La collection de peintures italiennes du musée des Augustins de Toulouse regroupe une production allant de la fin du Moyen Âge à la fin du . Composée de remarquables tableaux de maîtres, elle se distingue particulièrement par son ensemble de peintures des , illustrant la diversité des écoles italiennes. Elle a notamment fait l’objet d’une exposition, Palettes italiennes : la peinture italienne au musée des Augustins, présentée du au au musée.
La constitution de la collection L’histoire de la collection italienne débute en 1794 avec la saisie à Albi de la collection du cardinal de Bernis (1715-1794)Idem, . La collection comprend une trentaine de tableaux de l’école italienne, avec pour chef-d'œuvre Le pont du Rialto à Venise de Francesco Guardi. La collection est orientée vers le paysage italien du siècle (Anesi, Pier Francesco Foschi, Andrea Locatelli), ainsi que des artistes étrangers actifs à Rome (Jan Frans van Bloemen, Jules César Denis Van Loo). S’y ajoutent des scènes de genre attribuées autrefois à Cerquozzi, des petits formats mythologiques, notamment de Sebastiano Conca et des copies des décors de Raphaël au Vatican. Seul Jacopo Zucchi se distingue véritablement par son anciennetéIdem, .vignette|Pietro Ricchi, Sainte Cécile, 1660, huile sur toile, musée des Augustins, Toulouse. La collection Le Tonnelier de Breteuil (1726-1794), saisie à Montauban en 1794, enrichit le fond avec des peintures italiennes aux thématiques conventionnelles (natures mortes, batailles, scènes de genre). Sainte Cécile de Pietro Ricchi est la pièce maîtresse de cet ensemble. Par ailleurs, les saisies révolutionnaires d'œuvres d'églises locales renforcent la présence de la peinture toulousaine des , notamment avec deux œuvres de Antonio Verrio saisies chez les Carmes déchaussés. La suppression de l’Académie royale de peinture de Toulouse en 1793 permet l’entrée de copies de maîtres italiensIdem, .
Toulouse bénéficie également des envois de l’État selon le décret Chaptal de 1801. L’envoi de 1803 comprend huit tableaux, dont Saint Jean l'Évangéliste et Saint Augustin, un fragment du polyptyque de Sant'Agostino du Pérugin, mais aussi La Lapidation de Saint-Étienne de Filippo Lauri, Le Christ portant sa Croix de Guido Reni, ainsi qu’un tableau du Vecchia. L’envoi de 1805 inclut trois œuvres : Le Triomphe de Judith de Curradi, La Gloire de tous les saints du Guerchin et Apollon écorchant Marsyas de Guido Reni, prélevé au palais royal de Turin. Les conquêtes napoléoniennes élargissent la collection en 1812 avec neuf tableaux issus des grandes pinacothèques européennes. Parmi eux, des œuvres de Bononi, Cairo, Crespi, Torri, Gherardi et Le Martyre de saint Jean et saint Paul du Guerchin. En 2004, la propriété de œuvres provenant de ces dépôts consulaires ou impériaux est transférée par l’application de l’article 13 de la loi du relative aux musées de France.
La suite du siècle voit des acquisitions ponctuelles. En 1838, Alexandre Du Mège (1780-1862) vend au musée une œuvre de Neri di Bicci, remployant une peinture de Lorenzo Monaco. Entre 1862 et 1873, la collection Campana apporte des tableaux de primitifs italiens, dont une œuvre de Cristoforo Gherardi. Ces tableaux sont transférés au musée du Petit Palais d’Avignon dans les années 1970. En 1878, l'État dépose au musée un tableau de Porta Salviati, provenant de la collection de Louis XIV.
