Víctor Ruiz Albéniz (Mayagüez, Porto Rico, 1885 - Madrid, 1954) est un médecin, journaliste, essayiste et écrivain espagnol.
Orphelin dès son plus jeune âge, neveu du compositeur Isaac Albéniz, Ruiz Albéniz fit des études de médecine à Madrid, et fut ensuite embauché comme médecin par une compagnie minière opérant dans le nord-est du Maroc, non loin de Nador. Parallèlement, il collabora à des journaux madrilènes (au premier chef desquels Diario Universal et Informaciones), pour faire bientôt du journalisme son activité principale. Comme correspondant de guerre, il couvrit, par le biais de milliers d’articles, mais aussi par plusieurs ouvrages, les opérations militaires menées par l’Espagne au Maroc de 1909 à 1922, en particulier la guerre du Rif et la débâcle d’Anoual, s’efforçant d’exonérer de toute responsabilité dans cette dernière son ami le haut-commissaire Berenguer. Malgré le respect qu’il disait éprouver pour le particularisme rifain, il défendit les militaires dits « africanistes », qui préconisaient la manière forte dans l’instauration de la tutelle espagnole dans le Rif. Lors du coup d’État de 1936, il prit fait et cause pour les insurgés nationalistes et fut chargé d’assurer, pour le compte de l’état-major de Franco, la couverture journalistique et propagandiste des combats de la subséquente guerre civile (1936-1939). Honoré sous le franquisme, il poursuivit inlassablement ses activités de journaliste jusque peu avant sa mort. Polygraphe, il est l’auteur, outre de plusieurs milliers d’articles de presse, de nombreux ouvrages, dont notamment une série de recueils de chroniques narrant, avec des lunettes résolument franquistes, les opérations militaires de la guerre d'Espagne.
Biographie Origines familiales et vie personnelle Né à Mayagüez, sur l’île de Porto Rico, alors territoire espagnol, Ruiz Albéniz avait pour père le médecin Víctor Ruiz Rojo et pour mère Clementina Albéniz Pascual, inspectrice des études à l’Association pour l’instruction de la femme (en espagnol Asociación para la Enseñanza de la Mujer, sigle A.E.M.) et sœur aînée du compositeur Isaac Albéniz..
À la mort du père, la mère déménagea à Madrid avec ses deux enfants, Sara et Víctor. C’est dans cette ville que Víctor Ruiz Albéniz fut baptisé en 1886 et qu’il suivit ses premières études, à l’Institution libre d'enseignement, dont il garda un bon souvenir, non seulement des méthodes pédagogiques employées, mais aussi de ses enseignants, comme il l’écrira plus tard dans un article conçu en défense de cette institution.
Enfant précoce, il publia à l’âge de onze ans dans la revue La Avispa de Guadalajara un conte intitulé Rayo de Sol. Après qu’il eut publié d’autres textes dans des revues de Guadalajara, il fut nommé correspondant à Madrid de la section jeunesse du journal La Crónica, de Guadalajara. Ses véritables débuts de journaliste, avec rémunération mensuelle régulière, sont à situer au sein du journal madrilène Diario Universal, où il tenait une rubrique estudiantine.
Tout en poursuivant sa collaboration à Diario Universal, Ruiz Albéniz entreprit des études de médecine, qu’il acheva en 1907. Ayant obtenu, par l’entremise du comte de Romanones, un poste de médecin dans les mines de Beni Bou Ifrour-Ouixane (situées dans le nord-est du Maroc, à une dizaine de kilomètres au sud-sud-ouest de Nador), il s’embarqua en pour Melilla. Grâce à l’amitié qu’il avait nouée avec Bou Hamara el-Roghi, il eut l’autorisation de parcourir tout le territoire et put ainsi se familiariser avec le mode de vie, la manière de penser et la singularité des autochtones, qui le désignaient par le surnom d’El Toubib Arroumi (El Tebib Arrumi, dans la graphie castillane), soit « le médecin chrétien », désignation dont il devait plus tard faire son nom de plume pour ses chroniques de guerre. En , il sollicita de son employeur la permission de se rendre à Madrid pour y obtenir son doctorat en médecine. Le même mois, l’état de santé de son oncle Isaac Albéniz se détériorant rapidement, Ruiz Albéniz se rendit à son chevet à Cambo-les-Bains pour un ultime échange émotionnel.
