est un site archéologique majeur situé sur la côte ouest de l’île Okinawa, dans la ville de Chatan. Il comprend des occupations pour la totalité de la durée de la période Kaizuka, pour la période Gusuku, le début du Royaume de Ryūkyū, la période moderne et la période contemporaine. C’est le seul site de la préfecture d’Okinawa qui inclut des occupations pour chacune des phases de la période Kaizuka. Il a livré de larges quantités de mobilier en matières périssables conservé en contexte humide. Il a été désigné Site Historique National en 2010. Le a ouvert le 20 novembre 2024 à l’emplacement du site.
Emplacement Adresse : Okinawa, Chatan, Ihei 1-1 (anciennement Ihei, Ireibaru 144 et 163).
Coordonnées :
Ireibaru est situé à Chatan, un bourg sur la côte ouest de l’île Okinawa. Avant la seconde guerre mondiale, cette zone correspondait à la partie orientale du village de Irei, qui a été détruit pour construire le Camp de Kuwae. Il est dans une zone alluviale au pied de collines basses, entouré par des plateaux plus élevés et une rivière. Les plateaux à l’arrière ont une altitude d’environ 30 mètres. Il y a source nommée Ūchi-nu-kā au pied de la colline qui donnait naissance à une zone marécageuse et un cours d’eau qui irriguait la petite plaine alluviale avant de se jeter dans la rivière Nagasa-gā un peu avant son estuaire, dans la partie occidentale du site archéologique.
Découverte et fouilles archéologiques La région autour d’Ireibaru est riche en sites archéologiques. En 1988 des tessons de céramique et des os sont mis au jour lors de travaux de construction le long de la rivière, ce qui conduit à l’intervention d’archéologues du Comité d’Éducation de Chatan. Les archéologues identifient la zone sur la dune comme un site archéologique qu’ils nomment Ireibaru A. Comme il n’est pas menacé par les travaux de construction, il n’est pas immédiatement fouillé. La même année, à l’occasion de travaux de construction d’un site de drainage dans le Camp de Kuwae, un autre site nommé Ireibaru B est découvert et partiellement fouillé.
En 1996, le décide que la partie nord du Camp de Kuwae sera rendue à Chatan en mars 2003. Dans le cadre de cette rétrocession, l’Agence pour les Affaires culturelles japonaise et le Comité d’Éducation de la préfecture d’Okinawa entament en 1995 une étude de trois ans sur les vestiges archéologiques dans la zone de 40.5 hectares concernée. Cette étude permet de mettre au jour dix sites archéologiques et six amas de mobilier archéologique. Les sites archéologiques incluent les sites de Ireibaru A et B cités plus haut, ainsi que Ireibaru C dans la zone marécageuse, et Ireibaru D et E. vignette|Meules dormantes et molettes provenant de sites de la période Kaizuka à Chatan Après les sondages en 1996, des fouilles ont été réalisées entre 1998 et 2005. Ireibaru C a été fouillé entre 1998 et 2002, Ireibaru A entre 2002 et 2005. Les fouilles archéologiques ont montré que Ireibaru A et Ireibaru C étaient en fait le même site et comme il s’est révélé d’une importance capitale pour les études sur la période Kaizuka, les deux sites ont été réunis sous le simple nom de « Ireibaru » en 2006, alors que Ireibaru B, D et E restent des sites distincts. Seul Ireibaru est enregistré comme Site National Historique.
Description du site Le site mesure carrés et inclut une zone marécageuse alimentée en eau par Ūchi-nu-kā (anciennement « Ireibaru C ») et une dune à l’ouest (anciennement « Ireibaru A »). Les populations habitaient sur la dune (vestiges d’habitats) mais conduisaient la plupart de leurs activités quotidiennes (préparation de la nourriture) au bord du cours d’eau et du marais. Le site comprend des occupations de la période Kaizuka depuis le Kaizuka Ancien Phase I jusqu’au Kaizuka Récent, de la période Gusuku et du début du Royaume de Ryūkyū, ainsi que des vestiges du village installé là avant la seconde guerre mondiale.
