L'usine sidérurgique de Témirtaou, actuellement Qarmet, est un complexe sidérurgique au Kazakhstan, à Témirtaou, dans l'oblys de Karaganda. Grand ensemble sidérurgique représentant, au début du , 10 % du PIB du pays, l'usine a la particularité d'être autonome autant pour son approvisionnement en minerai de fer que pour la houille.
Le Combinat métallurgique de Karaganda plonge ses racines dans l'usine métallurgique kazakhe, fondée en 1942 et démarrée en 1944, pendant l’invasion allemande, sur le bassin houiller de Karaganda. Une deuxième usine est ensuite créée, démarrant en 1960. En 1970, les deux usines sont fusionnées pour former le combinat. Celui-ci se développe comme un complexe soviétique cohérent jusqu'à devenir la deuxième plus grande usine sidérurgique d'URSS produisant 5 % de l'acier soviétique.
À la dislocation de l'URSS, l'usine, obsolète et privée de ses débouchés, est en quasi-faillite. En 1995, l'ensemble est vendu à Lakshmi Mittal. Dénommé Ispat Karmet, puis Mittal Steel Temirtau et enfin ArcelorMittal Temirtau, le complexe sidérurgique et minier est rationalisé et modernisé, devenant un cas d'école de privatisation réussie. Cependant, l'acquéreur échoue à atteindre des résultats satisfaisants en sécurité et en environnement. En , la catastrophe de la mine de Kostenko est l'élément déclencheur qui amène le gouvernement à contraindre ArcelorMittal à vendre immédiatement l'usine. Un groupe d'investisseurs kazakhes prend alors le contrôle de l'usine, qui est renommée Qarmet.
Fondation (1944 - 1970) L'usine kazakhe de Samarkand
L'idée d'une usine sidérurgique apparait en même temps que la découverte des gisements de houille et de minerai de fer du . La viabilité économique d'une industrie est démontrée dans les années 1930 par les scientifiques Kanych Satpaïev, et , avec l'économiste L. Spiransky, qui y voient même l'intéret de construire deux usines sidérurgiques. En , le Commissariat du peuple à la métallurgie du fer publie un mémoire Sur les travaux préparatoires à la construction d'une usine métallurgique en RSS du Kazakhstan. Un groupe de scientifiques est désigné pour soumettre, le , tous les documents et calculs relatifs au projet…
L'invasion allemande est le choc qui provoque la naissance de l'usine kazakhe.
Le le Commissariat du peuple à la métallurgie du fer annonce que le projet de construire au Kazakhstan a été approuvé par le Conseil des commissaires du peuple de l'URSS. Il est alors question de construire deux fours Martin et des laminoirs d'ici le trimestre 1943. Le Conseil des commissaires du peuple de l'URSS confirme cette annonce le , par un arrêté chargeant le Commissariat du peuple à la métallurgie du fer de concevoir et planifier une usine sidérurgique dans le Karaganda. Enfin, le , le commissaire du peuple à la métallurgie des fers, I. F. Tevosyan, approuve le projet d'usine élaboré par le bureau d'études Gipromez.
Le site de Samarkand (le nom de la ville de Témirtaou avant 1945) est sélectionné en , près de la centrale thermique . Cette centrale, la première créée au Kazakhstan, est alors presqu'achevée, le premier courant étant produit le . Le réservoir de Samarkand, aménagé en 1941, l'alimente en en eau industrielle.
L'usine décidée consiste finalement en une aciérie d'une capacité de et un laminoir de . Dépourvue de haut fourneau, l'usine est fondée sur le procédé Martin-Siemens, capable de fondre des ferrailles et d'obtenir des aciers de qualité. La construction commence le . Les objectifs, très ambitieux au vu des conditions difficiles du moment (le chantier est réalisé par les femmes et les vieillards non mobilisés), sont cependant atteints et l'effort est salué au plus haut niveau de l'URSS : ont suffi à la construction de l'usine.
