Zeus est le plus puissant des dieux grecs, dieu du ciel et roi des dieux. Ses pouvoirs se manifestent dans différentes sphères, qui sont souvent liées de près ou de loin avec son rôle de figure d'autorité. Ses différentes manifestations du dieu sont identifiées par des épithètes (ou épiclèses), qui se rapportent souvent à un de ses pouvoirs en particulier.
Zeus est le dieu du ciel, maître des éléments célestes et atmosphériques, qui commande à la pluie (et influence par ce biais la croissance des plantes), ainsi que la foudre, la plus éloquente des manifestations de sa puissance. Par extension c'est un dieu associé aux hauteurs, dont le lieu de résidence terrestre privilégié est le sommet de montagnes. C'est un dieu souverain et patriarcal, qui est source d'autorité au sein des sociétés humaines, qu'il s'agisse de celle des rois, des institutions civiques ou des pères de famille. Zeus est également celui qui garantit le respect du droit et de la justice, des relations sociales telles que l'hospitalité, l'amitié, les supplications, ainsi que la stabilité et la prospérité des foyers.
Ce dieu est donc logiquement un de ceux vers lequel les Grecs se tournent en priorité lorsqu'ils ont à solliciter l'aide des puissances divines, pour bénéficier des différents pouvoirs dont il dispose (cultes de Zeus).
Une puissance multiple
Comme les autres divinités majeures des panthéons grecs, Zeus se décline en une multitude d'aspects se manifestant dans des domaines de compétences différents, qui sont tout autant de facettes de sa personnalité/puissance divine. Sa puissance est « multi-dimensionnelle ».
Selon J.-P. Vernant : L'épithète/épiclèse est déterminante quand il s'agit de savoir de quelle manière honorer le dieu : les rites pour s'attacher les faveurs de Zeus Lykaios, de Zeus Xenios et de Zeus Meilichios seront différents.
Cette profusion d'épithètes cultuelles suscite les réflexions de l'orateur Dion Chrysostome (v. 40-120 ap. J.-C.), qui considère qu'un sculpteur doit adapter sa manière de représenter le dieu en fonction de l'épithète concernée, chacune présentant sa spécificité :
Il y a également une pluralité d'interprétations du dieu dans les œuvres des poètes et des philosophes. Pour autant, il existe bien derrière ces différentes facettes de Zeus des éléments d'unité, , sur lequel (G. Pironti). Ce pourrait être plus spécifiquement un dieu dont la caractéristique fondamentale est le pouvoir de souveraineté, même s'il n'est pas évident de la retrouver dans toutes ses déclinaisons.
Zeus est donc souvent traité par les historiens de la religion grecque Les études sur Zeus se concentrent souvent sur certains de ses aspects que sur la figure en général, jugée trop diverse et complexe : un culte en particulier, une forme d'art, son rapport à la justice ou au destin, ou à d'autres divinités. Les spécialistes qui ont cherché à donner une image synthétique de Zeus (W. Otto, J.-P. Vernant, W. Burkert) ont chacun à leur manière mis l'accent sur sa puissance considérable et sa suprématie, donc son statut de dieu souverain.
Un dieu du ciel et des forces atmosphériques
Les phénomènes atmosphériques thumb|left|Statue de Zeus brandissant le foudre. Glyptothèque de Munich.
Dieu du ciel lumineux, Zeus préserve son aspect céleste, visible dans une de ses épithètes, Ouranios « céleste ». Selon le poète Archiloque (v. 650 av. J.-C.), Si Zeus n'est pas le ciel,
Il est surtout reconnu dans le monde grec comme un dieu de ce qui vient du ciel, les phénomènes atmosphériques et les mouvements météorologiques. Homère en fait l'« assembleur de nuées » (nephelegereta) et le dieu à la « noire nuée » (kelainephes). Il est tenu pour responsable de tout un ensemble de phénomènes atmosphériques, ou plutôt il les incarne : on ne dit pas « il pleut », mais « Zeus pleut ». Dans la comédie Les Nuées d'Aristophane (445-385 av. J.-C.), lorsque Strépisiade apprend que Socrate ne croit pas que Zeus existe, il lui demande qui ferait pleuvoir si c'était le cas (368). Parmi ses manifestations se trouvent donc aussi bien les pluies, averses et tempêtes, les chutes de neige, les nuages, les rayons de soleil, que les éclairs. Il a aussi une capacité à retenir les pluies et à provoquer la sécheresse : l'orateur Isocrate (436-338 av. J.-C.) le décrit comme le (Éloge de Bousiris, 13).
