Joseph Mariani (né Joseph-Jean Mariani, le ), est un chercheur en informatique français, pionnier dans le domaine de l'intelligence artificielle, du traitement automatique de la parole et des technologies des langues.
Biographie
Après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur en aéronautique de l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (ISAE-Supaéro) en 1973 et un doctorat d'ingénieurJoseph Mariani, Contribution à la reconnaissance automatique de la parole utilisant la notion de spectre différentiel, Mémoire de Thèse de Docteur Ingénieur de l'Université Pierre-et-Marie Curie, 1977, Notice BNF N°FRBNF36072737 de l'Université Pierre et Marie Curie en 1977, Joseph Mariani rejoint le CNRS dans le laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (LIMSI), à présent Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique (LISN) à l'Université Paris-Saclay, en tant que chargé de recherche au CNRS. Il obtient un doctorat ès sciences en 1982Joseph Mariani, « Esope : Un système de compréhension de la parole continue », Mémoire de Thèse de Docteur d’Etat de l'Université Pierre-et-Marie Curie, 1982, http://www.sudoc.fr/147888964 et prend la responsabilité du groupe Communication Parlée du LIMSI de 1982 à 1985. Il part ensuite aux États-Unis (1985-1986) où il est invité comme World Trade Visiting Scientist au Thomas J. Watson Research Center à Yorktown Heights, New York dans l’équipe dirigée par Frederick Jelinek et incluant Robert Mercer et Peter Brown.
A son retour en France en 1986, il devient responsable du Département Communication Homme-Machine (1987-2000), puis directeur du LIMSI (1989-2000). Il élargit les activités du laboratoire en communication homme-machine pour y inclure des activités en Traitement du Langage Naturel, dirigées par Gérard Sabah, Vision par Ordinateur, Réalité Virtuelle, Ergonomie, Psychologie Cognitive, dirigées par Michel Denis et Sciences Sociales. Il participe par ailleurs aux mouvements de défense de la communauté scientifique contre les coupes budgétaires en 1996https://www.liberation.fr/sciences/1996/03/19/900-directeurs-de-laboratoire-du-cnrs-signent-contre-les-coupes-budgetaires-tempete-dans-les-labos-j_167290/.
En 2000, il est nommé directeur du Département des Technologies de l'Information et de la Communication au Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche alors dirigé par Roger-Gérard Schwartzenberg. Il y gère les Réseaux de Recherche et d’Innovation Technologiques en Télécommunications, Génie logiciel, Audiovisuel et Multimédia et Micro et Nanotechnologies, et représente l’Etat aux conseils d'administration de plusieurs organismes., dont l'Agence nationale des fréquences (ANFr), l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), l'Observatoire des sciences et des techniques (OST), le Comité national de Métrologie et l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA). Il participe en 2002 à la mise en place du réseau des grandes centrales de base en microélectronique et nanotechnologies (RTB).. Il est membre du Conseil Général des Technologies de l’Information (à présent Conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGEIET)), du Comité Scientifique de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et du comité d’évaluation du Language Technologies Institute (LTI) de l'Université Carnegie-Mellon (CMU) à Pittsburgh.
De 2007 à 2013, il dirige l'Institut pour les technologies Multilingues et Multimédias de l'Information (IMMI)https://assises.observatoireplurilinguisme.eu/it/dossier-tematici/istruzione-e-ricerca/20--sp-217/2081-partenariat-franco-allemand--un-institut-pour-naviguer-dune-langue-a-lautre, Unité Mixte Internationale du CNRS, créée dans le cadre du programme Quaero en collaboration entre le LIMSI, l’Institut de Technologie de Karlsruhe (KIT) (Prof. Alexander Waibel) et l’École supérieure polytechnique de Rhénanie-Westphalie (RWTH) (Prof. Hermann Ney).
Au sein du CNRS, il a présidé la section «Sciences et Technologies de l'information» (1991-1995) et a été membre du Conseil de Département «Sciences de l'Ingénieur » (1996-2000) et du Conseil scientifique (1997-2001) du CNRS. Joseph Mariani est Directeur de Recherche de Classe Exceptionnelle au CNRS depuis 2002. Il a été nommé Directeur de Recherche émérite en Février 2016.
Activité scientifique
Les activités de recherche de Joseph Mariani concernent principalement l’intelligence artificielle et la communication homme-machine, en particulier le traitement de la parole et les technologies des langues.