Ruiz Albéniz épousa en 1910 à Madrid Julia Gallardón y Gutiérrez (1902-1977), avec qui il eut sept enfants, dont le professeur José María Ruiz Gallardón et l’homme politique franquiste Rafael Ruiz Gallardón ; il était le grand-père de l’avocat et homme politique (étiqueté Alliance populaire) Alberto Ruiz-Gallardón. Julia Gallardón était une amie de l’épouse de l’entrepreneur Juan March. Le couple demeura d’abord à Madrid pendant de longues années, avant de déménager à Salamanque dans les premiers mois de la guerre civile, après la conquête du Pays basque par les troupes nationalistes.
En 1912, Ruiz Albéniz s’était affilié au Parti réformiste, alors nouvellement fondé par Melquiades Álverez, et s’était fait membre la même année de l’Association de la presse de Madrid.
En , se rendit à Alger pour prendre part au Congrès sur la colonisation rurale, où il présenta une conférence intitulée « Monographie sur la colonisation rurale au Maroc espagnol », qui sera primée et reprise en traduction française dans un ouvrage collectif.
En , Ruiz Albéniz apporta son concours à la tentative (réussie) d’évasion de Juan March, incarcéré depuis par les nouvelles autorités républicaines pour malversation. Grâce à des complicités dans le personnel pénitentiaire, March réussit à s’échapper de la prison d’Alcalá de Henares et à rejoindre subrepticement Gibraltar en voiture, puis de là, accompagné de Ruiz Albéniz, Marseille en bateau.
Pendant sa période de correspondant de presse au Maroc en 1917, il avait fait la connaissance de Franco, quand celui-ci avait . Son fils Alberto était phalangiste, connu sous le surnom d’El Barón et entièrement dévoué à José Antonio Primo de Rivera.
Parcours professionnel Aperçu Dans le Maroc espagnol, où il exerçait comme médecin à la Compañía Española de Minas del Rif, il avait, écrivant sous le pseudonyme de El Tebib Arrumi, acquis peu à peu une renommée comme journaliste... Il couvrait, au titre de correspondant de guerre pour les journaux Diario Universal (dont il deviendra rédacteur en chef et sous-directeur de 1912 à 1924) et Informaciones (qu’il allait diriger de 1924 à 1936), les guerres menées par l’Espagne au Maroc de 1909 à 1922. Il contribua aussi par des articles au journal mélillien El Telegrama del Rif, collabora comme rédacteur à El Liberal (entre 1911 et 1912), à El Debate, à El Liberal de Bilbao et à La Nación de Buenos Aires, et fut directeur de la Hoja del Lunes (organe de la municipalité de Madrid) de 1939 à 1944..
Parallèlement, féru de tauromachie, il pratiqua la critique taurine sous le nom de plume Don Sincero dans les colonnes du même Diario Universal. et cofonda en 1909 l’Association non lucrative d’entraide mutuelle pour toreros, dont il fut inspecteur médical en chef.
Lors d’une opération chirurgicale, il se fit une coupure accidentelle à la main et dut cesser ses activités de chirurgien.
Activité journalistique au Maroc : campagnes de 1909 Ruiz Albéniz se targuait d’avoir vécu « dans l’intérieur du Rif avant tout autre Espagnol ».. Depuis le début des campagnes militaires espagnoles au Maroc, Ruiz Albéniz n’avait cessé de publier des articles dans Diario Universal sur les prémisses, les circonstances et les causes de la guerre. Le , il s’était transporté à Melilla, à titre de correspondant envoyé par Diario Universal, et participa comme journaliste embarqué aux opérations du colonel Larrea à Kebdana en , puis à l’opération de Tachdirt, embarqué cette fois au sein de l’état-major du général Marina. Revenu en métropole le , il s’attela aussitôt à rédiger son premier livre : La verdad de la guerra. La Campaña del Rif.
