Applied Data Research est souvent présenté comme « le premier fournisseur de logiciels indépendant », qui a obtenu le le premier brevet délivré pour un programme informatique, un système de tri développé par Martin Goetz.

Cotée en Bourse dès 1965, la compagnie a multiplié sa valeur par 8 dès le début de 1969 et stimule la création d'un vague d'éditeurs de logiciels dans la seconde partie des années 1960, plusieurs d'entre eux s'investissant comme pour que le géant de l'informatique IBM reconnaisse la valeur de leurs produits et les commercialise séparément. Développé pour permettre de créer un diagramme de flux pour d'autres programmes informatiques et ainsi mesurer leur occupation de la machine et leur degré de priorité, son premier logiciel Autoflow a eu un succès important et ce premier brevet demandé dès 1965 visait à éviter qu'IBM ne se l'approprie pour le donner gratuitement à ses clients.

ADR avait été fondée en 1959, sous forme de société de développement sous contrat, avant par la suite de développer une série de ses propres produits, en particulier le célèbre logiciel Autoflow pour la création automatique d'organigrammes, souvent cité comme l'une des premières applications logicielles commerciales, puis vint Roscoe, pour gérer un environnement de soumission de tâches à distance ; et au même moment MetaCOBOL, un processeur de macros extensible pour le langage COBOL ; tandis que sort au même moment, en 1968 The Librarian, pour la gestion du code source des logiciels.

Débuts en 1959 La société débute dans un petit immeuble de bureaux le long de la route américaine 206 à Princeton Township, dans le New Jersey. Plus tard dans les années 1960, elle part dans un centre de données situé sur la route 206 en face de l'aéroport de Princeton. Ce site sera détruit par un incendie en 1969 lorsqu'un avion léger s'est écrasé à l'approche de l'aéroport, sans aucun blessé grave En 1980, elle déménagera dans des locaux plus loin le long de la route 206, juste au nord de Princeton, à Montgomery Township, dans le New Jersey.

Parmi les premiers clients initiaux d'ADR, Sperry and Rand, RCA, le gouvernement, Bendix, et IBM. Développement du logiciel Autoflow En 1964, la filiale de Radio Corporation of America qui est devenue un important fabricant d’ordinateurs Radio Corporation of America a approché ADR pour écrire un programme de diagramme de flux à fournir aux utilisateurs de son ordinateur RCA 501. Martin Goetz, un ancien d'IBM entre 1958 et 1959, né en 1930, qui fut le premier employé et actionnaire d'ADR, et directeur technique ensuite d'une de ses branches, celle des logiciels, se charge d'écrire ce programme. En 1962, il avait déjà écrit le premier compilateur Cobol, pour RCA qui le donne gratuitement à ses clients.

Autoflow servait pour d'autres programmes informatiques et ainsi mesurer leur occupation de la machine et leur degré de priorité. Le tri des données permis par ce diagramme de flux développé spécialement pour RCA constituait un problème important pour les ordinateurs centraux de l’époque, dont beaucoup utilisaient des bandes magnétiques pour le stockage. Une procédure de tri des données plus efficace pourrait réduire considérablement le temps d’exécution du programme en réduisant le nombre d’opérations de lecture et d’écriture, ainsi que le temps d’attente pour le retour à la bandeGoetz, Martin: "Memoirs of a Software Pioneer" Retrieved on 2013-02-12 et c'était tout le but d'Autoflow.

À la même époque, en 1964, Goetz a assisté à une conférence sur les questions de propriété intellectuelle des logiciels. À la suite de cette conférence, il a estimé qu’un algorithme amélioré de tri des données qu’il avait mis au point était brevetable.

Refus de RCA de payer les ADR avait entièrement conçu et écrit Autoflow, le proposant à RCA pour . Mais le constructeur a refusé car il a jugé ce montant trop élevé. Martin Goetz a alors choisi de travailler sur une approche différente pour récupérer les déjà dépensés pour écrire ce logiciel: le vendre directement aux utilisateurs finaux.