La partie du marais au pied de la colline inclut des occupations du Kaizuka Ancien Phase I, Phase II, Phase III et Phase IV. La dune se forme plus tard dans la chronologie mais est occupée dès le début de sa formation au Kaizuka Ancien Phase III. Elle est ensuite occupée continuellement avec des vestiges datés du Kaizuka Ancien Phases IV et V et du Kaizuka Récent Phase I. Pendant cette longue période, la dune a été endommagée deux fois, possiblement par des raz-de-marée ou de très fortes tempêtes : une première fois au Kaizuka Ancien Phase IV, quand une partie de l’habitat a disparu dans l’effondrement de la dune, et une deuxième fois au Kaizuka Récent Phase I. Après le deuxième effondrement, la dune se restaure lentement et l’occupation suivante est datée du pendant la période Gusuku, lorsqu’un nouvel habitat s’installe au même endroit. Le site a livré une très grande quantité de poterie, en particulier de la poterie de type Sobata provenant de la culture Jōmon Ancien de l’île de Kyūshū, mais aussi des outils lithiques, des os de sangliers, de tortues terrestres et de poissons, et des coquillages. Le site est particulièrement connu pour la conservation en milieu humide de matériaux périssables : graines, fruits et bois.
Chronologie du site
Kaizuka Ancien Phase I (4800-4000 av. J.-C.) La plus ancienne occupation humaine attestée sur le site date du Kaizuka Ancien Phase I, lorsque les populations vivaient dans la zone à proximité de la source. Du mobilier (poterie Nantō-tsumegatamon et outils lithiques) a été retrouvé, mais il n’a pas été possible d’identifier des vestiges d’habitations. Il est assez probable que les populations utilisaient les abris-sous-roche de la colline calcaire adjacente. À cette période, le niveau de la mer était plus élevé et le site était situé sur la côte.
Kaizuka Ancien Phase II (3500-3000 av. J.-C.) Il s’agit de la période d’occupation pour laquelle l’utilisation de la zone à proximité de l’eau semble être la plus intense. Des galets mesurant entre 5 et 40 centimètres se déposent dans la partie sud-ouest du site. La poterie importée de type Sobata, de la culture Jōmon Ancien de l’île de Kyūshū, a été retrouvée dans cette couche de galets. Les couches de cette période ont également livré des outils lithiques, des outils en bois, des coquillages, des os d’animaux et de poissons, des graines, des glands et des fruits à écale. Des paniers en bambou étaient installés dans la partie sud-est du site, dans le marais, à l’endroit où les galets étaient peu nombreux, pour débarrasser les glands de leur tanin et les conserver dans l’eau. On pense que le site d’habitat était situé sur la zone sableuse qui s’était formée à l’ouest de la colline. Le niveau de la mer était assez identique à celui de la période précédente et le site se situait sur la côte. C’est à cette période que les récifs coralliens commencent à se former. vignette|Exemple de poterie Sobata Le glissement vers une dépendance aux ressources marines, un événement bien documenté de la préhistoire d’Okinawa lié au développement des récifs coralliens, peut être observé à Ireibaru dès le Kaizuka Ancien Phase II, ce qui est relativement ancien comparé à la tendance générale sur l’île Okinawa, où il a plutôt lieu durant la Phase III. Cela peut être expliqué par l’environnement maritime favorable du site, avec une baie protégée qui abritait de nombreuses espèces de poissons avant même le développement complet des récifs coralliens.
