Les Dangers de la coquetterie est un roman de Jeanne Gacon-Dufour publié en 1788 par le libraire Buisson. L'approbation du censeur Artaud reproduite à la fin de la deuxième partie est datée du .. La publication a été annoncée par la Gazette de France le .. Le roman est aussi présenté anonymement le dans le numéro 38 de L'avantcoureur, un périodique strasbourgeois.
Résumé Les Dangers de la coquetterie est un roman épistolaire qui suit les histoires de la Baronne de Cotyto, une femme coquette et manipulatrice, et de la Marquise d’Hersilie, une femme honnête exilée à la campagne par son mari qui trouve que l'amour que celle-ci a pour lui est étouffant. Profitant de l'éloignement de sa femme, il courtise la Baronne de Cotyto.
La Baronne s’amuse à Paris et séduit plusieurs hommes, dont le Marquis d’Hersilie, qui se bat avec l'un de ses rivaux. Le scandale est tel que la Baronne de Cotyto est prête à se laisser convaincre de se retirer à la campagne, mais la Vicomtesse de Thor l'encourage à user de ses charmes pour séduire et manipuler les hommes. Des tensions éclatent à nouveau lors d’un bal masqué durant lequel la Baronne découvre, à sa grande honte, que l’homme qu’elle tentait de séduire n’est autre que son mari.
Le Chevalier d’Ernest, un ami influent, tente d’intervenir et conseille à la Baronne de se retirer à la campagne afin de regagner la confiance de son époux. La Baronne part alors pour un séjour dans une ville thermale, Plombières, loin de son mari mais toujours entourée d’admirateurs. Pendant ce temps, la Marquise d’Hersilie trouve de l’apaisement dans la tranquillité de la campagne. Elle s'occupe de l'éducation de ses enfants et de travaux utiles.
Le deuxième volume des Dangers de la coquetterie se déroule principalement à Plombières et relate les intrigues amoureuses du Chevalier de Zéthur. Engagé auprès de Madame de Singa, à qui il voue de profonds sentiments, le Chevalier de Zéthur est pourtant séduit par la Baronne de Cotyto et succombe à ses charmes. Son ami, le Chevalier d’Ernest, tente de le mettre en garde, mais ce dernier s’entête. Enflammé par sa passion pour la Baronne, le Chevalier de Zéthur accumule les dettes.
À Plombières, la Baronne s’amuse et fait la fête. Elle continue de se jouer des sentiments des hommes, notamment du Marquis d’Hersilie, qui tombe gravement malade après s’être fait inoculer la petite vérole par amour pour elle. La Baronne reste indifférente au sort du Marquis et ne cesse d’être frivole, tout en accumulant les dettes.
Madame de Singa est blessée par la trahison du Chevalier de Zéthur. La Comtesse de Fionie tente alors de faire entendre raison au Chevalier sur son égarement vis-à-vis de ses sentiments pour la Baronne. Finalement, le Chevalier de Zéthur prend conscience de ses erreurs et implore le pardon de Madame de Singa. Cette dernière le pardonne après qu’il s’est sincèrement repenti. Ensemble, ils espèrent un avenir heureux.
La Baronne, quant à elle, perd peu à peu de son pouvoir et accumule les ennemis. Elle finit ruinée et abandonnée de tous. Son mari la fait enfermer au couvent.
Présentation des personnages
La Baronne de Cotyto, épouse du Baron de Cotyto, aime plaire et apprécie les jeux de séduction. Elle a de nombreux amants, qui se disputent ses faveurs, comme le Marquis d’Hersilie, le Chevalier de Zéthur et le Marquis de Lubeck. Elle entretient une correspondance amicale avec la Vicomtesse de Thor, à qui elle demande conseil. Gacon-Dufour s'est inspirée de la déesse Kotys pour nommer ce personnage. Kotys est la déesse de l'impudence. Elle est associée à la frivolité et son comportement est décrit comme étant vulgaire et obscène.
