L’expédition espagnole de Tlemcen, également connue sous le nom de guerre de Tlemcen, a été menée par le comte d'Alcaudete entre le et le dans le but de renverser le roi zianide Abû Zayyan III et de le remplacer par Abu Abdallah VI. L’expédition fut un succès et Abu Abdallah VI fut restauré sur le trône en tant que vassal espagnol.
Contexte Abu Muḥammad II, roi de Tlemcen, mourut en 1540 et laissa deux fils : Abu Abdallah VI et Abû Zayyan III. Le premier, étant l’aîné et l’héritier légitime, fut proclamé sultan sous le nom d'Abu Abdallah VI. Cependant, le second, qui bénéficiait du soutien des Ottomans, des marabouts et de plusieurs cheikhs, n’hésita pas à défendre ses prétentions par les armes et, en peu de temps, renversa Abu Abdallah VI et prit sa place sous le nom d’Abu Zayyan III.
Le sultan déchu se réfugia à Oran espagnole, où il fut bien accueilli par le comte d'Alcaudete. Le gouverneur d’Oran lui promit de le rétablir sur le trône, et Abu Abdallah s’engagea en échange à reconnaître la suzeraineté de la Couronne d’Espagne s’il retrouvait son pouvoir. Charles Quint approuva ces conditions et, en 1542, le comte d'Alcaudete commença les préparatifs de la campagne.
Préparations L’expédition devait être menée sans le soutien de Charles Quint, principalement parce qu’il ne souhaitait pas engager de nouvelles campagnes après l'expédition d'Alger de 1541, qui s’était soldée par un échec. En conséquence, le comte d'Alcaudete dut assumer lui-même toutes les dépenses.
Le , il se rendit en Espagne pour organiser les préparatifs et recruter des troupes. La majorité des soldats furent recrutés dans le sud de l’Espagne, en particulier en Andalousie, et plusieurs parents du comte d'Alcaudete lui apportèrent leur aide, notamment Martin de Córdoba, Diego Ponce de León et Alonso de la Cueva. Les fils du comte, Francisco et Martin, furent envoyés à Málaga et Cartagena pour se procurer des provisions. Finalement, toutes les troupes furent rassemblées à Cartagena et embarquèrent pour Oran le . En cours de route, une tempête força certains navires à accoster temporairement au port de Jub (sur la côte espagnole), mais le reste de la flotte atteignit directement l’Afrique du Nord.
Arrivée à Oran La Capitana (le navire à bord duquel se trouvait le comte d'Alcaudete) parvint à atteindre Mers El-Kébir le , suivi par le reste de la flotte un peu plus tard. Certains navires durent débarquer à Arzew en raison de la tempête, mais ils furent bloqués par les Maures. Le comte envoya alors son fils, Alonso, à leur secours, et ils finirent par les repousser.
Organisation de l'armée Une fois l’armée rassemblée, le comte commença à nommer les officiers chargés des commandements importants : Alonso de Villaroel fut désigné , Melchior de Villaroel , et Juan Pacheco reçut le commandement de la cavalerie aux côtés de son frère, Don Mendo, et de Juan de Villaroel. Deux de ses fils, Francisco et Alonso, accompagnèrent le comte, tandis qu’il confia le gouvernement d’Oran à son plus jeune fils, Martin. Alonso négocia avec les chefs arabes qui avaient précédemment soutenu Abu Abdallah VI afin d’obtenir des ressources, mais sans succès.
Le roi de Tlemcen, Abû Zayyan III, tenta de convaincre le comte d’annuler son expédition en échange d’une somme d’argent. Le , il lui offrit ducats, puis le , il porta son offre à ductas. Cependant, tout était déjà prêt pour la campagne.
Expédition Premiers mouvements Finalement, le , l'armée quitta Oran avec fantassins et entre et cavaliers. Dès le lendemain, la pluie commença à tomber, rendant la marche difficile. Les Espagnols, probablement à cause d’un manque de fonds, ne disposaient d’aucune bête de somme. Chaque soldat devait porter un sac contenant des vivres pour huit jours, seuls le comte et les officiers transportaient leur nourriture sur leurs chevaux. À cause de ces conditions, ils furent contraints d’abandonner leur artillerie. Malgré tous ces problèmes, le comte décida de ne pas retarder l’expédition, craignant de gaspiller davantage de ressources. La pluie dura presque trois jours d’affilée.
