Grèce. Ce site doit sa célébrité à son oracle, qui est le plus réputé de Grèce après celui de Delphes, et est connu par Homère. Les fouilles archéologiques ont confirmé le fait qu'il était actif au grâce à des trouvailles d'offrandes, notamment des figurines en métal. Selon Hérodote, c'est le plus ancien sanctuaire à oracle de Grèce. Il faut attendre l'émergence du royaume d’Épire en tant que puissance politique au - pour qu'un programme monumental soit lancé sur le site, qui se traduit par l'érection d'une muraille protégeant le sanctuaire et la ville, la construction de plusieurs temples dont ceux de Zeus et de Dioné. On érige aussi le grand théâtre dominant le site, ainsi que d'un stade, pour accueillir des concours athlétiques, hippiques et dramatiques lors de la grande fête des Naia. Le site est ensuite le lieu de rassemblement de la confédération épirote qui remplace la dynastie à la fin du L'activité oraculaire n'est plus attestée à Dodone après le , mais le sanctuaire reste actif et ses grandes fêtes sont encore célébrées au de notre ère. Il est christianisé par la construction d'une basilique au .

Plusieurs méthodes d'oracles sont attestées à Dodone, peut-être parce qu'elles ont évolué dans le temps. Dans tous les cas Zeus s'exprime par des signes et non par des paroles, plus spécifiquement par des sons. Homère fait ainsi référence à la dendromancie, l'écoute des sons du feuillage d’un chêne sacré de Zeus (Odyssée , 327), et aux Selles, interprètes qui ne se lavaient jamais les pieds (Iliade, , 236). Hérodote (, 53-55) évoque trois prêtresses, les Péliades, qui interprètent les oracles à la place des Selles (qui ont été remplacés ?). D'autres sources indiquent que l'oracle du chêne est accompagné d'un oracle par des colombes : on observerait alors leur vol, ou bien leur cri s'il s'agit de rester dans l'univers sonore. L'arbre et l'oiseau sont en tout cas représentés ensembles sur des monnaies épirotes. Il est possible qu'un oracle par les sorts (jet d'osselets ou de dés) existe également, mais à partir du les sources parlent plutôt d'un oracle par des chaudrons de bronze sur trépieds, qui semble là encore reposer sur l'acoustique (mais on ne sait pas exactement comment). La documentation la plus remarquable concernant l'oracle de Dodone consiste en un ensemble de lamelles de plomb sur lesquelles sont inscrites les questions posées à Zeus (dans plusieurs cas accompagné de Dioné). Il s'agit souvent d'un individu ou d'une communauté interrogeant la divinité sur un projet précis, sous la forme d'un avis, souvent dans un contexte privé : succès d'un voyage ou d'une autre entreprise, affaires familiales, problèmes de santé, etc. Les personnes qui interrogent sont surtout originaires de la région, mais en raison de la popularité de l'oracle elles peuvent venir d'autres parties du monde grec.

Crète