Dieu des pluies, il porte les épithètes cultuelles Ombrios et Hyetios « de la pluie/pluvieux ». On lui fait donc des prières et des offrandes pour qu'il fasse pleuvoir et soit ainsi bénéfique aux récoltes. Pausanias (v. 115-180 ap. J.-C.) rapporte que les Arcadiens accomplissent des rites en l'honneur du Zeus du mont Lycée (Lykaios) lorsqu'une sécheresse frappe leur pays (Description de la Grèce, , 38, 4). Sur l'île de Cos, une association cultuelle est consacrée à Zeus Hyetios, organisant chaque mois un pèlerinage et un sacrifice au dieu, connue par une inscription d'époque hellénistique (v. 200 av. J.-C.)..
Il est un dieu des orages, du tonnerre, des éclairs et de la foudre. Homère emploie pas moins de vingt-six épithètes qui le relient à ces phénomènes (erigdoupos, terpikeraunos, etc.). Dans le culte, il est connu par des épithètes telles que Keraunios « de la foudre » et Kataibates « qui fait descendre (l'éclair/la foudre du ciel) », Brontaios « tonnant ». La foudre est en particulier vue comme la manifestation de sa puissance () et un de ses principaux attributs (notamment dans l'art). Il s'en sert pour envoyer des messages aux humains, pulvériser ses ennemis et ceux qui commettent des actes mauvais. Un lieu frappé par la foudre devient inviolable et lui est souvent consacré.
Il peut aussi être Ourios « qui envoie des vents favorables », en particulier invoqué par les marins souhaitant arriver à bon port.
La hauteur et les montagnes thumb|Le mont Hellanion sur l'île d'Égine, lieu d'un ancien sanctuaire de Zeus.
Dieu atmosphérique et souverain, Zeus est aussi un dieu de la hauteur, dominateur et majestueux, dont le lieu de résidence de prédilection est une montagne entourée de nuages. La tradition la plus commune le fait naître sur le mont Ida en Crète, celle d'Arcadie sur le mont Lycée.
De manière caractéristique, les lieux de culte de Zeus sont situés sur les sommets de montagnes ou collines. Plusieurs communautés, notamment en Béotie, vénèrent un Zeus Karios/Karaios/Keraios « du sommet ». Le mont Pélion donne lieu à un rituel de sacrifice de mouton en l'honneur Zeus Akraios « de la hauteur ». Zeus Hypatos « le plus haut » a son sanctuaire sur le mont Hypatos en Béotie. Le sommet de l'île d'Égine comprend un sanctuaire dédié à Zeus Hellanios « des Grecs ». Plein d'autres exemples sont connus : en Attique, Zeus est vénéré sur plusieurs monts, dont le Hymette et le Parnès ; les Arcadiens le célébraient sur le mont Lycée (Zeus Lykaios) ; les Crétois au mont Dicté (Zeus Diktaios) et au mont Ida (Zeus Idaios) ; etc.
Zeus est en particulier associé à l'Olympe, sa résidence céleste et le siège de la royauté divine dans la tradition grecque depuis au moins Homère. Olympios « Olympien » est une de ses épithètes les plus répandues. C'est en ce lieu qu'il se tient, au-dessus de tous, et qu'il exerce son rôle de roi des dieux. Ce terme désigne plusieurs montagnes, mais plus particulièrement le plus haut sommet de la Thessalie. On y vénère Zeus Olympios, mais le principal sanctuaire local dédié à Zeus se trouve au pied de la montagne sur son côté nord, à Dion.
