Tybyra do Maranhão, dont le nom de baptême serait Dimas, est un Tupinamba tué vers l'an 1613 sur ordre de la mission Saint-Louis pour son expression de genre féminine. Sa mort n'est connue qu'à travers le témoignage d'un missionnaire. Au , la mémoire de Tybyra est reprise par des activistes LGBT+ et indigènes du Brésil.
Biographie Les seuls traces historiques connues de l'existence de Tybyra sont des passages du récit de voyage d'Yves d'Évreux, Voyage au nord du Brésil. Yves d'Évreux, membre des Frères mineurs capucins, fait alors partie de l'expédition Saint-Louis, une mission d'exploration d'environ qui fonde la colonie de France équinoxiale. Yves d'Évreux consigne les faits marquants dans son livre.
Le passage principal au sujet de Tybyra est intitulé D'vn indien condamné à la mort, lequel demanda le baptesme, auant que de mourir (5 pages). Il décrit sa capture, son baptême et son . Il ne dit pas comment la victime s'appelle: le nom de Tibira do Maranhão a été donné par Luiz Mott plusieurs siècles après (voir la section dédiée). Toutefois, juste avant l'exécution, le captif est baptisé et voué au bon Larron. Franz Obermeier, dans son édition critique du texte d'Yves d'Évreux, résume le passage ainsi :
Obermeier repère un autre passage sur Tybyra, dans un paragraphe du chapitre XXV sur les Moïaron, c'est-à-dire, selon les explications d'Yves d'Évreux, les gens agaçants qui parlent trop :
Enfin, selon Obermeier, Tybyra est aussi mentionné dans un développement sur le tabac (petun en tupi-guarani) :
thumb|Une gravure dans un ouvrage de Claude d'Abbeville qui représente l'évangélisation des Tupinambas.
Dans l'ensemble, selon Obermeier, les passages sur l'exécution de Tybyra doivent être lus de manière critique, car Yves d'Évreux présente son témoignage en utilisant une rhétorique moralisatrice. Obermeier décrit Yves d'Évreux comme de
Commémoration Dans les années 1990, , anthropologue et fondateur du Grupo Gay da Bahia, excave l'épisode de cette exécution et décide de nommer la victime Tibira do Maranhão. Ce nom correspond d'une part à la région du Maranhão et d'autre part à un mot tupi-guarani (aux multiples variations : tibira, tibiro, tivira) qui, selon le livre Devassos no paraíso, . Selon Mott, bien que le texte d'Yves d'Évreux ne le dise pas de manière explicite, l'exécution a été décidée pour punir un péché de sodomie. De plus, pour le Grupo Gay de Bahia, comme le baptême a été voué au bon Larron, Tybyra aurait reçu le nom de Dimas.
thumb|Le monument à Tybyra (le rectangle à droite en bas de la rampe) par rapport au en 2024. Le Palácio est construit à l'emplacement de l'ancien fort Saint-Louis, où Tybyra fut exécuté.
Dans l'analyse de Mott, l'exécution de Tybyra était illégale du point de vue du droit canonique, car seul le Tribunal du Saint-Office avait le droit de condamner des sodomites au bûcher. Contactée, la Conférence nationale des évêques du Brésil déclare ne pas avoir reçu la lettre de Mott lui demandant d'intercéder auprès du Vatican, et elle explique que des miracles sont généralement nécessaires pour une procédure de canonisation. Cependant, l'archevêque de l'Église celtique du Brésil, l'historien Sérgio Muricy (en religion Bernardo da Ressurreição), soutient la demande de canonisation et reconnaît Tibira do Maranhão comme martyr. En 2016, le gouvernement du Maranhão érige un monument sur la place Marcílio Ramos à São Luís, où est écrit : . Mott commande aussi une icône à Miguel Galindo. Cet activisme a été critiqué par le journaliste José Gabriel Navarro, selon lequel .
Ashkan Sepahvand du Schwules Museum commande une œuvre sur Tybyra à Lucas Odahara pour l'exposition Odarodle de 2017, et Odahara crée l'installation Their Sounds Echoing Between You and Me, composée d'azulejos. En 2020, l'artiste João Nyn crée sa pièce de théâtre Tybyra, un monologue. En 2024, le musée d'art de l' à Belém accueille l'exposition Degenerado Tibira: O desbatismo. Elle est organisée par Eduardo Bruno et Waldiro Castro, et Leona Vingativa y performe; photos de l'exposition visibles ici..
En 2019, Danilo Tupinikim et Katú Mirim fondent le collectif Tybyra pour militer en tant que minorités sexuelles et de genre indigènes du Brésil. Le 2023, les députées Erika Hilton et Célia Xakriabá déposent un projet de loi pour faire rentrer Tybyra au .
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Voyage au nord du Brésil
Recensions de l'édition critique
Cordels et livrets du Grupo Gay de Bahia
Tybyra
Commentaires sur la pièce de théâtre
Republié dans
Voir aussi Articles connexes Sodomie en droit colonial britannique Krembégi
Liens externes Tibira é gay (2007), documentaire de réalisé par Emilio Gallo sur l'identité tibira au (version sous-titrée en anglais) O legado de Tibira (2023), documentaire de réalisé par Bruno Guerra sur l'impact de Tybyra dans la vie d'Amanda Tupinambá Conférence de 2021 “Tibira, presente!”: Gêneros e Sexualidades entre povos indígenas LGBTQIA+ Conférence de 2021 Tibira: lutas e resistências Indígenas LGBTQIA+ Conférence de Luiz Mott en 2023 sur Tybyra
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