Le wendigo (pluriel : wendigowak / wendigosRapport du conseil supérieur de la langue française Journal officiel du 6 décembre 1990.) est une créature surnaturelle, maléfique et anthropophage, issue de la mythologie des Premières Nations algonquiennes du Canada, qui s'est étendue dans tout le folklore d'Amérique du Nord.

Cette légende est partagée par plusieurs nations autochtones d’Amérique et peut désigner la transformation physique d'un humain après la consommation de viande humaine comme une possession spirituelle. Le wendigo a aussi renforcé le tabou autour de la pratique du cannibalisme chez ces peuples. Les wendigowak (wendigos) vivent dans les profondeurs de la forêt et apparaissent dans des contes où le surnaturel côtoie des choses inhumaines et atroces.

Parmi les histoires qui circulent, ils sont solidement ancrés dans les légendes autochtones où ils tiennent une place importante. De nombreux lieux et lacs portent ce nom et de nombreuses œuvres modernes s'en inspirent dans la littérature comme au cinéma, bien que ces wendigowak puissent avoir des caractéristiques différentes de ceux des légendes originelles.

Étymologie Le mot apparait dans différents idiomes des Premières Nations, il y a des douzaines de variations sur ce nom, wendigo et windigoExemple de windigo dans la langue usuelle. étant les plus communs, mais on trouve également weendigo, windago, windiga, witiko, wihtikow, et de nombreuses autres variantes. Le mot désignant cette créature n'est pas un nom propre car il reste flou et correspond à plusieurs créatures nommées wendigo comme une sorte de référence. Il s'orthographie de différentes manières selon les périodes et la première nation : Wiindigoo est issu de l'ojibwe et serait à l'origine du mot anglais wendigoGoddard 1969, cité par Brightman 1988:340. ; Wìdjigò est l'équivalent en algonquin, et Wīhtikōw chez la nation crie orientale ; Le terme en proto-algonquin était *wi•nteko•wa, qui signifie probablement « hibou » à l'origine ; Windago chez les Athabascan de l'Est ; Wendago chez les Saulteaux du Manitoba ; Windigo, wetiko ou wetkiko.

La traduction du nom wendigo serait « cannibale maudit ».

Légende La légende du wendigo est bien connue parmi les tribus parlant l'algonquin en Amérique, aucun autre monstre ou mauvais esprit n'évoquant une telle crainte superstitieuse chez les peuples autochtones.

Mythologie des Algonquiens Le wendigo est issu des croyances traditionnelles de tribus parlant une langue algonquienne, au nord des États-Unis et au Canada, plus particulièrement les Saulteux/Ojibwa, les Cris et les Innus Brightman (1988:359, 362), Parker (1960:603). Bien que les descriptions varient quelque peu, toutes ces cultures ont en commun la description des wendigowak comme malveillants et cannibales, et comme êtres surnaturels (manitous) possédant une grande force spirituelleBrightman (1988:337, 339), qui vivent de préférence dans la forêt. Ils sont associées à l'hiver, au nord et aux frimas ainsi qu'à la famine Brightman (1988:362).

Basil Johnston, un ojibwa enseignant et chercheur de l'Ontario, donne une description des wendigo dans les légendes des algonquinsJohnston (2001:221).

Le wendigo est associé aux péchés de gourmandise, de cupidité ou d'excès en tout genre. Il n'est jamais satisfait après avoir tué une personne pour la dévorer, et se met constamment à la recherche de nouvelles victimes. Dans certaines traditions, l'homme qui est dominé par la cupidité pourrait se transformer en wendigo, le mythe devenant ainsi une façon de prôner la coopération et la modérationJohnston (2001:222-225), Johnston (1990:167).

Parmi les ojibwés, les cris de l'Est et les innus, les wendigowak sont décrits comme des géants plusieurs fois plus grands que les êtres humains, une caractéristique absente du mythe algonquin dans les autres culturesBrightman (1988:344). Chaque fois qu'un wendigo mange une autre personne, il grossit en proportion de ce qu'il vient d'avaler et ressent à nouveau la faim, de sorte qu'il n'est jamais rassasiéJohnston (2001:222, 226) , Johnston (1990:166), Schwarz (1969:11), les Wendigowak (Wendigos) sont donc constamment à la fois gavés et en état de famine.

