vignette|120 px|Singes dans un mume, Mori Sosen, 1808 , est l’une des appellations indigènes pour désigner le singe en japonais. Sur l’archipel, il existe une seule espèce de singe, le macaque japonais (Macaca fuscata) (en japonais 日本猿 Nihonzaru), caractérisé par une fourrure brun-grisâtre, une courte queue ainsi qu’un visage et un postérieur écarlate, d’où son ancien nom vernaculaire français de « Magot à face rouge ».
Au cours de la majeure partie de l'histoire japonaise, les singes étaient des animaux familiers que l'on voyait dans les zones périurbaines, comme les forêts et les montagnes. Aujourd’hui, avec la perte de leur habitat dû à l'urbanisation du Japon contemporain, ils sont désormais limités à des zones géographiques spécifiques. Dans la culture japonaise, les singes sont un élément historiquement marquant de la religion, du folklore et de l'art, ainsi que des proverbes et expressions idiomatiques.
Origine et étymologie vignette|Femmes déguisées en dresseuses de singes pour la danse du Nouvel An, Utagawa Toyokuni, vers 1800. La langue japonaise compte plusieurs terminologies pour désigner le singe : Saru, signifiant à l'origine le Macaque japonais spécifiquement, mais a été étendu sémantiquement au champ lexical du singe tel qu’on le conçoit en en français : simien, singe.
Leur étymologie exacte n’est pas très claire, mais YamanakaYamanaka Jōta (山中襄太) (1976), Kokugo gogen jiten (国語語源辞典), Vol. 1, Azekura shobo (校倉書房). p. 253 . remarque des similitudes avec le terme en langue aïnoue saro désignant le singe, que BatchelorBatchelor, John (1905), An Ainu-English-Japanese Dictionary, Methodist Publishing House. p. 22. explique ce terme comme constitué de sara (une queue) et o (porter), donc saro signifierait donc « avoir une queue ». Yamanaka suggère également une étymologie plus ancienne, à partir de mongol samji « singe », qui serait progressivement passé de sam, sanu, puis salu. Mashira, est un terme moins courent dans la période contemporaine, surtout associé à du vieux japonais, notamment celui présent dans la dans la littérature classique. Le terme pourrait étymologiquement se rapprocher de l’appellation saru avec un possible préfixe ma- ajouté dans les prononciations archaïques japonaises, donnant les termes masaru, mashira et mashi, une appellation alternative au terme mashira. Mais YamanakaYamanaka Jōta (山中襄太) (1985), Kokugo gogen jiten (国語語源辞典), Vol. 2, Azekura shobo (校倉書房). p. 410 . citant Turner, évoque plutôt la théorie selon laquelle, le mot viendrait de l'indo-aryenne markáta « singe » dérivant du sanskrit markaṭa (मर्कट) "singe" (cf. meerkat), avec des cognats incluant Pali makkaṭa, oriya mākaṛa, et gujarati mākṛũTurner, Ralph Lilley (1999), A Comparative Dictionary of the Indo-Aryan Languages, Motilal Banarsidass Publishers. |at=p. 568..
Le caractère chinois, utilisé au Japon (kanji) 猿 pour désigner le singe, a pour lectures sino-japonaises inspirées du chinois classique (on'yomi) les terme « en » ou « on » (du chinois yuán), et des lectures indigènes (kun'yomi) saru ou les appellations en vieux japonais mashi ou mashira. La lecture littéraire archaïque ete dans etekō (猿公 ; « monsieur le singe ») est phonétiquement anormale.
Bien que la culture autour du singe au Japon se soit nourrie en partie des interactions locales qui existaient entre hommes et primates sur l’archipel, l’influence de la Chine reste relativement importante. Cela s’observe très bien ne serait-ce que dans l’adoption du zodiaque chinois, ou encore les croyances selon lesquelles les primates feraient de bons protecteurs pour les écuries. Cette croyance en particulier a eu une forte résonance dans le folklore local.
