Le monastère d’Arkadi (en / ) est un monastère orthodoxe situé sur un plateau fertile à au sud-est de Réthymnon, sur l'île de Crète (en Grèce).

L'église actuelle date du et est marquée par l'influence de la Renaissance, l'île étant vénitienne à cette époque. Cette influence est visible dans l'architecture, qui mélange éléments romans et baroques. Cette église à deux nefs fut détruite par les Turcs en 1866, et reconstruite, depuis. Dès le , le monastère fut un lieu de science et d'art, possédant une école et une bibliothèque riche de nombreux livres anciens. Entouré d'épaisses et hautes murailles et situé sur un plateau difficilement accessible, le monastère est une véritable forteresse.

Arkadi fut un centre actif et un des hauts lieux de la résistance contre l'occupation ottomane, ce qui fit sa célébrité. Pendant la révolte crétoise de 1866, 943 Grecs y trouvèrent refuge : des résistants, et une majorité de femmes et d'enfants. Après trois jours de combat, et sur les ordres du supérieur du monastère, l'higoumène Gabriel, les Crétois firent sauter les barils de poudre, préférant se sacrifier plutôt que de se rendre. Tous sauf une centaine sont morts lors de l'assaut. Quelque Turcs et Égyptiens périrent aussi dans la bataille à Turcs selon les sources..

Le monastère est devenu aujourd'hui un sanctuaire national en l'honneur de la résistance crétoise. Le est désormais le jour de fêtes commémoratives à Arkadi et à Réthymnon. L'explosion ne mit pas un terme à l'insurrection crétoise, mais attira l'attention de l'Europe sur ce peuple qui se battait pour son indépendance.

Topographie thumb|left|alt=photographie couleurs : un paysage sec avec un village au fond|Le plateau d'Arkadi thumb|left|alt=photographie couleurs : un paysage de montagne|Gorges d'Arkadi. Le monastère d'Arkadi se situe dans le nome de Réthymnon, à environ au sud-est de Réthymnon. Le monastère occupe un plateau, de forme plutôt rectangulaire, faisant environ de côté, et situé sur le flanc nord-ouest du mont Psiloritis, à une altitude de environR. Pococke, Voyages en Orient, dans l'Égypte, l'Arabie, la Palestine, la Syrie, la Grèce, p. 187.. La région d'Arkadi est fertile et l'on y trouve de nombreuses vignes, oliveraies, et des forêts de pins, de chênes et de cyprès. Le plateau sur lequel repose Arkadi est entouré de collines le dominant. L'ouest du plateau s'arrête brutalement pour laisser place à des gorges. Celles-ci débutent au lieu-dit Tabakaria (tanneries) et débouchent dans la région de Stavromenos sur la côte, à l'est de Réthymnon. Les gorges d'Arkadi possèdent une riche diversité de plantes et de fleurs sauvages endémiques.

La région dans laquelle se trouve le monastère se développe dès l'Antiquité. La présence du Psiloritis, montagne sacrée qui est choisie, selon la légende, pour y élever Zeus, a favorisé l'implantation des hommes. Ainsi, à cinq kilomètres au nord-est, la cité d'Eléftherna connait son apogée à l'époque d'Homère et aux périodes classiques et romaines, mais son influence se fait sentir tout au long des périodes paléo-chrétienne et byzantine.

Le village le plus proche du monastère est Amnatos, à environ trois kilomètres au nord. Les villages qui entourent Arkadi sont riches en vestiges byzantins prouvant la prospérité de la région. Ainsi, le monastère Moni Arseniou, à quelques kilomètres au nord d'Arkadi, fait également partie des grands monastères de Crète.

Le monastère a la forme d'un parallélogramme presque rectangulaire couvrant une surface totale de m. L'enceinte ressemble à une forteresse qui s'étend sur de longueur au nord, au sud, à l'est et à l'ouest.

Histoire Fondation thumb|alt=buste en marbre d'un homme|L'empereur Arcadius, qui selon la tradition, aurait fondé le monastère.

