Les procès anti-monopole contre IBM des années 1960 et 1970 voient le géant mondial de l'informatique lourdement condamné à indemniser un concurrent en 1973, ce qui fait chuter son action de 27 % à Wall Street en une journée, alors qu'il est poursuivi par une douzaine d'autres plaignants, l'obligeant à transiger avec plusieurs d'entre eux, parmi lesquels Control Data Corporation, spécialiste des supercalculateurs, passé à l'offensive dès et qui obtient, en 1973 aussi, un accord extrêmement favorable.
Le plaignant le plus important est l'État américain, à partir de . Il réclame dès 1972 un éclatement d'IBM en plusieurs sociétés, pour diminuer son pouvoir sur les marchés, jugé excessif. Washington y renonce finalement une dizaine d'années plus tard, la longue procédure ayant amené IBM à adopter progressivement une stratégie moins agressive, d'abord en acceptant très tôt de facturer séparément les logiciels et les matériels, puis en laissant au tournant des années 1980 Intel et Microsoft régner à leur tour sur deux marchés naissants, les logiciels et processeurs pour les microordinateurs. Années 1960 Percées de Control Data et Scientific Data Systems Control Data, créé en 1957 et star de Wall Street dès l'année suivante, s'implante en France, en ciblant rapidement le marché du calcul scientifique, via un partenariat avec la SEMA"Control Data en France 1963-1980s" par l'historien Pierre-Éric Mounier-Kuhn., mais se retrouve à court d'argent en 1966 après une croissance très rapide, alors qu'elle doit renouveler ses calculateurs moyens, négligés lors des efforts considérables pour le très gros calculateur « Star », qui concurrence l'IBM Stretch.
Scientific Data Systems, créé en 1961 pour des ordinateurs plus petits et meilleurs marché qu'IBM, plus centrés sur les circuits intégrés, propose lui des versions sans logiciel, permettant à chacun d'y installer le sien, avec une transparence des coûts. Le Sigma 7 de 1966 est ainsi utilisé par la CII française pour cumuler informatique scientifique, de gestion et de contrôle industriel. SDS augmente ses ventes de 7 à 100 millions de dollars entre 1964 et 1969, après l'embauche de son directeur du marketing Dan McGurk, qui devient ensuite PDG, venu de Scantlin Electronics, qui avait lancé en 1960 le réseau d'information boursière Quotron, ancêtre du Nasdaq. Il fonde la Computer Industry Association en 1972, avec 7 puis 34 entreprises à la posture anti-IBM et anti-ATT. Selon lui, le premier n'étant « plus intouchable », cela « doit donner du courage à toute l’industrie » informatiqueNew York Times, 28 avril 1974 .. Il a soutenu activement Telex Corporation dans son action antitrust contre IBM, battu pour la première fois en justice le "Mighty I.B.M. Takes Its Lumps" par William D. Smith, le 23 septembre 1973 dans le New York Times ., en plaidant pour un éclatement d'IBM en sept sociétés.
IBM est accusé d'écraser ses concurrents et de « tenir ses clients prisonniers » car contraints à faire de lui « l'unique fournisseur, tant pour le matériel, que pour les logiciels ou les prestations de services ». Les procès intentés par plusieurs sociétés américaines contre IBM, se référant à la loi antitrust"L'économie mondiale de l'ordinateur" par Jean-Michel Treille, en 1973 aux Editions du Seuil ."Manager international. 36 ans au cœur d'une multinationale de l'informatique" par Jacques Maisonrouge, ancien patron d'IBM-France, en 1985 aux Editions Robert Laffont ."La guerre industrielle" par Martine Aron, Jean Contenay, Christian Jelen, Maurice Noyer, et Olivier Oudiette, en 1969 chez Edition spéciale ., démarrent alors dès le début de 1968.
1965, la première demande de brevet sur un logiciel Martin Goetz est le premier développeur de l'histoire à déposer un brevet, en , pour logiciel Autoflow, développé en 1964 chez Applied Data Research et permettant de créer un diagramme de flux pour d'autres programmes informatiques et ainsi mesurer leur occupation de la machine et leur degré de priorité.
Il s'agit alors pour ADR de se protéger d'IBM qui le voulait gratuitement pour ses clients. Demandé en 1965, le brevet ne sera obtenu qu'au printemps 1968, année où ADR fait d’importants investissements dans de nouveaux logiciels et entre en Bourse.
RCA et d’autres fabricants d’ordinateurs n'ont pas souhaité donner de licence à Autoflow, et Martin Goetz l'a alors commercialisé directement, créant un autre précédent: le premier logiciel vendu comme produit autonome.
Les entreprises utilisant le RCA 501 n'étant que quelques centaines, beaucoup moins que les utilisateurs de l’IBM 1401, ADR l'a en 1965 réécrit pour cet ordinateur et l'a proposé aux clients d'IBM"Software Patents in Business History" par Jim Harper on August 10, 2010, dans Techliberation ., estimant que le marché informatique était mûr pour le diagramme de flux d'Autoflow, selon le témoignage de Luanne JohnsonTémoignage de Luanne Johnson le 26 février 2010 .. Autoflow a rapidement un concurrent, sous la forme d'un logiciel jugé très inférieur d’IBM, dont la politique de prix et les promesses d’améliorations futures ont découragé les clients d'acheter Autoflow, une des raisons pour lesquelles ADR a demandé dès 1965 et obtenu trois ans après un brevet.
