Le Campus de la Transition est un organisme de formation destiné à la transition écologique. Situé dans le village de Forges (Seine-et-Marne) en Seine-et-Marne, il a été fondé en 2018. Il a pour mission de transformer l'enseignement supérieur et les responsables d'aujourd'hui en vue d'une transition écologique et solidaire.

Historique

Château de Forges Le château de Forges a été édifié en 1778 par le baron André Charles Débonnaire sur des plans du célèbre architecte Pierre Desmaisons. Il fut racheté par le comte Michel l'Archange Duval du Manoir, qui y mit en œuvre une technique innovante de drainage des terres par des tuyaux en terre cuite, dont une partie est encore visible, qui lui valut un prix aux comices agricoles de 1846. Il passa ensuite aux mains de Jules Guichard, sénateur de l'Yonne et successeur de Ferdinand de Lesseps à la tête du canal de Suez. thumb|Château de Forges.

Les guerres laissent leur empreinte sur le château de Forges. En 1814, durant la Bataille de Montereau, des escarmouches se déroulent dans son parc. En 1870-71, des troupes allemandes y séjournèrent plusieurs mois. Durant la Première Guerre mondiale, il est transformé en hôpital militaire et y accueillit même un dispositif de radiologie médicale, où Marie Curie vint y soigner les blessés. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est réquisitionné par les troupes allemandes pour y stationner des troupes.

Il est vendu en 1948 à la Communauté des Religieuses de l'Assomption qui y créent un établissement scolaire catholique privé sous contrat avec l'État, disposant d'un internat, qui regroupe un collège et un lycée générale et technologique, en activité jusque 2016.

Une unité de formation par apprentissage (dite UFA de Forges) se maintient sur place et existe encore. Cet établissement scolaire accueille 75 apprentis préparant un CAP ou un Bac Pro dans le domaine du cheval. Cet établissement scolaire possède des bâtiments distincts de ceux du Campus de la Transition.

Ouverture du Campus de la Transition En 2018, le domaine de Forges est mis à disposition de Cécile Renouard par les Religieuses de l'Assomption, dont elle est membre depuis 25 ans. Nonobstant cette dimension religieuse, le Campus de la Transition se veut strictement laïc et a-confessionnel. Partant du constat que l'enseignement supérieur propose peu d'enseignement à la transition écologique - Le Shift project évoquant en 2019 le chiffre de 6% des établissements supérieurs - Cécile Renouard propose de créer un lieu destiné à la transmission des savoirs, savoir-faire et savoir-être nécessaires à la compréhension des enjeux, des leviers d'action possible et la mise en œuvre des valeurs d'une société en transition. Elle mobilise rapidement un ensemble de personnalités issues des milieux universitaires et scientifiques pour l'accompagner dans ce projet.

Plusieurs personnes s'y installent à l'été 2018, dont Cécile Renouard et le philosophe Xavier Ricard. Si des formations courtes et rencontres sont organisées dès 2018, le Campus ouvre vraiment ses portes aux étudiants à partir de 2019, notamment en lançant en mai sa formation immersive de deux mois le T-Campus. Le Campus profite des mobilisations autour du climat et notamment de la contestation étudiante formalisée par le collectif Pour un réveil écologique en 2018 pour attirer des jeunes chercheurs et des étudiants des grandes écoles qui y trouvent un lieu propice à mettre en cohérence leurs craintes sur l'avenir avec les leviers d'action dont leur formation les a dotés.

Ces premières années sont consacrées aux travaux urgents de réhabilitation du château, notamment pour améliorer son isolation thermique, mais aussi pour aménager les locaux en espaces pouvant accueillir des étudiants.

Fonctionnement Éco-lieu

Le Campus est basé dans un château d'une superficie de sur 3 étages, accompagné d'un bâtiment de 1000² destiné à la formation, de bâtiments de stockage et d'un domaine de 12 hectares composé de prés, vergers et forêts. Il est traversé par le Ru de l'Étang.

En tant qu'écolieu, il est membre de la coopérative Oasis depuis 2018. À ce titre, il respecte les 5 principes de ce mouvement qui regroupe plus de 1100 lieux dans toute la France : partage d'un espace d'habitation, gouvernance partagée, ouverture au territoire, recherche de la sobriété, production alimentaire sur place.

Ce sont ainsi environ 25 personnes qui vivent en permanence sur le site, avec une dizaine d'habitants de longue durée, des services civiques, des salariés qui y passent quelques jours et des bénévoles venus contribuer au fonctionnement du lieu pendant plusieurs semaines. Le lieu expérimente la sobriété avec un chauffage maintenu au minimum, incitant les occupants à privilégier la chaleur corporelle, ainsi que des espaces de vies réduits. Le low tech y est aussi de mise avec des expérimentations sur la cuisine solaire, les déplacements à vélo ou encore les douches solaires. Cela donne lieu à des travaux sur le low-tech en lien avec des écoles d'ingénieurs, ou encore une summer school organisée avec l'école polytechnique de Paris

Côté jardin, le Campus de la Transition possède un jardin potager cultivé en permaculture de , ainsi que des vergers et des poules, qui permettent de contribuer à la souveraineté alimentaire de l'établissement. La fertilité des sols est même assurée par les toilettes sèches, qu'elles soient alimentées par les biodéchets de cuisine ou les excréments des occupants.

Il est également labellisé fabrique de territoire en tant que tiers lieu rural.

