Le référendum de Sopron ( ; ), parfois surnommé plébiscite de Sopron ou au contraire falsification de Sopron, organisé du 14 au , fut une consultation populaire déterminant l'appartenance de Sopron et de huit villages environnants à l'Autriche ou à la Hongrie. Il s'inscrit dans le cadre du traité de Saint-Germain-en-Laye (1919) et du traité de Trianon (1920), qui prévoyaient le rattachement du Burgenland, alors partie de la Hongrie, à l'Autriche. Le vote fut marqué par une participation de 89,5 %, avec une victoire du choix hongrois à 65,08 %, principalement grâce aux résultats obtenus à Sopron, ce qui permit à la ville et à ses environs de rester hongrois. Contexte Les revendications autrichiennes sur l'Ouest de la Hongrie Dès le début du , plusieurs propositions émergèrent pour rattacher la partie occidentale de la Hongrie aux territoires autrichiens voisins. L'idée fut évoquée en 1905 lors des débats du Conseil impérial autrichien, puis dans divers articles de presse et ouvrages politiques. En 1918, après la dissolution de l'Empire austro-hongrois, ces revendications prirent une nouvelle ampleur.
Le , le Conseil d'État autrichien revendiqua officiellement l'Ouest de la Hongrie, en se basant sur des critères ethniques et économiques. La région, bien que sous administration hongroise, comptait une forte proportion de germanophones, notamment dans les comitats de Moson (Wieselburg), Sopron (Ödenburg) et Vas (Eisenburg).
En , plusieurs manifestations eurent lieu en faveur du rattachement à l'Autriche, notamment à Nagymarton (Mattersburg) et à Heiligenkreuz, où une quarantaine de localités demandèrent leur intégration à la Styrie autrichienne. Toutefois, ces revendications répondaient avant tout à des préoccupations économiques, la région étant historiquement liée aux marchés de Graz, Fürstenfeld et Feldbach.
vignette|Projet de République allemande d'Autriche (1918).
Le traité de Saint-Germain et l'attribution du Burgenland Les premières négociations de paix prévoyaient initialement de maintenir la frontière historique entre la Hongrie et l'Autriche. Cependant, la position des Alliés évolua sous la pression de l'Italie, qui souhaitait empêcher la création d'un corridor slave reliant la Tchécoslovaquie à la Yougoslavie.
Finalement, le traité de Saint-Germain-en-Laye () attribua officiellement à l'Autriche une grande partie de l'Ouest de la Hongrie, formant le futur Burgenland. Cette décision fut confirmée par le traité de Trianon (), qui imposait à la Hongrie la perte des territoires concernés.
L'Autriche considérait cette annexion comme une nécessité économique, en raison de sa situation désastreuse après la Première Guerre mondiale. Cependant, la Hongrie refusa d'évacuer immédiatement la région, espérant encore négocier ou contester ces décisions.
L'insurrection de l'Ouest de la Hongrie (1921) En 1921, alors que l'Autriche se préparait à prendre officiellement possession du Burgenland, la situation dégénéra. La Hongrie, bien que contrainte d'accepter la cession du territoire, encouragea officieusement la formation de groupes paramilitaires pour entraver l'occupation autrichienne.
Dès le , des unités de la gendarmerie autrichienne franchirent la frontière pour prendre possession du Burgenland. Elles furent immédiatement repoussées à Ágfalva par des insurgés hongrois, dirigés par Mihály Francia Kiss et Károly Kaszala. Cet affrontement marqua le début de l'insurrection de l'Ouest de la Hongrie (Nyugat-magyarországi felkelés), qui dura près de six semaines.
Sous la direction de Pál Prónay, Gyula Ostenburg-Moravek et Iván Héjjas, les insurgés mirent rapidement en déroute les forces autrichiennes. Le , ils proclamèrent l'indépendance du Banat de Leitha (Lajtabánság), un État éphémère, dirigé par Pál Prónay, qui ne dura que quelques semaines.
La conférence de Venise et le compromis austro-hongrois Face à cette crise, les Alliés encouragèrent un règlement diplomatique. La Conférence de Venise, tenue du 11 au , permit d'obtenir un compromis : La Hongrie acceptait de retirer ses forces de la région, L'Autriche renonçait à l'usage de la force, Un référendum serait organisé à Sopron et dans huit villages environnants pour déterminer leur appartenance.
