L'agglomération antique de Montaigu-la-Brisette se situe sur le territoire de la commune éponyme, dans le département français de la Manche, en région Normandie.

Dans la géographie antique, cette agglomération secondaire gallo-romaine des trois premiers siècles de notre ère est située dans la partie nord-est de la des Unelles (province de Gaule lyonnaise) ; elle n'est toutefois citée dans aucun texte et ne figure sur aucun itinéraire antique. Malgré sa petite taille, estimée à tout au plus pour sa partie densément construite, elle comporte un vaste sanctuaire au nord-ouest et des thermes publics monumentaux partiellement aménagés par-dessus le lit d'un ruisseau canalisé au sud-est ; par opposition, les bâtiments édifiés dans la partie centrale côtoient des habitations aisées pourvues de portiques et des constructions au plan plus modeste mais dotées de jardins ou de dépendances à vocation peut-être artisanale, le tout selon une organisation assez lâche, sans schéma urbain uniforme. Cette configuration interroge sur la fonction et le statut de l'agglomération, peut-être une ville-étape sur un itinéraire antique et/ou un centre de production céréalière. À proximité plus ou moins grande de l'agglomération, des établissements agricoles ou artisanaux semblent liés au site principal ; ils sont en tout cas actifs du au , tout comme l'agglomération elle-même.

L'activité du site décline vers la fin du . Il est définitivement abandonné au début du et ses maçonneries sont ensuite systématiquement récupérées au fil des siècles. Aucun habitat médiéval n'ayant émergé des vestiges de la ville antique, celle-ci est recouverte par la forêt et tombe dans l'oubli avant que ses vestiges ne soient redécouverts au début du et étudiés deux siècles plus tard (prospections prolongées par des sondages et des fouilles programmées entre 1999 et 2011). Ces vestiges, des fondations de murs ou de voies de circulation ou parfois même leur simple trace, ont été ré-enfouis à l'issue des fouilles : plus rien de l'agglomération antique ne subsiste en élévation ; seuls des fragments de terres cuites architecturales ou des bandes de galets à la surface du sol signalent sa présence.

Localisation Topographie et géologie L'agglomération antique est située dans la partie septentrionale du territoire communal de Montaigu-la-Brisette (à au nord-ouest du chef-lieu communal), à l'ouest du lieu-dit « le Hameau Dorey » ainsi que de la et au sud du parc animalier de Montaigu-la-Brisette. Le site se trouve également presque en limite communale de Saussemesnil à l'ouest et non loin de Teurthéville-Bocage à l'est. Les côtes les plus proches du Cotentin se trouvent environ à à vol d'oiseau, au nord-ouest à Bretteville comme à l'est vers Morsalines.

vignette|gauche|alt=Carte en couleurs sur laquelle sont reportées des courbes de niveau.|Carte du relief du site antique.

Le site antique est installé au fond du vallon orienté ouest-est du ruisseau aux Presles, un sous-affluent de la rive droite de la Saire ; ce ruisseau long d'environ se jette dans le Querbot, lequel va rejoindre la Saire près de plus loin. Le site s'établit de part et d'autre du cours d'eau, près de sa source, mais se développe préférentiellement sur la rive gauche, ce coteau étant mieux exposé. Les altitudes relevées dans la géographie moderne sont de à proximité du sanctuaire, établi au point le plus haut du site, de à la source du ruisseau, descendant jusqu'à pour les thermes, ce qui confère au ruisseau une pente d'environ 3 % dans la traversée du site. Les études ont cependant montré que, dans l'Antiquité, le lit du cours d'eau était établi à une altitude inférieure et qu'il a été rehaussé depuis par l'activité humaine des premiers siècles de notre ère puis par des dépôts liés à l'érosion des flancs du vallon.