Centre de formation

Le centre de formation est situé dans un bâtiment de bâti dans les années 1990 pour y accueillir le collège de l'établissement scolaire de l'Assomption. Il peut y accueillir des promotions de 48 élèves pour des séjours allant de quelques jours à plusieurs semaines. Ancien internat, le site dispose en effet de nombreuses chambres pouvant y accueillir les étudiants, tandis que les repas sont préparés sur place.

Une bibliothèque disposant de 4300 ouvrages sur le développement international, les politiques économiques, la philosophie, la sociologie et la transition écologique est ouverte aux étudiants.

Laboratoire de recherche

Le Campus accueille régulièrement des doctorants en résidence pour y mener leurs travaux et contribuer aux formations dispensées. Les travaux sur la sobriété, les low tech, la pédagogie de la transition font l'objet de diverses publications.

Modèle économique

En 2024, le Campus de la Transition annonce un budget de 1,9 million d'euros pour son exercice 2023. Parmi les recettes, les subventions comptent pour moins de 2% et représentent essentiellement des aides pour les services civiques, tandis que les dons, le mécénat et les réserves financières représentent près de 44% des produits d'exploitation. La partie formation, accompagnement et hébergement représente ainsi 54% des recettes. La présence régulière de bénévoles, venus découvrir la vie dans un écolieu et assister à des formations, permet d'assurer en partie l'entretien du site. En partie seulement, car la masse salariale représente 58% des dépenses, et se compose tout autant de formateurs que de personnel chargé de l'hébergement.

Cette dépendance au mécénat souligne la difficulté à mobiliser des financements auprès d'établissements d'enseignement supérieur eux-mêmes déjà en difficulté financière.

Partenariats En 2020, le Château de Forges bénéficie d'un financement de dans le cadre du Loto du patrimoine et d'une souscription initiée par la Fondation du Patrimoine, qui ont permis d'améliorer les performances énergétiques du bâtiment en réalisant des travaux urgents.

Le Campus revendique un partenariat avec de nombreux établissements d'enseignement supérieurs parmi lesquels l'Essec, l'École nationale des_ponts et chaussées, l'École centrale Paris, CY Cergy Paris Université, l'Institut national des études territoriales.

Gouvernance Le Campus de la transition est une association loi de 1901 à but non lucratif. Il fonctionne sur le modèle de la sociocratie pour respecter le principe de gouvernance ouverte propre aux écolieux du Mouvement Oasis et dispose ainsi de différents cercles liés aux pôles de salariés ou d'habitants.

Conseil Académique L'offre académique du Campus de la Transition est validée et supervisée par un conseil académique constitué de dirigeants d'entreprises, universitaires et de chercheurs reconnus dans différents domaines impactés par la transition écologique. On compte parmi eux Alain Grandjean, Loïc Blondiaux, Christophe Bonneuil, Dominique Bourg, Dominique Meda, etc.

Conseil Scientifique Opérant sur le plan stratégique de l'association, le Conseil Scientifique vise à évaluer son impact sur la formation aux enjeux de la transition écologique, tant auprès de l'enseignement supérieur qu'auprès du grand public. Il se compose de spécialistes du monde entier, parmi lesquels se trouvent , Gisou van der Goot, Eve Chiapello, .

Conseil d'administration Le Conseil d'administration du Campus de la Transition compte 11 membres, dont 3 sont membres du bureau. Cécile Renouard en est la présidente. Son organe exécutif est le comité de pilotage opérationnel au sein duquel siègent les membres du bureau ainsi que des représentants des différents pôles qui constituent le Campus, et notamment les habitants et salariés. Ce comité est dirigé par Cécile Renouard

Ce conseil d'administration est accompagné d'un comité éthique composé de 4 membres, anciens membres du conseil d'administration.

Méthodologie

Grande Transition Dans la Théorie générale des systèmes, le terme de « Grande Transition » désigne un processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre dynamique à un autre. Dans le contexte écologique et social, parler de transition consiste donc à chercher à passer d’une situation contemporaine marquée par des trajectoires insoutenables à un état des sociétés caractérisé par la soutenabilité et l’équité, vis-à-vis des générations présentes comme des générations futures.

En utilisant ce concept de Grande Transition, le Campus de la Transition affirme une vision systémique de son projet pédagogique. la transition n'est pas seulement écologique, mais aussi sociale, économique, culturelle, politique. C'est pourquoi elle se veut aussi juste. Cela s'incarne dans le slogan radical non marginal promu par Cécile Renouard, avec lequel elle exprime la volonté d'aller traiter les problèmes à la racine tout en cherchant à relier les mondes. Sans chercher à donner de la crédibilité à la rhétorique des entreprises, cette posture vise à les accompagner dans leur prise de conscience, à former des personnes qui seront amenées à y jouer un rôle de l'intérieur, tout en considérant également les besoins urgents des populations souffrant des effets du changement climatique.

Méthode des 6 portes Dans le cadre du Manuel de la Grande Transition, ouvrage publié en 2020 par le collectif FORTES, qui regroupe 70 universitaires, le Campus de la Transition a introduit la méthode des 6 portes. Ces portes sont autant d'angles d'approche pour envisager la transition depuis des perspectives différentes.

Oikos : qui repose sur le diagnostic de l'habitabilité de la Terre Ethos : pour définir des valeurs communes et vivre les uns avec les autres sous des institutions justes Nomos : où le focus est mis sur l'évaluation, la définition d'indicateurs pertinents pour guider l'action Logos : dont l'objectif est de retravailler les imaginaires, de stimuler l'esprit critique Praxis : pour favoriser le passage à l'action à des échelles individuelles, collectives et structurelles Dynamis : où les individus sont invités à se reconnecter à eux-mêmes, mais aussi à la nature.