Alexis le Comique (en grec ancien / ), grand rival d'Ararôs, est un poète comique athénien, né à Thourioï vers -372 et mort plus que centenaire.

Notice historique et littéraire Plutarque de Chéronée, dans Sur la disparition des oracles20, 420 D dit qu'il vécut deux fois plus vieux que le philosophe épicurien Métrodore de Lampsaque, signifierait qu'il mourut à 104 ans., probablement à Athènes, vers 270. Particulièrement prolifique, il produisitLa Souda dit , « il fit représenter », « il fit jouer » : cela peut renvoyer à des pièces d'autrui (en particulier d'Antiphane) qu'il porta à la scène. (Voir Arnott (1996), ) au cours de sa longue carrière, dans le genre de la comédie moyenne — dont il est, avec Antiphane, le seul représentant ayant eu l'honneur de figurer dans le canon alexandrin —, puis (grâce à sa longévité) dans le genre de la comédie nouvelle, quelque 245 piècesSelon la Souda, éd. A. Adler, Suidae lexicon, tome I (19712), sub voce « », , , l. 2., dont très peu sont datables avec précisionVoir plus bas (d'après Arnott 1996), l’Hippeus de -306 et la Krateia jouée pour la seconde fois en 305. ; il n'en reste que des fragments, préservés pour la plupart grâce à des citations faites par Athénée dans ses Deipnosophistes ou par Jean Stobée dans son Anthologie. D’après la Souda, Alexis, né à Thourioï, était l'oncle paternel de Ménandre et avait un fils appelé Stéphanos qui écrivit lui aussi des comédiesSouda, éd. A. Adler, I (19712), , , l. 3-4.. Il semble avoir quitté de bonne heure sa Grande-Grèce natale pour s'établir à Athènes. On a cru, mais sans preuves, reconnaître le Comique dans l'Alexis qui, selon Étienne de Byzance, appartenait au dème Oion (Kerameikon) de la tribu LeontisÉtienne de Byzance, Ethnica, sub voce « Οἶον », éd. Augustus Meineke, tome I (Berlin, 1849), : . L'identification est rejetée par Arnott (1996), , ..

Le déroulement de sa carrière est très mal connu. Alexis aurait remporté sa première victoire dramatique au concours des Lénéennes entre 355 et 350 environ, et fut peut-être couronné aux Dionysies de 347, mais ces deux suppositions se sont révélées très fragilesElles ont été avancées notamment par Ph.-E. Legrand, Daos. Tableau de la comédie grecque pendant la période dite nouvelle. Lyon & Paris, 1910 (= Annales de l'Université de Lyon. Nouvelle série. II. Droit. Lettres. Fascicule 26), et notes 2-4. Parmi d'autres, Arnott (1996), , , récuse l'hypothèse de la victoire aux Dionysies de 347, fondée sur la reconstitution arbitraire d'une inscription lacunaire.. Selon Plutarque de Chéronée, il mourut comme Philémon, au moment d'être couronné sur scène dans un concours de comédiePlutarque, Si les vieillards doivent faire de la politique, 3, ..

De son œuvre abondante ne restent que les titres de 138 comédies (voir liste infra) et un petit nombre de fragments provenant des pièces suivantes : L'Amante (gr. Philousa) L'Apobate (« Le Voltigeur ») La Bruttienne Dèmètrios Les Devins La Femme aux transports divins (gr. Theophorètos) La Lampe La Méchante La Peinture ou Le Tableau (gr. Graphè) Philiscos Le Pilote Polyclée Le Réchaud (gr. Pyraunos) Tyndare

Les titres des pièces d'Alexis révèlent une propension à l'usage burlesque du mythe, puisque quinze d'entre eux consistent dans le nom d'un personnage mythologique.

Un titre comme Hypobolimaios / Ὁ ὑποβολιμαῖος (« L'enfant substitué », représenté entre 279 et 268)Datation tirée d'Arnott (1996), . suggère que l'auteur, pour constituer sa trame, recourut à l’anagnorismos, ce qu'il fit aussi, très certainement, dans d'autres piècesVoir Thomas Bertram Lonsdale Webster, Studies in later Greek comedy. Manchester, Manchester University Press, 1953, (Agonis ou Hippiskos ; Olynthienne). Ajoutons-y le Bostrychos (« La Boucle de cheveux ») et le Daktylios (« L'Anneau », « La Bague »), qui renvoient l'un et l'autre à un typique objet de reconnaissance (gnôrisma)..

Alexis employa le chœur tant sous sa forme traditionnelle que sous celle, plus moderne, introduite par la Nouvelle ComédieLuciano Canfora, Histoire de la littérature grecque à l'époque hellénistique. Paris, Desjonquères, 2004, p.....

