Mary Wortley Montagu, née Lady Mary Pierrepont le à Londres où elle est morte le , est une femme de lettres et épistolière britannique, pionnière dans la vaccination contre la variole.

Biographie Fille aînée d'Evelyn Pierrepont ( duc de Kingston-upon-Hull), KGThe History and Antiquities of Windsor, Rev. Joseph Pote, p. 315 (1749)www.royalcollection.org.uk, et de Lady Mary Feilding, fille du comte de Denbighwww.thepeerage.com, elle fut baptisée le , soit onze jours après sa naissance« Wortley Montagu, Lady Mary » par Isobel Grundy l'Oxford Dictionary of National Biography (2004).. Enfant précoce, elle apprit seule le latin Eric Rothstein, Restoration and Eighteenth-Century Poetry 1660-1780, New York, Routledge, 2014, 256, , .. Lady Mary devint très tôt importante parmi les milieux intellectuels de Londres et fut très proche de Sir Richard Steele ou Addison.

Après deux ans d'hésitation et d'échanges épistolaires passionnés durant lesquels, selon Lytton Strachey, « il n'y eut guère de moment où l'un ou l'autre ne fut pas sur le point de rompre définitivement », elle s'enfuit avec Sir Edward Wortley-Montagu, MP (1678–1761)www.historyofparliamentonline.org, petit-fils du de Sandwich, qu'elle épousa en 1712 malgré l'opposition de son père.

Voyage dans l'Empire ottoman vignette|gauche|Portrait de Lady Montagu par Samuel Freeman. Sir Edward fut nommé ambassadeur britannique auprès de l'Empire ottoman en 1716. Comme elle avait eu la variole, dont elle avait gardé des séquelles, et qu'elle se sentait fiévreuse à la suite de la naissance de leur premier enfant, elle décida de l'accompagner, espérant qu'un changement de climat lui ferait du bien. Le fait n’avait rien de nouveau, l'ambassadeur britannique à Constantinople étant le plus souvent accompagné de son épouse et de leurs enfants depuis le début du Geoffrey R. Berridge, British Diplomacy in Turkey, 1583 to the present, Leyde, Martinus Nijhoff, 2009, , lire en ligne. Ils passèrent par Rotterdam, d'autres parties des Pays-Bas, le Saint-Empire dont Vienne, puis Andrinople pour enfin atteindre Istanbul, un an après être partis de Londres. Ils séjournèrent à Péra pendant .

À cette occasion, Lady Mary développa d'importants échanges épistolaires qui furent publiés pour la première fois en 1763 sous forme de recueil intitulé Turkish Embassy Letters. Sa position exceptionnelle de femme voyageuse, ainsi que de personne désintéressée, lui permit de se rapprocher des femmes ottomanes et de celles présentes dans les sérails. Elle fit une description sans jugement de leur mode de vie qui renouvela le regard occidental sur ces populations par rapport aux récits précédents majoritairement masculins.

Variolisation Lady Mary découvrit lors de ce séjour la technique de la variolisation (d'origine chinoise, arrivée en Turquie la route de la soie)Dictionnaire de l'Empire ottoman Fayard 2015 , l'ancêtre de la vaccination contre la variole mise au point soixante ans plus tard par le Edward Jenner. En , elle fit inoculer son fils avec succès par le chirurgien de l'ambassade .. Les Montagu quittèrent ensuite la Turquie à regret. Le trajet du voyage de retour passa par la Grèce et l'Afrique du Nord.

À son retour à Londres où sévissait une épidémie de variole, Lady Mary fit varioliser sa fille âgée de par le même docteur en présence de médecins de la Cour royale, le . Lady Mary joua ainsi un rôle important dans la lutte contre la variole et le développement de la variolisationCatriona Seth, Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Desjonquères, 2008.Lise Barnéoud, Immunisés ? ed. Premier Parallèle, 2017, page 28.

Voyages en Europe Son mariage avec Sir Edward Wortley-Montagu se révéla finalement un échec et les deux amants se détachèrent progressivement, jusqu'à « une indifférence presque absolue ». En 1738, elle fit la connaissance d'un poète et dandy italien, le comte Francesco Algarotti, dont elle tomba amoureuse, entrant alors en compétition avec le Hervey pour l'amour du comte Algarotti Roger Lonsdale, Roger H. Lonsdale, Eighteenth Century Women Poets: An Oxford Anthology, Oxford University Press (1990), p. 55, lui-même bisexuel. Elle quitta la Grande-Bretagne l'année suivante pour Venise, prétextant à nouveau qu'un changement de climat lui ferait du bien. En fait, elle espérait rejoindre Algarotti qui réussit à l'éviter pendant deux ans, lui préférant lord Hervey. Elle visita la France, les États pontificaux, Rome et Naples depuis Venise où elle s'était installée dans un palais qu'elle louait sur le Grand Canal. Lorsqu'elle retrouva enfin Algarotti alors qu'ils étaient tous deux en mission diplomatique à Turin, sa déception fut grande et elle partit pour Avignon, en passant par Genève.