Après l’accalmie, l’armée établit son campement dans les jardins de Tensalmet, à l’ouest de Misserghin. C’est alors qu’ils se rendirent compte qu’ils étaient surveillés par des Arabes, bien qu’aucun affrontement ne se produisit immédiatement. Le lendemain, la marche reprit. Un soldat espagnol, qui s’était arrêté pour se reposer malgré les avertissements du comte d'Alcaudete, fut capturé et décapité par l’ennemi.
Le , l’armée traversa le Ziz et, quelques jours plus tard, s’arrêta pour nettoyer ses armes. À la tombée de la nuit, ils aperçurent soixante lanciers sur une colline. Malgré les ordres du comte d’Alcaudete, Martín de Córdoba et plusieurs soldats chargèrent contre eux. Cependant, les lanciers prirent la fuite avant qu’un combat ne puisse éclater. Parmi eux se trouvait Ibrahim, l’un des principaux chefs de l’armée de Tlemcen et caid, qui échappa de peu à la capture.
Premier engagement Voyant l’avancée des Espagnols, le roi de Tlemcen demanda de l’aide à la Régence d’Alger et signa un traité avec Hasan Agha, mais ne reçut que peu de soutien de leur part. Ce furent les populations locales qui vinrent à son secours, apportant plusieurs contingents arabes et berbères sous le commandement d’Al-Mansour ben Bogani. L’armée se regroupa et se prépara à défendre la route menant à Tlemcen, de l’autre côté de l’Isser, tandis que certains soldats furent envoyés pour retarder l’arrivée des Espagnols.
Le , les Espagnols aperçurent un grand nombre d’ennemis approchant "à une distance suffisamment proche pour pouvoir leur parler". Ces derniers semblaient particulièrement menacer l’arrière-garde, si bien que le comte d’Alcaudete envoya Martín de Córdoba et Francisco pour protéger l’armée de ce côté. Un détachement de cavaliers, commandé par Diego Ponce de León, ainsi qu’une compagnie d’infanterie légère armée d’escopettes et d’arbalètes, furent déployés.
Les forces ennemies comptaient environ lanciers et entre et fantassins. Les troupes d’Al-Mansour ben Bogani, probablement plus nombreuses que celles de Tlemcen, tentèrent de couper la retraite des Espagnols, tandis que le comte d’Alcaudete affrontait Ibrahim à l’avant-garde. L’armée espagnole se trouvait encerclée par des montagnes occupées par les forces arabes.
Le comte repoussa rapidement l’ennemi devant lui, tandis qu’Alonso de Villaroel attaqua sur le flanc avec cavaliers. Cependant, ils ne purent poursuivre leurs adversaires, car le terrain boueux était trop dangereux pour leur cavalerie.
Vers trois heures de l’après-midi, Al-Mansour ben Bogani ordonna l’attaque. Les Espagnols ripostèrent tour à tour, mais étant trop peu nombreux, ils demandèrent du renfort au comte d’Alcaudete. Ce dernier, comprenant la situation, envoya lanciers et fantassins légers. Avec l’arrivée de ces renforts, les Arabes furent finalement contraints de battre en retraite.
Marche vers la rivière Après cette bataille, les Espagnols poursuivirent leur avancée à un rythme rapide. Le comte voulait profiter de sa victoire pour traverser l’Isser à Tlemcen de nuit, estimant qu’une progression assez rapide empêcherait toute résistance. Cependant, la pluie se mit à tomber à nouveau.
À cause de la boue et de l’obscurité, les Espagnols perdirent une grande quantité de bagages et de chevaux, ce qui sema un grand désordre dans leurs rangs. L’opération dut alors être annulée, et le comte d’Alcaudete ordonna d’installer un campement.
Le lendemain matin, le comte apprit qu’Al-Mansour ben Bogani l’attendait de l’autre côté de la rivière "avec toutes les forces de son royaume".
Les Espagnols, probablement trop confiants après leur première victoire, accueillirent cette nouvelle avec enthousiasme, persuadés qu’ils l’emporteraient à nouveau. L’armée se mit en marche vers huit heures et atteignit rapidement les rives de la rivière. Là, ils aperçurent la grande armée arabo-berbère. Avant d’engager la traversée, le comte décida de réorganiser ses troupes.