Le premier four Martin est mis en service le . Les fours refondent et affinent la fonte brute coulée en gueuses dans les usines d'autres républiques soviétiques, et amenée sur place par chemin de fer. L'équipement vient du Donbass, en Ukraine, d'où il a été démonté avant l'arrivée des troupes allemandes. Un décret du mobilise jeunes Kazakhs nés en 1927 et les envoie se former dans les usines métallurgiques de l'Oural. Les meilleurs sont ensuite renvoyés à Samarkand pour y faire fonctionner l'usine.
En , est mis en service le premier laminoir à barres et à billettes, le « 400 » . En , un four martin et un laminoir à feuilles sont mis en service. Le four Martin est mis en service le et, entre 1947 et 1949, un train à petites sections est démarré.
En 1949, l'aciérie de l'usine métallurgique kazakhe exploite 2 cubilots et 3 fours Martin de chauffés au fioul. Il y a 3 laminoirs : un laminoir à moyenne section « 400 », un laminoir à feuilles « 950 » et un laminoir à 5 cages pour les profilés et petites sections « 280 ». Une tréfilerie est également opérationnelle. Mais, partir de cette date, les investissements connaissent une pause momentanée. L'usine atteint cependant toujours ses objectifs de production et est estimée comme . Les effectifs croissent régulièrement : en 1947, en 1948 et en 1953.
+ Production d'acier (kt) Usine kazakhe Usine de Karanga194510 01950741955234,01960266,8196435019651970
De 1956 à 1958, la capacité des fours Martin est augmentée. En 1962, le four, de , est mis en service. L'usine devient un élément notable du complexe industriel soviétique.
L'usine intégrée de Karaganda
L'idée d'aller au-delà du recyclage de ferrailles, en créant une usine métallurgique à cycle complet, reste cependant la stratégie la plus pertinente. En 1943, l'emplacement est décidé et la conception de l'usine intégrée est validée. Les premiers investissements ne débutent cependant qu'en 1947. De fait, l'éxécution du projet est : les premiers coups de pioche sont donnés en 1951, alors que l'objectif était de démarrer l'usine cette année-là. Aucun moyen n'est à la hauteur de l'enjeu : gestion de projet inappropriée, plans manquants, main d'œuvre incompétente et insuffisante, fonds bloqués, chantiers dispersés, etc..
Les et , le chantier est priorisé au plus haut niveau de l'URSS. En ligne avec le sixième plan quinquennal (1976-1981), le XXe congrès du Parti publie l'instruction d'édifier .
Les équipes, sous pression, relèguent au second plan l'aménagement urbain, comptant sur la propagande et « l'enthousiasme des travailleurs » pour triompher des obstacles. La nouvelle usine est déclarée projet de construction de la jeunesse de toute l'Union. D'anciens prisonniers de karlag sont envoyés sur le chantier. La Bulgarie envoie . Les communiqués énergiques ne mettent cependant pas fin à l'anarchie qui règne sur le chantier. En 1959, le manque d'approvisionnement, y compris en eau potable, est à l'origine des . Celles-ci sont matées par l'armée, qui fait feu sur les ouvriers.
En dépit des difficultés, les réalisations concrètes se matérialisent progressivement. Comme pour l'usine kazakhe, la construction d'une centrale thermique est un préalable à l'édiffication de l'usine. C'est ainsi que le est ouvert le chantier de construction de la . Le , se déroule la cérémonie de pose de la première pierre du HF1, d'un volume de et baptisé en l'honneur du quarantième anniversaire du Komsomol.
Les premières mises en service arrivent quelques années après : le , la centrale TPP-PVS produit son premier courant et le , le HF1 produit la première fonte kazakhe. Cette date est depuis considérée comme celle de la naissance du Combinat métallurgique du Karaganda. D'autres installations démarrent dans la foulée : : obtention du premier coke kazakh ; 1961 : mise à feu du HF2 ; : obtention du premier aggloméré kazakh (agglomération n°1), jusqu'ici la fonte étant obtenue à partir de minerai cru d'; : réception des fours Martin 1 et 2, l'acier commence à être produit et est envoyé à l'usine sidérurgique d'Orsk-Khalilovo; : mise en service du slabbing 1150 ; : mise en service du lavoir à charbon n°1 ; : mise en service du laminoir à chaud (LPTs-1) ; : mise en service du premier convertisseur à l'oxygène. D'une capacité de , c'est le plus gros d'URSS. En septembre, le entre en service, suivi du en . En amont, un mélangeur de , le plus gros d'URSS, est en cours de montage.