Le Baron de Cotyto, époux de la baronne de Cotyto, est absent de Paris, car il est retenu à Nancy par son régiment. Pour autant, il assiste à un bal masqué à la suite d'une lettre de la comtesse de Menippe, et y retrouve, sans le savoir, sa femme avec qui il passe la soirée. Il découvre ainsi à la fin, les coquetteries de sa femme. De plus, il souhaite que cette dernière rompe tout contact avec la Vicomtesse de Thor, qu’il juge être une influence néfaste pour sa femme.
La Vicomtesse de Thor, amie et correspondante de la Baronne de Cotyto, est une grande séductrice, qui prend cette dernière sous son aile en lui prodiguant conseils et soutien. En échange d’un droit de lui faire la cour, elle fait appel au Chevalier de Luzak, pour qu’il humilie Mme de Ménippe en société, pour se venger et venger la Baronne de Cotyto. La Comtesse de Menippe est l’hôte d’un salon où elle organise des parties de Pharaon, un jeu d’argent auquel la Baronne de Cotyto accumule de nombreuses dettes. Elle entretient des relations conflictuelles avec la Baronne de Cotyto et la Vicomtesse de Thor.
La Marquise d’Hersilie, épouse du Marquis d’Hersilie, est dévouée à son mari et l’aime au point de quitter Paris pour rejoindre leur château de campagne avec ses enfants, sous les ordres de son mari. Elle est une femme sincère qui souhaite aider son prochain. Elle entretient une correspondance amicale avec La Comtesse de Fionie et Madame de Singa. Gacon-Dufour a pris le nom de ce personnage dans l'histoire romaine, où Hersilie était l'épouse de Romulus et l'une des Sabines enlevées par les Romains. C'est elle qui met fin aux combats entre les Sabins et les Romains.
Le Marquis d’Hersilie, époux de la Marquise d’Hersilie, fait des infidélités à sa femme, en étant l’amant de la Baronne de Cotyto. Afin de retrouver sa liberté et de pouvoir fréquenter librement la Baronne de Cotyto, il envoie sa femme à la campagne, car elle l’oppresse trop. Son affection pour la Baronne le pousse à se battre avec le Marquis de Lubeck, également amant de la Baronne de Cotyto. Il entretient de grandes amitiés avec le Chevalier d’Ernest et M. de Saint-Albert. Le Chevalier d’Ernest, grand ami du Marquis d’Hersilie, juge que les fréquentations de son ami sont néfastes, notamment avec la Baronne de Cotyto qu’il n’apprécie guère. Il est un sage qui tente de ramener ses compagnons dans le droit chemin. M. de Saint-Albert, à l’instar du Chevalier d’Ernest, n’apprécie guère la Baronne de Cotyto, et met en garde son ami, le Marquis d’Hersilie, contre les agissements de cette dernière. La Comtesse de Fionie, tante du Chevalier de Zéthur, est également la tutrice de Madame de Singa. Elle n'apprécie ni la Vicomtesse de Thor ni la Baronne de Cotyto, cette dernière ayant saboté les fiançailles du Chevalier de Zéthur et Madame de Singa. Elle entretient une correspondance amicale avec la Marquise d’Hersilie. Le Chevalier de Zéthur, neveu de la Comtesse de Fionie, aime Madame de Singa, mais il a été séduit par la Baronne de Cotyto. Ses égarements financiers lui valent de se faire réprimander par son père, qui le contraint à retourner dans son régiment. Madame de Singa, amoureuse du Chevalier de Zéthur, a été recueillie par la Comtesse de Fionie, après le décès de son premier mari à l’âge de 15 ans. Elle entretient une relation amicale avec la Marquise d’Hersilie, qui la rassure au sujet des infidélités de son amant.
Analyse
La critique de la coquetterie
Une topique romanesque Le personnage de la coquette est une topique romanesque du XVIIIe siècle. Proche voisine du libertinage et de la galanterie, la coquetterie est une caractéristique féminine selon la définition qu'en donne l'Encyclopédie en 1754 : « c’est dans une femme le dessein de paroître aimable à plusieurs hommes ; l’art de les engager et de leur faire espérer un bonheur qu’elle n’a pas résolu de leur accorder : d’où l’on voit que la vie d’une coquette est un tissu de faussetés, une espèce de profession plus incompatible avec la bonté du caractère et de l’esprit et l’honêteté véritable ».
