L’insurrection de la côte syrienne commence le , trois mois après la chute du régime de Bachar el-Assad. Elle est lancée par d'anciens militaires et miliciens pro-Assad qui annoncent la création d'un dans le but de renverser le gouvernement de transition.

Les forces de sécurité du nouveau régime répriment violemment l'insurrection et commettent des massacres de populations civiles, notamment alaouites. Selon le Réseau syrien pour les droits de l'homme, les exactions causent la mort d'au moins civils, dont 889 par les forces du nouveau régime et 231 par les forces pro-Assad. L'Observatoire syrien des droits de l'homme donne pour sa part un bilan d'au moins civils tués.

L'insurrection s'éteint le avec la victoire des forces gouvernementales.

Prélude Le , dans les heures qui suivent la prise de Damas, les rebelles entrent sans rencontrer de résistance dans les gouvernorats de Lattaquié et Tartous, dont la population est majoritairement alaouiteVIDEO. Syrie : hallucinantes scènes de liesse dans l’ouest du pays, où des habitants "surfent" sur une statue du père de Bachar al-Assad, La Dépêche, 8 décembre 2024.. Ils sont alors accueillis par des foules en liesses, célèbrant la chute du régime AssadSyrie : Lattaquié, le fief des Assad, se retourne contre le régime avec l'arrivée des islamistes au pouvoir, France Culture, 11 décembre 2024..

Peu d'exactions sont commises dans les premiers jours qui suivent la chute du régime Syrie : quel rôle joué par les jihadistes étrangers dans les combats ?, France 24, 9 novembre 2024.. Le , Ahmed al-Charaa, chef de Hayat Tahrir al-Cham, s'engage ainsi à protéger les communautés alaouites et chrétiennes : Alijani Ershad, En Syrie, les inquiétudes grandissent pour les minorités après la diffusion d'une vidéo montrant des rebelles exécutant des suspects, France 24, 13 décembre 2024..

Cependant, une partie des militaires et des officiers du régime Assad trouvent refuge dans les montagnes des régions de Lattaquié et TartousZoé Aucaigne, Chloé Ferreux, Arrêtés en Syrie, en fuite, impliqués dans des combats... Que deviennent les membres du régime de Bachar al-Assad ?, France info, 10 janvier 2025.. Un ancien officier d'Assad, Muqdad Fatiha, connu depuis 2012 pour ses exactions filmées, diffuse notamment plusieurs vidéos où il menace des alaouites qu'il qualifie de .

Des affrontements et des actes de violences éclatent ponctuellement. Ainsi, le , quatre alaouites sont exécutés sommairement par des hommes de Hayat Tahrir al-Cham dans le village de Rabia. Le , quatre combattants de Faylaq al-Cham sont tués dans une embuscade près d'une villa appartenant à Wassim al-Assad, un trafiquant de captagon proche de Bachar al-AssadAu moins quatre combattants d'une faction islamiste tués près de Lattaquié, fief du clan Assad, AFP, 14 décembre 2024.. Le , lors d'une opération à Khirbet al-Mazah, dans la région de Tartous, 14 membres des nouvelles forces de sécurité et sept combattants pro-Assad sont tués et 20 autres arrêtés, dont le général Mohammed Kanjo Hassan, responsable de milliers de condamnation à mort à la prison de SaidnayaSyrie : combats mortels entre des forces de sécurité et d'anciens membres du régime Assad, France 24 avec AFP, 26 décembre 2024.[Syrie: un responsable du pouvoir déchu de Bachar el-Assad arrêté après des combats meurtriers], RFI, 28 décembre 2024.. Le , 12 à 50 alaouites sont assassinées dans le village de Fahel près de HomsHala Kodmani, Syrie : à Homs, les craintes et l’exil de la communauté alaouite, «abandonnée à la vengeance du nouveau pouvoir», Libération, 28 avril 2025.Aabla Jounaïdi, En Syrie, les violences contre la communauté alaouite se poursuivent, RFI, 3 février 2025.. Le , dix civils alaouites sont tués dans le village d'Arzé, près de la ville de HamaEn Syrie, dix personnes tuées par des hommes armés dans un village alaouite, France 24, février 2025.Madjid Zerrouky, En Syrie, la grande peur des alaouites après une tuerie perpétrée par des salafistes, Le Monde, 7 février 2025.. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 240 personnes, dont une majorité d'alaouites, sont exécutées ou assassinées entre le et le , principalement dans le gouvernorat de Hama et le gouvernorat de HomsEn Syrie, peur de la minorité alaouite victime d'attaques, AFP, 5 février 2025.