Traitement du langage parlé et reconnaissance vocale Au début de sa carrière, il se spécialise sur le traitement automatique de la parole et la reconnaissance vocale, comme un domaine de recherche recouvrant l’acoustique, le traitement du signal, les sciences de l’information et l’intelligence artificielleJ. Mariani, La reconnaissance de la parole, La Recherche en Intelligence Artificielle, éditions du Seuil, Octobre 1987 . En collaboration avec Jean-Sylvain Liénard, il développe le premier système français de reconnaissance vocale opérationnel (MOISE)Jean-Sylvain Liénard, Joseph Mariani, 1980, Système de reconnaissance de mots isolés: MOISE - Registred Technical Report ANVAR No 50312, juin 1980, rendu possible par les progrès de la microélectronique et par l'utilisation d'une approche originale de compression temporelle non linéaire, commercialisé par la société Vecsys en 1980Valérie-Anne Giscard d’Estaing (coord.), Le Livre Mondial des Inventions, CIE12, 1992, , et le premier système français de dialogue oral incluant reconnaissance et synthèse vocales en 1981. Ces systèmes ont été appliqués à l'aide aux personnes handicapées, à l'enseignement assisté par ordinateur, à la numérotation téléphonique vocale, au contrôle aérien et à la réservation de billets de train. En 1980, il écrit un article pour le journal Le MondeJoseph Mariani, "L'ordinateur qui parle.", Le Monde, 24 Août 1980. http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/08/25/l-ordinateur-qui-parle_2798018_1819218.html#XUtJYkHm4Q2BM0Us.99 prévoyant l'intégration actuelle des technologies de la parole dans la société.
Il développe un système complet de dialogue vocal pilote-avion en collaboration avec la société Crouzet, dans le cadre du projet Rafale de Dassault Aviation. Les performances de la reconnaissance vocale apparaissent alors cependant insuffisantes et seule la partie de synthèse vocale est depuis largement utilisée dans les cockpits d’avions et d’hélicoptères. Il reçoit pour cette réalisation le prix Science et Défense. du Ministère de la Défense en 1985..
Il étend ensuite le système de reconnaissance de mots isolés dépendant du locuteur à la reconnaissance de parole continue conversationnelle incluant les variétés phonologiquesF. Néel, M. Eskénazi, J. Mariani, "Cadrage automatique pour la constitution de dictionnaires d'entités phonétiques.", Speech Communication Journal, Vol.2, N.2-3, 1983. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/0167639383900262 et indépendante du locuteur et à la dictée vocaleJoseph Mariani, Hamlet: a prototype of a Voice Activated Typewriter, European Conference on Speech Technology 1987, https://www.isca-archive.org/ecst_1987/mariani87_ecst.html, incluant l’utilisation d’un modèle de langage entraîné sur des données textuelles. Il développe en 1987 le premier système opérationnel français de reconnaissance du locuteur avec Jean-Luc Gauvain et l’applique à une serrure vocale. Il prend part à la conception d'un circuit intégré de programmation dynamique full custom (MuPCD)Quénot G., Gauvain J.L., Gangolf J.J., Mariani J., A dynamic programming processor for speech recognition., CICC 88. Custom Integrated Circuit Conf. Rochester, May 19-20, 1988., présenté comme le premier ASIC (Application-specific integrated circuit) produit par la société Bull. En 1990, il publie un articleJoseph Mariani, « Reconnaissance automatique de la parole : progrès et tendances - Advances and trends in automatic speech recognition », Traitement du Signal, vol. 7, n°4, 1991 ISSN 0765-0019 http://que.signifie.online.fr/documents/10523-__Reconnaissance_automatique_de_la_parole_progres_et_tendances.php présentant l’ensemble des techniques de reconnaissance vocale utilisées aujourd’hui dans les systèmes opérationnels.
Dans la dynamique de la renaissance européenne, il est cofondateur et premier président (1988) de l'European Speech Communication Association (ESCA)., devenue International Speech Communication Association (ISCA). en 2000. Il y lance la première conférence Eurospeech à Paris en 1989, devenue à présent Interspeech., plus importante conférence internationale sur le traitement de la langue parléehttps://scholar.google.com/citations?view_op=top_venues&hl=en&vq=eng_signalprocessing.
Ressources linguistiques et évaluation
Joseph Mariani a introduit en France le «paradigme d’évaluation» dès le début des années 1980 dans le cadre des activités du groupe OTAN RSG-10J. Baker, D. S. Pallett, J. Bridle, Speech recognition performance assessments and available databases, IEEE ICASSP 1983, Boston, 14-16 April 1983, DOI:10.1109/ICASSP.1983.1172099, en conduisant des campagnes d'évaluation ouverte avec des indicateurs de performance sur des données partagées par tous les participants et pouvant être combinées et comparées, un processus également appelé «tâche partagée» ou «challenge», et plus généralement «coopétition»https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-linguistique-appliquee-2019-1-page-95?lang=fr. Ce paradigme d'évaluation, fondé sur l’hypothèse qu’être capable de définir une mesure d’évaluation adéquate, acceptée et partagée dans la recherche d’une solution permet de résoudre une grande partie d’un problème, a conduit à l'amélioration continue au fil des ans des algorithmes de traitement de la parole et du langage naturel, conduisant à présent à l'existence d’assistants vocaux tels que Apple SIRI, Amazon Alexa ou Google Searchhttps://shs.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2018-3-page-81?lang=fr ou de systèmes de traduction automatique utilisables.