L'Angleterre utilise le calendrier julien jusqu'en 1752 alors que la France adopte le calendrier grégorien à partir de 1582. Dans cet article, les dates du calendrier julien sont suivies de (*).

John Churchill, né le à Musbury en Angleterre et mort le à Cumberland Lodge en Angleterre, comte puis duc de Marlborough, est un général et homme politique anglais dont la carrière s’étend sur le règne de cinq monarques du .

D’abord page à la cour de la maison Stuart, il sert loyalement le duc d'York au cours des et au début des , gagnant promotions militaires et politiques par son courage et son habileté diplomatique. Son rôle dans la défaite de la rébellion de Monmouth en 1685 contribue à l’accession de au trône, mais Churchill abandonne trois ans plus tard son mentor catholique pour les protestants hollandais et Guillaume d'Orange. Récompensé pour son aide à l’accession au trône de avec le comté de Marlborough, il se distingue dans les premières années de la guerre de Neuf Ans ; cependant, la persistance du jacobitisme provoque sa chute et son emprisonnement temporaire à la tour de Londres. Ce n'est qu'à l’arrivée sur le trône de la reine Anne, en 1702, que Marlborough atteint l'apogée de ses pouvoirs et s'assure gloire et fortune.

Son mariage avec Sarah Jennings, amie intime de la reine, lui assure en premier lieu le poste de commandant en chef des forces britanniques, puis la transformation de son comté en duché. Devenu de facto chef de file des forces alliées pendant la guerre de Succession d'Espagne, ses victoires sur les champs de bataille de Blenheim (1704), Ramillies (1706) et Audenarde (1708) le font rentrer dans l'histoire comme l'un des grands généraux d'Europe. En , à cause de sa relation orageuse avec la reine, Sarah est mise à l'écart de la Cour. Quelques mois plus tard, même s'il a apporté gloire et succès au règne, Marlborough perd ses fonctions pour d'autres raisons. À son retour en Angleterre en 1714, il reprend de l'influence avec l'arrivée au pouvoir de la maison de Hanovre et l'avènement de à la couronne britannique en 1714, mais à la suite d'une série d'attaques cérébrales, sa santé se détériore progressivement et il meurt le .

L'ambition insatiable de Churchill l'a propulsé de l'obscurité au-devant de la scène dans les affaires britanniques et européennes, faisant de lui le plus riche de tous les sujets de la reine Anne. Ses liens familiaux lui ont apporté un réseau de relations sur la scène européenne (sa sœur Arabella est devenue la maîtresse de et leur fils, le duc de Berwick, l’un des plus grands maréchaux de ). Tout au long des dix campagnes consécutives de la guerre de Succession d'Espagne, Marlborough réussit à former et tenir une coalition discordante par la seule force de sa personnalité, permettant aux armées britanniques d'atteindre un niveau qu'elles n'avaient plus connu depuis le Moyen Âge. Même s'il ne peut obtenir la capitulation totale de ses ennemis, ses victoires font de la Grande-Bretagne une grande puissance européenne, lui assurant ainsi une prospérité croissante au cours du .

Jeunesse

vignette|upright=2.0|Arbre généalogique du de Marlborough, avec les armoiries de la maison Churchill. Puisque le meurt sans descendant mâle, sa fille Henrietta devient la de Marlborough. Lorsqu'elle meurt en 1733, Charles Spencer (fils d'Anne) devient le de Marlborough.

Premières années

À la fin de la Première révolution anglaise en 1651, qui a vu arriver Cromwell au pouvoir, Lady Eleanor Drake reçoit à son domicile de Ashe HouseAshe House se trouve dans la paroisse de Musbury, dans le Devon. sa troisième fille Élisabeth et son mari, Winston Churchill. Contrairement à sa belle-mère qui a soutenu la cause parlementaire, Winston a combattu du côté des perdants et il a, comme tant d'autres cavaliers, été contraint de s'acquitter d'un dédommagement de et . Même si Winston a payé l'amende dès 1651, le capitaine des Cavaliers, dont la devise Fiel pero desdichado (« fidèle, mais malheureux ») est encore utilisée aujourd'hui par ses descendants, reste très pauvre.

Winston Churchill et Élisabeth ont au moins neuf enfants, dont quatre meurent en bas âge. Leur fille aînée Arabella naît le ; le fils aîné John naît le (*). Ils ont deux petits frères : George (1654-1710), qui deviendra Admiral de la Royal Navy, et Charles (1656-1714), futur général qui sert avec John lors de la campagne en Europe. Peu de choses sont connues de l'enfance de John Churchill. Le fait de grandir dans des conditions difficiles à Ashe House, avec des tensions familiales, a peut-être laissé une marque durable sur le jeune Churchill. L'homonyme de son père, le biographe et descendant de John, et célèbre homme d'État britannique Winston Churchill, a affirmé : ..

Après la restauration du roi en 1660, la situation financière de l'aîné des Churchill s'améliore même si elle reste loin de la prospérité.. En 1661, Winston devient député de Weymouth et, comme marque de la faveur royale, il est récompensé pour les pertes qu'il a subies lors de la lutte contre les « Parlementaires » pendant la guerre civile. Ainsi est-il nommé Commissaire aux revendications territoriales irlandaises à Dublin en 1661. Quand Winston part pour l'Irlande l'année suivante, son fils John est inscrit à l'école gratuite de The King's Hospital à Dublin mais, en 1664, à la suite du rappel de son père au poste de greffier subalterne affecté au contrôle de la maison du roi à Whitehall, John se retrouve à la St Paul's School de Londres. La mauvaise situation financière du roi fait que les anciens cavaliers reçoivent peu d'argent en récompense de leur fidélité, mais le monarque est prodigue avec ce qu'il peut offrir et qui ne lui coûte rien : des postes à la cour pour leur progéniture. C'est ainsi que, en 1665, Arabella devient dame d'honneur d'Anne Hyde, la duchesse de York, rejointe quelques mois plus tard par son frère John, en tant que page de son mari, Jacques, duc d'York..