Les aspects chthoniens et la fertilité
Malgré son caractère fondamental de dieu céleste, Zeus se voit rendre de nombreux cultes sur des aspects chthoniens, liés aux forces terrestres et souterraines, voire au monde infernal et aussi en lien avec la fertilité et la croissance des cultures.
L'aspect chthonien du dieu est souvent mis en avant pour Zeus Meilichios (ou Meilikhios) « doux », un dieu que les fidèles cherchent à apaiser afin de s'attirer ses bienfaits, notamment pour sa capacité à apporter la prospérité, dans des cultes souvent accomplis dans un cadre domestique ou par des groupes de parenté (voir plus bas). Cette interprétation ressort notamment du fait qu'il est souvent représenté sous la forme d'un serpent, animal lié aux forces souterraines. Mais aucune source antique ne le range dans la catégorie (du reste assez vague) des divinités chthoniennes, et cette classification ne permet pas vraiment de comprendre ses fonctions.
Zeus est parfois explicitement surnommé Chthonios ou Katachthonios « souterrain », « dans la terre ». Pausanias (, 2, 8) dit que l'agora de Corinthe comprend un lieu de culte pour trois Zeus décomposés de manière verticale : un Zeus Hypsitos « très haut », lié aux hauteurs, un Zeus sans épiclèse, et un Zeus Chthonios, lié à la terre. La signification de ces épiclèses est discutée. Elles sont souvent interprétées en lien avec le monde infernal, qui pourrait s'appliquer plus spécifiquement à Katachthonios. Il pourrait aussi s'agir d'une manière de désigner Hadès, le Zeus des Enfers. Mais dans ses usages, l'épithète Chthonios renvoie plutôt à l'agriculture, donc à la terre agricole. Le poète Hésiode (première moitié du ) prescrit de prier Zeus Chthonios, en même temps que Déméter, au moment des premiers labours, afin d'avoir une bonne récolte (Les Travaux et les Jours, 465-467). Une association similaire se trouve dans un calendrier de Mykonos de la fin du , évoquant des sacrifices destinés à Zeus Chthonios et à Gê (le Terre) Chthoniê, donc là encore pour la fertilité de la terre.
Ce dernier point renvoie à tout le moins au fait qu'on prête à Zeus, qu'il soit chthonien ou pas, le pouvoir de contribuer à l'enrichissement du sol et à la croissance des plantes, que ce soit par un rôle lié à l'humus et à la terre ou aux pluies et au ciel, ou plus généralement à sa capacité à assurer la prospérité des humains. C'est donc aussi une divinité agraire. Le tragique Eschyle (525-456 av. J.-C.) renvoie à ce rôle dans des passages de sa tragédie Agamemnon : il parle de (1110) et de la douceur de (1380). Plutarque (v. 46-125) évoque Zeus Ombrios « pluvieux », vénéré conjointement à d'autres divinités agraires, Déméter Proerosia « du labour » et Poséidon Phytalmios « qui fait croître » (Œuvres morales, 158e). Ce dieu joue donc un rôle essentiel dans la protection des récoltes (y compris face aux catastrophes naturelles), ce que confirment encore des inscriptions provenant d'Asie mineure, l'invoquant dans un contexte agraire sous ses épithètes célestes (Aithrios « du ciel clair », Brontaios « tonnant », Astrapaios « qui lance des éclairs », Olympios) (§ 10-14).. Il agit sur la croissance de la végétation, donc des cultures. Zeus fait partie des dieux auxquels on attribue le plus des épithètes construites à partir du mot karpos « fruit », « récolte », « production agricole », après Déméter. On lui connaît par des inscriptions des épiclèses telles qu'Epikarpios « des fruits » et Karpophoros « fructifère », mais aussi Phytalmios et Aldemios « qui fait croître », Thallos « rameau » ou encore Georgos « agriculteur », aussi Demetrios « de Déméter » qui le relie là encore à la déesse agraire par excellence..
Un dieu souverain et surpuissant
La position suprême thumb|Zeus sur son trône, tenant un sceptre et une phiale dans laquelle sa fille Athéna verse du vin. Skyphos à figures rouges attribué au « Peintre de Lewis », v. 480-470 av. J.-C. Musée d'Histoire de l'art de Vienne.