En 1970, démarre la production de produits longs.
Durée de vie des hauts fourneaux de Témirtaou
Seuls les arrêts identifiés et de plus de 1 an ont été représentés.
Le Combinat métallurgique de Karaganda (1970 - 1995)
Fonte (kt) acier (kt)19711980198519901991199219931994
En 1970, l'usine de Karaganda est un complexe cohérent et moderne capable de produire de l’acier brut de qualité. La vieille usine kazakhe de Samarkand est alors intégrée dans la nouvelle pour consolider l'ensemble et, le , est fondé le « Combinat métallurgique de Karaganda » (). Celui-ci est constitué des deux usines métallurgique (la vieille aciérie kazakhe devenant l'aciérie Martin n°2), du , de la carrière de castine de Topar sud et de la carrière de dolomie d'Alekseïevskaïa (aujourd'hui ). Le minerai de fer provient de l'.
En 1971, le haut fourneau HF3 est mis à feu. En 1972, l'usine se compose donc de 3 hauts fourneaux, de 2 aciéries Martin, d'une aciérie à l'oxygène équipée de 3 convertisseurs d'une capacité de chacun, de laminoirs, d'une cokerie, de mines et de carrières et d'une usine d'agglomération. Les travaux se concentrent dorénavant sur l'aval de l'usine. Le est mis en service du train de laminage à froid des tôles (LPC-2) à cinq cages, de largeur . Ce train, capable de produire , est le plus puissant d'Union soviétique.
Enfin, en 1975, la dernière étape d'agrandissement du complexe sidérurgique est réalisée avec la mise à feu du HF4, de . Pour l'alimenter, l'usine d'agglomération n°2 (ou AKM-3312), capable d'agglomérer de minerai phosphoreux de Lisakovskoye, est mise en service. Le dixième plan quinquennal (1976-1981) consolide cette stratégie en validant la mise en service de la batterie de fours à coke n° 7 de de coke, d'un four à chaux (KS-1000) et d'autres installations auxiliaires.
L'ouvrier métallurgiste est un pilier de l'idéologie communiste mais les émeutes de 1959 ont laissé des traces. Le Combinat entreprend d'équiper la ville d'installations de qualité : la plus grande unité médicale de la république avec un hôpital, un lycée-usine, une usine de transformation alimentaire, un atelier de services aux consommateurs, une école technique métallurgique, une piscine, un parc pour enfants, etc.
Au début des années 1980, l'usine a atteint sa maturité. Elle représente plus de 19 % des boulettes de minerai de fer, 3,5 % de la fonte et 4,0 % de l'acier, 4,4 % des laminés produits en URSS. Cependant, bien que tous les outils sont neufs, beaucoup de technologies choisies sont dépassées : dans les années 1970, le procédé Martin combiné à la coulée en lingot est devenu irrémédiablement obsolète. De même, la mutation des produits longs vers les produits plats impose un changement du carnet produit. C'est ainsi que la station d'oxygène n° 2, d'une capacité de est mise en service vers 1980. En 1982, un train de laminoir à six cages de largeur est mis en service. Le , la première phase de l'atelier de tôlerie (LPC-3), d'une capacité de , est démarrée. Enfin, le une machine pilote de coulée continue horizontale (HCCM) est mise en service l'aciérie Martin n°2.
En 1990, la production combinée de l'aciérie à l'oxygène et de l'aciérie Martin atteint un record à d'acier. Le Combinat de Karaganda est le deuxième complexe sidérurgique d'URSS, juste après le Combinat de Magnitogorsk. Les ventes, presque exclusivement à d'autres républiques soviétiques, représentent 10 % du produit intérieur brut du Kazakhstan et 5 % de l'acier soviétique. L'usine emploie alors , dont 6 héros du travail socialiste.
La période Mittal (1995 - 2023)
Fonte (kt) acier (kt)199519961997199819992000200120022003200420052006200720082009201020112012201320143487,420152016201720182019 20202021
Rationalisation…