Bataille de l'Isser (Tlemcen) Organisation de l'armée espagnole Il ordonna à Alonso de Villaroel de placer des escadrons de cavalerie sur les quatre côtés de l'armée, en plus des compagnies d'infanterie. Deux escadrons devaient entourer le convoi de droite à gauche ; l'avant-garde était précédée de cavaliers ; à l'arrière-garde, un escadron couvrait l'arrière en rejoignant ceux des flancs. En dehors du corps principal, le comte plaça des tirailleurs entre les lignes de piquiers chargés de les protéger contre les charges ennemies.
Dans l'avant-garde se trouvaient hommes, dont fantassins. Ils étaient armés de piques, à l'exception de 15 qui portaient des arquebuses ou des arbalètes ; leurs chefs étaient Alonso Hernandez de Montemayor, légèrement blessé la veille, et Luis de Rueda, major d'Oran. L'infanterie de l'aile droite était commandée par un neveu du comte, Don Mendo de Benavidès, et celle de l'aile gauche par Alonso de Villaroel. Enfin, à l'arrière-garde se trouvaient le fils aîné du général, Alonso, et Juan de Villaroel. Le reste de la cavalerie accompagnait le comte.
Bataille Après ces réajustements, l'armée se mit en marche vers l'Isser, gonflé par les pluies. À ce moment-là, l'ennemi attaqua, mais le mouvement ne fut pas interrompu. Après une prière commune, l'avant-garde se hâta au son des trompettes et traversa le gué « comme par un pont », bien que les fantassins aient été immergés jusqu'aux épaules.
Les chefs passèrent en premier et, dès qu'ils furent de l'autre côté de la rivière, les Espagnols chargèrent l'ennemi et le poursuivirent jusqu'au sommet de la montagne surplombant l'Isser. Là, l'avant-garde s'arrêta ; une trentaine d'ennemis furent tués et plusieurs capturés. Pendant ce temps, le comte protégeait le passage du reste de l'armée avec un millier d'hommes placés au pied de la montagne. L'ennemi, déconcerté par la rapidité de cette attaque victorieuse, n'osa plus disputer le terrain, et l'armée espagnole poursuivit sa route jusqu'à Tibda, où elle occupa une forteresse près de la rivière.
Arrivée des Espagnols à Tibda L'armée passa la nuit à Tibda, où elle subit de nombreuses attaques, toutes vaines. Après que les troupes se furent reposées, elles reprirent la marche. En pleine progression, elles furent de nouveau attaquées par un grand nombre d'Arabes. À partir de ce moment, le comte d'Alcaudete interdit strictement à ses hommes de s'éloigner de l'armée sous quelque prétexte que ce soit.
À la tombée de la nuit, le comte décida d'établir son camp très près de l'armée ennemie. C'est là qu'il reçut la nouvelle que le roi de Tlemcen, Abû Zayyan III, allait à sa rencontre. Le comte le défia alors au combat.
La défaite d'Al-Mansour ben Bogani avait inquiété la population de Tlemcen et, entre le 4 et le , certains habitants quittèrent la ville avec leurs familles et leurs biens avant de revenir combattre les Espagnols. Le lendemain, le comte apprit que le roi avait accepté le défi et marchait vers lui avec une armée de hommes et Turcs de la Régence d'Alger.
Bataille de Hauda ben Djafar Organisation des armées Le comte décida d’organiser son armée de manière similaire à celle adoptée lors de la traversée de l’Isser. Il plaça deux escadrons de chaque côté de l’avant-garde et confia leur commandement à Alonso et Juan de Villaroel. Entre ces escadrons, il positionna la moitié de son infanterie, accompagnée de quelques cavaliers et des étendards. Comme lors de la précédente bataille, il plaça des tirailleurs en première ligne.
Lui-même prit position au centre avec le reste de sa cavalerie, soit environ lances. Sur les flancs, se trouvaient fantassins légers. Enfin, à l’arrière-garde, qui cette fois ne semblait pas vouloir soutenir l’effort principal, le général envoya son fils Francisco pour remplacer Martín de Córdoba, qui avait demandé à combattre aux côtés du comte.