Ce compromis fut crucial, car il permit d'éviter un conflit armé prolongé entre les deux pays. Il offrit également à la Hongrie une dernière opportunité de conserver une partie du territoire cédé par Trianon.
Vers le référendum de Sopron Après le départ des insurgés hongrois, le territoire du Burgenland fut progressivement évacué par les forces paramilitaires. Cependant, le processus fut retardé par la tentative de restauration de Charles IV de Habsbourg, qui tenta de reprendre le trône hongrois en .
Une fois cette crise résolue, le référendum de Sopron fut organisé du 14 au . Il concernait Sopron et huit localités environnantes (Ágfalva, Balf, Sopronbánfalva, Fertőboz, Fertőrákos, Harka, Kópháza et Nagycenk).
Déroulement du référendum Un contexte politique instable vignette|Le roi de Hongrie Charles IV et la reine Zita lors d'une messe de campagne, en octobre 1921, alors qu'ils tentaient de restaurer leur règne en Hongrie. Le couple royal est photographié lors d'une halte à Biatorbágy.Après la Conférence de Venise (11-), la mise en œuvre du référendum fut retardée par des événements politiques en Hongrie. L'ancien roi Charles IV de Habsbourg, en exil, tenta un coup d'État pour reprendre le trône hongrois. Soutenu par plusieurs unités militaires, il marcha sur Budapest en .
Parmi les insurgés de l'Ouest de la Hongrie, plusieurs groupes, dont ceux d'Iván Héjjas et Gyula Ostenburg-Moravek, rallièrent la cause légitimiste. En revanche, Pál Prónay, bien que favorable aux Habsbourg, choisit de ne pas s'impliquer directement dans la tentative de restauration.
Le , la tentative de Charles IV échoua lors de la bataille de Budaörs contre les forces loyalistes de Miklós Horthy. Capturé, l'ancien roi fut définitivement exilé sur l'île de Madère.
Après cet épisode, le gouvernement hongrois réaffirma son contrôle sur l'Ouest de la Hongrie. Début novembre, Horthy adressa un ultimatum à Pál Prónay, lui ordonnant d'évacuer le Banat de Leitha (Lajtabánság). Ce dernier obéit, et le , l'État autoproclamé cessa d'exister.
Le chemin était alors ouvert pour l'organisation du référendum de Sopron.
Préparation du référendum vignette|droite|redresse|Affiche de la campagne du référendum de 1921 : « Ne vous fiez pas aux mélodies flatteuses, votez allemand ! » Le référendum, prévu par les accords de Venise, concernait Sopron et huit villages environnants : Ágfalva, Balf, Sopronbánfalva, Fertőboz, Fertőrákos, Harka, Kópháza, Nagycenk.
Sa tenue était encadrée par des observateurs italiens, mais des tensions apparurent dès la phase de préparation. Malgré l'interdiction de propagande inscrite dans les accords de Venise, une bataille de communication eut lieu entre partisans autrichiens et hongrois.
Le mouvement Ödenburger Heimatdienst, organisé sur le modèle du combat défensif de Carinthie, menait campagne en faveur de l'Autriche par le biais de tracts, d'affiches et de rumeurs. Les autorités hongroises mirent en place une contre-campagne active, cherchant à mobiliser l'électorat en faveur du maintien dans la Hongrie.
À la demande des observateurs italiens, le scrutin se déroula de manière secrète, contrairement aux souhaits du gouvernement hongrois, qui espérait un vote public pour mieux encadrer les résultats.
Déroulement du vote (14-16 décembre 1921) vignette|Des généraux britanniques, français et italiens arrivent le 14 décembre 1921 pour superviser le déroulement du référendum.Le , le vote eut lieu à Sopron, suivi, le , par les huit villages alentour.
Les modalités du scrutin étaient particulières :
Chaque électeur recevait deux bulletins : un orange-jaune pour l'Autriche et un bleu pour la Hongrie. L'électeur devait déchirer le bulletin correspondant au pays pour lequel il ne votait pas. Les deux bulletins (déchiré et intact) étaient ensuite placés dans une enveloppe fermée, garantissant ainsi le secret du vote.
En réaction à ces conditions jugées favorables à la Hongrie, la délégation autrichienne quitta la commission électorale, dénonçant un manque d'impartialité.