Points communs avec les lycanthropes Les wendigowak (wendigos) ont plusieurs points communs avec les loups-garous issus des légendes et folklores européens, dont ils ont été assimilés à un équivalent pour les autochtones. D'après la littérature, ils ont parfois une forme humaine, sous laquelle ils ne peuvent être démasqués qu’à cause de leurs yeux rouges. D'autre part, ils ont une forme monstrueuse souvent décrite comme semi-animale (généralement représentés comme mi-cerf mi-homme) et des cas de transmissions par morsures sont mentionnés (toujours dans la littérature, les légendes orales n'ayant jamais fait mention de transmissions par morsures) .

Origines du mythe Origines Parmi les tribus d'algonquins, le cannibalisme, même pour sauver sa propre vie, est considéré comme un tabou. Les réponses à la famine sont le suicide ou l'abandon à la mortBrightman (1988:365 -- 6). Ce mythe aurait peut-être servi d'avertissement pour les tribus nordiques dont les hivers étaient longs et rudes, et qui risquaient de ne rien rapporter de leurs chasses durant cette saison. C'était un moyen d’éviter qu’en cas de famine, ils ne s'en prennent aux membres de leur propre clan. Cette supposition est basée sur les déformations physiques du Wendigo (corps squelettique et déformé, sans lèvres, ni orteils) qui font penser aux lésions dues à la famine et aux engelures. Le Wendigo serait un mythe basé sur la personnification des difficultés de l'hiver et le tabou du cannibalisme.

Mentions du mythe Les premières mentions des histoires sur le mythe du Wendigo ont été rapportées en Europe par des explorateurs et des missionnaires et elles remontent au .

La cérémonie du wendigo Une cérémonie de danse satirique était organisée chez les Assiniboines, les Cris et les Ojibwa en période de famine afin de renforcer le sérieux du tabou représenté par le wendigo. Cette danse était nommée wiindigookaanzhimowin en Ojibwa et fait aujourd'hui partie des danses du soleil, les danseurs portent un masque et remuent au rythme d'un tambour la dernière cérémonie wendigo connue qui s'est déroulée sur le sol des États-Unis le fut au Windigo Lake de Star Island à Cass Lake, dans la réserve indienne de Leech Lake, au nord du MinnesotaWarren, William W. History of the Ojibway People. Borealis Books (St. Paul, MN: 1984).

Psychologie Le phénomène du wendigo est devenu plus qu'un simple mythe, au début du certains psychologues occidentaux venus du Canada, nomment « Psychose du wendigo » le fait de montrer des signes de tendances cannibales pour un patient faisant preuve d'un comportement violent et asocial . Le patient peut être amené à avoir recours à sa propre chair s’il ne trouve personne d’autre à attaquer. L'anthropologue Morton Teicher a décrit l'état clinique de ceux qui passaient pour être des Wendigo et l'a nommé « psychose de Wendigo » . D'un point de vue scientifique, l'existence objective de la psychose du Wendigo est controversée. Celle-ci n’est pas non plus reconnue comme une catégorie nosographique dans le DSM-V, « manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques ». Cette culture peut être associée au culture-bound syndrome cité dans le DSM-IV. Cette maladie pourrait ne pas être seulement biologique, mais le résultat de plusieurs facteurs culturels et contextuels.

Dans la culture populaire

Le Wendigo est devenu un personnage courant dans les histoires d'horreur, tout comme le vampire ou le loup-garou, bien que ces descriptions ne ressemblent que peu à celles de la mythologie originale.