Dans Les Dangers de la coquetterie, la Baronne de Cotyto et la Vicomtesse de Thor sont présentées comme étant les deux principales coquettes du roman. D'après Laurence Sieuzac, la Vicomtesse de Thor incarne la figure de la coquette « entièrement libre, n’ayant ni enfant, ni mari, ni amant qui ne la contrarient dans ses projets ». Elle initie son amie, qui devient « coquette malgré elle ». La Vicomtesse de Thor et la Baronne de Cotyto usent de stratégies et maîtrisent l'art de la médisance pour tenir les autres femmes à distance. Dans son roman, Jeanne Gacon-Dufour attire l'attention de son lecteur sur les dangers que représentent les actions guidées par la coquetterie. Quelques personnages lucides du roman alertent à plusieurs reprises sur la mauvaise influence qu'exercent la Vicomtesse de Thor et la Comtesse de Menippe sur leur jeune amie, Madame de Cotyto. Le Chevalier d’Ernest les décrit en ces termes dans la lettre XX : « Ces deux femmes sont les êtres les plus dangereux que je connaisse. » Dans la lettre XXXIII, la Comtesse de Fionie écrit que la Vicomtesse de Thor est « la femme la plus dangereuse qui soit en Europe. »
« Fêtes charmantes » et jeux d'argent En se focalisant sur la haute noblesse, Jeanne Gacon-Dufour rapporte le comportement dépensier d'une élite qu'elle a elle même côtoyé. Les lettres de la Baronne de Cotyto (IX, XV, XXIII, LVI, LX, LXIV) permetent d'observer les pratiques d'une noblesse dépensière. On y découvre des fêtes et bals en nombre. Dans la lettre IX, la Barone parle d'une « fête charmante », d'une « fête superbe », d'un « souper », d'une « ingénieuse illumination », d'un « un palais de Fée » et d'une « rivière factice ». Dans la deuxième partie, c'est au tour de la Vicomtesse de Thor dans la lettre LX de parler de jardins « de la plus grande magnificence ». Elle raconte qu'une « superbe collation, toute en fruits des plus rares et des plus fins, descendit comme du Ciel, par le moyen d'une mécanique ingénieuse ».
Gacon-Dufour n'était pas noble, mais elle avait entretenu des liens étroits avec la noblesse. Elle était la sœur de lait d'Armand Joseph Pâris de Monmartel, le marquis de Brunoy. Ce dernier organisait beaucoup de bals et dépensait son argent dans des cadeaux sans compter ce dont Gacon-Dufour avait beaucoup profité jusqu'en 1799. Elle s'était vue offrir de « magnifiques robes », des « dentelles de Valenciennes et d’Angleterre », des bijoux, une terre, le domaine d’Humières, mais aussi « une donation de 1200 livres de rente viagère ». Les recherches de Jean Lérault ont aussi montré que le marquis de Brunoy a organisé pour elle un mariage « digne d’une princesse » dont les dépenses se sont élevées à un total de 260 000 livres.
Dans le roman, il faut ajouter aux fêtes, les mentions répétées de jeux d'argent qui prenaient souvent place lors de ces soirées. Dans la lettre XV, la Barone de Cotyto dit « joué au Pharaon » et avoir « gagné considérablement ». Dans la lettre XXIII, elle dit être passée « dans le salon du jeu » peu de temps après avoir ouvert le bal. Mais toutes ces dépenses ruinent les personnages. En effet, dans la lettre LVI, la Baronne de Cotyto explique qu'« on commence à ne plus vouloir [lui] faire du crédit ». Elle fait ensuite des « pertes […] considérables ». Elle vend tous ses diamants et va même jusqu'à engager sa pension, illustrant alors la hauteur de ses dépenses. La situation du personnage fait écho à celle du marquis de Brunoy qui s'est vu intenté un procès par sa famille pour ses dépenses extravagantes, compromettant Jeanne Gacon-Dufour qui a perdu sa terre en 1779 et qui s'est vue au côté de son mari Jacques-Antoine Filhol des Humières enjoindre par la Tournelle Criminelle « d'être à l'avenir plus circonspects ».
La retraite à la campagne
Un modèle de bonheur au féminin