Premières expériences militaires

vignette|redresse|James, duc d'York par Peter Lely, 1665. Le futur Jacques II d'Angleterre est l'un des premiers protecteurs de Churchill.

La passion du duc d'York pour les armées terrestres et navales déteint sur le jeune Churchill. Il accompagne souvent le duc lors de ses inspections des troupes dans les parcs royaux et envisage très vite de devenir soldat.. Le (*), il obtient un poste d'enseigne dans la compagnie du roi, la qui deviendra plus tard les Grenadier Guards.. Sa carrière s'accélère quand, en 1668, Churchill s'embarque pour Tanger, avant-poste de l'Afrique du Nord récemment obtenu par la dot de Catherine de Bragance, épouse portugaise de . Loin des fastes de la Cour, Churchill y passe trois ans, effectuant ses premières classes de formation tactique et d'expérience du terrain lors d'escarmouches avec les Maures.

De retour à Londres en , ses traits et ses manières attirent rapidement l'attention dévorante de l'une des maîtresses les plus célèbres du roi, Barbara Villiers, duchesse de Cleveland. Sa liaison avec cette séductrice insatiable s'avère dangereuse. On raconte qu'une fois, à l'arrivée du roi, Churchill a juste le temps de sauter du lit de sa maîtresse et de se cacher dans un placard, mais le roi, expérimenté en la matière, découvre le jeune Churchill qui tombe rapidement à ses genoux ; .. L'histoire est peut-être apocryphe (une autre version raconte que Churchill a sauté par la fenêtre), mais il est largement admis qu'il est le père de Barbara, la fille de la duchesse, née le (*).

vignette|gauche|La bataille de Solebay par Willem van de Velde le Jeune. Churchill y apprend les incertitudes et les hasards de la guerre sur mer..

En 1672, Churchill prend à nouveau la mer et, le , lors de la bataille de Solebay contre la Marine néerlandaise au large du Suffolk, son comportement valeureux à bord du lui vaut d'être promu capitaine du régiment de l'Amirauté. L'année suivante, il gagne encore une citation élogieuse lors du siège de Maastricht après s'être distingué avec un commando de trente hommes qui vont, successivement, prendre et défendre avec succès une partie de la forteresse. Au cours de cette opération, on crédite Churchill d'avoir sauvé la vie du duc de Monmouth ; lui-même est légèrement blessé, mais gagne encore la reconnaissance de la maison Stuart, ainsi que celle de la maison de Bourbon. Le roi en personne salue l'acte. Churchill acquiert une réputation enviable de courage physique ainsi que l'estime des soldats..

Même si la majorité parlementaire britannique anti-française a forcé l'Angleterre à se retirer de la guerre franco-néerlandaise en 1674, quelques régiments anglais sont restés au service des Français. En avril, Churchill est nommé colonel d'un de ces régiments qui, par la suite, servent avec le maréchal de Turenne. Il est présent à la bataille de Sinsheim en et à celle d'Ensheim en octobre ; il semble aussi qu'il ait été présent à la bataille de Salzbach en , bataille où Turenne est tué.. Pendant ces campagnes, il perfectionne son art militaire au contact du maréchal français.

Mariage avec Sarah Jennings

vignette|redresse|Sarah Churchill, duchesse de Marlborough. Portrait attribué à Godfrey Kneller.

À son retour au palais Saint James, Churchill a son attention attirée vers d'autres sujets et notamment un nouveau visage à la Cour. , plaide-t-il dans une lettre à Sarah Jennings, .. Les origines sociales de Sarah Jennings sont, à bien des égards, similaires à celles de Churchill : petite noblesse endettée et réduite à la pauvreté. Après la mort de son père alors qu'elle a huit ans, Sarah, avec sa mère et ses sœurs, s'installent à Londres. Les Jennings sont de fervents royalistes (même si le grand-oncle de Sarah, James Temple, a été reconnu coupable de régicide) et leur loyauté à la couronne, comme celle des Churchill, se voit récompensée par un emploi à la Cour : en 1673, Sarah a suivi sa sœur Frances à la résidence de la duchesse d'York, Marie de Modène, seconde épouse de Jacques, duc d'York..

Sarah a environ quinze ans quand Churchill revient du continent en 1675 et il semble avoir été presque immédiatement captivé par ses charmes et ses bonnes manières. Elle reçoit, paraît-il, les lettres d'amour de Churchill avec beaucoup de méfiance. Comme sa première maîtresse, Barbara Villiers, a transféré sa résidence à Paris, Sarah nourrit des doutes sur les intentions de Churchill : il pourrait vouloir en faire sa maîtresse plutôt que sa fiancée.. Cependant, la cour persistante au cours des mois suivants lui permet de remporter le cœur de la belle et pauvre demoiselle d'honneur. Winston Churchill aurait désiré que son fils épouse la riche Catherine Sedley (probablement pour alléger la fardeau de sa dette), mais le colonel Churchill épouse discrètement Sarah dans le courant de l', peut-être dans les appartements de la duchesse d'York..

Les années de crise (1678-1700)

Au service diplomatique de la Couronne