La date exacte de la fondation du monastère n'est pas connue avec certitude. Selon la tradition, les fondations du monastère sont posées tantôt par l'empereur byzantin Héraclius tantôt par l'empereur Arcadius dès le . Et selon cette seconde version, le monastère tirerait son nom de l'empereur.

La présence, en Crète, de nombreux monastères portant le nom du moine ayant fondé l'édifice est très communeOn notera entre autres les monastères Vrontisiou, Arsiniou et Aretiou.. C'est donc cette hypothèse qui prévaut désormais, selon laquelle un moine nommé Arkadios aurait fondé l'édifice.

Selon Joseph Pitton de Tournefort, le monastère est construit à l'emplacement d'une ancienne cité, Arcadia, dont la légende raconte qu'après sa destruction, toutes les sources et fontaines des environs ne recommenceraient à couler qu'après la fondation d'une nouvelle citéJ. Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage au Levant, p. 19.Version évoquée également par Pococke et Sieber.. Mais, dès 1837, Robert Pashley met en évidence l'impossibilité pour le monastère d'avoir été bâti sur les ruines d'une quelconque citéPashley, op. cit., p. 231.. C'est cette version qui prédomine aujourd'hui.

La plus ancienne preuve d'existence du monastère daterait du . En 1951, le professeur K.D. Kalokyris publie une inscription datant du et vérifiant l'hypothèse qu'existe à cette époque un monastère dédié à saint Constantin. Cette inscription dit : « L'église porte le nom d'Arkadi et elle est consacrée à Saint Constantin« ΑΡΚΑΔΙ(ΟΝ) ΚΕΚΛΗΜΑΙ / ΝΑΟΝ ΗΔ ΕΧΩ / ΚΟΝΣΤΑΝΤΙΝΟΥ ΑΝΑΚΤΟΣ / ΙΣΑΠΟΣΤΟΥΛΟΥ » ». Elle devait se trouver sur le fronton d'une église plus ancienne que celle que nous pouvons voir de nos jours, ou alors au-dessus de la porte d'entrée du monastère.

Restaurations Vers la fin du , période d'intense création culturelle et artistique sur l'île, le monastère subit des restaurations et des transformations. Les propriétaires sont Klimis et Vissarion Hortatsis, sans doute de la famille des Hortatsis de Réthymnon, dont le nom est associé à la Renaissance crétoise, avec entre autres Georgios Hortatsis, auteur d’Érophile. L'higoumène du monastère est alors Klimis Hortatsis. En 1573, il transforme le monastère en monastère de cénobites. Ainsi, la façade de l'édifice daterait de 1586. L'église à deux nefs, telle que l'on peut la voir de nos jours, date de cette époque. Une inscription à la base du clocher la fait remonter à 1587, lorsque Klimis Hortatsis était l'higoumène du monastère. Cette inscription est la suivante :

« ΑΦ ΚΛΜΧΤΖ ΠΖ »

soit : « 15 Klimis Hortatzis 87 ».

La construction de cette église aurait duré vingt-cinq ans et l'on peut ainsi supposer que la première pierre est posée en 1562.

vignette|Manuscrit musical conservé et exposé dans le monastère. L'higoumène Klimis Hortatsis, qui lance ces travaux, meurt probablement juste après leur achèvement et ne semble pas avoir vécu jusqu'à l'inauguration de la nouvelle église. Des recherches ont mis au jour une lettre du patriarche d'Alexandrie, Mélétios Pigas, dans laquelle il est écrit que la cérémonie d'inauguration aurait été confiée au successeur de Klimis, l'higoumène Mitrofanis Tsyrigos. Si la lettre n'est pas datée, on peut néanmoins la situer entre 1590, date à laquelle Mélétios Pigas est ordonné patriarche, et 1596, date à laquelle l'higoumène Nicéphore succède à Tsygiros.

Durant le mandat des trois premiers higoumènes, et jusqu'au début du , le monastère d'Arkadi connait un grand essor, à la fois sur le plan économique et culturel. Le monastère devient un grand centre de copie de manuscrits, dont la plupart sont perdus lors de la destruction du bâtiment par les Ottomans en 1866, mais dont quelques-uns se trouvent dans des bibliothèques à l'étranger. Le monastère s'agrandit par la construction d'étables en 1610 et du réfectoire en 1670.