Le substrat géologique est constitué d'une strate d'altérite du schiste. datée de la fin du Précambrien (Briovérien). Elle est recouverte de limons fins contenant des inclusions d'argile puis de terre végétale. Dans l'environnement immédiat du site, à l'ouest, des affleurements de galets triasiques et de poudingue issu de l'accrétion de ces galets sont signalés, de même que, localement et plus au sud, des filons superficiels de grès armoricain. Enfin, au nord, des argiles sont mêlées aux dépôts de sables du Trias. Toutes ces roches se retrouvent dans les matériaux de construction ou de remblai de l'agglomération antique, qu'ils se trouvent sur le site-même de la ville. ou qu'ils proviennent d'ateliers de tuiliers spécialisés implantés à quelque distance de là.

Contextes géographique et historique antiques redresse|vignette|alt=Carte sur laquelle est reportée une division administrative.|Suggestion de partition du territoire des Unelles. Montaigu-la-Brisette est, avec (Valognes), (Cherbourg-en-Cotentin) et Portbail, l'une des quatre agglomérations antiques dont la présence dans le nord du Cotentin est attestée par des vestiges archéologiques, même si d'autres sont évoquées dans la littérature sans que leur localisation soit connue (, peut-être Saint-Côme-du-Mont ou Carentan., ou que Charles de Gerville assimilait à Portbail en 1829) ou leur antiquité vérifiée (Fermanville, Beuzeville-au-Plain, Saint-Jores et L'Étang-Bertrand).

Dans la géographie de l'Empire romain, le site de Montaigu est rattaché à la des Unelles, dont le territoire correspond approximativement à la presqu'île du Cotentin et fait partie de la province romaine de la Gaule lyonnaise. Sous le Haut-Empire romain, ce territoire semble être divisé administrativement en deux, à peu près à la hauteur de Carentan, et Montaigu-la-Brisette dépend de la partie nord, gérée par qui se trouve à au sud-ouest ; la partie méridionale est administrée par (Coutances).. Au Bas-Empire romain, la des Unelles est administrativement réunifiée avec pour unique chef-lieu (nouveau nom de .) ; le territoire devient le qui doit son nom à un empereur romain et donne son nom au Cotentin..

Une voie traverse d'est en ouest l'agglomération dont elle semble constituer l'axe principal. Vers l'est, faute de vestiges découverts, sa destination, peut-être vers le rivage oriental du Cotentin à travers le val de Saire, est inconnue. Vers l'ouest, elle est mieux documentée archéologiquement et il est très probable qu'elle rejoigne un itinéraire reliant Alauna à la côte nord du Cotentin et dont le trajet n'est pas formellement attesté au voisinage de Montaigu (Cherbourg-en-Cotentin, comme l'indique la table de Peutinger, ou Fermanville).. C'est la seule, en l'état des connaissances, à s'interconnecter avec le réseau des voies antiques du Cotentin. Toutefois, l'état encore incomplet des recherches à cette échelle plus large tend sans doute à minimiser l'importance du quadrillage antique dans la presqu'île..

Historique Chronologie du site antique

Création Quelques artéfacts paléolithiques (silex taillés ou leurs éclats) isolés, des témoignages un peu plus nombreux des périodes suivantes (Mésolithique et Néolithique) sont découverts dans l'environnement du site. Au Hameau Dorey lui-même, les indices les plus anciens sont des pièces de bronze ou d'argent, ces dernières datables du mais ayant pu circuler longtemps après leur émission, mêlées à des monnaies gallo-romaines ; aucune occupation humaine durable ne paraît précéder la fondation de l'agglomération antique, qui semble s'imposer comme une création sur des terres défrichées du bassin versant du ruisseau.

Développement et prospérité entre le et le Vers le milieu du , l'agglomération commence à se mettre en place, déjà structurée par un réseau de fossés délimitant des sortes de parcelles ou d'îlots urbains ; ce principe de délimitation foncière semble se maintenir au fil des décennies, même s'il évolue. Les premières chaussées sont déjà revêtues de galets et de fragments de tuiles.

