Le musée historique de l’Armée est un musée français actif entre 1896 et 1905, situé dans l’Hôtel des Invalides, dans le arrondissement. Il est créé par décret présidentiel le et inauguré le sous la direction du général Joseph Emile Vanson.

Considéré, avec le musée d'Artillerie, comme l'ancêtre de l'actuel musée de l'Armée, il entend commémorer l'histoire de l'armée française grâce à la conservation et l'exposition d'objets en lien avec le souvenir militaire. Ses collections s'étendent du XVII jusqu’au siècle et se caractérisent par la grande variété des thématiques et biens présentés. Sa création est encouragée par le contexte politique, culturel et social de l’après 1870 où la France s’est largement inclinée pendant la guerre Franco-prussienne conduisant à une déroute militaire française.

L’élaboration d’un tel projet trouve sa source dans le sentiment de revanche qui apparait dans les années 1880, une période charnière où le gouvernement français entend retravailler l’image de son armée. Ce musée trouve d’abord son origine dans l’exposition universelle française de 1889 et surtout dans l’action menée par la Société de la Sabretache en partenariat avec le gouvernement français afin de provoquer une renaissance patriotique centrée sur le fait militaire.

Le musée historique de l’Armée connait dès sa conception bon nombre de chamboulements, une thématique caractéristique qui le poursuivra tout au long de son existence, que ce soit par les nombreux débats qui ont précédé son élaboration, le mouvement de ses collections, les changements de directeurs et l’évolution de sa muséographie. Ces différentes modifications sont en réalité le signe de la position fragile dans laquelle le musée a évolué : restrictions budgétaires et concurrence avec le musée d’Artillerie conduiront à la fusion de ces deux musées par décret présidentiel du qui signe le départ du musée de l’Armée.

Naissance et objet du musée

En 1890, le peintre Ernest Meissonnier (1815-1891), son élève Édouard Detaille (1848-1912), l’érudit et collectionneur Germain Bapst (1853-1921), ainsi que le général Vanson (1825-1900), fondent la société d’histoire La Sabretache. Cette association vise à collecter des objets historiques liés à l’armée française et à leur attribuer un lieu d’exposition approprié.

L’un des objectifs principaux de La Sabretache est la création d’un musée consacré à l’histoire militaire, idéalement situé au sein de l’Hôtel national des Invalides, à proximité du musée d’Artillerie. Cependant, ce projet suscite des tensions. Le comité technique de l’artillerie, chargé de la gestion du musée d’Artillerie, exprime ses préoccupations face aux implications de cette initiative. Initialement conçu comme un conservatoire technique, le musée d’Artillerie se distingue par une approche méthodique de ses collections. Les membres du comité craignent que cette orientation scientifique soit compromise par la création d’un nouveau musée axé sur des récits héroïques et patriotiques, perçus comme moins rigoureux sur le plan académique.

Malgré ces réticences, et grâce au soutien de certains responsables au sein du ministère de la Guerre, le projet voit le jour le , lorsque le président Félix Faure signe le décret instituant officiellement le musée historique de l’Armée. Ce nouvel établissement est installé dans l’aile orientale de l’Hôtel national des Invalides, face au musée d’Artillerie. Cette configuration donne naissance à deux musées militaires distincts, aux approches complémentaires : l’un conservant une vocation technique, l’autre mettant en avant les traditions et exploits de l’armée française. Une dépêche ministérielle, publiée en 1897, précise d’ailleurs les fonctions respectives de ces deux musées : L’ouverture du musée historique de l’Armée intervient dans un contexte marqué par plusieurs facteurs : les conséquences de la défaite de 1870, les préparatifs militaires en vue d’une éventuelle revanche contre l’Allemagne, et l’expansion de l’empire colonial. Parallèlement, l’enthousiasme suscité par l’Exposition universelle de 1889, qui avait valorisé les réalisations technologiques et militaires françaises, contribue à renforcer l’intérêt pour un lieu consacré à la préservation et à la transmission de l’héritage militaire. Un contexte favorable

L'exposition universelle de 1889 : le pavillon du ministère de la Guerre Le musée trouve son origine dans l'exposition universelle organisée à Paris en 1889, où un pavillon « du ministère de la Guerre » est construit sur l'Esplanade des Invalides par l'architecte Walvein. Lors de son ouverture, cet évènement à la portée internationale est présenté comme porteur de paix dans une Europe alors en proie à de nombreuses tensions :

vignette|Edouard Detaille, Combat à Villejuif. Siège de Paris, 19 septembre 1870, 1870, Paris, Musée d'Orsay|233x233pxL'exposition universelle de 1889 voit le jour près de vingt ans après la guerre franco-prussienne de 1871, conflit où la France s'est largement inclinée face à l'Allemagne et a dû se rétablir tout en oubliant les prétentions qui étaient les siennes du temps du fastueux Second Empire. Entre 1871 et les années 1880, le pays se reconstruit dans un environnement social et politique ambigu : si « la période du recueillement » (1871-1879) marque un temps de reconstruction, les nombreuses avancées technologiques, scientifiques et politiques de la Troisième République donnent progressivement de nouvelles prétentions à une part de l'opinion qui, sans vouloir une nouvelle guerre, a du mal à définitivement tourner la page. En 1887, Jean Jaurès écrit « Ni guerre, ni renoncement », exprimant ainsi toute la contradiction d'un pays qui tout en se revendiquant pacifique n'a cessé de nourrir une certaine idée de Revanche à l'encontre de ses voisins. Dès le début des années 1870, le gouvernement français entend conduire le pays dans une série de réformes militaires. L'amiral Jean Bernard Jauréguiberry, accompagné d'une commission parlementaire, lance ainsi une enquête à l'échelle nationale afin de comprendre et étudier les causes de la débâcle française. Les résultats dévoilés mettent l'accent sur la faiblesse des effectifs, de la mentalité et de l'encadrement militaire français; des conclusions qui conduiront à la réorganisation du paysage militaire français, notamment par une série de réformes de grande ampleur dont la mise en place permettra un renouvellement de l'intérêt porté à toute la société militaire.