Les Japonais ont bien sûr adopté le caractère , qui désigne le singe, mais qui dans ce contexte, désigne surtout le gibbon. Il y avait un contraste symbolique entre le , le gibbon, caractérisé par son intelligence supérieure et ses facultés surnaturelles et le , le macaque, caractérisé par son tempérament sauvage et stupide proche de l’animal. Le gibbon étant absent de l’archipel japonais, par analogie à ces deux animaux, on y retrouve la symbolique selon laquelle la Chine était savante et raffinée et le Japon stupide et belliqueux.
Utilisation Zoologie Aujourd’hui, le terme saru est non seulement étendu aux singes, mais également à l’ensemble des espèces de l’ordre des , dont la dénomination alternative est , dont les , ou encore les . Les simiformes sont plus spécifiquement désignés sous le terme de et les strepsirrhiniens sont plus généralement désignés sous le terme de . En paléontologie, le terme désigne les premiers êtres considérés comme « humains » ou intermédiaires, à être apparus文部省編 『学術用語集 地学編』 日本学術振興会、1984年。。(J-GLOBAL 科学技術総合リンクセンター).
Croyances et folklore Religion vignette|Peinture comique de Sarutahiko Ōkami, fin du .|gauche Les divinités simiesques sont courantes parmi les croyances populaires au japon, notamment le Sannō Shinto, le Kōshin, ainsi que le Bouddhisme japonais.
Dans la tradition shintoïste ancienne, Sarutahiko Ōkami (猿田彦大神) est une divinité semblable à un singe, médiateur entre le ciel et la terre. Sarutahiko Okami est vénéré au grand sanctuaire de Tsubaki dans la préfecture de Mie et au sanctuaire Ōasahiko dans la Tokushima.
Les deux plus anciennes chroniques mytho-historiques du Japon, le Kojiki et le Nihongi mentionnent tous deux Sarutahiko. Un chapitre du Kojiki mentionneChamberlain, Basil H., tr. 1919. The Kojiki, Records of Ancient Matters. Asiatic Society of Japan. 2005 Tuttle reprint. p. 139. « Maintenant, quand ce Dieu Prince de Saruta résidait à Azaka, il s’en alla pêcher, et de sa main fut attrapée par un hirabu, et il se noya dans la saumure de la mer ». Le Nihongi contient un mythe plus détaillé sur le Dieu des Carrefours Sarutahiko no Okami. Lorsque la Déesse du Soleil Amaterasu, dite être l'ancêtre de la Maison impériale du Japon, décida d'envoyer son petit-fils Ninigi et d'autres divinités sur terre pour gouverner, elle envoya d'abord un éclaireur pour dégager le chemin, qui revint et rapporta avoir rencontré le redoutable Sarutahiko.
Amaterasu choisit Ame-no-Uzume comme seul dieu ou déesse capable de confronter Sarutahiko et de lui demander pourquoi il bloquait les carrefours entre le ciel et la terre, et dit :
Sarutahito épousa plus tard Ame-no-Uzume. Ohnuki-Tierney liste trois facteurs qui identifient Sarutahiko comme un Dieu Singe : saru signifie "singe", ses caractéristiques incluent le postérieur rouge, qui est l'une des caractéristiques physiques des macaques japonais, et comme les macaques rassemblent des coquillages à marée basse, le Kojiki dit que sa main fut attrapée dans un coquillage en pêchant et « un singe avec une main prise dans un coquillage est un thème fréquent des contes folkloriques japonais ».
Un autre mythe shintoïste concernant les singes est celui de la divinité de la Foudre Raijin qui est accompagné d’un raijū (雷獣, « bête de la foudre »), une créature associée au phénomène de la foudre en boule, apparaissant parfois sous la forme d'un singe.
Sarugami (猿神, lit. "dieu singe") faisait partie de la secte Sannō Shintō, était basée sur le culte du Dieu de la Montagne Sannō (山王, « roi de la montagne ») ainsi du bouddhisme promu par l’école Tendai. Sarugami était le messager de Sannō et servait d'intermédiaire entre les divinités et les humains. Sannō et Sarugami sont vénérés au sanctuaire Hiyoshi Taisha à Ōtsu, Shiga.