Kaizuka Ancien Phase III (vers 2500 av. J.-C.) Pour cette période, les vestiges de l’occupation du marais ont été retrouvés au dessus de la couche de galets qui a rempli toute la partie sud-ouest du site. Ils comprennent des planches en bois, des outils lithiques, de la poterie Omonawa-zentei (types III à V), de la poterie Nakadomari (types A et B) et un récipient en bois. vignette|Exemples de poterie Omonawa-zentei Autour du pied de la colline, dans la partie sud-ouest et sud du marais, une dune de commence à se former, dans laquelle trois foyers, une concentration de coquillages dans une large fosse qui pourrait avoir été originellement une habitation semi-enterrée, et plusieurs trous de poteaux ont été retrouvés, montrant que l’habitat s’étend vers l’ouest. Deux os humains fragmentaires (un fémur et un tibia) ont été retrouvés dans les couches du Kaizuka Ancien Phase III. Ils étaient isolés mais suggèrent la présence d’une aire funéraire à proximité. La dune a également livré de la poterie Omonawa-zentei et de la poterie Nakadomari. Des os de mammifères terrestres et marins, ainsi que des outils fabriqués à partir de ces os, de la poterie et des outils lithiques ont été retrouvés dans cette zone résidentielle. vignette|Exemples de poterie Nakadomari Le niveau de la mer commence à baisser et la côte est plus lointaine. Les récifs coralliens sont plus développés que pendant la période précédente.
Kaizuka Ancien Phase IV (vers 1500 av. J.-C.) Pendant cette occupation, la population n’utilise plus autant la marais, mais les vestiges sont plus nombreux sur la dune. La dune se diffuse lentement vers l’ouest et deux habitations semi-enterrées ont été retrouvées qui s’étendaient vers le sud-est, accompagnées de quatre aires avec des concentrations de pierres et huit fosses. Les habitations sont quadrangulaires avec les angles arrondis, mesurent environ et sont pavées de pierres plates. Les concentrations de pierres pourraient aussi être des vestiges d’habitations, mais elles ne montrent aucune excavation volontaire du sol pour créer une habitation qui serait semi-enterrée. vignette|Exemples de poteries Katoku et Omonawa-tōdō L’habitat a livré des outils lithiques incluant des meules dormantes, de la poterie Omonawa-tōdō, de la poterie Katoku, de la poterie Ichiki, de la poterie Iha-Ogidō et des os d’animaux et de poissons. C’est durant cette période que la dune est endommagée pour la première fois, par un raz-de marée ou une forte tempête, ce qui détruit une partie des habitations.
Kaizuka Ancien Phase V (vers 500 av. J.-C.) L’utilisation du marais décline encore, mais un peigne en bois a été trouvé dans l’un des anciens chenaux de la zone. Une nouvelle dune se développe, sur laquelle un nouvel habitat s’installe, s’étendant vers le nord. Les fouilles ont livré un foyer bordé de pierres et une fosse, mais il n’a pas été possible d’identifier les habitations. La découverte d'os humains isolés (os du crâne) suggère la présence d'une aire funéraire à proximité immédiate. En plus du peigne en bois, le mobilier inclut de la poterie locale de types Kayauchibanta, Uzahama et Nakabaru, de l’obsidienne importée de Kyūshū et du jade de Itoigawa sur l’île de Honshū, montrant que l’étendue des sphères commerciales augmente.
Kaizuka Récent Phase I (vers le début de notre ère) L’utilisation du marais est toujours réduite, mais celle de la dune augmente avec le développement d’une aire résidentielle qui a livré de nombreux trous de poteaux. Il n’a pas cependant été possible d’attribuer les trous de poteaux à des plans précis d’habitation. Le site a livré des tessons d’une large jarre de la culture japonaise du Yayoi Ancien, une hache à bord plat et des bracelets en conques du type Morioka, des bien destinés à l’exportation vers l’île de Kyūshū qui n’avaient jusqu’alors jamais été retrouvés sur Okinawa bien que ce soit leur lieu d’origine. C’est durant cette période que la dune est endommagée de nouveau par un raz-de-marée ou une forte tempête, qui détruit une partie de l’habitat.
Période Gusuku et début du Royaume de Ryūkyū (1200-1500 ap. J.-C.)