Maria Dmitrievna Krivopolenova (en ), née au printemps 1843 à Oust-Iejouga, près de Pinega, et morte le à , est une conteuse et chanteuse traditionnelle du Nord russe, considérée comme l'une des plus grandes interpètes de bylines de l'histoire du pays.
Biographie Période impériale Maria Dmitrievna Krivopolenova, de son nom de naissance Kabalina, naît, selon les sources, le ou le (dans le calendrier julien) à Oust-Iejouga, un village du Nord russe (, gouvernement d'Arkhangelsk). Fille de paysans, elle est également la petite-fille du commerçant , qui lui transmet la tradition des conteurs populaires. Vivant dans un grand dénuement, elle passe la majeure partie de sa vie à interpréter un vaste répertoire de chants et de contes à travers les villages du bassin de la Pinega.
vignette|gauche|redresse|alt=Photographie ou dessin en nuances de gris montrant une vieille femme portant un fichu aux côtés d'une femme plus grande, richement vêtue.|Maria Krivopolenova (à gauche) et Olga Ozarovskaïa en 1915.
Ce répertoire étendu attire l'attention du folkloriste , qui procède à l'enregistrement des bylines de Maria Krivopolenova de 1900 à 1901 dans le village de Chotogorka, où elle réside après son mariage. Ces enregistrements sont mis par écrit et publiés en 1904, accompagnés de transcriptions des chants sous forme de partitions par le musicologue . Une décennie et demie plus tard, en 1915, Maria Krivopolenova, alors âgée de , est redécouverte dans un village de la région par Olga Ozarovskaïa, actrice de théâtre de variétés et folkloriste amateur. Celle-ci, décelant un potentiel théâtral chez la vieille femme, l'invite à se produire à Moscou sous sa direction : elle y rencontre les folkloristes Boris et Iouri Sokolov, ainsi qu'un autre interprète de bylines, le futur auteur , qui se produit à ses côtés.
Par ses performances, elle suscite l'admiration de figures de la vie culturelle moscovite, telles que l'artiste-peintre , la marionnettiste , le sculpteur Sergueï Konionkov ou encore l'écrivain Boris Pasternak. Après s'être également produite à Tver et Arkhangelsk, Maria Krivopolenova rentre chez elle fin 1915, mais prend part dès l'année suivante à une nouvelle tournée avec Olga Ozarovskaïa : elle donne des représentations à Saratov, Kharkov, Rostov-sur-le-Don, Taganrog, Novotcherkassk, Iekaterinodar, Moscou et Vologda, ainsi qu'à Petrograd (actuelle Saint-Pétersbourg), où elle reçoit une médaille d'argent et un diplôme d'honneur de la Société russe de géographie. À cette occasion, huit de ses bylines sont enregistrées sur des cylindres phonographiques, conservés dans les archives de l'Institut de littérature russe ; son interprétation de la byline Vavilo i Skomorokhi (« Vavilo et les skomorokhs »), en particulier, acquiert une certaine renommée.
D'autres enregistrements sont effectués en parallèle par Olga Ozarovskaïa, qui publie au cours de l'année les Babouchkiny Stariny (les « Antiquités de la Grand-Mère »). Elle y présente la conteuse comme la dépositaire de que le monde moderne n'affecte pas, reprenant une métaphore de Boris Sokolov. Elle véhicule ainsi un point de vue partagé par les commentateurs de l'époque, qui voit en Maria Krivopolenova l'héritière de la culture des temps anciens, qu'elle transmettrait sans altération à travers ses performances.
Période soviétique Quelques années plus tard, en , le Conseil des commissaires du peuple de la jeune république socialiste fédérative soviétique de Russie, eu égard à la réputation désormais solidement établie de Maria Krivopolenova, lui attribue une pension et décide de l'inviter à se produire aux cérémonies d'ouverture du troisième congrès de l'Internationale communiste, prévu à Moscou l'été suivant. Le commissaire du peuple à l'Éducation, Anatoli Lounatcharski, charge Anna Ippolitova, élève d'Olga Ozarovskaïa, et Pavel Sakouline, professeur de littérature, de porter personnellement cette invitation à la conteuse dans son village du Nord. Anna Ippolitova est toutefois ralentie dans sa tâche par la bureaucratie soviétique, qui interprète le laissez-passer que lui a délivré Lounatcharski comme la description d'un simple lien familial entre les deux femmes, et ne classe donc pas leur interlocutrice parmi les voyageurs prioritaires. Apprenant cela, Lounatcharski affirme sans ambiguïté le caractère officiel de la mission et formule une remarque qui passera à la postérité :
L'envoyée du commissaire parvient finalement au domicile de Maria Krivopolenova, qui accepte l'invitation avec enthousiasme. À son arrivée à Moscou le , elle est accueillie avec une ferveur plus grande encore que lors de ses tournées de 1915-1916 : elle reçoit des bottes et vêtements neufs, se produit au cours de plusieurs représentations , fait l'objet de nouveaux enregistrements phonographiques et rencontre même Lounatcharski en personne, qui lui rend visite chez Olga Ozarovskaïa avant de partager avec elle un repas dans ses appartements au Kremlin .
Dans les années suivantes, les contacts se multiplient entre les folkloristes russes et les conteurs traditionnels de la région d'origine de Maria Krivopolenova, dont plusieurs sont enregistrés, invités à Moscou et pourvus de pensions. C'est dans ce contexte qu'intervient sa mort, le , dans le village de ; elle est enterrée dans la localité voisine de .
Postérité Maria Krivopolenova est considérée comme l'une des plus grandes interprètes de bylines du Nord russe. Parmi ses interprétations les plus connues figurent Vavilo i Skomorokhi (« Vavilo et les skomorokhs »), dont elle a livré la seule version orale connue.
Une sculpture de Sergueï Konionkov, La Vieille Sage, reprend les traits de Maria Krivopolenova.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
Liens externes
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