L'après-guerre favorise l’enrichissement de la collection. L'année 1947 voit l'acquisition d'une œuvre de Vassallo et une d'un anonyme lombard. En 1949, plusieurs primitifs sont transférés du musée Saint-Raymond de Toulouse aux Augustins. En 1950, de nouveaux dépôts de l'État viennent compléter le fonds, notamment des œuvres récupérées en Allemagne (MNR), en échange de retours au Louvre. D'autres dépôts du Louvre enrichissent la collection entre 1952 et 1960. En 1956, une œuvre d'Antiveduto Grammatica est acquise auprès de l'école privée Saint-Stanislas à Toulouse. En 1971, la collection Calvet apporte des œuvres rares, dont Nuvolone, Benaschi et Pandolfo Reschi.
Moyen Âge et Renaissance Le petit corpus de peintures italiennes pour la période médiévale et le début de la Renaissance conservé au musée des Augustins illustre certains changements de paradigmes qui s’opèrent dans la peinture durant le Trecento et le Quattrocento, et qui marqueront la production européenne pour les siècles suivants.
Les primitifs italiens vignette|Anonyme, Le Christ en croix avec l'orant du cardinal Guilhem Peire Godin, siècle, musée des Augustins, Toulouse. Les quelques exemples de primitifs italiens offrent un aperçu de différents pôles de création, en particulier au nord de l’Italie, avec des productions issues des foyers Toscans et probablement de la région de Venise.
Une des œuvres essentielles de la collection est une peinture atypique pouvant provenir d’un foyer toscan du deuxième quart du siècle, ou d’un foyer français plus tardif. Il s’agit du Christ en croix avec l’orant du cardinal Godin, un crucifix à double face aux dimensions monumentales (un peu plus de trois mètres de hauteur). Cette œuvre déposée dans la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse durant la Révolution provient à l’origine de l’église du couvent des Jacobins de Toulouse.
Les peintures du Trecento italien dans les collections du musée sont rares mais aussi souvent anonymes. La collection de peintures italiennes conserve deux panneaux anonymes figurant l'Annonciation avec l’archange Gabriel et la Vierge Marie. Il pourrait s’agir d’une production vénitienne du début du siècle comme le laisse penser l’influence byzantine présente dans l’utilisation en abondance de la feuille d’or, dans le mouvement des drapés ainsi que dans la construction du paysage architecturé.
La peinture italienne médiévale au musée des Augustins est également illustrée par une œuvre de Neri di Bicci (1418-1492), Le Christ en croix, la Vierge, saint Jean et Madeleine. Le caractère particulier de ce tableau réside dans la réutilisation d’un élément d’une œuvre antérieure, un Christ en croix aujourd’hui attribué au peintre toscan Lorenzo Monaco ou à son atelier. Cette peinture illustre une pratique infusée des nouveautés toscanes du Trecento ainsi que les prémices des innovations du Quattrocento. vignette|953x953px|Anonyme florentin, La Chasse, 1650-1660, tempera sur bois de peuplier, musée des Augustins, Toulouse (MNR 850).
Si la peinture italienne médiévale conservée est très largement issue de la commande religieuse, la collection de peintures italiennes conserve une production laïque surement réalisée à l’initiative d’un puissant commanditaire de l’aristocratie toscane du siècleIdem, .. Il s’agit d’un panneau horizontal, dit La Chasse, illustrant le goût de cette élite pour des scènes courtoises issus du répertoire médiéval. Il déroule sur plus de deux mètres un décor de scènes de chasses, l'une au sanglier, l'autre au cerf, au sein d’un paysage florentin laissant apparaitre, derrière les remparts de la ville, le Duomo de Brunelleschi.
Classicisme et maniérisme au Le Cinquecento italien a vu naitre différents courants artistiques à l’instar du classicisme puis du maniérisme. Si le musée des Augustins ne peut prétendre à une grande richesse d'œuvres de grands maîtres de la Renaissance italienne, ses collections comptent néanmoins certaines toiles de peintres du illustrant ces deux courants majeurs.
Formé par Francesco Salviati (1510-1563), Giuseppe Porta (1520-1570) accompagne son maître à Venise en 1539. Il s'y installe et fait carrière, recevant d'importantes commandes, principalement d'institutions publiques mais aussi religieuses. Son style se situe à la croisée du classicisme toscan et de l'attention portée à la couleur caractéristique de l'école vénitienne. Le musée des Augustins conserve une de ses œuvres, Adam et Ève, issue de l’ancienne collection de Louis XIV. Cette toile est à rapprocher d'une œuvre du même nom par Salviati, conservée au Palazzo Colonna de Rome.