D'autres fabricants d’ordinateurs n'ont pas souhaité non plus payer et Martin Goetz l'a alors commercialisé directement, créant un précédent: le premier logiciel vendu comme produit autonome.

Les entreprises utilisant le RCA 501 à qui il aurait pu vendre directement n'étaient que quelques centaines, soient un marché trop étroit pour ADR qui a prévu d'entrer en Bourse et se tourne très vite vers les clients d'IBM, société dont venait Martin Goetz en arrivant chez ADR en 1959. Réaction d'IBM Les utilisateurs de l’IBM 1401 étaient à l'époque beaucoup plus nombreux. ADR a donc réécrit pour cet ordinateur et l'a proposé aux clients d'IBM"Software Patents in Business History" par Jim Harper on August 10, 2010, dans Techliberation . En 1965, bien que la série de l'IBM 360 ait été annoncé, il y avait encore des milliers d’IBM 1401s et 1410s en usage et le marché informatique était mûr pour un système de flowcharting tel que le logiciel Autoflow, selon le témoignage de Luanne JohnsonTémoignage de Luanne Johnson le 26 février 2010 . Un autre logiciel sera dédié un peu plus tard à la série de l'IBM 360.

Autoflow a rapidement un concurrent, sous la forme d'un logiciel jugé très inférieur d’IBM, dont la politique de prix et les promesses d’améliorations futures ont découragé les clients d'acheter Autoflow, "une des raisons pour lesquelles" ADR a demandé dès 1965 et obtenu trois ans après un brevet, en . Autoflow était capable de tracer la séquence logique des logiciels existants, simplifiant la conception des logiciels pour compléter ceux déjà utilisés sur les machines IBM.

ADR a eu alors "des discussions avec IBM", pour évoquer sa "difficulté à commercialiser Autoflow" mais surtout avec le ministère de la Justice au sujet des pratiques d'IBM et ce dès l'année 1967.

Brevet du logiciel Autoflow Martin Goetz, salarié d'Applied Data Research, est le premier développeur de l'histoire à déposer un brevet pour un logiciel, en . Il s'agit pour lui, lors de ce dépôt de se protéger d'IBM. L’avocat qui a travaillé sur les brevets, était expert en propriété intellectuelle. Il a expliqué qu'il y avait une autre solution, le louer aux constructeurs, ce qui les empêchait de le céder gratuitement à leurs clients, option utilisée plus tard, en particulier avec IBM.

Trois ans après, ce logiciel est reconnu par un brevet officiel, le U.S. Patent Number 3,380,029Computerworld Magazine reported the news as: "First Patent is Issued for Software, Full Implications Are Not Yet Known."Image of Computerworld front page, année où ADR fait d’importants investissements dans de nouveaux logiciels.

En , c'est l'entrée en Bourse, à son tour, d'Informatics General et son logiciel Mark IV, au prix de 7,50 dollars par action, qui a rapporté 3,5 millions de dollars, la troisième société de logiciels à avoir des actions émises en Bourse, sur le marché OTC. Elle avait 300 salariés et un chiffre d’affaires de 4,5 millions de dollars, soit 3 à 4 % du marché total des logiciels personnalisésCampbell-Kelly, From Airline Reservations to Sonic the Hedgehog, .. Son price-earnings ratio monte de 25 à 200 à la mi-1968 puis 600 au début de 1969 malgré une rentabilité insignifianteCampbell-Kelly, From Airline Reservations to Sonic the Hedgehog, ..

Le : le premier brevet logiciel de l'histoire est accordé à Applied Data Research, un des premiers éditeurs de logiciels indépendant"Martin Goetz, premier homme à avoir déposé un brevet pour un logiciel, est mort" par Julien Baldacchino, le 23 octobre 2023 sur France Inter .