Selon le témoignage de Carystios de PergameCarystios de Pergame (fin du s. av. J.-C.), vraisemblablement dans son Περὶ διδασκαλιῶν, cité par Athénée, Deipnosophistes, VI, 28. Voir Athénée de Naucratis. « Mots de poissons ». « Le banquet des sophistes », livres 6 et 7. Traduction et commentaire de Benoît Loyest. Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2009, ., c'est à Alexis qu'on doit le type comique du En grec παράσιτος, « celui qui se nourrit chez (quelqu'un) »., promis à une belle fortune littéraireVoir Elizabeth von Tylawsky, Saturio's inheritance : the Greek ancestry of the Roman comic parasite. New York, P. Lang, 2002 (= Artists and issues in the theater, 9). ; toutefois Athénée, qui cite Carystios, n'est pas de cet avis et attribue cette création à Épicharme, qui, dit-il, l'introduisit dans sa comédie intitulée L'Espérance ou La Richesse (Ἐλπίς ou Πλοῦτος)Athénée, Deipn., VI, 28.. En tout cas, le personnage comique du « pique-assiette » apparaît déjà chez Eupolis (contemporain et rival d'Aristophane), qui l'appelle « flatteur » (κόλαξ / kolax). Une pièce d'Antiphane est intitulée Le Parasite, mais il n'est pas sûr qu'elle soit antérieure à celle d'Alexis, ni même qu'elle soit d'Antiphane l'Aîné et non d'Antiphane le JeuneW. Geoffrey Arnott, « Studies in comedy, I : Alexis and the parasite's name », in Greek, Roman and Byzantine studies, 9 (1968), , spéc. . Arnott situe le Parasite d'Alexis « peu après 360 » (ibid., et n. 15).. Alexis pourrait donc être l'auteur qui, le premier, appliqua plaisamment le nom sacré de « parasites » aux professionnels de la flatterie alimentaire, dont il canonisa ainsi le portrait. À l'origine, le mot désignait des banqueteurs officiels, prêtres ou vainqueurs de compétitions sportives (Jeux Olympiques par exemple), qui faisaient la réputation de la ville. Ces commensaux de marque mangeaient dans le temple d'Héraclès. Alexis étendit malicieusement cette appellation de parasitoi aux individus sans scrupules qui prennent part à un repas (notamment un banquet) sans avoir été invités, autrement dit à des profiteurs s'engraissant aux dépens d'autruiVoir le caractère II de l'éthopée de Théophraste, « Le flatteur » (Κολακείας Β’, 10), bien que le mot « parasite » n'y figure point.. Les « parasites » au sens péjoratif du terme acquirent ainsi une image publique et certains « pique-assiette » réels furent connus nommément, à l'instar de Tithymalos, qu'Alexis ridiculisa dans sa comédie intitulée La Milésienne.

Alexis, comme beaucoup d'autres comiques grecs, n'aimait pas les philosophes. Dans sa pièce Le Cavalier (Hippeus), il fait louer à l'un de ses personnages l'initiative de Démétrios Poliorcète qui les bannit d'AthènesAthénée, Deipn., XIII, 92.. Dans son Parasite (entre 350 et 347 ?), Alexis railla Platon encore vivantVoir Arnott (1996), .. Il s'attaqua aussi à Pythagore dans sa comédie La Pythagoricienne (Ἡ Πυθαγορίζουσα)Mentionnée par Aulu-Gelle, Nuits attiques, IV, 11, 8, à propos du régime alimentaire attribué à Pythagore (petits cochons de lait et chevreaux)..

Alexis égratigna (probablement en passant) Démosthène dans sa pièce Le Soldat (Ὁ στρατιώτης)Voir Arnott (1996), ..

La misogynie d'Alexis, de règle chez les poètes comiques, s'exprime avec vigueur dans Les Devins (Οἱ μαντεῖς), dont Athénée (Deipnosophistes, XIII, 7) cite un assez long passage :

Il est difficile de juger les qualités d'écrivain d'Alexis d'après les miettes dont nous disposons. On croit toutefois discerner dans ces maigres restes un humour fin, une plaisante vivacité et un bon sens de l'observation, joints à une mordacité assez proche de celle de la comédie ancienne.

L'influence d'Alexis sur la comédie latine, attestée par Aulu-Gelle, Livre II, 23, 1., est certaine. La pièce de Plaute intitulée Le (petit) Carthaginois (Poenulus) est inspirée de la comédie homonyme d'Alexis (Ὁ Καρχηδόνιος), et d'autres réminiscences (Aulularia, Ménechmes) sont probables ou possiblesVoir Arnott (1996), , avec références.. Le Demetrius de Turpilius est l'adaptation du Dèmètrios d'AlexisArnott (1996), .. Phanias d'Érèse fait mention d'Alexis dans son Contre les Sophistes.