La première phase d'urbanisation () s'étend du dernier tiers du aux années 140-150. De cette époque datent les premières habitations en pierre et les thermes publics, bien qu'il soit difficile de dater ce dernier équipement qui comporte déjà un complexe de salles dans sa partie nord et un peu plus tard une palestre établie à cheval sur le ruisseau ; celui-ci bénéficie d'un aménagement (canalisation partielle, retenue d'eau). La voirie s'étoffe. Le sanctuaire, composé d'un entouré de son péribole, est installé sur une terrasse de la rive nord. Des habitations prennent place entre le sanctuaire et le ruisseau. Sur l'autre rive, un habitat périurbain se développe, accompagné dans un cas d'un four. Des habitations paraissant dévolues à une population aisée sont construites entre la source, les thermes et le , c'est-à-dire l’axe est-ouest ; leurs fondations sont en schiste, grès ou poudingue selon les cas.

Une deuxième étape () commence dans la deuxième moitié du et se termine vers 170-180 ; l'aménagement du ruisseau semble complété pour alimenter un moulin installé sur sa rive gauche. De nouvelles habitations sont construites entre le sanctuaire et le ; certaines sont pourvues d'un portique et elles sont desservies par des ruelles. Sur l'autre rive prennent surtout place des entrepôts, mais aussi un puits. La présence de fours ou de foyers au nord-est et au nord-ouest de la zone urbanisée semble montrer la volonté de rejeter les activités polluantes aux marges de la ville. Le sanctuaire est remanié avec la construction d'annexes dans une enceinte sacrée agrandie. Des bâtiments sont construits sur la rive droite du ruisseau.

L'agglomération antique semble connaître son apogée dans les dernières décennies du et au début du , cette période se terminant vers 210-220 () ; les modifications consistent en des reconstructions et des extensions des structures existantes.

Déclin et oubli à partir de la fin du Dans le courant du et jusque vers 270-280 (), l'évolution est contrastée : les thermes publics sont agrandis mais, dans le même temps, a lieu la destruction de certaines habitations, des entrepôts et de l'aménagement hydraulique. Le plan des habitations qui subsistent est simplifié. À partir de là et plus sûrement dans les premières décennies du (), l'agglomération semble être abandonnée, à commencer par ses édifices publics, et ses bâtiments servent de carrière de pierre jusqu'à une époque très récente. Ce déclin s'inscrit dans un phénomène plus large à l'échelle du Cotentin, qui voit, dans la même période, la disparition de certains établissements antiques et la rétraction de certains autres.

Aucun hameau ou habitat médiéval ne s'est construit à l'emplacement de l'agglomération antique et aucun de ceux qui en sont proches ne semble en être l'« héritier » ; aucun élément de la voirie antique n'est repris par un chemin moderne. Le paysage se ferme progressivement avec la reconquête du site par la forêt avant que le secteur ne soit à nouveau défriché et retourne à l'agriculture au début du .

Redécouverte : mentions historiques, recherches et études Premières recherches dans le Cotentin au vignette|gauche|alt=Extrait d'une carte ancienne en couleurs.|Le site sur la carte d'état-major. Le site antique de Montaigu n'est mentionné dans aucun document antique ou médiéval. Il faut attendre le pour que les défrichements du bois de Barnavast mettent au jour des structures maçonnées, rattachées à des constructions antiques. En 1829. puis en 1854, Charles de Gerville est le premier à évoquer précisément le passé antique de Montaigu-la-Brisette, indiquant que l'on y trouve . Ces découvertes s'inscrivent dans un travail de prospection plus vaste, où de Gerville est de prime abord renseigné sur les actions de . Il reporte sur des plans cadastraux, conservés à la bibliothèque de Cherbourg, les concentrations de tuiles romaines dans les secteurs de Valognes et Montaigu-la-Brisette. La de la carte d'état-major, levée pour ce secteur entre 1835 et 1845, mentionne la présence de à la lisière méridionale du bois de Barnavast, dans la vallée du Querbot.

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