Dans une newsletter mensuelle publiée depuis le milieu des années 1960 par IDC, Pat McGovern, du journal Computerworld donne en 1967 une liste des sociétés spécialisées dans le logiciel qui sont déjà 10 à 15 et dont le nombre et les initiatives vont augmenter quand IBM en annonce comme prévu qu'il va facturer ses logiciels séparément, sous la pression du gouvernement qui début janvier lance une action antitrust contre lui.

Larry Welke fonde au cours de cette même année ICP (International Computer Programs), catalogue de logiciels vendu sur abonnements qu'il transformera en des publications financées par la publicité au début des années 1970.

Entrée en Bourse de 1965 ADR est la deuxième entreprise de logiciel de l'histoire à réaliser une entrée en Bourse en 1965, un mode de financement particulièrement adapté à ce secteur, cinq ans après Computer Usage Company"The Business of Software. What Every Manager, Programmer, and Entrepreneur Must Know to Thrive and Survive in Good Times and Bad", par Michael A. Cusumano, en 2004 aux Editions Freepress , fondée en 1955 par George R. Trimble, un ancien responsable de l'informatisation sur IBM de la gestion du trafic pour la Federal Aviation Administration, qui dès avait fait son entrée en Bourse, pour se développer avec un effectif de trois gestionnaires, 37 mathématiciens, 6 physiciens et 3 ingénieurs et qui en 1967 employait plus de 700 personnes dans 12 bureaux, générant plus de 13 millions de dollars de ventes, avec un bureau à Dallas, pour travailler sur un contrat avec Texas Instruments.

L'entrée en Bourse d'ADR a lieu elle la même année que la demande de brevet du logiciel Autoflow, au prix de 5 dollars l'actionMartin A. Goetz Interviewé par Luanne Johnson pour le musée de l'histoire de l'informatique, le 28 mars 1996 . Au cours des trois années qui suivent, la valeur de l'action est multipliée par cinq car ce logiciel génère des revenus significatifs dès 1966. La société est alors suivie de très près par les analystes financiers et leur consacre du temps.

En 1968, ADR a levé une somme considérable d’argent grâce à une augmentation de capital au moment où son action est montée à 25 dollars, investie dans le développement de nouveaux produits, ayant obtenu une bonne partie de la trésorerie nécessaire, ce qui lui a permis de conserver un flux de trésorerie négatif dans l'attente de la hausse de son chiffre d'affaires, démarche qui lui a permis de "capitaliser son logiciel", selon Martin Goetz, alors que son flux de trésorerie était "très mauvais", mais amené à s'améliorer grâce aux trois logiciels dans lesquels ADR investissait alors massivement.

Un troisième éditeur de logiciels, Advanced Computer Techniques, fondé à New York en par Charles P. LechtFishman, The Computer Establishment, . entre en bourse en 1967 grâce à une petite banque spécialisée dans la technologie, Faulkner, Dawkins & Sullivan, et selon le The New York Times son action triple de valeur au cours du premier jour de cotation, alors que ses revenus resteront pourtant entre de dollars entre 1968-1970Campbell-Kelly, From Airline Reservations to Sonic the Hedgehog, ., l'engouement boursier témoignant d'un énorme intérêt des investisseurs pour la technologieHaigh, An Interview with Oscar Schachter, ..

ADR obtient une victoire peu après, quand une future facturation séparée du " hardware " et du " software " est annoncée par IBM en , qui échoue à enrayer la plainte du gouvernement américain, ADR lançant à son tour le un procès "de principe" visant à obtenir d'IBM le passage aux actes, suivi par Programmatics, un autre éditeur, le . Le bâtiment d'ADR brûle après la chute d'un avion en 1969 et la société s'en sert pour une publicité pour son logiciel "Librarian", entré en développement en 1968,, qui a permis de conserver les codes sources disparus dans l'incendie.

En 1970, les ventes d'ADR sont d'environ 10 ou 12 millions de dollars par an dont 40% à 50% en services mais la tension est à son comble avec le concurrent IBM.

Effondrement boursier