Titre de toutes les pièces connues Cette liste difficile à vérifier contient sans doute des doublets et des erreurs (pseudépigraphes ; pièces d'autres comiques ; etc.), et il est conseillé de consulter Arnott (1996) pour chaque titre. Les articles définis ont été omis devant les noms en grec.

AnkyliônMême titre chez Eubule. Agônis ou Hippiskos Adelphoi (« Les Frères »)Même titre chez Apollodore (de Carystos ?), Diphile, Euphron, Hegesippos, Ménandre (dont s'inspira Térence pour ses propres Adelphes) et Philémon. Aipoloi (« Les Chevriers ») Aisôpos (« Ésope ») Aichmalôtos (« Le Captif ») Aleiptria (« La Masseuse »)Même titre chez Antiphane. Ampelourgos (« Le Vigneron ») Amphôtis (« Le Vase à traire ») AnteiaMême titre chez Antiphane. Ce nom de femme renvoie sans doute à Antéia, fille d'Iobatès, qui épousa Proétos et calomnia Bellérophon. Apeglaukômenos (« L'Homme atteint de glaucome ») Apobatès (« L'Apobate », « Le Voltigeur »)Même titre chez Diphile. Apokoptome nos (« Le Mutilé ») Archilochos (« Archiloque ») Asklèpiokleides Asôtodidaskalos (« Le Maître de libertinage »)Cette pièce n'est pas d'Alexis : Arnott (1996), et 819-822, y voit une forgerie du ou avant notre ère. Atalantè (« Atalante ») Atthis (« L'Athénienne ») Aulètris (« La Joueuse de flûte ») Achaiïs (« L'Achéenne ») Bostrychos (« La Boucle de cheveux ») Brettia (« La Bruttienne », « La Femme du Bruttion », région correspondant à l'actuelle Calabre) Bômos (« L'Autel ») Galateia (« Galatée ») Graphè (« La Peinture ») Gynaikokratia (« Les Femmes au pouvoir »)Même titre chez Amphis. Daktylios (« L'Anneau », « La Bague »)Même titre chez Ménandre, Philémon et Timoclès. Dèmètrios ou Philetairos (« Démétrios ou Le Bon camarade »)Une comédie d'Antiphane est intitulée Philetaeros. Diapleousai (« Les Femmes qui font une traversée ») Didymoi (« Les Jumeaux »)Même titre chez Anaxandride et (d'après Athénée, Deipn., VI, 237 f ; X, 423c) chez Antiphane. Dis penthôn (« Le double regret ») Dorkis ou Poppyzousa (« Dorkis ou La Femme qui claque la langue ») Drôpidès Eisoikizomenos (« Le Nouveau résident », « L'Immigré »)Même titre chez Philémon. Ekpômatopoios (« Le Fabricant de gobelets ») Helenè (« Hélène ») Helenès harpagè (« L'Enlèvement d'Hélène ») Helenès mnèstères (« Les Prétendants d'Hélène ») Hellènis (« La Grecque ») Epidaurios (« L'Homme d'Épidaure »)Même titre chez Antiphane et Théophile. Epiklèros (« L'Héritière »)Même titre chez Antiphane, Diodore de Sinope et Diphile. Epistolè (« La Lettre ») Epitropos (« Le Tuteur ») / Hepta epi Thèbais [ou Thèbas, accusatif] (« Les Sept contre Thèbes ») Eretrikos (« L'Érétrien ») Hè eis to phrear (« La Femme jetée dans le puits ») Hèsionè (« Hésione ») Theophorètos (« La Femme aux transports divins »)Cf. la comédie de Ménandre intitulée Theophoroumenè. Thesprôtoi (« Les Hommes de Thesprotie ») Thèbaioi (« Les Thébains ») Thèteuontes (« Les Serfs ») Thrasôn Iasis (« La Guérison ») Himilcôn (« Himilcon ») Hippeus (« Le Cavalier »), début de l'année -306. IsostasionLittéralement « poids égal (de parfum) », et probablement « parfum (d'un certain type) ». Il s'agit peut-être ici d'un nom propre, qui pourrait être le « nom de guerre » d'une hétaïre : Arnott (1996), . Kalasiris Karchèdonios (« Le Carthaginois »)Même titre chez Ménandre. Kaunioi (« Les Hommes de Kaunos »)Même titre chez Timoclès. Kèryttomenos (« L'Annoncé ») Kitharôdos (« Le Joueur de cithare »)Même titre chez Antiphane, Apollodore (de Carystos ?), Cléarque et Timoclès ; comme synonyme, le Kitharistès de Ménandre. Kleoboulinè (« Cléobuline »)Titre similaire, mais au pluriel (Kleoboulinai) chez Cratinos.