Le , Ahmed al-Charaa, désormais président de la République arabe syrienne, se rend à Lattaquié et Tartous pour rencontrer les dignitaires et notables locauxVisite d'Ahmad al-Chareh à Lattaquié, l'ex-fief d'Assad, AFP, 16 février 2025.. À la même période, afin d'éviter les débordements, le nouveau régime fait retirer ses forces de sécurité de la côté syrienne où il ne maintient que ses forces de police.

Déroulement Organisation de l'insurrection pro-Assad Le , d'anciens militaires et miliciens pro-Assad annoncent la création d'un dirigé par le brigadier Gheith al-Dala, ancien officier de la division blindée. Un autre groupe, la brigade du Bouclier de la côteArthur Sarradin, «Ils ont exécuté les civils et brûlé leurs magasins» : en Syrie, des massacres d’Alaouites plongent le pays dans l’incertitude, Libération, 10 mars 2025., dirigée par Muqdad Fatiha, joue également un rôle majeur dans l'opération Massacre en Syrie : ce que l’on sait des attaques contre les Alaouites, France 24, 10 mars 2025.. Selon Mustafa Kneifati, le responsable de la sécurité de la région de Lattaquié, cité par l'agence SANA, les insurgés pro-Assad sont dirigés par l'ex-général Souheil al-HassanSyrie : affrontements meurtriers entre forces de sécurité et partisans de Bachar al-Assad, France 24 avec AFP, 6 mars 2025.. Cependant, pour Thomas Pierret, chercheur au CNRS et spécialiste de la Syrie, il n'existe aucune indication de la présence de Souheil al-Hassan dans la région et Syrie: ces témoignages qui confirment les massacres de civils alaouites, RFI, 8 mars 2025.. Le journal The Guardian indique que l'attaque impliquait jusqu'à partisans d'Assad selon un conseiller du ministre des Affaires étrangères. Le , l'agence officielle SANA rapporte la capture à Jablé de Ibrahim Houweïja, chef du service de renseignement de l'armée de l'air entre 1987 et 2002, qu'elle accuse .

Attaques des insurgés pro-Assad Les affrontements éclatent le soir du , lorsque des insurgés pro-Assad lancent une attaque contre une patrouille des forces de sécurité dans le village de , près de la ville côtière de Jablé, entre Lattaquié et BaniasEliott Brachet, Syrie : après des affrontements sanglants dans le bastion des Alaouites, les nouvelles autorités de Damas face à une situation explosive, Le Monde, 8 mars 2025.En Syrie, l'OSDH fait état de plus de 130 alaouites exécutés par les forces de sécurité, France 24 avec AFP, 7 mars 2025.. L'embuscade fait au moins 13 morts et plusieurs blessés parmi les forces du nouveau régime.

Plusieurs positions, points de contrôle et patrouilles des forces du Gouvernement de transition syrien sont assaillis dans la région de Jablé. Les insurgés s'en prennent aux forces de l'ordre selon un plan coordonné et attaquent des postes, des hôpitaux, des municipalités. D'après le journaliste Wassim Nasr, au moins 80 attaques sont commises, faisant plus de 150 morts.

Les insurgés parviennent à prendre provisoirement le contrôle de plusieurs quartiers de Lattaquié et de TartousNissim Gasteli, En Syrie, de violents affrontements éclatent dans le berceau du clan Assad, Mediapart, 7 mars 2025., ainsi que de quatre bases militaires, où ils s'emparent de matériel, de véhicules, d'armes et de munitionsInsurrection en Syrie: «C’est une surprise pour le nouveau pouvoir», RFI, 7 mars 2025.. Des combats de rues ont lieu dans la ville de Jablé, à , le village natal de Souheil al-Hassan, et sa forêt environnante, où les forces de sécurité ouvrent le feu avec des hélicoptères et de l'artillerie. Le lendemain, des chefs religieux alaouites dénoncent des et appellent à des . Des combats de moindre ampleur ont également lieu à Homs.