C'est dans un environnement équivoque qu'est construit le pavillon du ministère de la Guerre. Sa présence au sein de l'exposition démontre un certain malaise et expose les nombreuses tensions qui coexistent au sein d'une nation en proie à un sentiment de Revanche depuis la perte de l'Alsace et de la Lorraine, mais aussi du désir ardent de la part du Gouvernement de raviver le souvenir du glorieux passé militaire français. L'établissement d'un bâtiment militaire est pensé comme un moyen d'affirmer aux yeux des visiteurs étrangers et surtout français, l'ambition de redonner à l'armée une position « centrale et prestigieuse dans la société française ».

Afin d'affirmer pleinement ces revendications de gloire et de faste, le choix est fait de donner au pavillon du ministère de la guerre une apparence grandiose. Outre le budget de 800 000 francs accordé à l'exposition militaire, l'édifice est pensé comme un palais monumental de l'époque classique; son créateur a volontairement « puisé ses inspirations dans le passé » pour donner au bâtiment « un style aux grandes masses, aux lourds profils, aux amples développement, aux lignes altières, qui se prêtent particulièrement à la pompe des triomphes guerriers ». Afin d'accentuer l'aspect grandiloquent du bâtiment, l'artiste a doté la façade d'une porte colossale entourée de deux pavillons décorés par des trophées d'armes au niveau des piédroits et des frontons. Pour renforcer « cet effet pittoresque », une porte fortifiée avec des tourelles, bastions, mâchicoulis et poivrières, caractéristiques de l'époque de Louis XIV, a été ajoutée à l'ensemble. C'est un bâtiment à l'aspect suranné qui est présenté aux visiteurs, une apparence qui impressionne tant par son style que par ses volumes. Les dimensions du palais sont impressionnantes, avec une superficie d'ensemble de , et surtout un bâtiment principal autour duquel ont été élevés différents édifices où sont exposés les services du ministère de la Guerre .vignette|351x351px|Exposition universelle de 1889, le palais du Ministère de la Guerre à l'esplanade des Invalides |centré

Le bâtiment principal a été pensé pour accueillir deux expositions : la première, appelée « exposition moderne de la classe 66 », est consacrée aux engins et nouveautés de l'armement militaire ; quand la seconde est consacrée aux galeries de l'exposition militaire rétrospective. Si les précédentes expositions universelles ont longtemps eu tendance à uniquement se concentrer sur un aspect purement technique, un changement est opéré en 1889 : les différents espaces du pavillon mettent dorénavant l'accent sur l'histoire de l'armée. Cette nouvelle vocation historique est d'ailleurs précisée dès l'entrée de l'édifice sur laquelle il est possible de lire : « Aux anciennes armées »; un changement remarqué par les visiteurs de l'espace qui commentent favorablement les choix d'exposition : centré|vignette|435x435px|Bâtiment principal de l'exposition militaire. Plan général des installations. L'élaboration de l'exposition rétrospective comme Œuvre idéologique ancrée sur des questions d'éducation patriotique a en réalité été pensée dès 1888 par un comité d'organisationLe comité d'organisation est composé de vingt-sept membres dont certains joueront un rôle significatif pour le futur musée historique de l'armée : s'y trouvent des militaires, dont le général Vanson, des hommes politiques et des amateurs dont Germain Bapst, Ernest Messonier ou encore Edouard Detaille. Caroline Barcellini, Le musée de l'armée et la fabrique de la nation : Histoire militaire, histoire nationale et enjeux muséographique, Paris, L'Harmattan, 2010, p. 17. chargé de l'exposition rétrospective. Ce dernier entend : « reproduire par les monuments ou les figurations, l'histoire militaire [...] de façon plus saisissante que ne pourrait le faire la lecture des livres et des manuscrits ». L'exécution de cet ambitieux programme passe par la présentation de collections variées et d'une muséologie habilement pensée. D'abord, le bâtiment principal, partie la plus imposante par sa taille, se compose de deux nefs menant au vestibule du rez-de-chaussée dont l'entrée est parée de deux armures d'hommes montés sur des armures de cheval. À droite du vestibule, dans la grande nef, se trouve un espace entièrement réservé aux métallurgistes de la classe LXVI. Dans les deux nefs à gauche du vestibule, se déploient une série de salles aux thématiques variées dans lesquelles sont exposées portraits, statues, tapisseries, armes, armures, trophées de guerre, insignes, équipements, cartes, autographes et autres instruments militaires. À l'étage, le même système se poursuit avec un vestibule cette fois entouré des deux côtés par deux nefs. À ces espaces intérieurs s'ajoutent des installations à l'air libre comme des tentes, hangars, trains ou encore matériel roulant. C'est une exposition d'un nouveau genre qui est présentée au public en 1889, un évènement à l'aspect novateur qui semble avoir largement impressionné les visiteurs et la presse. Face à cet important succès, les membres du comité d'organisation vont vite saisir l'intérêt et la force que pourrait provoquer l'établissement d'une institution cultuelle militaire :

vignette|252x252px|Exposition universelle de 1889 salle T de l'exposition militaire (Cavalerie). Anonyme. Paris, Musée de l'Armée.