Janvier 1968, l'anti-trust et Ralph Nader font reculer ITT Au même moment, le conglomérat International Telephone and Telegraph (ITT) devient la cible de la commission de contrôle anti-trust chargée de contrôler la loi américaine anti-trust qui interdit la fusion de deux activités du même secteur lorsque celle-ci aboutit à une situation de monopole car en 1965, il a initié des négociations avec l'American Broadcasting Company (ABC), troisième réseau de télévision des États-Unis, l'idée d'une fusion remontant déjà à 1951. Ce projet de fusion devient alors le terrain où partisans et adversaires des conglomérats s'affrontent. Il est dénoncé par le chef de la division antitrust Donald F. Turner et la figure de proue des droits du consommateur Ralph Nader, qui le obtiennent l'abandon du projet de fusion., amenant ITT à liquider toutes ses positions dans la télédiffusion, en cédant en particulier Cablevision, pour préférer une politique de diversification..
La procédure lancée par Control Data en mars 1968 La poursuite de Control Data contre IBM, pour l'équivalent d'un abus de position dominante, est déclenchée dès et l'accuse d’avoir enfreint les lois antitrust depuis le milieu des années 1960. Dix mois après, elle est suivie d'une autre poursuite contre IBM, celle du gouvernement américain. A son tour, IBM contre-accusera, à partir de 1971, Control Data de violations similaires.
Ce procès intenté contre IBM, sera le premier d'une longue série, qui dura jusqu'aux années 1980.
Dès le début, Control Data est associé à aussi des sociétés de leasing, qui achètent des ordinateurs à IBM pour les louer ensuite à divers utilisateurs, comme Data Processing and Financial General, qui reprochent à IBM de ne pas fournir à leurs utilisateurs les mêmes services qu' à ses clients directs, procédures dont Le Monde du se fait l'écho"IBM adopte une nouvelle politique commerciale qui va accroître le coût des ensembles électroniques", article dans Le Monde du 25 juin 1969 ..
A l'époque, IBM constitue un vaste « empire », qui contrôle 70 % du marché mondial de l’informatique et réalise près de 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, dégageant 1,57 milliard de dollars de bénéfice net annuel. Control Data, basée à Minneapolis, constituait alors le cinquième fabricant d’ordinateurs américain avec environ au total 4,5 % de la valeur installée des équipements de traitement de données aux États-Unis. Au cours des premières années de la décennie, il avait mis l’accent sur le segment des services, avec sa propre organisation appelée Cybernet. Réaction d'IBM en décembre 1968 Réagissant rapidement, dès , IBM suggère qu'à partir du il va facturer séparément le prix du matériel et celui du logiciel, et donc ne plus tout vendre en un seul paquet ses prestations, en réponse aux accusations d'utiliser la facturation liée pour défendre son quasi-monopole sur plusieurs marchés. Cette décision de séparation, dite d', a été annoncée d'abord pour les États-Unis en , va se révéler porteuse de grandes transformations"Il y avait une peur irrationnelle", par Frédérique Roussel le 22 février 2008, dans Libération ., et va ouvrir le marché des logiciels et de l'assistance technique.
Au même moment, CDC s'est rapprochée de la CII, constructeur informatique français, en raison d'intérêts communs face à IBM, notamment en matière de disques magnétiques, selon l'historien Pierre-Éric Mounier-Kuhn, implantant en 1968 une usine européenne à Ferney-Voltaire, ville de la frontière franco-suisse, tentant une diversification dans presque toutes les branches de l'informatique. Janvier 1969, plainte du gouvernement américain Le , le département d'État de la justice a intenté, auprès d'un tribunal fédéral de New-York, un procès à son tour à IBM, qu'il accuse d'avoir violé la législation antitrust et de monopoliser l'industrie des ordinateurs numériques à utilisation générale. La poursuite du gouvernement américain contre IBM, l’une des plus importantes actions antitrust de l'histoire, s’appuie fortement sur les renseignements obtenus par Control Data.
Outre la poursuite intentée par le gouvernement, IBM fait alors déjà face à d'autres actions antitrust intentées, la plus importante étant la plainte de Control Data. Parmi les autres poursuites, celles entamées en par deux petites entreprises américaines spécialisées dans le logiciel, Applied Data Research et Programmatics, en se fondant elles aussi sur la législation anti-trust, contre le même IBM.
Mais entre-temps, l'administration a changé à Washington : la nouvelle, républicaine, est plus favorable aux géants comme IBM et ses ingénieurs en strict costume qu'aux hippies de la Silicon Valley, après la victoire surprise du républicain Richard Nixon à l'élection présidentielle américaine de novembre 1968, qui bat Hubert Humphrey par seulement 0,60 point d'écart, alors que lors de la précédente, l'élection présidentielle américaine de 1964, le démocrate Lyndon Johnson avait balayé Barry Goldwater par 22,55 points d'écart, le deuxième plus important de l'histoire.
Jusqu'à ce résultat électoral inattendu, la commission de contrôle anti-trust chargée de contrôler la loi américaine anti-trust et combattre les situations d'abus ou de monopole s'était montrée offensive, notamment en quand elle avait, avec le concours de l'avocat progressiste Ralph Nader réussi à faire reculer ITT, ouvrant la voie en à la procédure lancée par Control Data contre IBM.
Années 1970 La transaction d'août 1970 avec deux éditeurs de logiciel Deux sociétés américaines retirent leur plainte contre IBM à l'été 1970Article dans Le Monde du 25 août 1970 "Arrangement à l'amiable entre I.B.M. et deux sociétés américaines de software" .. Il s'agit des éditeurs de logiciel Applied Data Research (ADR) et Programmatics, qui font savoir par un communiqué commun qu'IBM rembourse ADR au nom des deux plaignants, « de certains coûts résultant des problèmes soulevés ». Selon Le Monde, la somme