Parmi les collections du musée des Augustins, l'Œuvre du peintre bolonais Bartolomeo Cesi (1556-1629) témoigne de l'influence du maniérisme bolonais ; néanmoins, il s'inscrit à la fois entre une solide tradition naturaliste et une aspiration académique. Le Portrait d’un religieux', précédemment attribué à Prospero Fontana, propose un portrait individualisé et moderne. Le sujet représenté est très probablement un moine de l'Ordre des Chartreux, pour lesquels Cesi a beaucoup travaillé.
Connu pour avoir peint à la manière de Giorgio Vasari, Cristofano Gherardi (1508-1556) collabora avec ce dernier. Son tableau La Visitation de la Vierge à sainte Elisabeth', conservé au musée des Augustins, a été attribué au peintre par l’intervention de Sylvie Béguin. L’exécution picturale du tableau est fortement emprunte des codes du maniérisme toscan.
Peintre émilien-romagnol, Giovanni Battista Tinti (1558-1609) se caractérise par une forte influence parmesane de la première moitié du . Dans La Vierge à l’enfant et le mystère de la Passion, le maniérisme tardif est particulièrement prononcé, notamment dans les expressions faciales exacerbées.
La peinture italienne au siècle La peinture italienne du XVIIe siècle se caractérise par une grande diversité régionale et stylistique, rendant difficile toute généralisation du XVIe siècle, notamment celles de Florence, Venise et Parme, ainsi que des influences du Caravage et des Carrache.
L’héritage du Caravage et des Carrache D'un point de vue stylistique, deux influences se distinguent dans la peinture italienne du début du siècle, inspirant les artistes tout au long du siècle.
La première d'entre elles, la peinture du Caravage (1571-1610), initie un mouvement pictural nommé le caravagisme. Le musée des Augustins conserve une copie d'après un original perdu du maître, peinte par l'un de ses suiveurs. Ce tableau, Saint François d'Assise en prière, intrigue par son support en pierre et reprend les caractéristiques de l’art du Caravage et de ses suiveurs : la lumière latérale, les traits figés d’une expression intense, la palette restreinte.
Antiveduto Gramatica (1571-1626) fut le contemporain du Caravage, qui a été son élève avant de devenir une influenceIdem, p.61-63.. La scène biblique qu'est la Sainte Famille au dévidoir avec Saint Jean laisse transparaître un classicisme éminemment bolonais teinté de caravagisme.
Le musée des Augustins conserve l'un des chefs-d'œuvre de Guido Reni (1575-1642), contemporain du Caravage : Apollon écorchant Marsyas. Entré dans la collection dès 1805, ce tableau est premièrement interprété comme inachevé en raison du contraste important dans les couleurs utilisées pour les carnations d’Apollon et Marsyas.
Un autre tableau de Guido Reni conservé dans les collections du musée représente Le Christ portant sa croix. Des éléments de ferronnerie au revers du panneau attestent son ancienne fonction de porte de tabernacle de l’église San Salvatore à Bologne. L’attribution de l'œuvre fait néanmoins l’objet de débats parmi les historiens de l’art.
Le deuxième mouvement influençant la peinture italienne au début du siècle provient de l’influence classicisante des Carrache de l'école de Bologne : les frères Annibale (1560-1609) et Agostino (1557-1602) et leur cousin Ludovico (1555-1619). Le musée des Augustins possède une œuvre d’après Annibale Carracche, La Cananéenne aux Pieds de Jésus. Copie d’une peinture originale au Palazzo del Comune de Parme, cette reproduction italienne contemporaine du peintre offre une peinture au sujet biblique, une composition d’un décor étudié d’après nature, et un naturalisme dans la représentation des plis ainsi que de l’anatomie des personnages.
La peinture italienne de 1630 à 1650