Résultats du référendum Sur les 27 069 électeurs inscrits, 24 063 participèrent, soit une participation de 89,5 %.
Les résultats furent les suivants : 15 338 votes (65,08 %) en faveur de la Hongrie, 8 223 votes (34,92 %) en faveur de l'Autriche, 502 votes invalides (2,09 %).
+ Résultats du référendum de Sopron (1921) Commune Population en 1910 Langues parlées en 1910 (nombre de locuteurs) Votes exprimés Votes en pourcentage Allemand Hongrois Croate Autres Total Électeurs inscrits Pour l'Autriche Pour la Hongrie Nuls Pour l'Autriche (%) Pour la Hongrie (%) Sopron / Brennbergbánya 33 932 17 318 15 022 781 811 18 994 17 298 4 620 12 327 351 27,2 % 72,8 % Ágfalva (Agendorf) 1 922 1 830 85 2 5 1 148 848 682 148 18 82,2 % 17,8 % Harka (Harkau) 1 062 1 031 26 5 0 668 581 517 55 9 90,4 % 9,6 % Fertőboz (Holling) 518 490 26 2 0 349 342 74 257 11 22,3 % 77,7 % Kópháza (Kohlnhof) 1 855 38 44 1 773 0 948 813 243 550 30 30,0 % 70,0 % Fertőrákos (Kroisbach) 2 980 2 766 150 4 60 1 525 1 370 812 525 33 60,7 % 39,3 % Sopronbánfalva (Wandorf) 2 789 2 570 205 5 9 1 538 1 177 925 217 35 81,0 % 19,0 % Balf (Wolfs) 1 393 1 161 208 4 20 668 595 349 229 17 60,4 % 39,6 % Nagycenk (Großzinkendorf) 1 740 97 1 625 7 11 1 041 1 039 5 1 026 8 0,5 % 99,5 % Total 48 191 27 301 17 391 2 583 916 26 879 24 063 8 227 15 334 512 34,9 % 65,1 % Source : Oskar Helmer, 40 Jahre Burgenland. Ein Land wählt die Freiheit, Wiener Volksbuchhandlung, Vienne, 1961, p. 50.
Les résultats furent contrastés selon les localités. À Sopron, 72,8 % des électeurs votèrent pour la Hongrie. Dans les villages environnants, seuls 45,4 % des votants choisirent la Hongrie. Certaines localités, comme Ágfalva, Balf, Fertőrákos, Harka et Sopronbánfalva, votèrent majoritairement pour l'Autriche. Malgré cela, elles furent intégrées à la Hongrie, suivant la logique de la victoire hongroise à Sopron, la plus grande ville de la région.
Controverses et contestations Le référendum fut immédiatement contesté par l'Autriche, qui dénonça des irrégularités.
Le gouvernement autrichien estima que : Les listes électorales avaient été manipulées, Environ 2 800 germanophones avaient été empêchés de voter, Près de 2 000 réfugiés n'avaient pas pu participer au scrutin, Les autorités hongroises avaient exercé des pressions sur les électeurs.
Un rapport confidentiel du représentant hongrois Frigyes Villani, membre de la commission électorale, confirma certaines de ces accusations. Il évoqua notamment l'implication de 300 étudiants de l'Académie des mines et des forêts ainsi que de 40 policiers hongrois pour intercepter la propagande autrichienne et dissuader les partisans du rattachement à l'Autriche.
Toutefois, aucune preuve formelle de fraude massive ne put être établie, et les résultats furent officiellement validés par les observateurs italiens.
Les historiens s'accordent à dire que le vote germanophone ne fut pas uniforme. Contrairement à l'image d'une ville totalement acquise à l'Autriche, une partie importante des germanophones de Sopron fit campagne pour rester en Hongrie.
Dès 1919, la presse locale, comme le journal Die Lupe, soulignait la division des germanophones entre partisans de l'Autriche et ceux favorables au maintien en Hongrie.
De plus, certaines études modernes indiquent que les archives des votes ont disparu, ce qui empêche une évaluation définitive des irrégularités supposées. Comme l'écrivait Jon D. Berlin dans son ouvrage de 1974 sur la question du Burgenland : « Il est douteux que l'ampleur des irrégularités dans le vote puisse jamais être prouvée. »
Conséquences du référendum