Contre-offensive des forces de sécurité Les forces de sécurité, constituées d'anciens combattants de Hayat Tahrir al-Cham et de l'Armée nationale syrienne (ANS), lancent alors une opération dans le gouvernorat de Lattaquié et le gouvernorat de Tartous, où elles décrètent un couvre-feu. Plusieurs milliers d'hommes venus de différentes régions sont mobilisés, appuyés par des blindés, des drones et de l'artillerie. Selon la commission nationale d'enquête établie par les autorités syriennes, combattants venus de l'ensemble de la Syrie se déploient dans la région côtière.

Dès le matin du , les forces gouvernementales reprennent le contrôle des villes de Lattaquié et Tartous. À la fin de la journée, les combats se concentrent principalement au nord de Banias, aux environs de Jablé et à Qardaha.

Cependant, les combats s'accompagnent de nombreux massacres de civilsArthur Sarradin, En Syrie, les autorités tentent de "ramener l'ordre" après 72 heures de chaos, France info, 9 mars 2025., commis à la fois par des forces du gouvernement, par des factions alliées issues de l'ANS, par des groupes djihadistes et par les insurgés pro-Assad. La majorité des victimes sont des alaouites, mais des sunnites et au moins un chrétienEn Syrie, après les massacres qui ont tué près de 1 000 civils, les autorités promettent de poursuivre les responsables, Le Monde avec AFP, 10 mars 2025. figurent également parmi les victimes. Dans certains cas les femmes et les enfants sont épargnées, dans d'autres ils sont également mis à mort.

Fin des opérations Au matin du , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) fait état d'un . Des insurgés pro-Assad tentent de s'emparer de l'hôpital national de Lattaquié, mais leur attaque est repousséeAffrontements en Syrie : plus de 500 civils alaouites tués depuis jeudi par les forces de sécurité et des groupes alliés, annonce une ONG, France info avec AFP, 8 mars 2025..

Le matin du , le ministère de la Défense syrien annonce la fin des opérations dans l'ouest du pays : Syrie : le ministère de la Défense annonce la fin de l'opération militaire dans l’ouest du pays, Le Figaro avec AFP, 10 mars 2025..

Groupes impliqués dans les massacres Selon Le Monde et France Info, plusieurs témoins accusent particulièrement les miliciens pro-turcs de l'Armée nationale syrienne et les djihadistes étrangers, notamment d'Asie centraleHélène Sallon, La communauté alaouite de Baniyas, en Syrie, raconte l’enfer et compte ses morts : « Les survivants, ce sont ceux que les familles sunnites ont cachés », Le Monde, 13 mars 2025.. Le journaliste Wassim Nasr impute également le gros des exactions à l'ANS. Le journal Le Monde rapporte que des habitants ont identifié des combattants de la Division al-Hamza et du Liwa Sultan Souleymane Chah, deux factions de l'ANS menées par le général Mohamed al-Jassem, dit , ancien commandant du Liwa Sultan Souleymane Chah nommé à la tête de la brigade de Hama de la nouvelle armée syrienneHélène Sallon, Le cycle des vengeances se poursuit contre les alaouites en Syrie : « Dans ce cimetière, il y a des familles entières qui ont été décimées par la haine », Le Monde, 28 avril 2025.. Le Réseau syrien pour les droits de l'homme désigne également la Division al-Hamza et le Liwa Sultan Souleymane Chah comme étant les deux factions responsables de la majorité des meurtres de civilsWilliam Christou, How did deadly Syria clashes start and who is responsible for civilian killings?, The Guardian, 10 mars 2025.. À Banias, les premières exactions sont commises par des habitants sunnites de la ville qui, marqués par le souvenir des massacres de mai 2013, se vengent sur leurs voisins alaouitesHélène Sallon, A Baniyas, en Syrie, le récit d’un sunnite qui a sauvé des alaouites du massacre : « On a agi par simple humanité », Le Monde, 16 mars 2025.. D'autres sunnites leurs viennent cependant en aide pour les cacher ou les faire sortir de la ville.