Période ottomane En 1645, commence la conquête de l'île par les Ottomans. Au printemps 1648, ils se rendent maîtres de la majeure partie de l'île, à l'exception de Candie (Héraklion), Gramvoússa, Spinalónga et Souda qui restent encore sous domination vénitienne.

Après la capture de Réthymnon en 1648, les Ottomans occupent petit à petit l'arrière-pays et pillent le monastère. Les moines et l'higoumène Siméon Halkiopoulos se réfugient alors au monastère de Vrontissi. Ils sont autorisés à revenir sur les lieux après avoir juré allégeance à Gazi Hussein Pacha. Ce dernier leur accorde également le droit de sonner la cloche. Le monastère d'Arkadi devient alors le Çanli Manastir (Monastère où l'on sonne la cloche en turc). Un firman autorise les monastères détruits à être reconstruits à partir de leur plan initial, sans ajouts ni changements. Arkadi profite de ce firman mais semble outrepasser ses droits en ajoutant de nouveaux bâtiments.

Au cours de la période ottomane, le monastère continue de prospérer, comme en témoignent les écrits de Joseph Pitton de Tournefort. Pour le voyageur, le monastère est le plus beau et le plus riche de Crète. Il y dénombre 100 religieux habitant dans le couvent, et 200 autres vivant dans les campagnes alentour. Le territoire du monastère s'étend au nord jusqu'à la mer de Crète, à l'ouest jusqu'à Réthymnon et au sud jusqu'au sommet du mont Ida. Ces terres permettent au monastère de vivre du travail de la terre. Ainsi Tournefort parle de « 400 mesures d'huile » produites chaque année, un chiffre qui pourrait être le double si le monastère ne laissait pas perdre ses fruits faute de main d'œuvre. Tournefort vante également la cave du monastère, qui compte au moins 200 tonneaux et dont les meilleurs portent le nom de l'higoumène qui les bénit chaque année d'une prière prévue à cet effetJ. Pitton de Tournefort, op. cit., p. 20.. Le vin fabriqué à Arkadi est semble-t-il réputéSelon Robert Pashley, les Crétois boivent du vin d'Arkadi en de rares occasions. Ce vin appelé malvoisie, du nom d'un village près d'Héraklion, et pour lequel la Crète était réputée à l'époque vénitienne, était aussi issu des vignes du monastère. Franz Wilhelm Sieber, lors de son passage au monastère, évoque également la cave de l'higoumène et la fabrication de vin obtenu par un excellent raisin poussant en altitude, mais précise qu'il n'est plus question de production de malvoisie. En revanche, le monastère produit alors du maïsF.X. Sieber, Travels in the island of Crete in the year 1817.

thumb|upright=1.5|alt=gravure noir et blanc : un bâtiment à façade ouvragée dans les cyprés|Le monastère vu par Robert Pashley. Au début du , le monastère semble connaître un déclin. Sieber, qui y fait halte près d'un siècle après Tournefort et Pococke, n'en fait pas une description aussi élogieuse que ses prédécesseurs. Pour l'Allemand, le monastère n'abrite plus que huit prêtres et douze moines. Les travaux des champs continuent d'être effectués de façon régulière, mais le monastère aurait des dettes. Il évoque l'higoumène qui, pour régler ses créances, doit souvent aller à Réthymnon.

Sieber décrit la bibliothèque de l'édifice, riche de plus de volumes, de textes religieux mais aussi de textes de Pindare, Pétrarque, Virgile, Dante, Homère, Strabon, Thucydide et Diodore. Mais le voyageur insiste sur le triste état de ces ouvrages, jugeant qu'il n'avait « jamais vu de livres aussi abimés » et il est incapable de distinguer les ouvrages d'Aristophane de ceux d'Euripide.

En 1822, un groupe de soldats turcs menés par un certain Getimalis s'empare d'Arkadi et le pille. Des habitants d'Amári réussissent à dresser un plan pour reprendre le monastère et exterminent Getimalis et ses hommes.