Littérature Le roman Une saison pour les ombres de Roger Jon Ellory met en scène une petite ville minière du nord du Québec prise pour cible par un tueur en série possédé par le Wendigo. La créature y est rattachée au folklore algonquin et sévit géographiquement près des monts Torngat. Le récit met en parallèle la malédiction du Wendigo avec l'isolement social, l'alcoolisme et le sentiment de déclin ressenti dans les territoires miniers. Dans le mythe de Cthulhu, créé par Lovecraft, le Wendigo est un autre titre pour Ithaqua, l'un des Grands Anciens primordiaux qui ne semble pouvoir vivre que dans les parties glacées du monde comme l'Alaska et l'Amérique du Nord. . Dans le roman de Stephen King Simetierre, le cimetière éponyme marque l’emplacement d’un autre cimetière, beaucoup plus ancien, qui a été maudit par le Wendigo durant le siècle précédent. Tout cadavre qui y est enterré revient à la vie mais dans un état altéré de son état original. Dans le roman Wendigo de Graham Masterton, une femme dont les enfants ont été enlevés a recours aux services d'un détective privé qui lui propose de faire appel à un chaman sioux pour invoquer le Wendigo. L'histoire d'horreur d'Algernon Blackwood, The Wendigo, publiée dans le recueil The Lost Valley and Other Stories (1910), a présenté la légende comme une fiction d'horreur folklorique. Le cannibalisme est délaissé en faveur d'une psychologie plus subtile : celui qui voit le wendigo devient le wendigo. Le lecteur ne voit jamais le wendigo, bien que nous soyons témoin de la déshumanisation progressive du personnage qui l'a vu. Blackwood aurait basé son histoire sur un incident réel qui s’est passé dans une vallée isolée et qui a créé une panique tandis qu'il habitait au Canada. Il a travaillé sur de nombreux détails de la légende des Premières Nations dans cette histoire. Cependant, le wendigo de Blackwood n'est pas un ancien humain, mais un esprit pré-humain primordial. Cette vision est en accord avec le mysticisme personnel de Blackwood. Ogden Nash a écrit un poème humoristique sur le Wendigo, où il décrit l'aspect de la créature. Comme l'auteure canadienne Margaret Atwood le précise, la description de Nash est seulement partiellement vraie par rapport à la légende. Dans Le chemin des âmes de Joseph Boyden, l'auteur met en scène le mythe du Windigo, à la fois dans le contexte des us et coutumes traditionnels des Premières Nations (Cris) et dans le contexte plus « moderne » de la Première Guerre mondiale. Dans Légendes Indiennes du Canada de Daniel Bertolino, le chaman d'une tribu Montagnais invoque Windigo, esprit vengeur se présentant sous la forme d'un ogre muni d'une grande marmite, grandissant au fur et à mesure qu'il dévore tous les êtres qu'il croise, pour punir Méméo, un chasseur d'une autre tribu venu décimer le gibier sur leur territoire de chasse. Mais le géant devenant rapidement incontrôlable, les humains sont contraints d'unir leurs forces pour le repousser. Le contexte du récit ancre la légende autochtone dans la modernité, car il se déroule en 1850, à l'époque où les Premières Nations commençaient à chasser avec des fusils.. Dans le roman Demonica de Hervé Gagnon, un groupe de protestants français débarquent à l'ancien site abandonné d'Hochelaga pour fuir une guerre de religion mais sont bientôt attaqués par un wendigo. Dans le roman Main de Fer d’Antoine Defives, Julius et Melona affrontent un wendigo attiré par leur feu de camp, pendant leur expédition sur le pic d’Isoska. Dans le roman Le loup debout de Nancy A. Collins, on peut suivre l'histoire recueillie par les Comanches d'un jeune blanc qui est un loup-garou wendigo, sur fond de conquête de l'ouest et de rencontre avec les grands noms de la culture autochtone des années 1860. Dans le roman Le Signal de Maxime Chattam, un wendigo géant fait irruption dans la ville de Mahingan Falls. Dans le roman Widjigo (2021), Estelle Faye reprend ce mythe. Dans le roman Norferville (2024) de Franck Thilliez

Cinéma Dans Wendigo (1978) de Rodger DarbonneFiche du film sur nanarland.com, des aventuriers se font éliminer un à un par le wendigo.