En 1910, il accompagna à Melilla le ministre de l’Équipement, Rafael Gasset, et sa commission d’experts, chargés de réaliser des études en vue de faire du Rif une zone de prospérité.
En 1925, il devint rédacteur en chef du journal Informaciones, qui sera son employeur jusqu’au commencement de la guerre civile en . En , le journal fut acquis par Juan March, point de départ d’une amitié durable, les deux amis passant souvent leurs vacances conjointement à Saint-Sébastien.
Guerre du Rif et bataille d’Anoual En , Ruiz Albéniz se rendit à Melilla comme correspondant de guerre afin de rendre compte des événements d’Anoual de juillet-. En , il retourna dans le Maroc espagnol, dans la zone occidentale cette fois, pour couvrir les actions militaires qui s’y déroulaient. En , il se rendit pour le compte du journal Diario Universal à Ceuta, Tétouan et dans la zone de Oued Laou.
Pendant la guerre du Rif, il figura comme défenseur de Sanjurjo, de Millán-Astray et, de façon générale, du groupe des militaires dits « africanistes », et glorifiait les militaires tout en flétrissant le gouvernement espagnol.
Outre d’une profusion d’articles de presse, Ruiz Albéniz est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la situation marocaine, dont en particulier España en el Rif en 1921 et Las responsabilidades del desastre. Ecce homo en 1922. Dans España en el Rif, il affirme que « dans le nord africain, les mohamétans avaient un esprit de transigeance et de tolérance religieuse que nous aimerions bien voir chez nous, dans notre Espagne civilisée ». et signale qu’ils n’étaient « ni religieux, et beaucoup moins encore des fanatiques ».. Ce nonobstant, l’islam agissait comme un principe intégrateur, comme source de valeurs partagées ; en effet, bien que « le Rifain ne connaisse que médiocrement le Coran, la loi de celui-ci est sacrée ». Il dénonça l’incompréhension et le manque de respect des militaires espagnols envers la population autochtone :
Ecce Homo est un texte apologétique, où l’auteur absout le haut-commissaire Berenguer de toute responsabilité dans la débâcle militaire espagnole d’Anoual. Après l’événement, et alors qu’une commission d’enquête judiciaire, avec à sa tête Juan Picasso, avait été désignée pour définir les responsabilités, c’est Ruiz Albéniz qui mit son « bon ami » Berenguer au courant des rumeurs qui couraient à Madrid sur son inculpation prochaine., affirmant qu’il y avait eu une « manœuvre » et qu’un « complot » se tramait contre lui.. En écrivant dans son ouvrage que « le commandant en chef d’une armée en opération [savoir : Berenguer] avait à ses côtés un juge qui était contre lui », Ruiz Albéniz se faisait textuellement l’écho de la complainte formulée peu avant par Berenguer..
En grand admirateur de Berenguer, Ruiz Albéniz met en évidence que celui-ci « ne s’énervait pas […], ne se démontait pour rien », ce qui suscitait chez beaucoup un sentiment de « désespoir devant la ferme et tenace impassibilité ».. Il souligne que Berenguer « a toujours compris que notre action au Maroc ne pouvait être ni politique ni militaire, mais un mélange pondéré des deux systèmes », et dénonce les entraves à son œuvre qu’ont constitué le souci du gouvernement de ne pas engager de troupes métropolitaines et l’obstruction permanente de la Section du Maroc au ministère des Affaires étrangères.. A contrario, Ruiz Albéniz incrimine le relâchement dans la place forte de Melilla et la personnalité par trop téméraire et impulsive du commandant-général Silvestre.
Guerre civile (1936-1939)