Le Dieu de la Montagne et le Dieu Singe Sannō et Sarugami devinrent populaires au début de la période Tokugawa ou époque d'Edo. Toyotomi Hideyoshi, qui unifia le Japon en 1590 et mit fin à la période Sengoku, fut surnommé Kosaru (« petit singe ») ou Saru (« singe »), « non seulement parce que son visage ressemblait à celui d'un singe, mais aussi parce qu'il cherchait ardemment à s'identifier à ce primate ». Tokugawa Ieyasu, qui fut le premier shōgun (1603–1605) du shogunat Tokugawa, « désigna officiellement le dieu-singe comme gardienne de la paix dans la nation, et une fête pour la divinité fut élaborée à Edo » durant son règne. Durant cette période, des peintures représentaient le sarugami comme messager du Dieu de la Montagne, le montrant dansant lors de la récolte du riz, ou tenant un gohei, une baguette rituelle avec des banderoles de papier suspendues utilisée rituellement par les prêtres shintoïstes pour invoquer l'esprit d'une divinité. Ainsi, Ohnuki-Tierney dit, « le singe dans ces peintures a le rôle de médiateur entre les divinités et les humains, de la même manière que les chamans et les prêtres ». vignette|Peinture de Shōmen Kongō et des Trois Sages Singes.
Le rôle des singes comme médiateurs est évident dans la religion populaire japonaise Kōshin. Cette croyance éclectique incorpore des croyances taoïstes sur les sanshi (三尸, « Trois Vers ») « esprits maléfiques qui vivent dans le corps humain et hâtent la mort », la mythologie shintoïste autour de la figure du Sarugami, et des croyances bouddhistes sur les dieux simiens comme le Vanara un humanoïde semblable à un singe dans le Ramayana. Shōmen-Kongō (青面金剛, « Vajra au visage bleu ») une divinité Kōshin, gardienne redoutable, à plusieurs bras, qui était supposé pouvoir rendre malades les Trois Vers et ainsi les empêcher de faire leur rapport au Ciel, qui était communément représenté avec deux ou trois singes comme assistants.
Dans les croyances taoïstes-Kōshin, les « Trois Vers » à l'intérieur du corps gardent des registres des méfaits de leur hôte, qu'ils rapportent au Ciel toutes les deux nuits sur la nuit gengshen (japonais kōshin) 庚申 « des 60 (dans le cycle sexagésimal chinois) » tandis que leur hôte humain rêve. Mais dans une sorte de faille karmique, quelqu'un qui reste éveillé toute la journée et toute la nuit peut éviter de recevoir une durée de vie plus courte pour ses transgressions. La version japonaise de cette coutume, Kōshin-Machi (庚申待, « Attente Kōshin »), devint une festivité. vignette|Trois Sages Singes au sanctuaire Tōshō-gū à Nikkō.|gauche
Les sanzaru (三猿 « trois singes ») ou les singes de la sagesse, sont un exemple traditionnel de singes dans la culture japonaise. Leurs noms sont des jeux de mots entre saru ou le randaku zaru « singe » et l'ancienne conjugaison verbale négative -zaru : mizaru, kikazaru, iwazaru (見ざる, 聞かざる, 言わざる, « ne regarde pas, n’écoute pas, ne dit pas »). Le sanctuaire Tōshō-gū à Nikkō possède des reliefs élaborés au-dessus des portes, incluant une célèbre représentation de ces trois singes. Ces derniers représentent également la foi Kōshin. Ils sont exposés dans le temple Yasaka Kōshin-dō dédié à Shōmen Kongō, à Higashiyama-ku, à Kyoto, connu sous son surnom Kōshin-san (庚申さん) avec le suffixe -san utilisé comme un Monsieur/Madame etc. Ce sanctuaire vend également un type de sarubobo (猿ぼぼ, « bébé singe «) « amulette de poupée sans visage rouge » appelée kukurizaru (くくり猿), censée représenter la chance des primates.vignette|Statue de Jizō en forme de singe au sanctuaire Hie à Tokyo.Ohnuki-Tierney déclare que la signification et le rôle du kōshin est centré sur la médiation, « entre les cycles temporels, entre les humains et les divinités, et entre le ciel et la terre. C'est par cette divinité médiatrice que le singe est devenu associé, renforçant ainsi la signification du singe comme étant un médiateur ».