À Avignon, elle vécut dans un moulin transformé en habitation. Elle resta encore vingt-deux ans éloignée de la Grande-Bretagne : elle vécut à Brescia, Venise à nouveau et Padoue, toujours accompagnée. Elle recevait aussi beaucoup. Lui rendre visite était souvent une étape obligatoire et des plus agréables sur la route du Grand Tour. Elle fut donc très bien accueillie à son retour à Londres après la mort de son mari en 1762 mais mourut d'un cancer la même année.

Publication de ses écrits En 1761, elle avait pris contact avec le révérend Benjamin Sowden, qui vivait à Rotterdam, elle lui remit le manuscrit révisé de ses souvenirs à Istanbul et le chargea de le publier ; ce texte avait circulé jusqu'alors dans un cercle restreint d'amis. La souci de la réputation de sa fille qui vivait avec son mari le comte de Bute, le nouveau Premier ministre, rendait impossible une publication de son vivant et encore moins sous son nom. Le texte parut anonymement juste après sa mort en 1763, sous la forme de lettres. Intitulé Letters of the Right Honourable Lady M--y W---y M----e, during her Travels in Europe, Asia and Africa, To Persons of Distinction, Men of Letters &c. in different Parts of Europe. Which contain, ... Accounts of the Policy and Manners of the Turks, Drawn from Sources that have been inaccessible to other Travellers, connu sous le titre générique de Turkish Letters, cet ouvrage est une source inestimable sur les femmes dans l'Empire ottoman au . En effet, en tant que femme, elle put avoir accès à des lieux interdits aux hommes : harems ou bains par exemple ; plus généralement, elle eut de véritables contacts avec les OttomanesRobert Halsband, The Life of Lady Mary Wortley Montagu, Londres, Oxford University Press, 1961, p. 288-289..

Œuvres Les œuvres de Mary Wortley Montagu sont régulièrement rééditées, la liste qui suit observe les dates des éditions récentes. , , , , ,

vignette|Letters of Lady Mary Wortley Montague, 1800. Ses Turkish Letters publiées en 1763, ont toujours été rééditées depuis, notamment en français sous le titre "L'islam au péril des femmes, Une Anglaise en Turquie au ".

Plusieurs auteursCf. Camille Garnier, « La Femme n'est pas inférieure à l'homme (1750) : œuvre de Madeleine Darsant de Puisieux ou simple traduction française ? », Revue d'histoire littéraire de la France, 4, Paris, Armand Colin, 1987, p. 709-713 (en ligne) ; Sophie Loussouarn, « La revendication féminine dans Woman Not Inferior to Man (1739) », dans XVII-XVIII. Bulletin de la société d'études anglo-américaines des , 47, 1998, (en ligne). ont émis l'hypothèse qu’elle était la rédactrice du texte féministe Woman Not Inferior to Man (1739). Celui-ci a probablement été traduit en français par Madeleine de Puisieux (voire par son mari, Philippe-Florent de Puisieux) sous le titre de La Femme n’est pas inférieure à l'homme (1750) puis Le Triomphe des dames (1751), et est considéré comme un prélude au A Vindication of the Rights of Woman de Mary Wollstonecraft.

Bibliographie

Essais , , , , ,

Articles

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Représentations dans les arts Charles Jervas réalise le Portrait de Lady Mary Wortley Montagu en pied avec turban et babouches, après 1716 (National Gallery of Ireland) mais aussi un simple portrait (1717). Jean-Baptiste van Mour peint une grande composition représentant Lady Mary Wortley Montagu with her son, Edward Wortley Montagu, and attendants, en 1717 (National Portrait Gallery à Londres). Jonathan Richardson le Jeune, Portrait de Lady Mary Wortley Montagu, vers 1725. Jean-Étienne Liotard a fait un tableau de Lady Mary Wortley Montagu en robe turque, vers 1756 (Palais Łazienki, Varsovie). William Powell Frith, Pope makes love to Lady Mary Wortley Montagu, 1852 (Auckland Art Gallery).

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Variolisation Liens externes

www.burkespeerage.com www.nottingham.ac.uk

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